Le Rire n°287 2 aoû 1924
Le Rire n°287 2 aoû 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°287 de 2 aoû 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 42,0 Mo

  • Dans ce numéro : sur le turf.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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— Est-ce qu'il y a des tournées Baret, à Paris ? YETTE. C'est bien ! Je ne vous demande pas de détails ! LA BONNE. — Je Comprends alors pourquoi j'ai sonné toute la matinée sans qu'on me réponde ! JACQUES. - C'est la première fois que vous venez à Paris ? LA BONNE. — Oui, monsieur, je suis arrivée d'hier au soir. J'étais placée dans mon pays. JACQUES. r Vous êtes du Midi ? LA BONNE. Comment Monsieur le sait-il ? JACQUES. - Oh ! une idée comme ça ! LA BONNE. Je suis de Bayonne. YETTE. - Combien demandez-vous ? LA BONNE. - Ce que Madame voudra. YETTE. - Je ne veux pas beaucoup. LA BONNE. - Là oh j'étais, je gagnais zoo. YETTE. - I00 seulement ? Moi, je vous donnerai 15o. LA BONNE. - Ça fait moins. JACQUES. - Mais non, voyons ! Vous ne savez pas compter ? LA BONNE. Si ! Ça fait moins. J'étais chez des Espagnols, qui me payaient en pesetas. JACQUES. - Ah ! ben, à Paris, c'est la pé pète ! Pepetas ! Vous aurez 175, là ! et 20 francs de ciné. Ça vous va ? LA BONNE. - Je ne vais pas au cinéma, je préfère le théâtre. Est-ce qu'il y a des tournées Baret à Paris ? YETTE, riant. — Ah ! non. LA BONNE. - Tant pis ! tant pis ! Et l'on dit que la province retarde ! YETTE. Eh ! bien, c'est entendu. Je vous engage. LA BONNE. - Bien, madame. Je crois que nous nous entendr.)ns bien. Madame a l'air d'avoir bon caractère, et comme moi je suis plutôt coléreuse, ça fera une bonne moyenne ! JACQUES. Parfait ! Et maintenant, allez vite nous faire à déjeuner. Nous mourons de faim. LA BONNE. - Monsieur et Madame n'ont pas encore déjeuné à trois heures de l'aprèsmidi ? Ah ! les proverbes sont bien menteurs. On dit  : « Qui dort dîne 0. C'est « Qui ne dort pas dîne , qu'on devrait dire ! YETTE. Comment vous appelez-vous ? LA BONNE. - Gachucha. JACQUES. — Quoi ? LA BONNE. " - Gachucha. Ça veut dire  : gracieuse, en basque. JACQUES. Bon ! Eh bien, allez vite nous faire à manger... gâcheuse. (La bonne sort.) SCÈNE III Yette, Jacques. YETTE. — As-tu l'impression que c'est une perle ? JACQUES. - Japonaise, tout au plus ! METTE. En tout cas, elle est nature ! JACQUES. - Ah ! pendant qu'elle nous prépare le déjeuner, je vais descendre chercher de quoi améliorer l'ordinaire. YETTE. - Oh ! non, chéri ! JACQUES. — Si ! J'en profiterai pour faire une brève apparition au bureau. YETTE. - Il n'y a pas vingt-quatre heures que nous sommes mariés, et tu me quittes déjà ! JACQUES. - Dans un quart d'heure je suis de retour, mon ange ! (Il l'embrasse.) Où est mon pardessus ? YETTE. - Je ne sais pas... Toi, tu le sais mieux que moi. Tu connais la maison... Tu as l'habitude, toi. JACQUES - Ah ! le voilà !... A tout de suite ! (Il va vers la porte de droite. Elle le rappelle.) YETTE. - Chéri !... Embrasse-moi ! (Il revient l'embrasser.) Promets-moi que tu n'as jamais aimé personne avant moi ? JACQUES. — Mon petit ! Mais je te le jure ; — C'était bon, mais boni... On s'en est fourré jusque-là ! TETTE. Jamais, jamais ? JACQUES. — Jamais. METTE. — Mais tu as eu des maîtresses pourtant ? 