Le Rire n°282 28 jun 1924
Le Rire n°282 28 jun 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°282 de 28 jun 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 43,5 Mo

  • Dans ce numéro : hotel du commerce.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LA LOI I)U NOMBRE — Comment, ta femme a deux amants, et tu supportes ; a ? — Que veux-tu que je fasse ?... Je suis la minorité. Dessin de GKORGE-EDW&WD. A MONTMARTRE UNE VOCATION La môme Emma se balade avec un panier plus gros qu'elle. Elle vend des fleurs aux terrasses des cafés. Ce n'est pas que ce soit très lourd, mais un geste professionnel, qui la courbe vers la gauche, déforme ses hanches et quand, plus tard, elle se sera fait une situation dans le monde, il faudra qu'elle triche pour ne pas laisser voir la trace lointaine de son premier métier. Pour l'instant, c'est une gamine sans âge, aux cheveux noirs, raides comme ceux des poupées japonaises  : jadis, c'est sa mère qui portait le panier, elle se faufilait dans les tables et offrait des fleurs dont la queue s'était tiédie dans l'étreinte de ses mains sales. Le jour oh sa mère est entrée à Lariboisière pour y mourir, Emma a repris le panier, et elle continue à travailler pour son père qui se *Ale, comme elle a vu faire sa mère pendant toute son enfance. Elle est sérieuse, une petite ride barre son front, elle n'aime pas les plaisanteries et quand un consommateur lai pince les cuisses, cette privauté n'est pas accueillie par des cris de pudeur alarmée, mais par des menaces rageuses  : la'oolère illumine son visage terne et une flan+e de meurtre passe dans ses yeux. Non qu'elle ait de la'vu une idée exagérée. Elle a été affranchie assez tôt de tous les préjugés et elle a assisté au spectacle de l'amour, avec une moue dégottée, quand sa brute de père renversait sa mère sur le grabat'et passait son plaisir comme il pouvait, pour compléter une bonne journée qui avait commencé par des chopines de vin blanc et s'était protougée devant des amers-menthe. Mais, si elle n'est pas prude, elle a 4e la pro priété une idée personnelle son corps maigre n'appartient qu'a elle ; elle le donnera à qui elle voudra, et non pas à tous ces clients qui roulent des yeux en bote quand elle'passe le long des terrasses, en traînant après soi une petite odeur d'herbes fanées et de corps mal lavé. *** Elle a un amoureux, un amoureux oisif et beau gosse à qui elle offre des cigarettes blondes, ou des verres sur un zinc de la rue Houdon. Jusqu'à présent, leur idylle s'est passée en conversations. Mais Emma sent battre son coeur d'un mouvement trop prompt quand elle aperçoit de loin Félix, coiffé d'une casquette anglaise et le cou engoncé dans le col d'un chandail de boxeurs. Lui la prend par la taille et caresse à travers l'étoffe d'imperceptibles petits seins durs. Elle le laisse faire ; lui seul a droit à ces faveurs, et s'il l'emmenait quelque part, loin des foules, et s'il voulait la prendre, elle se laisserait faire. le plus simplement du monde, dans un abandon d'esclave, puisque vingt générations ont mis en elle cette soumission de la femelle au mâle, sans une révolte, sans un étonnement. ** Et cela s'est passé sans chiqué et sans douleurs. Félix est devenu l'amant d'Emma. Emma ne rentre plus le soir chez son père qui la cherche, non avec l'angoisse d'un parent inquiet de l'absence d'une enfant chérie, mais avec la colère d'un homme qui n'a plus pour boire les bénéfices que sa fille lui abandonnait assez régulièrement. — Cette garce-là ! Si je la chope... Mais il ne la chopa pas  : car Félix avait des idées de luxe, et les maigres gains de sa bonne amie ne suffisaient pas à son ambition. A seize ans, il avait trop d'admiration pour des copains dont les femmes travaillaient tandis que, la nuit, ils jouaient â la belotte, et que, l'après-midi, ils allaient aux courses. D'abord Emma eut une sorte de désillusion quand il la mit au courant de ses projets. Ainsi elle s'était donnée à lui et, tout de suite, il l'envoyait à d'autres, comme si un amour comme le sien ne méritait pas de ménagements. Mais des amies des amis de Félix la persuadèrent que les mêmes gestes pouvaient n'avoir aucun rapport, selon l'intérêt qu'on y prend ou le dédain avec lequel on les accueille. On l'habilla et on la descendit dans des bars où sa jeunesse jeta les patronnes en extase  : - Jeune et jolie comme t'es, pour peu que tu soyes raisonnable, comment que tu dois réussir ! Mais elle avait un caractère indépendant, et comme disait Germaine, la tenancière d'un bar de la rue Duperré  : — Avec elle, les michés n'ont pas beau spiel » ! Les premiers temps, on estima qu'elle se ferait à son nouveau métier, mais bientôt Félix lui-même, qui avait pris des manières de dresseur, dut avouer qu'elle n'avait pas la vocation... ** Je l'ai revue cette semaine, elle a dix-huit ans, elle se faufile parmi les consommateurs des terrasses avec son grand panier retrouvé  : le soir, elle revient chez son père qui, à son retour, lui a pardonné bien des choses. Quant à Félix — quand il veut, où il veut, à la condition que, pour le business, il lui fiche bien la paix. Robert DIE tinoN Ni:. — C'est joli chez lui ? - Je ne sais pas... Je n'ai jamais vu que le plafond. Dessin de VARt.
