Le Rire n°287 2 aoû 1924
Le Rire n°287 2 aoû 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°287 de 2 aoû 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 42,0 Mo

  • Dans ce numéro : sur le turf.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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TYPES PARISIENS  : LE DISTRIBUTEUR DE PROSPECTUS i — Nous ne comprenons vraiment pas, monsieur, qu'un jeune homme de votre qualité se livre à de pareilles occupations ! Dessin de DHARM. PREMIi:RE LEÇON - Allons, madame, un peu de sang-froid... Ne faites pas une tête comme ça ! Dessin de MARS-TRICK. SON AMIE M. Delorme n'était pas heureux à Paris ; les temps devenaient très durs pour les professeurs de billard depuis que la police s'avisait de faire des descentes dans les Académies. Aussi Nini fut-elle effrayée. Quoiqu'elle fût née à Montmartre de père inconnu, Nini était d'instinct une bourgeoise. Evidemment, il ne lui serait jamais venu à l'esprit de demander à M. Delorme de l'épouser, parce qu'elle considérait le collage comme une institution régulière. Mais elle avait toujours rêvé de voir son ami, comme elle disait, employé dans un bureau ». Aussi, quand une vieille connaissance du Quartier-Latin leur parla d'un poste d'expéditionnaire à la Sous-préfecture de Boulinville, Nini conseilla tout de suite à M. Delorme d'accepter ; et celui-ci ne manqua pas de suivre le conseil de sa Nini. Seulement Nini ne se rendait pas compte de la façon dont, à Boulinville, on considérait l'union libre, et elle voulut suivre son ami. Mais M. Delorme, à force de ruses et de mensonges, en invoquant la bienheureuse crise du logement, réussit à la convaincre qu'elle ferait mieux de rester à Paris en attendant qu'il eût découvert une maisonnette. Il partit donc seul. Le Petit Amant 2 COUPLET Avant d's'endormir le soir, Que c'est bon d'avoir, Mesdam's, un roman qu'on lit, Au chaud dans son lit. L'ennui, c'est que certains livres Pèsent plus d'un'demi-livre Et qu'tous les romans Ont des moments bien assommants. Moi, je sais un ouvrage, Ni trop gros ni trop lourd, Plein de jolis passages, Ni trop longs ni trop courts. REFRAIN Quoi de plus charmant Qu'un petit amant, Ça se dévore en entier, Même sans coup'-papier, Quoi de plus charmant Qu'un petit amant. Ça peut, comm'du Pierr'Benoît, Se lire avec un doigt. A lui seul, il peut vous dis traire Autant que les Trois Mousquetaires, Et pour fair'dodo, Entre nous ça vaut Beaucoup mieux que de l'Henry Bordeaux ! 3. COUPLET Tout's les maîtresses de maison Se dis'nt chaqu'saison  : R Ah ! mon Dieu comment vais j'fair'Pour m'chauffer c't'hiver !. Est-il plus commod'de prendre Un godin, un'salamandre, Ou, s'i'n'fait pas froid, Suffira-t-il d'un bon feu d'bois ? Moi, j'vous l'dis sans ambage, Je connais pour l'hiver Un systèm'de chauffage Qui r'vient beaucoup moins cher, REFRAIN Quoi de plus charmant Qu'un petit amant. C'est moins laid qu'un radiateur, Ou qu'un'bouch'de chaleur. Quoi de plus charmant Qu'un petit amant. C'est facil'comme entretien, Ça n'consornm'presque rien. Si vous avez la chair de poule Dans l'dodo c'est plus chaud qu'un'boule. Par un temps glacial, C'est l'poele idéal. On n'fait rien d'mieux comm'chauffag'central. Nini patienta trois semaines ; et puis, un samedi soir, elle arriva sans crier gare. Si encore il avait plu le dimanche ! C'eût été un prétexte pour rester à l'hôtel ou pour aller au cinéma  : les salles de cinéma sont obscures, et on ne risque pas d'y être vu. Mais il fit une de ces journées de printemps, fraîches et claires, qui invitent à la promenade. Nini voulut donc visiter la ville. Fort habilement, M. Delorme évita la rue de la Sous-Préfecture où, comme chacun sait, tous les Boulinvillois se réunissent le dimanche. Nini et son guide firent le tour des boulevards. Mais voici que, au moment où ils approchaient de la vieille Porte des Harengères, l'employé aperçut son chef, M. de Grandnom, venant en sens inverse, avec sa dame au bras. Le pauvre Delorme, affolé, glissa tout bas à Nini  : — Attention ! Voici mon chef ! Et Nini, croyant bien faire sans doute, s'avisa de prendre aussi le bras de son compagnon. M. de Grandnom s'était certainement aperçu de quelque chose, car il rendit le salut de M. Delorme d'un air embarrassé. Aussi, le lundi matin, le pauvre homme rie fut-il pas étonné quand le chef, pénétrant dans la salle des expéditionnaires, déclara d'un ton terrible  : — M. Delorme, vous viendrez me parler dans mon bureau à midi.
