Le Rire n°277 24 mai 1924
Le Rire n°277 24 mai 1924
  • Prix facial : 0,75 F

  • Parution : n°277 de 24 mai 1924

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : F. Juven et Cie

  • Format : (226 x 302) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 44,3 Mo

  • Dans ce numéro : à la garçonne.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Je l'ai salué et il ne m'a pas répondu... C'gn'il est devenu fer ! — Vouil... C'est comme ça d'puis qu'il a écrasé un piéton. Dessin de SOUPAULT. GRACE AU TELI3PI1ONE ! Depuis un mois, Mme Gabrielle Nouhat a un amant  : M. Martial Borgillat, comme par hasard, le meilleur ami de son mari - un ami que Léon Noubat lui a présenté, dès qu'ils ont été fiancés  : — Ma chère Gabrielle, le vous présente un excellent ami, Martial Borgillat..., presque un frère... ; un heureux de l'existence qui vit de ses rentes et qui, pourtant, a le toupet de s'ennuyer quelquefois. Rien d'extraordinaire ce Martial Borgillat.., un grand nez osseux, de petits yeux d'un noir de jais, clignotant derrière des cils immenses, un teint olivâtre..., niais des mains très soignées et très finesL Quand elle a été seule avec Léon, Gabrielle n'a pu s'empêcher, après avoir jeté un coup d'oeil sur les ongles de son futur mari, de lui dire, en souriant, bien sûr  : — J'espère, mon ami, que maintenant vous irez de temps en temps rendre une petite visite à la manucure... Léon a regardé ses deux mains, a compris et a répondu  : — Certainement, puisque vous me le demandez, Gabrielle, j'irai certainement... mais ce sera bien inutile. Avec mon métier, vous savez, il ne faudra jamais vous attendre à me voir des ongles aussi soignées que ceux de... Martial Borgillat, par exemple... Les avez-vous rede marqués, les ongles Martial, Gabrielle ? — Ma foi, non, mon ami... Ils ne m'intéressent pas... Léon a répondu par une longue pression confiante et reconnaissante. Il était fixé. Martial Borgillat pourrait continuer à être reçu chez lui, comme par le passé, puisqu'il était indifférent â sa fiancée. Voilà deux ans que Gabrielle est devenue la femme de Léon qui, trop occupé par sa grosse affaire d'automobiles, a complètement laissé tomber la promesse d'une visite à la manucure. Martial Borgillat est venu régulièrement chaque dimanche dîner avec le jeune ménage et, il y a un mois, il est devenu l'amant de Gabrielle. C'est presque normal. Elle s'est donnée à lui, par une aprèsmidi de mai, dans une jolie petite chambre qu'il avait louée pour la circonstance, une jolie petite chambre ensoleillée, donnant sur les jardins du Luxembourg, d'où montaient, par la fenêtre restée entr'ouverte, des pépiements d'oiseaux et des rires d'enfants... Depuis, elle a été une fois dans sa garçonnière et, une autre fois, ils ont passé une après-midi à Saint-Cloud. Charmants souvenirs ! Une vraie nouvelle lune de miel, après les deux autres ! Comment ça, après les deux autres ? Ah ! oui... c'est vrai... vous ne savez pas... Gabrielle, avant d'épouser Léon Noubat, a déjà été mariée, à un assez vilain monsieur du reste, qui, après lui avoir joué la comédie de l'amour, l'a trompée, honteusement trompée avec n'importe qui, SAMSON, distrait. — Et après, vous me ferez une friction. Dessin de Roger PRAT. U ; f