N°10 28 Juin 1924 LE CAIAHD DE COLONIES ORGANE HEBDOMADAIRE ET OLYMPIQUE » LE COMITÉ INTERNATIONAL OLYMPIQUE Le marquis DE POLIGNAC, délégué français. LA RÉUNION DU JEUDI Ayant appris que leC. I. O. se réunissait jeudi s6, à 2 heures de relevée, dans les bureaux duC. O. F., dès midi nous nous hissions sur le toit de l'immeuble aux cinq anneaux, et nous nous glissions dans celle des cheminées qui nous parut la plus olympique... Une minute après, nous atterrissions dans la pièce même où se tenait la fameuse réunion, et, dissimulé par la trappe, nous entendions ; sans en perdre une bouchée, ce qui se disait. C'était d'abord M. Pierre de Coubertin qui déclarait  : — Messieurs, la séance est ouverte... Ensuite, tous les délégués se mettaient à parler à la fois ; les uns en anglais, les autres en espagnol, ceux-ci en russe, ceux-là en bulgare, en chinois, en grec, en hollandais, en hindou, en javanais. Comme nous ne connaissions ni l'anglais, ni l'espagnol, ni le russe, ni le bulgare, ni le chinois, ni le grec, ni le hôllandais, ni l'hindou, ni le javanais, nous n'y aurions rien compris si, de temps, à autre, Le délégué suédois. les délégués fran- la Semaine Olgmpîue Cette semaine, les Jeux olympiques n'ont pas beaucoup déplacé les foules... Tout le monde conserve soigneusement ses cent sous (de train) et ses dix francs (de stade) pour le mois prochain... N'empêche que les épreuves ont été chaudement disputées  : POLO C'est à Bagatelle que la France et l'Angleterre ont mis ça pour le premier match de polo. La.partie fut des plus courtoises, comme il sied entre gentlemen -ridés... Au signal, les Français se sont élancés sur les Anglais aux cris de  : « Polo ! Polope ! ».  : 11.n'y a eu qu'un.mort.etsept blessés., En outre, un cheval anglais, qui avait été mordu à la patte par'un joueur français, dut'être abattu sur plaee. Ajoutons que le prince de Galles ne figurant pas.dans 1 équipe anglaise, il n'y a aucune chute à signaler. TIR Le tir se tire. Toute la semaine, on a tiré : à Châlons, à la cible.'Le vainqueur recevra une Pan-Pan (naturellement 1). A Reims, ia cathédrale a été tout épatée qu'on ne tire pas sur elle. Elle en a tellement l'habitude ! A Versailles, on a tiré le cerf et joué tout le répertoire de Labiche. A Issy-les-Moulineaux, on a tiré le pigeon et on l'a égaiement plumé. S'EST RÉUNI TROIS FOIS Trois fois — et de trois façons différentes — le Canard de Colombes assiste aux débats. pourtant rigoureusement privés. — Ce qui s'est dit. — Ce qui ne s'est pas dit. — Ce qui aurait pu se dire. — Ce qui ne se dira jamais. — Ce qui finira par se dire. — Ce que disent ceux qui ont dit ce qui se dit. — Ce qu'il ne faut pas dire. çais n'avaient égalemen,t glacé leur mot dans l'affaire  : a Tue-le ! « A la gare !... » « Vos gueules !... a a Et ta petite soeur ?... etc... A six heures, la séance était levée, la trappe, également, et nous recevions un vaste coup de pied dans les fesses. LA RÉUNION DU VENDREDI Instruit par l'expérience et fermement résolu à ne pas louper la seconde réunion, nous nous glissions le soir même, nuitamment, dans la salle des réunions, et nous placions, sous le fauteuil présidentiel, un phonographe enregistreur. Dans la nuit du vendredi au samedi, nous nous replissions dans Le délégué javanais. ladite salle, nous récupérions notre appareil,.et nous l'apportions, tout frémissant, dans les locaux du Canard de Colombes où des traducteurs anglais,  : espagnol, russe, bulgare, chinois, grec,'hollandais, hindou et javanais attendaient que le disque voulût bien révéler son olympique secret... Nous le mettions aussitôt en marche, et ça donnait le résultat suivant  : — Dis donci'c'est rien chouette, ici ! — J'te crois ! C'est, la salle des réunions ! Même qquu'en, ce moment, ça devrait être plein de deléués, mais, comme il fait un peu tiède, la reunion a lieu au petit bistrot du coin... ESCRIME Le tournoi d'escrime olympique commence le 28. Inutile de, dire que tous nos espoirs reposent sur Gaudin — qui est un