— Et mes seins, qu'en dites-vous, cher maitre ? — C'est cela, baronne  : causons chiffons ! Toute la matinée, M. Delorme fut inquiet et absorbé. Il imaginait fort bien la scène qui allait se passer. Le chef lui dirait (lue, l'ayant vu se promener dans Boulinville avec une concubine, il était obligé de se priver de ses services. Et M. Delorme se voyait, très digne, donner sa démission. Lui, il reprendrait ses fonctions de professeur de billard avec un certain plaisir ; niais Nini lui ferait des scènes pendant quinze jours, et l'appellerait idiot. C'était son niot, ça, idiot Les deux collègues de M. Delorme, cependant, se préparaient à partir. Il était midi, mais le pauvre était si préoccupé qu'il n'avait pas entendu l'heure sonner. Sinistre, la porte du chef s'ouvrit  : — M. Delorme ! L'infortuné pénétra dans l'enceinte où il allait entendre prononcer son arrêt d'expulsion. M. de Grandnom, avec un sourire contraint, commença  : — M. Delorme, maintenant que nous sommes seuls, j'ai quelque chose de grave à vous dire. Hier, nous nous sommes croisés sur le boulevard. A votre bras, vous aviez une femme, moi aussi... L'employé se sentit pâlir et ne souffla niot ; M. de Grandnom continua  : — Seulement, entre ces deux femmes, monsieur, il y a une différence, une grande différence... Vous êtes Parisien, et par conséquent, je le sais, au-dessus des préjugés des Boulinvillois. Vous ne partagez pas, j'en suis sûr, à l'égard de l'union libre, l'aversion de tant de nos concitoyens... M. Delorme se leva pour donner sa démission avec noblesse, mais l'autre l'empêcha de parler  : — J'ai bien vu, à la façon dont Mme De - borine vous a pris le bras, hier, qu'elle avait deviné la vérité  : on ne peut rien cacher à une Parisienne... Eh bien, oui, monsieur, j'en conviens, mais je vous en prie, Ibo\Dessin de H. GERBAULT n'en parlez à personne. Ma femme n'est pas... Enfin, vous comprenez... Une liaison de jeunesse... Nous ne sommes pas mariés... D'abord interloqué, M. Delorme avait vite repris son aplomb  : Monsieur, vous pouvez compter sur ma discrétion... sur notre discrétion, à Mme Delorme et à moi. M. de Grandnom lui serra la main  : — Je vous remercie, vous savez... D'ailleurs, j'avais déjà remarqué votre intelligence. Sur ma demande, M. le souspréfet vous augmente de cinquante francs à partir du mois prochain. Léon LEMoNNlh:lt'PARIS °'DEAUV tLLE — Alors, quand je la verrai, qu'est-ce que je lui dirai, à ta femme ? Ma foi, mon vieux, fais comme pour toi l Dessin d'Arsène BRIVOT



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