Le Rire n°278 31 mai 1924
Le Rire n°278 31 mai 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°278 de 31 mai 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 40,7 Mo

  • Dans ce numéro : la nouvelle robe.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LA LOTION ÉPILATOIRE Hyacinthe Perdigoux tenait, à Castel-sur-Tech, le coiffure le mieux achalandé du pays. Sa boutique Au Figaro était le lieu de rendez-vous et de barbification lés notabilités de la ville ; le maire y coudoyait le juge de paix et l'ingénieur agronome, et il n'était pas rare de voir répondre à l'appel classique du premier de ces messieurs , le président du tribunal ou le receveur de l'enregistrement. L'élégante Mme Perdigoux (Nathalie) trû-. nait avec autorité derrière la caisse, entourée de savons de toilette. de perruques, de brosses à dents et de flacons de parfums moins suaves à respirer, certes, que devait l'être l'odeur de sa chair satinée, aussi agréable à regarder que l'était peu, le visage couperosé de son coiffeur d'époux. Il faut bien reconnaître que beaucoup de Castellois donnaient leur clientèle à la maison Perdigoux non pas tant pourh, sûreté et la douceur de main d'Hyacinthe ou de son aide Catulle, que surtout pour le sourire à trente-deux perles de la belle Nathalie Perdigoux. Jusqu'alors, cependant, les mauvaises langues pouvaient rien dire sur le compte de la jolie salon de rasoir de de toutes de la ville ne femme. Max plus tenaces, Trouche, l'agent voyer, un de ses soupirants les avait eu beau essayer toutes les coupes de cheveux et de barbe connues pour être plus souvent en présence de la belle Nathalie, il n'avait obtenu aucun résultat. Cependant, depuis un mois date qui coïncidait avec l'arrivée à Castel-sur-Tech du nouveau premier clerc de maître Grattenud, notaire — un observateur avisé aurait remarqué qu'nnè légère rougeur empourprait les joues de Mme Perdigoux dès que Roger Flan, c'était le premier clerc, pénétrait dans le lavatory. 11 en aurait conclu que Roger n'était pas indifférent à la jeune femme et il aurait eu raison ; raison à un tel point que, sans violer le secret professionnel, nous pouvons affirmer que Hyacinthe Perdigoux fut cocufié le plus congrument du monde exactement entre le kilomètre 283 et le kilomètre 284, certaine nuit où Nathalie et Roger, seuls dans un compartiment de pre- ri& wriiii- ; "',111111/14/kifiLi'Y.iiiTli/, I 1-`, Peut-être qu'à l'heure où tu liras ceci, je serai morte..., morte d'amour pour toi, eruel1... a Dessin deL. Luc. FAUSSE MANŒUVRE — Rassurez-vous, mois brave, j'ai envoyé chercher le médecin... C'est pas le médecin qu'y faut, c'est l'avocat ! Dessin d'Arsène BRIVOT. mière classe, roulaient de concert sur la ligne de Cette à Toulouse. De retour à Castel-sur-Tech, nos deux amants voulurent se revoir pour se prouver, le plus souvent possible, leurs sentiments mutuels, et c'est ainsi que Nathalie fut amenée à déclarer à son époux que l'odeur de parfumerie lui donnait des migraines violentes. Il était donc préférable, pour sa santé, qu'elle passât ses journées dans leur petite villa de Morsaint, plutôt que derrière le comptoir de la boutique. Hyacinthe, aveugle comme tous les maris trompés. admit la justesse de ce raisonnement qui permettait à sa femme de goûter journellement aux étreintes de Roger, la villa de Morsaint étant éloignée de toute habitation et d'un accès facile pour tout amant un peu adroit. Hyacinthe prit une caissière et continua à rechercher avec ardeur, non pas la pierre philosophale, mais bien la formule d'une lotion épilatoire souveraine, ce qui est assez naturel pour un coiffeur, surtout quand on saura que la jeune baronne de Candolives, affligée de poils superflus déshonorant son épiderme, lui avait promis une petite fortune s'il lui procurait une lotion capable de faire disparaître ces pillosités malgracieuses. Hyacinthe mélangeait donc les essences et les extraits avec ténacité et, un jour, il crut avoir trouvé la formule rêvée. 11 remplit un flacon de la mixture et l'emporta chez lui, se proposant de l'expérimenter sur le chat de la maison pour être sûr de son efficacité. Le chat, heureusement pour lui, fut introuvable ce soir-là et Hyacinthe dut remettre son expérience au lendemain ; il laissa la fiole dans le cabinet de toilette sans penser à mal et sans prévenir sa femme qui le raillait souvent sur ses recherches, jusqu'ici infructueuses. Le lendemain, lorsqu'il rentra, Nathalie le reçut avec un air embarrassé qu'il remarqua immédiatement. — Tu es malade ? - Non... non... je ne crois pas... — Pourtant tu. as mauvaise mine... Eurcore tes migraines ? — Non... oui... — Enfin qu'as-tu ?