homme à'poêle. En outre, notre champion, qui, rappelons-le, est gaucher, est assuré de l'appui des gauches. Ça ne veut pas dire que, de ce tournoi — qui, heureusement, ne se dispute pas à Versailles — il est sûr d'être l'heureux élu... — On peul s'asseoir sur le divan ? — On peut même l'essayer ! — Voyons, mon coco, sois raisonnable... — Ma louloute' ! Oh ! mon chéri, qu'est-ce que tu fais ? — Moi, ma louloute. maise... Et le reste se perdait s dan un bruit de ressorts et de défaite. LA RÉUNION DU SAMEDl'Le délégué moldo-valaque. Encore plus instruit par l'expérience et plus fermement résolu à ne pas louper la troisième réunion, nous envoyions, sans retard au délégué de Cuba, le telégramme -suivant  : RéunionC. I. O. remise â lundi » « Frantz REICHEL. » Nous nous composions la physionomie du sympathique délégué et nous nous présentions en ses lieu et place, après avoir eu soin d'inscrire, sur nos manchettes, des rudiments d'anglais, d'espagnol, de russe, de bulgare, de chinois,de grec, de hollandais, d'hindou, et de javanais. A deux heures précises nous fran chissions, sans encombre, le seuil de la salle des réunions,-nous prenions place, précisément, sur le divan dont il fut question au cours de la seconde réunion et, nous entendions, pour la deuxième fois, le baron prononcer la En vue de l'ouverture... C'est le 5 juillet qu'on ouvre officiellement les Jeux. M. Millerand, qui avait commencé de répéter sa scène du stade, s'est vu retirer le rôle. M. Painlevé, qui l'avait apprise en douce, n'a pas persisté... Quant à M. Doumergue, il a fait édifier un petit stade sur la pelouse de LA MEDAILLE OLYMPIQUE On sait que les prix olympiques consisteront en une médaille  : d'or, pour les athlètes à change haut ; de fer blanc, pour les athlètes à change bas ; de chocolat, pour les athlètes français... Nous avons la bonne fortune d'en donner à nos lecteurs (et à notre abonné) le fac simile. L'AVERS. LE tiEVF:ns. DEVISE OLYMPIQUE DU PAVILLON FRANÇAIS  : « Mergitur nec fluctuat. » phrase rituelle  : — Messieurs, la séance est ouverte. LE DÉLÉGUÉ DA- NOIS. - Qu'esce qui était à Colombes, hier ? LE DÉLÉGUÉ ESPAGNOL. — Pas moi,) 'étais rue des Martyrs ! LE DÉLÉGUÉ FINLANDAIS. — Tiens ! moi aussi ! LE DÉLÉGUÉ BULGARE. — A quel numéro ? Moi, j'étais au 254... LE DÉLÉGUÉ CANADIEN. — Tiens ! MOl'aussi ! LE'DÉLÉGUÉ AMÉRICAIN. — Moi, j'étais chez celui d'Antonin LE DÉLÉGUÉ GREC. — Tiens ! moi.aussil LE DÉLÉGUÉ ROUMAIN. — Alors, VOUS connaissez Sarah ? LE DÉLÉGUÉ MOLDO-VALAQUE. —.Oh1 moi, je, prends toujours la négresse ! LE DÉLÉGUÉ SUISSE. Tiens ! moi aussi ! LE BARON. — Messieurs, les -.engagements pour les.J. O. sont clos. Nous pouvons, d'ores et déjà, compter sur la participation de 45 nations  : c'est vous dire la foule que çareprésente à Colombes... LES DÉLÉGUÉS. — Et rue des Martyrs, donc ! La séance est levée. M. A. Le délégué chilien. Le délégué malabare. l'Elysée, et, chaque jour, il s'entraîne en vue du tournoi du Coup de chapeau. Battra-t-il le vieux record de Félix Faure  : 12 coups à la seconde (record du monde) ? PETIT JEU OLYMPIQUE ( (QUE PENSEZ-VOUS DES J.I. ? I Notre Petit jeu duC. O. F. nous a valu une avalanche d'amusantes réponses. Le classement n'en est pas encore terminé. Néanmoins, pour faire patienter nos lecteurs, nous donnons, aujourd'hui, les premiers..envois sélectionnés. Les voici  : Cet Or Fichu ! Emile REN'AU'DIN, Le Mans. Cucu Onéreux Fatigant. Edward'LONG, 39, boulevard Saint- Louis, Aix-en-Provence. C'est Obsédant Franchement. Illisible. Charmantes Obsèques Françai es.. : Missia, 5, rue -de r'Agent-Bailly. Coubertin Olibrius'antoche. A. B., 114, rue Monge, P.Ça Occupe Frantz ! Le Ldche Anonyme. C'est Ostensiblement Foutu ! R. A., Io, rue Charles-Nodier. Contribuables Odieusement Fauchés.L. POITEVIN, rue Lafontaine, Fontenay-aux-Roses. -Sont-ce ces réponses qui vont décrocher les Arnac (valeur  : soo francs) ? La suite (au prochain numéro) nous l'apprendra...



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