1ACQUES. - Quel grand mot ! Mais non, des passades, des aventures,our P la plupart P P sans lendemain. YETTE. - Et des liaisons ? JACQUES. — Je n'ai jamais su les faire. Rien que des légumes. YETTE. - Vrai ? JACQUES. — Vrai de vrai. YETTE. - Et... ces béguines... elles couchaient ici ? JACQUES. — Oh ! à peine... L'espace d'un matin. METTE. Elles ne s'installaient pas à demeure ? JACQUES. - Tu es folle ! Jamais une femme n'a dormi sous ce toit deux nuits de suite. METTE, souriant. — Eh ! il faut que je prenne garde. Je n'ai pas encore battu le record ! Tu veux bien de moi cette nuit qui vient ? JACQUES — Mon amour, toi, tu es ma femme. YETTE. - Je suis contente... J'avais si peur que tu n'aies eu dans ta vie d'autres femmes. JACQUES. - Enfant ! Petite enfant ! Tiens ! je serais même incapable de te dire leurs noms. YETTE. Mais tu te rappelles leurs traits ? JACQUES - Pas le moins du monde ! Je n'ai dans la tête que ta chère petite image, qui a fait disparaître tous les quelconques visages de figurantes qui pouvaient s'y trouver. Je n'ai même pas de souvenirs. (Il l'embrasse à nouveau et s'éloigne.) A tout de suite ! YETTE. - Non ! plus vite encore ! (Il lui envoie un baiser et sort.) SCÈNE IV Yette, La bonne. (Restée seule, Yette sonne, puis elle se met à envoyer des baisers vers la porte par oh Jacques vient de sortir. LA BONNE. — Ha ! Madame est heureuse ! C'est Monsieur qui a rendu Madame comme ça ? YETTE. - Oui, Gracieuse ! Dites donc, je vous ai sonnée pour vous avertir que Monsieur est très difficile pour ses affaires. Il faut lui repasser ses pantalons tous les jours, et tout lui préparer sur une chaise le matin. LA BONNE. - Bien, madame... Ah ! Madame a de la chance d'avoir pu régulariser. TETTE. Mais je n'ai pas régularisé ! LA BONNE. — Enfin, d'avoir pu passer devant M. le Maire. Le mien m'a lâchée pour une autre. YETTE. - 11 ne vous aimait peut-être pas. LA BONNE. Si ! Il m'aimait bien. Seulement tout ça c'est une question de circonstances. Je n'ai pas été assez maline... Amener son homme devant le maire ou l'adjoint, c'est encore le lien le plus solide de l'amour. TETTE. — Eh ! bien, vous en avez de bonnes ! (Sonnerie du téléphone.) LA BONNE. - De bonnes, oui... METTE, allant au téléphone. — Allo ?... Oui !... C'est toi, maman ?... Comment je vais ? Admirablement !... Si ça s'est bien passé ?... Mais tout ce qu'il y a de bien !... Ah ! oui, je te remercie !... Une délicieuse surprise... C'était bon, mais bon ! Merveilleux !... On s'en est fourré jusque-là !... LA BONNE, scandalisée. — Hé ! bé !... YETTE. - Moi, Je m'en suis léché les doigts ! Quant à Jacques, il en a repris trois fois ! LA BONNE, de méme. Hé ! bé !... YETTE, à la bonne. - Mais qu'est-ce que vous avez ?... (Riant.) Ah ! rassit- (rez - vous, Gachucha ; je parle d'un gâteau que maman nous avait envoyé hier soir ! LA BONNE. - Ah ! bon !... METTE, au téléphone. — Alto !. Lui ? Adorable !... — Depuis trois (MS qu'on est ensemble, c'est la première fois qu'on se séparait.
