Le Parisien Economie n°903S 3 sep 2018
Le Parisien Economie n°903S 3 sep 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°903S de 3 sep 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Le Parisien Libéré

  • Format : (280 x 360) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 11,5 Mo

  • Dans ce numéro : bienvenue chez les bébés entrepreneurs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 2 - 3  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
2 3
twipe_ftp LE PARISIEN LUNDI 3 SEPTEMBRE 2018 ÉCO 2 À LA UNE @LeParisien_Eco JAMAIS TROP TÔT POUR CRÉER SA BOÎTE ENTREPRENDRE A l’heure où leurs camarades préparent leur cartable, eux peaufinent leur business plan. PAR DELPHINE DENUIT ET CYRIL PETER A 19 ANS, Philippine Dolbeau a déjà quatre années d’expérience entrepreneuriale. Son aventure débute en 2014. Alors en classe de seconde, elle s’inspire d’un fait divers pour développer un projet en cours d’économie. Un enfant de 9 ans, endormi dans le bus qui le conduisait à l’école, y est resté enfermé toute une journée. « Personne ne s’est aperçu de son absence parce qu’aucun enseignant n’avait fait l’appel ce jourlà », se souvient cette fille et petitefille d’enseignantes. Elle a alors l’idée de moderniser le carnet d’appel traditionnel et propose de le rendre digital. Durant toute son année scolaire, elle peaufine NewSchool, son projet d’application mobile facilitant l’appel en classe. Plus besoin de papier, Avant, pour créer une entreprise, il fallait une usine, maintenant, un simple ordinateur suffit. » Et Dominique Restino, président du Mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs (Moovjee), de citer son expérience lorsque mineur, il vendait les vieilles cravates de son père pour se faire un peu d’argent… Drone mesurant la pollution de l’air, robot escrimeur, site de vente en ligne de vêtements… Les projets des bébés entrepreneurs, pas encore majeurs, tournent aujourd’hui autour du numérique, de la mode ou encore de l’environnement. Combien sont-ils ? Difficile, voire impossible de répondre. « Nous ne disposons d’aucune donnée précise concernant les moins de 18 ans, assure Sandrine Plana, responsable des études statistiques de l’Agence France Entrepreneur (AFE). On sait par contre qu’un quart des créateurs d’entreprise français sont âgés de moins de 30 ans, dont 8% ont moins de 25 ans, ce qui r e pr é s en t e pr è s de 45 000 jeunes chaque année. » Pour l’experte, on assiste même à « un boom de la création d’entreprise chez les jeunes ». Ce mouvement est particulièrement visible depuis les années 2000 et l’essor d’Internet. « Le nombre d’entreprises créées par des moins de 30 ans a été multiplié par trois en douze ans, jusqu’à atteindre 308 créations en 2014 », souligne-t-elle. Un mouvement né avec les statuts d’autoentrepreneur (2009), d’étudiant entrepreneur (2014) et la possibilité pour les parents d’autoriser la création d’entreprise (2010). STAR-SYSTEM La médiatisation de success stories pousse aussi certains jeunes à prendre leur destin en main alors que le chômage reste élevé. « Il existe un star-system de l’entrepreneuriat », estime même Dominique Restino. Si les coques de smartphones et les porte-clés connectés ont remplacé les cravates, ces jeunes aventuriers à la forte personnalité font parfois encore face aux freins administratifs et aux préjugés de leurs aînés, banquiers, clients ou fournisseurs. Les mentalités ont pourtant commencé à évoluer. La preuve  : on découvre comment créer et gérer sa boîte dès l’école. L’association Entreprendre pour apprendre accompagne chaque année 33 000 jeunes dans les établissements scolaires. depuis son smartphone, le professeur n’a plus qu’à cliquer sur une liste d’élèves numérisée. Le nom des absents est aussitôt transmis électroniquement au chef d’établissement. UN PORTE-CLÉS BLUETOOTH Elle complète ensuite son offre d’un porte-clés électronique payant (10 à 15 € par an et par élève selon la taille de l’établissement). Remis à chaque élève et relié par Bluetooth à l’application, celui-ci informe instantanément chaque professeur et directeur de la présence des élèves. Finie