Le Parisien Economie n°708S 7 jui 2019
Le Parisien Economie n°708S 7 jui 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°708S de 7 jui 2019

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Le Parisien Libéré

  • Format : (280 x 360) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 6,4 Mo

  • Dans ce numéro : escape games, les entreprises en sont folles !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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twipe_ftp LE PARISIEN LUNDI 8 JUILLET 2019 ÉCO 2 À LA UNE @LeParisien_Eco 1 RECRUTEZ, MANAGEZ… JOUEZ ! ESCAPE GAMES Les entreprises en raffolent pour mettre à l’épreuve leurs collaborateurs ou futures recrues. Charge aux organisateurs et scénaristes de redoubler d’inventivité. PAR VIRGINIE DE KERAUTEM ET CYRIL PETER Depuis six ans, la France explore les escape games de fond en comble. Ces jeux d’évasion grandeur nature consistent à enfermer dans une pièce plusieurs personnes, qui se connaissent ou pas, et leur confier une énigme plus ou moins difficile à résoudre, ensemble, en un temps imparti. Sans Internet, sans tablette, sans téléphone, ni algorithme. Juste avec sa tête, ses cellules grises et l’envie d’être le héros de sa propre aventure. Ce concept, dont les Japonais sont à l’origine dès 2006, a mis cinq ans pour atteindre l’Europe. Il a d’abord fait mouche en Hongrie, au point que Budapest a été baptisée La Mecque de l’escape Prizoners embarque jusqu’à 100 personnes En presque cinq ans, l’entreprise a fait son trou parmi les acteurs parisiens. Ses jeux plaisent autant au grand public qu’aux entreprises. PAR V.K. DIFFICILE de soupçonner que dans les caves de cette ancienne boutique de meubles située en plein Paris, dans le quartier du Châtelet (IV e) , se nichent depuis 2014 un cabaret, quelques petits salons à la décoration désuète, des couloirs sombres, des alcôves remplies d’ossements jouxtant une salle des machines un peu étrange… « Il y a des vieilles pierres, plus de 240 m² exploitables et une ambiance très particulière dans ce lieu. C’est parfait pour des escape games immersifs », raconte Céline Bouquillon, fondatrice de Prizoners, la 4 e entreprise du secteur à s’être lancée dans la capitale il y a presque cinq ans. Pour que l’expérience soit la plus réussie possible, elle fait appel à des professionnels du cinéma et des comédiens pour animer ses sessions. Le grand public constitue sa première cible, mais « le concept de nos jeux, qui reposent sur la cohésion de groupe, a tout de suite plu aux entreprises », raconte cette ancienne game. « Chacun en ouvrait un dans son garage », raconte un professionnel. Paris lui a emboîté le pas. « Elle est la deuxième ville européenne », raconte David Musset, président du Syndicat national des escape games et fondateur de l’enseigne Hint Hunt, première à s’être lancée, en 2013, dans la capitale sur ce créneau. Elles sont actuellement 713 en France à en avoir fait leur business, pour plus de 2000 salles réparties partout dans l’Hexagone. Car le phénomène n’est pas seulement parisien. « Il y a eu un effet de mode en 2015 et 2016, c’était un filon encore meilleur que la cigarette électronique », raconte David Musset. L’esprit de cohésion et d’équipe que ces jeux sollicitent ne plaît pas qu’au grand public. Ce qui fonctionne pour lui fonctionne aussi pour les entreprises, de tous secteurs. Elles y voient un spécialiste du marketing. A tel point qu’aujourd’hui, celles-ci — PME et grands groupes — composent 65% du chiffre d’affaires, lequel s’élève à 1,4 M € en 2018. Pour