Alors, mise dans la nécessité de s'expliquer, Nathalie, rougissante, murmura quelques mots à l'oreille de son époux. Celui-ci partit, soudain, d'un éclat de rire homérique. — Ça te fait rire, ça ? — Oui, bégaya Hyacinthe, au comble de l'hilarité ; pour tes ablutions lu as pris ce flacon-là ? — Oui, parfaitement... C'est ma lotion épilatoire... Quelle lotion ? — Celle que j'ai composée pour la baronne... Ah ! je n'ai pas besoin de l'expérimenter sur le chat... le chat... Et Hyacinthe se tordait. — C'est risible, hein ! Maintenant je suis défigurée... — Défigurée ? Oh ! non, ça repoussera, va ; je connais la formule ; mais vraiment pour une bonne plaisanterie, c'est une bonne plaisanterie... Et Perdigoux continua de se tordre... Il rigola bien moins, quand, deux jours plus tard, Roger Flan, l'air décontenancé, entra dans sa boutique  : Taille.., barbe ? questionna-t-il... Non... je voudrais quelque chose pour faire repousser les cheveux. — Ils tombent donc ? — Oui, tenez, regardez... Et Roger, enlevant son chapeau, lui exhiba un crâne chauve comme un oeuf. Ilyacinthe ne put retenir un cri de stupeur. — Comment cela vous est-il arrivé ? — Je ne sais pas  : avant-hier, j'avais des cheveux... et dans la nuit ils sont tous tombés... Comme ça... brusquement... Ma lotion... » pensa Hyacinthe. Et, mesurant d'un coup d'oeil toute l'étendue de son déshonneur, pour se venger, il vendit à Roger un produit qui lui fit repousser les cheveux, mais des cheveux d'un rouge carotte à affoler tous les taureaux des plazas catalanes,ce qui le discrédita complètement aux yeux de Nathalie qui ne pouvait sentir les rouquins. Eric DEMEIGE. APRÈS LES :LECTIONS  : LES PROMETTEURS — Et dans trois jours, le pain à deux sous le kilo !... ou ; ion pied {dans le chose ! Dessin de MA «. JUSTICE DE PAIN — 28 fr. 5o pour avoir rossé ma femme en public ! — Mais pourquoi les dix sous ? — J'sais pas... Sans doute la taxe sur les spectacles ! Dessin de R. CHANCEL. LES CHANSONS DU " RIRE " Après une éclipse presque totale de plusieurs années, voici que la chanson réapparait  : chansons d'autrefois reprises dans les music-halls, les cabarets, les revues ; chansons nouvelles sous la forme moderne de l'opérette, musique de Christiné ou dvain. La grossièreté de la chanson de café-concert avait entrainé la mort de celui-ci ; espérons que, cette fois, l'écueil sera évité et qu'on nous laissera tranquilles, d'un autre côté, avec les chansons d'apaches et de filles à la Carco qui n'ont nu,me pas le mérite qu'eurent celles de Bruant  : la nouveauté. Le Rire, désireux d'aider à ce renouveau, désireux aussi d'opposer la musique française à l'odieux jazz-band, a pensé âtre agréable à ses lecteurs en publiant régulièrement des chansons d'hier et d'aujourd'hui, illustrées par ses meilleurs dessinateurs, chansons qui amusèrent les générations précédentes, comme elles amuseront celles-ci. Yvette. GUILBERT, la grande Yvette, vient de ressusciter le répertoire qui fit son succès, il y a trente ans  : Le Rire commencera donc sa série par Le Fiacre, la légendaire et amusante chanson de l'aimable XANROF qui fut, lui aussi, prince des chansonniers. Viendront ensuite  : Mes parents sont venus me'chercher, C'est jeune et ga n'sait pas..., etc., etc...



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