la corvée de l’appel en début de cours. Très vite, la jeune entrepreneuse cumule les prix, lève des fonds via un site de financement participatif et Guidés par une enseignante, des collégiens s’initient à la création d’entreprise dans le cadre d’un partenariat avec l’association Entreprendre pour apprendre (EPA). DES PAILLES EN MAÏS recyclables  : c’est le produit conçu et fabriqué par les jeunes lauréats du Championnat de France 2017-2018 organisé par Entreprendre pour apprendre (EPA). L’association s’invite depuis 1989 dans les collèges et lycées publics et privés. L’an passé, elle a accompagné 33 000 élèves (87% de mineurs) à travers son programme Mini-entreprise. Le principe ? Des groupes de 12 à 25 élèves sont guidés, à raison de deux heures par semaine, pendant une année scolaire, par un intervenant d’EPA, un professeur et un parrain, patron d’une PME locale ou salarié d’une multinationale. se fait même épauler par Apple dans le design de son appli. Mais son parcours n’est pas tout rose. Son père doit lui servir de prête-nom pour monter son entreprise avant sa majorité. « Difficile d’entreprendre quand on est jeune et que l’on est une femme », regrette-t-elle, en référence au peu de crédit accordé au départ à son projet en raison de son jeune âge et de son inexpérience. « Obtenir des rendez-vous, trouver des financements ont pris des allures de Koh-Lanta », se souvient-elle. Aujourd’hui, plus de 5 000 professeurs utilisent son application gratuite et 600 autres vont profiter cette année de l’appel automatisé par porte-clés. D’ici la fin de l’année, ceux-ci devraient même permettre l’accès à la cantine et à l’école. D.D. Ça s’apprend dès l’école La première étape est de trouver un projet. A l’issue, les ados passent des entretiens avec des recruteurs professionnels, partenaires de l’association, afin de déterminer le rôle de chacun pour sa réalisation  : PDG, responsable administratif… Dans la foulée, l’équipe finalise l’étude de marché et collecte des fonds, souvent auprès des parents. Suivent, éventuellement, les phases de production puis de commercialisation. « C’est aux entrepreneurs de chercher les espaces de vente  : dans l’établissement, sur les marchés, dans des galeries marchandes ou des entreprises partenaires », explique Adeline Mongrué, la directrice nationale d’EPA. Et si la mini-société génère des bénéfices ? « Ils reversent 20% à une association de leur choix, précise-t-elle. Le reste finance les sorties scolaires ou une activité ludique. » Pour elle, cette expérience leur permet de « développer des atouts complémentaires aux compétences académiques, comme la prise de parole en public ». Utile pour convaincre le jury de son championnat régional, en vue de décrocher le titre national, qui sera décerné à Lille (Nord), en juillet prochain.C.P. « Si l’on est une femme et qu’on est jeune, c’est difficile » Philippine Dolbeau, fondatrice à 15 ans de NewSchool, le carnet d’appel 2.0 Le porte-clés relié à une application, tout deux imaginés par Philippine Dolbeau, signale la présence des élèves en classe et simplifie le rituel de l’appel. LP/BENOIT DURAND EPA/THIERRY MESNARD
twipe_ftp LUNDI 3 SEPTEMBRE 2018 LE PARISIEN é é www.leparisien.fr/ecoÀ LA UNE « Au téléphone, je ne donnais pas mon âge » Louis Haincourt, créateur à 16 ans de dealerdecoque.fr « JE NE TROUVAIS PAS de coques pour protéger mon téléphone. J’en ai donc achetées en Chine. Sauf que ça se vendait par lot de 100… » Cette commande sur Internet a changé la vie de Louis Haincourt, alors âgé de 15 ans. Nous sommes en 2010. Le collégien, scolarisé à Versailles (Yvelines), garde 10 coques et revend le reste à sa famille, ses amis ou ses professeurs avec une marge de 2 € … « J’ai compris que c’était rentable alors que je n’avais pas la notion d’entreprendre. Sans me déclarer, je gagnais 150 € à 200 € par mois », se souvient-il. L’adolescent attend ses 16 ans pour créer dealerdecoque.fr et demander le statut d’auto-entrepreneur  : « A la chambre de commerce, ils ont vu débarquer un gamin, ils ne savaient pas quoi faire. C’est monté jusqu’au gouvernement et je l’ai obtenu au bout de trois