CHAMPION OLYMPIQUE — Non, non, pas ici, mon vieux  : tu perdrais ta forme ! ! sans même prendre la peine de dissimuler son odieuse conduite... Un divorce inévitable a suivi, qui a traîné en longueur pendant des mois et des mois, à un tel point qu'aujourd'hui encore, bien que devenue Mme Léon Noubat, il reste quelques questions concernant son premier ménage qui ne sont pas encore réglées. Heureusement que Gabrielle a un homme d'affaires, maître Dubit-Donrozé, qui s'occupe sérieusement de sou dossier, un avocat de la vieille école, vraiment consciencieux, très bien et plein d'égards pour son infortune... Léon Noubat n'ignore pas, bien entendu, cette situation, mais il lui est pénible d'en entendre parler... Dame, ça se comprend un peu... Ainsi, par exemple, s'il se trouve là quand Me Dubit-Donrozé téléphone à Gabrielle pour lui faire part de quelque communication, il sort immédiatement de la pièce..., assez nerveusement. Un mari qui s'éloigne discrètement quand on téléphone à sa femme, c'est assez rare... 11 faut un cas aussi particulier que celui de Gabrielle pour l'expliquer. Du jour où Gabrielle est devenue la maîtresse de Martial Borgillat, elle n'a eu qu'une pensée  : correspondre le plus souvent possible avec son amant !... C'est tellement nécessaire quand on s'aime depuis quelques jours ! Ainsi, parfois, Léon la prévient au déjeuner qu'il rentrera très tard le soir, ayant un important rendez-vous d'affaires dans l'agrès-raidi ; elle est donc libre. Mais comment en aviser Martial ? D'autres fois, elle dit à Martial  : Je pourrais peut-être te voir vers trois heures, demain, si mon mari ne démolit pas mon plan... Comment te le faire savoir ?...) ) Evidernment, le téléphone serait le plus pratique... Au fait, quelle idée ! Puisque la voix de Me Dubit-Donrozé a le pouvoir de mettre son mari en fuite, pourquoi Martial Borgillat ne lui téléphonerait-il pas comme s'il était cet aimable homme d'affaires ? Et c'est ainsi qu'aujourd'hui, Léon Nonbat ayant dû s'absenter toute la journée, Gabrielle a donné congé à la domestique pour tout l'après-midi, pour recevoir Mar- tial chez elle, tout à l'heure, en toute sécurité... Ce sera délicieux et pimenté d'un rien de perversité... 11 va téléphoner comme convenu, avec le nom magique, vers trois heures, afin de s'assurer, avant de monter, s'il n'y a aucun danger et... Justement, voici la sonnerie du téléphone. Gabrielle se précipite  : — Allo... oui, c'est moi... parfaitement... Ah ! c'est maître Dubit-Donrozé ? (Éclatant de rire.) Oh ! je t'en prie... ne fais pas tant de chichis pour t'exprimer... Je suis toute seule, mais oui, je te le dis... Ce que tu sais bien jouer la comédie, tout de même !... Quelqu'un qui ne saurait pas ne devinerait jamais, sous tes intentions mielleuses, ce à quoi tu penses, surtout en ce, moment... Et puis, zut ! ne perdons pas un temps précieux à nous téléphoner... Viens vite ! Mais oui, je te dis que tu peux venir sans crainte... Accours... je t'attends, je laisse la porte ouverte... tu n'auras pas besoin de sonner... A tout de suite, m'amour !... Puis, elle raccroche l'appareil, va ouvrir la porte et revient devant la glace. Le teint animé par la perspective du bonheur prochain, Gabrielle se met un soupçon de rouge aux lèvres, fait bouffer Dessin de G. PAvis. ses cheveux, lisse ses sourcils d'un geste gracieux, s'assied sur un divan et attend... Au bout d'un instant, elle entend qu'on referme doucement la porte d'entrée. Elle ferme les yeux, pour cueillir, comme endormie, le baiser du péché, quand, soudain, elle sent des doigts noueux, osseux et tremblants saisir sa main. Gabrielle ouvre les yeux... Horrifiée, elle aperçoit Me Dubit-Donrozé, lui-même, en chair et en os, vieux, lamentable, pleurant des larmes de joie, prosterné à ses pieds et lui disant d'une voix entrecoupée de hoquets émus  : — Chère... très chère chérie ! C'est donc vrai !... Je ne rêve pas ?... Vous aviez deviné mes sentiments pour vous... Et moi qui faisais durer le règlement de votre divorce le plus longtemps possible pour ne pas vous perdre !... Vous allez voir s'il va être vite réglé, à présent... et comme nous allons être heureux tous les deux 1... Robert MONNOURY. PENDANT L'ACCOUCHEMENT — Quel est l'imbécile qui a dit  : « Les grandes douleurs sont muettes ! » ? Dessin de A. DE Roux.



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