Le Rire n°286 26 jui 1924
Le Rire n°286 26 jui 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°286 de 26 jui 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 89,1 Mo

  • Dans ce numéro : talis pater.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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tristes individus se fassent oublier, c'est tout ce que nous leur demandons... Qu'ils rentrent dans une obscurité dont ils n'auraient jamais dû sortir. ** Qu'un pardon généreux soit aussi accordé aux officiers. Evidemment, ils ont commis des fautes graves, ils ont entraîné leurs troupes à l'attaque, ils se sont rendus coupables de ce crime qu'on a appelé la u fuite en avant Ils ont quitté leurs lignes... pour prendre d'assaut celles d'en face. N'est-ce pas là une manière de désertion ? Mais l'amnistie jettera sur ces tristesses son voile d'indulgence et d'oubli. Il faudra surtout pardonner à tous ces simples, ces naïfs, ces illuminés qui, dans les premiers jours d'août, ont rejoint les dépôts de leurs régiments. Quelle folie les poussait ? Nombre de ces malheureux ont poussé le cynisme jusqu'à chanter, non pas l'internationale, mais des airs patriotiques. D'autres, qui n'étaient même pas appelés, ont voulu s'engager, allant jusqu'à dire avec une incroyable inconscience  : — Nous voulons nous battre le plus tôt possible ! Les auteurs de tels excès semblent devoir être privés des bienfaits de l'amnistie... Ils ont donné tin lamentable exemple à la jeunesse et mérité le plus dur châtiment. Mais ces individus ont, pour la plupart, expié, soit pendant la guerre, soit depuis... Combien sont mutilés, aveugles, malades ! Ils ont donc droit à notre pitié... Ne la leur refusons pas et espérons que notre clémence les décidera, dans l'avenir, à faire oublier leurs tristes exploits. Nous les avons, pour notre part, déjà oubliés. *** Enfin, il est des civils qui ont eu, pendant la guerre, une déplorable, une criminelle attitude. Ces hommes d'Etat, ces diplomates, ces écrivains qui ont cru Ben, monsieur, vos voisins se plaignent  : vous rincez des dents sans arrêt — Je me les aiguise, mon ami, pour pouvoir couper la viande que vous m'avez servie ! Dessin de R. CHANCEL. hi[V t » -)cer (t — Non, non, pas avant d'être allés à l'Église... — Justement, nous y Dessin de Roger PRAT. devoir, comme ils disaient, « soutenir le moral des populations » auraient dû comparaître devant la Haute-Cour. Il est trop tard aujourd'hui... Et puis, nous sommes pour l'apaisement. Amnistions ces égarés, ces malheureux, ces pauvres types qui n'ont pas su distinguer leur vrai devoir... Accordons-leurup pardon qu'ils s'efforceront sans doute de mériter en rachetant leurs erreurs passées. ** Voici d'ailleurs le texte du projet de loi qui va être déposé sur le bureau de la Chambre  : Art. ter. - L'amnistie est accordée aux militaires de tous grades qui ont combattu ou servi pendant la guerre. Art. 2. — Le bénéfice de la loi sera étendu it tous les civils qui se sont rendus coupables de crimes ou délits inspirés par le patriotisme. Art. 3. — Seuls ne seront pas amnistiés  : les mobilisés titulaires de plus de cinq citations à l'ordre du jour de l'armée ; les engagés volontaires qui, au moment de leur engagement, pouvaient, eu raison de leur âge, rester dans leurs foyers ; les inventeurs qui ont fourni aux 4rmées des moyens de combat. M. Clemenceau ne bénéficiera pas non plus de l'amnistie et continuera à subir, rue Franklin, la peine de réclusion à laquelle il a été condamné. Art. 4. - La réhabilitation de Bolo èt de Mata-Hari sera réclamée d'urgence de la juridiction compétente. Ces mesures donneront sans doute satisfaction à tous les bons citoyens. Elles ont déjà reçu l'approbation enthousiaste de l'Association internationale des déserteurs, de la Ligue des insoumis, de la Société des prisonniers volontaires, etc., etc. Clément VAUTEL. « En voilà des histoires. » — Rassurez-vous, il ne s'agit pas de politique, mais d'un amusant volume de notre collaborateur Adrien VELY, que nous ne saurions trop recommander aux amateurs de fine et spirituelle gaieté.
DEMANDE EN MARIAGE Ls PEINTRE. - Pas le sou, c'est vrai. mais j'ai quelque chose dans le ventre... LA MÈRE. - Vous aussi ? Dessin de H. MIReNDE. CINQ CENTS BALLES Hubert Palissot commença par se gratter vigoureusement la téta. Il eut ensuite la curiosité de regarder la femme avec qui il venait de passer la nuit. Cette jeune personne se prénommait Irma. Ce premier point était acquis. Et la délicieuse ankylose qui engourdissait les reins de Palissot lui rappela que la brune Irma était de ces travailleuses qui arrivent dans la vie à la force des poignets et qu'elle n'aurait pas volé les cinq cents balles que le jeune homme avait juré de ltii remettre en la quittant. Car c'était là le second point, le plus inquiétant  : Ilubert avait promis à sa compagne une somme dont il ne possédait pas le premier décime. Cette constatation lui arracha un mouvement de mauvaise humeur qui éveilla Irma en sursaut. Elle tourna un oeil bienveillant, niais cerné, du côté de son infatigable client  : — Bonjour, toi ! dit-elle avec civilité. — Bonjour, toi ! répondit Hubert. — Ouf ! quelle nuit ! constata Irma, en bâillant... On peut dire que tu m'as eue ! — Et même plusieurs fois ! âssiira Palissot, qui avait le sens de la statistique. Muette et les sourcils froncés, Irma s'absorba dans ses soutenirs. Elle comptait sur ses doigts. Les deux mains y passèrent. — Je suis comme ça, moi ! déclara Palissot avec une feinte modestie. La femme de chambre qui apporta le déjeuner sur un, plateau évalua, d'un oeil connaisseur, l'épuisement de §a. mattresse. Si Madame applique le tarif syndical, qu'est-ce que le type va avoir à raquer ! pensa-t -elle. Le type buvait son chocolat avec appétit. Et mes cinq cents balles ? Tu y penses toujours ? lui demanda Irma. Palissot était d'une nature exceptionnelle, mais timide. L'idée de ce qui allait se passer, lorsqu'il déclarerait à sa compagne qu'il n'avait pas un rotin sur lui, l'inonda d'une sueur glacée et il sentit, soudain, le poids de l'abus de confiance qu'il avait dix fois commis.



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