mois alors que ça pouvait se faire en 48 heures. » Son cas fera jurisprudence. Le code du commerce interdisant aux mineurs de vendre, Louis s’occupe jusqu’à sa majorité des tâches administratives. Sa mère bibliothécaire devient responsable légale du site Internet et donc des encaissements. « C’était de façon fictive, elle n’était pas au courant de grandchose », avoue-t-il. En période de pic d’activité, Louis s’appuie aussi sur son père. L’ex-cheminot cégétiste l’aide par exemple à emballer les produits. « Outre les petits coups de main, mes parents m’ont soutenu psychologiquement, savoure-t-il. Un lycéen qui travaille jusqu’à une heure du matin, ce n’est pas toujours simple… » Quid des professeurs ? « Quand je prenais des mauvaises notes, j’entendais souvent cette réflexion  : il faut faire un choix entre les études et le travail », raconte-t-il. 800 000 € DE CHIFFRE D’AFFAIRES PAR AN Leur boîtier va révolutionner le quotidien des handicapés C’EST POUR VENIR EN AIDE à leur camarade de classe de Troisième en fauteuil roulant qu’un groupe de collégiens, membres du même club de technologie au collège Jean Renoir de Bourges (Cher), se lance le défi d’innover en 2017. « Il ne pouvait se déplacer qu’en fauteuil roulant poussé manuellement par un adulte, ses mains et ses doigts ne pouvant ni tenir ni serrer quoi que ce soit », raconte Patrick Nicand, l’un des deux professeurs de technologie à l’origine du club. Impossible donc pour le jeune garçon de télécommander un fauteuil électrique, par ailleurs bien plus onéreux. L’idée des collégiens est d’équiper le fauteuil d’un petit boîtier sans contact qui transmet les mouvements de son utilisateur sans télécommande. Si des dispositifs existent déjà, tous nécessitent un appareillage spécifique que doit porter le handicapé, le plus souvent sous forme de casque sur la tête. Baptisé Gestual Move, le projet accumule dès 2017 les trophées dont le premier prix Junior collectif du Concours des jeunes inventeurs et créateurs de Monts (Indre-et- Loire), dédié aux moins de 25 ans, jusqu’au Lépine à Paris en mai dernier. Les avancées se succèdent  : un simple geste du bras ou du menton vers le haut, le bas ou le côté permet de faire avancer, reculer ou tourner le fauteuil. Entre-temps, le collège, qui finançait les développements, ne peut plus soutenir des élèves devenus lycéens. Les deux professeurs de technologie et les sept enfants optent alors pour le statut associatif, plus pratique pour lever des fonds et protéger leur innovation. Aujourd’hui soutenue par plusieurs fondations, dont celle de l’hôpital de Garches (Hauts-de- Seine), qui s’apprête à financer l’essai clinique, l’équipe va participer au concours Lépine de Montpellier (Hérault) en octobre. Elle cherche déjà un partenaire industriel pour fabriquer son boîtier. D.D. Douvres-la- Délivrande (Calvados), jeudi. Louis Haincourt, fondateur de dealerdecoque.fr, pose dans ses ateliers. Avec les premières entreprises clientes, dont la SNCF et Criteo, le minot fait profil bas  : « Je ne donnais pas mon âge au téléphone. Quand on est mineur, il y a un problème de crédibilité auprès des adultes, surtout avec l’administration. » En témoigne sa bataille avec le régime social des indépendants (RSI). « Ils ont refusé que je cotise de 16 ans à 18 ans, puis à ma majorité ils m’ont prélevé 10 000 € incluant des frais de retard. On m’a remboursé mais cela aurait pu planter ma boîte », peste celui qui a été frappé d’interdit bancaire à cause de cet incident. Agé aujourd’hui de 23 ans, l’entrepreneur tout juste diplômé en commerce est sur le point d’embaucher son premier commercial. Objectif ? Faire grandir sa société « dans un contexte de forte concurrence, notamment de l’Asie », analyset-il. Créée en 2011, dealerdecoque.fr emploie six personnes dans un atelier en Normandie qui produit une coque toutes les 20 secondes et pèse 800 000 € de chiffre d’affaires annuel. Ses clients sont des particuliers mais aussi des multinationales comme Danone et Mc Donald’s qui lui commandent des protections sur-mesure.C.P. Ce qu’un mineur peut faire… ou pas ! FONDER SEUL UNE ENTREPRISE VRAI. Un mineur