répondre à leurs demandes, Prizoners décline plusieurs formats de jeux dans des décors variés, à la fois pour du team building, de la formation et du recrutement. Avec pour fil rouge une énigme policière à résoudre. L’enquête se déroule soit dans ses locaux, pour 40 personnes maximum, en extérieur ou dans des endroits loués pour l’occasion  : une péniche, une salle de concert, un théâtre, un bar… grâce à des partenariats. « On peut même se déplacer dans les entreprises avec nos décors ou proposer du sur-mesure », insiste la dirigeante, la tête pleine d’idées. TROIS À SIX MOIS DE CONCEPTION « C’est le lieu qui nous inspire les scénarios du jeu », explique-t-elle. Trois game designers les conçoivent. Entre l’arborescence, l’histoire, le outil de management pour leurs collaborateurs. « Il n’y a pas un seul groupe du CAC 40 qui ne soit pas venu chez nous », raconte le patron de Hint Hunt. Le nombre de participants varie selon les scénarios mais cela peut atteindre une centaine de personnes. IMPOSSIBLE DE S’EN SORTIR SEUL Que ce soit pour du team building, de la formation ou même du recrutement (lire ci-contre), cabinets de conseil, enseignes de grande distribution, sociétés informatiques, organismes publics plongent leurs consultants, commerciaux, développeurs, agents, ingénieurs… dans des scénarios aussi variés que ludiques. Selon le degré de divertissement souhaité, histoire et mise en scène sont plus ou moins fantastiques, angoissantes. « Tout est conçu pour qu’une Des comédiens et des professionnels du cinéma animent ces escape games réalistes et immersifs. personne ne puisse pas trouver la solution seule. Il faut plusieurs cerveaux », insiste la fondatrice de Prizoners (lire ci-dessous), l’une des 62 entreprises parisiennes. Et si possible de métiers différents pour éviter « l’effet essaim ». Les entreprises organisatrices regorgent d’idées et de créativité pour exister sur ce marché très éclaté et saisonnier. Toutes enregistrent les mêmes pics d’activité en fin d’année pour célébrer quelque chose ou briser la glace avant un nouveau projet, ou en juin et juillet, avant les vacances. « La barre a tout de suite été placée très haut, avec des super décors », souligne-t-on chez Prizoners. « Mais le marché s’est tassé en 2018, observe David Musset, et beaucoup de sociétés ont fermé cette année. » Une phase de consolidation devrait suivre, estime-t-il, considérant qu’il n’y a pas de place graphisme, le son et les mécanismes à élaborer, il faut trois mois en moyenne, le double parfois pour des jeux surmesure. Une logistique bien rodée qui rend la note plus ou moins salée. La facture démarre à 500  € pour les entreprises et p e u t g r i m p e r j u s qu’à 6 000  € , location du lieu compris. Prizoners peut embarquer jusqu’à 100 personnes LP/GUILLAUME GEORGES pour tout le monde  : « Les plus petits vont disparaître ». Pour tous, le scénario est compliqué. Il faut investir sans cesse pour se se démarquer et rester rentable. dans ses enquêtes. Pour durer dans ce marché très concurrentiel, « il faut investir afin d’agrandir le catalogue », explique Céline Bouquillon. Et se diversifier. Prizoners mise beaucoup, entre autres, sur ses capsules, escape games mobiles et démontables de 5 m², qu’une entreprise peut installer temporairement pour un événement. PRIZONERS LP/JEAN-BAPTISTE QUENTIN Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), le 3 juillet 2019. Sous les yeux d’une recruteuse, les candidats à un poste d’auditeur chez PwC, casquette de policier sur la tête, tentent de résoudre des énigmes.
twipe_ftp LUNDI 8 JUILLET 2019 LE PARISIEN www.leparisien.fr/ecoÀ LA UNE Paris (II e). Cette mise en situation dans une navette spatiale permet de tester la capacité à la prise de décision et l’esprit d’équipe des participants. il PARC.P. f tran Même diplôme, obtenu en école de commerce, même tenue, costumecravate cintré, et pour l’occasion, même casquette de police  : ce matin-là, les candidats à un poste d’auditeur junior dans le cabinet PwC se mettent dans la peau d’enquêteurs. « Vous avez trente minutes pour empêcher la destruction du logiciel », annonce l’animateur de cet escape game de recrutement. « Ça se voit que ce sont des ingénieurs, ils suivent les process » Caroline Vène, formatrice chez iWips, organisme de formation par l’escape game PAR CYRIL PETER « IL N’Y AVAIT PAS de recherche frénétique d’indices », « les rôles sont attribués d’office, ça aide à structurer le groupe pour réfléchir à l’enchaînement des actions. » Premières réactions de l’équipage, composé de six cadres de différents établissements publics*, tout juste débarqué de la navette spatiale théâtre de l’escape game pour entreprise imaginé par iWips. Basé à Paris (II e) , l’organisme de formation a investi un sous-sol pour y créer un univers galactique. Déguisé en cosmonaute, un « maître du jeu » accueille les participants dans une salle aseptisée aux murs blancs. Et les invite à prendre place dans une navette spatiale de 20 m². Chaque joueur a son siège attitré  : pilote, copilote, mécanicien… A l’intérieur, des codes à déchiffrer pour faire démarrer l’appareil mais aussi un micro et deux caméras qui permettent à la formatrice, depuis une salle voisine, d’analyser en direct leurs comportements. « Ça se voit que ce sont des ingénieurs. Ils communiquent peu, suivent les process. Les commerciaux, eux, sont plus expansifs, plus individualistes. Cela dépend aussi de la culture d’entreprise », explique Caroline Vène, assise devant deux écrans. Casque vissé sur les oreilles, la coach note le groupe sur le partage d’informations, la créativité, la cohésion ou encore la célébration. « Ils ne manifestent jamais leur satisfaction après un succès. Il n’y a pas d’intelligence collective, émotionnelle », tranche-t-elle. Ponctué de péripéties, le voyage dure en moyenne 90 minutes. « Le scénario est écrit à l’avance, mais on peut l’accélérer pour susciter des réactions », ajoute-t-elle. 4 800  € LA SESSION Du vote pour choisir la destination finale à l’extinction d’un incendie, chaque « séquence » fait écho à une situation en entreprise. « L’environnement est incertain, comme dans le monde professionnel », note un participant. « Ça ressemble au boulot  : la solution se trouve à plusieurs », ajoute un autre. « Les sièges ne se tournent pas. Cela les oblige à se lever pour communiquer ou aider un autre joueur », complète le « maître du jeu », chargé de les accompagner lors de l’escape game. Une fois « revenu sur Terre », le groupe se dirige vers une salle de cours avec vidéoprojecteur. Images de leurs performances à l’appui, la coach échange avec les ingénieurs sur leurs qualités et défauts. Prise de décision et esprit d’équipe y sont notamment abordés. « Mon objectif en venant ici, affirme Gérard Ordonneau, directeur du programme à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera), c’est d’améliorer mon efficacité dans la gestion de projets avec des partenaires que je ne croise pas à la cafétéria. » En l’occurrence, deux collègues basés à Toulouse (Haute-Garonne) quand lui travaille à Palaiseau (Essonne). Créé en 2018, l’escape game matinal suivi d’un « débrief » l’après-midi a déjà attiré des membres du comité exécutif ou manageurs d’une centaine de grandes entreprises et PME de tous secteurs. La formule coûte 4 800  € à l’employeur pour un maximum de 9 joueurs dans une navette, 6 500  € pour 18 dans deux appareils. « C’est plus onéreux qu’un dispositif classique, mais la mise en situation est plus puissante », se félicite Caroline Vène. *Les établissements participants  : Andra, BRGM, Cnes, EFS, Ineris, Onera et Universcience. Les candidats mènent l’enquête Le cabinet d’audit PwC organise des jeux pour déceler les compétences des postulants. Plus spontané qu’un entretien classique… Le jeu a lieu dans une salle de réunion aux grandes baies vitrées, chez l’employeur à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Sur des tables, une carte du monde, des photos, un coffre-fort… Assise, une recruteuse rédige des commentaires sur les aptitudes des postulants à communiquer ou à prendre des initiatives. « UN BON OUTIL POUR VOIR NOTRE VRAIE NATURE » Alors qu’ils ne se connaissent pas, les joueurs doivent coopérer pour atteindre un objectif commun, comme en entreprise. « Le but est de comprendre comment ils travaillent en équipe, explique la responsable du recrutement de PwC, Marie- Blanche Tiersonnier. Là, on a que des hommes, ça peut être marrant. La population masculine a tendance à surjouer. » « C’est un bon outil pour voir notre vraie nature », note Romain, diplômé depuis un an. « Ça change de l’étude de cas à présenter au manageur », complète Kévin, son équipier de 26 ans. Jin, elle, fait partie du groupe suivant  : « Comparé aux entretiens de groupe traditionnels, où tout le monde s’observe, ça donne envie, c’est hyper stylé. » La Chinoise de 24 ans a marqué des points quand elle a observé le chronomètre et annoncé le temps restant à ses camarades. « Elle est soucieuse des objectifs et, en termes de management, elle sait mobiliser », analyse Aline Conxicoeur, cofondatrice de Collock. L’entreprise de 16 salariés, dont une psychologue du travail, a mis six mois pour concevoir cet escape game sur-mesure. « Il y a des phases d’observation des métiers, d’entretiens avec les salariés… Cela nous permet d’établir un référentiel des compétences à observer et un cahier des charges avec le client », explique la jeune femme. Le tout, bien entendu, en accord avec les « valeurs » de PwC, marque employeur oblige. A chaque fois, la société fait venir un maître du jeu autoentrepreneur qu’elle rémunère pour la matinée. « Mon rôle, c’est d’être un facilitateur. J’essaie de les faire parler quand ils n’échangent pas, je les aide à résoudre la première énigme pour ne pas les bloquer, mais je ne donne jamais la solution », illustre Yohann. Soucieux de se démarquer de ses concurrents, sur fond de « guerre des talents », le cabinet d’audit a déboursé 42 000  € pour devenir propriétaire du jeu. Créé il y a deux ans, celui-ci précède deux entretiens individuels avec un manageur et un recruteur. Une quarantaine de sessions sont organisées chaque année. Objectif  : embaucher 400 jeunes (sur un effectif de 6 000 en France), qui auditeront des clients comme Safran et Total. â agenda 3 ÉCO Mana Mana nana nana Mardi Comment financer sa croissance ? Entrepreneurs, décideurs… Vous avez un besoin urgent de comprendre les mécanismes de financement ? Participez à la conférence en ligne gratuite sur les facteurs clés de succès et les erreurs à éviter ! Le nombre de places est limité à 50 pour permettre les échanges avec le conférencier, directeur général de Next Executives. Cette société accompagne les entreprises dans la gestion financière et les ressources humaines notamment. Mardi 9 juillet de 11 h 30 à 12 heures. Inscriptions  : www.lecampus.online/conferences/eric-jaton. Jusqu’à dimanche Le concours des dirigeantes franciliennes Les Trophées des femmes de l’économie récompensent des entrepreneuses et dirigeantes qui rayonnent dans leur région. C’est la première fois, depuis sa création en 2010, que l’événement mettra en lumière des Franciliennes. Celles-ci s’affrontent dans six catégories dont « innovation sociale » et « chef d’entreprise prometteuse ». Remise des trophées jeudi 3 octobre à Paris. Clôture des candidatures le dimanche 14 juillet à minuit  : www.femmes-economie.com/candidature. Jusqu’au 27 septembre Qui sera l’entrepreneur social de l’année ? Les candidatures pour la 13 e édition du Prix de l’entrepreneur social de l’année sont ouvertes ! Les trois critères  : impact social, viabilité économique et innovation. Les finalistes présenteront leur projet devant un jury de patrons du CAC 40. L’organisateur, le Boston Consulting Group, met aussi en jeu le Prix ESSpoir pour aider de jeunes sociétés de l’économie sociale et solidaire (ESS) à se développer. L’entreprise lauréate sera accompagnée par INCO, accélérateur de start-up sociales et écologiques. Les vainqueurs seront connus en janvier 2020. Candidatures jusqu’au 27 septembre  : www.wiinorganizers.com/fr/applications/6234. Retrouvez le supplément économie du « Parisien » - « Aujourd’hui en France » le lundi 2 septembre.



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