f ; ANS LES VIGN`TES DUJ SEIGN1Uf& AfCÔU4tiEMENT LABORIE Wt — C'est un drôle de pistolet ! — L'enfant se présente mal... — Oui, mais il n'y a plus rien à craindre  : il est parti ! — Je vous autorise, monsieur, à lui donner une sérieuse leçon Dessin de J.-J. ROUssAu. de politesse. Dessin de M. SAUVAYRE. Un être exquis... Entendu, maman. Au revoir ! (Elle raccroche.) LA BONNE. - La maman qui est inquiète ? YETTE. - Occupez-vous de votre déjeuner, vous ! Et apportezmoi un sandwich dans ma chambre, en attendant. (Elle sort à gauche.) LA BONNE, sortant par le fond. Un sandwich ? Qu'est-ce que c'est que ça ? SCÈNE V Lulu, puis la bonne. (A peine est-elle sortie que, par la porte de droite, entre Lulu, en costume de voyage, portant deux valises.) LULU. — Coucou ?... Tiens ! N'y a personne !... Ah ! que je suis bête ! A cette heure-là, il est au bureau. (Elle pose ses valises, lance son chapeau sur un fauteuil, sa veste sur un autre, et appelle.) Marie !... Naturellement elle ne répond pas ! Ça n'a pas changé ! (Elle ouvre la porte du fond.) Marie !... LA BONNE, entrant.— Mad... Hé ! ce n'est plus la même !... LULU. Tiens ! Marie est partie... c'est une autre... Alors vous êtes ?... LA BONNE. - De Bayonne... Mais comment êtes-vous entrée ?... LULU. — Par la porte, pardi ! LA BONNE. Je ne vous ai pas entendue sonner. LULU. Mais j'ai la clef, ma fille ! Allons, réveillez-vous !... Oh ! là, là, je crois que Jacques a eu bien tort de renvoyer Marie. LA BONNE. - Et qu'est-ce que vous désirez ? LULU. — D'abord que vous ayez l'air moins abruti, et puis que vous me parliez à la troisième personne. LA BONNE. - Oh ! pardon ! Je n'ai pas d'observation à recevoir de vous. LULU. — Mais justement ! Je suis Madame, comprenezvous ? LA BONNE, à part. — Vierge Marie ! Je suis chez un bigame ! LULU. — Monsieur ne vous a donc pas parlé de moi ? LA BONNE. Je ne suis présente que d'aujourd'hui. LULU. — Tout s'explique... Eh ! bien, je vais vous mettre au courant. J'étais en voyage. Je suis partie il y a un mois et demi en Amérique, en tournée, parce que faut vous dire que je fais du théâtre. LA BONNE. Je l'aime beaucoup. LULU. — Je devais rester trois mois absente. Seulement la tournée n'a pas fait d'argent... LA BONNE. La tournée Baret ?... LULU. — Non. Alors on est rentré six semaines avant. Et me voilà. J'ai pas eu le temps d'écrire. J'arrive sans prévenir, en surprise ! LA BONNE. - Monsieur va être rudement content ! LULU. Tu parles !... (Se reprenant.) Vous parlez ! Depuis trois ans qu'on est ensemble, c'est la première fois qu'on se séparait. LA BONNE. - Madame devait se languir. LULU. — Je vous crois ! Surtout que je n'avais aucune nouvelle... Alors, ma petite, vous pourrez défaire mes valises et tout ranger. Ah ! pendant que j'y pense, puisque vous n'êtes pas encore au courant, Monsieur est très difficile pour ses affaires. 11 faut lui repasser ses pantalonS tous les jours... LA BONNE. -... Et tout préparer sur une chaise le matin, oui, on me l'a déjà dit. LULU. — Bon ! Venez ! Je vais vous montrer où sont les armoires. (Elle va vers la gauche.) LA BONNE. - Deux mattresses ! C'est aussi embêtant pour la servante que pour l'homme. (Au moment où Lulu ouvre la porte de gauche, Yette en sort. Elles se trouvent nez à nez.) (A suivre.) Serge VEBER. (Illustrations de DHARM.) [nouez vos lettres et colis, allez au MAROC et en ALGÉRIE par AVION —Lignes'ariennes LATECOERE, Paria



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