peut créer son entreprise s’il obtient du juge des tutelles son émancipation. Effectuée par son représentant légal (parents, tuteur…), cette procédure est souvent fastidieuse. Mais si elle aboutit, elle lui offre toute latitude pour créer une société, à l’exception d’une entreprise individuelle commerciale (sauf autorisation expresse du juge). « A défaut d’émancipation, le mineur pourra créer sa société selon trois statuts (EIRL, EURL ou SASU) s’il dispose d’une autorisation écrite de son représentant légal mentionnant les actes de gestion qu’il peut accomplir seul », précise Laurence Piganeau, directrice expertise et production à l’Agence France Entrepreneur. CRÉER SON ENTREPRISE SOUS LE RÉGIME MICROENTREPRENEUR VRAI. Mais à condition de respecter les règles mentionnées ci-dessus, car un microentrepreneur est avant tout un entrepreneur individuel. « Un mineur émancipé pourra donc exercer une activité libérale ou artisanale sous ce régime, souligne Laurence Piganeau. Il devra obtenir une autorisation du juge des tutelles ou du président du tribunal de grande instance selon les cas si son activité est commerciale. S’il n’est pas émancipé, il devra opter pour le régi- me de l’EIRL (NDLR  : entreprise individuelle à responsabilité limitée). C’est tout à fait possible dans le cas d’une microentreprise. DEMANDER À SES PARENTS DE LUI SERVIR DE PRÊTE-NOM VRAI. Il est fréquent que le mineur décide de créer une société en nommant un de ses parents à sa tête jusqu’à sa majorité. « Mais attention, le créateur et son parent doivent être conscients des risques encourus par ce dernier. En tant que dirigeant, il est civilement et pénalement responsable. Une telle situation ne peut s’envisager que s’il est prêt à s’impliquer réellement dans la gestion de l’entreprise », explique Laurence Piganeau. RECRUTER ET CONTRACTER UN CRÉDIT VRAI ET FAUX. Un mineur émancipé est libre d’embaucher et de souscrire un emprunt. « S’il n’est pas émancipé, l’autorisation écrite de son représentant légal devra stipuler qu’il peut recruter et il devra faire intervenir son représentant légal pour une demande de crédit », précise la spécialiste. En pratique, il est rare qu’un mineur, quelle que soit sa situation juridique, obtienne un emprunt bancaire pour le financement de son entreprise sans la caution des parents. LP/CHARLY TRIBALLEAU 3 ÉCO M M M n :. a m _:... agenda Jeudi 24 heures pour l’emploi et la formation en Normandie Employeurs publics et privés de différents secteurs, tels que la marine nationale, Auchan et Crédit Agricole, participent au « 24H pour l’emploi et la formation » de Rouen (Seine-Maritime). Seront également présents Pôle emploi et des organismes de portage salarial. Jeudi 6 septembre, de 9 h 30 à 17 heures, place de la Basse Vieille Tour, à Rouen (Seine- Maritime). Renseignements  : 24h-emploi-formation.com. Jusqu’au 28 septembre Industrie  : faire grandir les PME franciliennes Bpifrance cherche des candidats pour intégrer la deuxième promotion de l’accélérateur PME industrielles d’Ile-de-France. Sélectionnées pour leur potentiel de croissance, ces sociétés de moins de 250 salariés bénéficieront d’un accompagnement de deux ans. L’objectif est de convertir en ETI ces entreprises de taille intermédiaire de plus de 250 employés, dont le chiffre d’affaires n’excède pas 1,5 Mds € . Postulez avant le vendredi 28 septembre à 18 heures  : www.bpifrance.fr/A-laune/Appels-a-projetsconcours/AMI-Accelerateur- PME-Industrielles-IDF-Promo- 2019-40997. Le livre Comment trouver du travail sur Internet Applications mobiles, plates-formes… Philippe Duport, animateur de la chronique « C’est mon boulot » sur franceinfo, a recensé 60 outils numériques pour chercher du travail « comme un pro ». Composé de 12 courts chapitres, de l’exploration du marché du travail à l’organisation des recherches, l’ouvrage s’adresse aux chercheurs d’emploi souhaitant postuler en vidéo, vérifier si leur CV en ligne a été lu ou encore générer automatiquement des lettres de motivation. « Prêt à l’emploi ! », Philippe Duport, Editions Gualino, 139 p., 15 € .



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :