Le Parisien Economie n°403S 3 avr 2017
Le Parisien Economie n°403S 3 avr 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°403S de 3 avr 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Le Parisien Libéré

  • Format : (280 x 360) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 7,3 Mo

  • Dans ce numéro : industrie, les robots, on ne peut plus s'en passer.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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twipe_ftp LE PARISIEN LUNDI 3 AVRIL 2017 I ÉCO 2 À LA UNE br @LeParisien_Eco COMMENT LES ROBOTS TRANSFORMENT LES USINES AUTOMATISATION Après les machines-outils, c’est au tour des « cobots » de séduire les industriels. On est encore loin de l’invasion. PAR VIRGINIE DE KERAUTEM ET CYRIL PETER « On en t r e dans une nouvelle ère de la robotisation », estime Olivier Rochet, fondateur du fabricant français de robots Scallog. En attendant de voir nos usines équipées de « cobots », ces robots connectés dits collaboratifs (lire ci-contre), les industriels font toujours appel aux machines automatisées. A l’image du plus grand site de tri de colis d’Europe, on ne croise pas encore de robots humanoïdes dans les allées. OUI « NOTRE INDUSTRIE A PERDU 790 000 EMPLOIS ENTRE 2002 ET 2012 » Si la demande mondiale de robots industriels a doublé de 2010 à 2015. la France est en retard. Selon la Fédération internationale de la robotique (IFR), nos usines en comptaient 3 300 l’an passé, quand l’Allemagne en possédait 21 000, derrière la Chine, leadeur mondial avec 90 000 automates. DR. Michel Nachez Cyberanthropologue à l’université de Strasbourg (Bas- Rhin), auteur de « Fin de l’Emploi pour les Humains ? » * Pourquoi êtes-vous pessimiste ? Je m’en tiens aux chiffres. A l’usine Renault de Flins (Yvelines), on est passé de 21 000 salariés en 1972 à moins de 3 000 aujourd’hui, pour une production inférieure de 50%. Des années 1980 à 2011, on a perdu 36% des emplois industriels, soit 1,9 million de postes en moins, alors que la population en France a augmenté de 10 millions d’habitants. 80% de ces suppressions sont dues à l’automatisation, 20% à la délocalisation. Selon le gouvernement, notre industrie a perdu 790 000 emplois entre 2002 et 2012. La robotisation, c’est aussi moins de pénibilité, plus de compétitivité… Certes, mais on est obligés d’acheter les robots au Japon, en Chine et aux Etats-Unis. L’informatique et l’automatisation entraînent plus de suppressions que de créations de postes. Les ouvriers peu qualifiés sont remplacés par des robots. Faute d’avoir développé la formation continue pour les requalifier, on les laisse sur le carreau, avec des allocations-chômage puis le RSA. A quoi bon produire en masse avec des robots qui travaillent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, jamais malades et qui ne râlent pas, si les gens n’ont pas les moyens d’acheter ces produits ? Faut-il taxer les robots ? Le travail, qui se raréfie, ne permettra plus de se développer. Soit les robots génèrent de l’argent à redistribuer, via un revenu universel de base, soit on sort du capitalisme pour mettre fin à la relation travail/argent. *Téléchargeable gratuitement sur Nachez.info r 50% DES EMPLOIS EXISTANTS DEVRAIENT ÉVOLUER L’AUTOMOBILE EN POINTE Le secteur automobile a été le premier, dans les années 1960, à remplacer ses ouvriers sur les postes les plus pénibles, mais surtout pour accroître sa productivité. A la clé, des coûts de manutention qui, aujourd’hui, seraient réduits de 20 à 40%, d’après le cabinet d’études Roland Berger. D’où le débat  : les robots, ennemis de l’emploi ? D’un côté, ceux qui affirment que la robotique crée de nouveaux métiers, de l’autre, les plus pessimistes, persuadés que les robots vont se substituer aux humains. La robotisation détruit-elle les emplois ? L’automatisation des usines et l’arrivée des robots détruisent des emplois mais pour les entreprises c’est un gain de productivité qui leur permet de créer de la valeur et parfois… des emplois. LE DÉBAT PROPOS RECUEILLIS PARC.P ET V.K. ÉVOLUTION DES MÉTIERS Si l’industrie française a perdu 790 000 emplois entre 2002 et 2012, la tendance est loin de s’inverser selon les prévisions des économistes. En outre, près de 50% des emplois existants devraient évoluer, projette le Conseil d’orientation pour l’emploi. Encore faut-il former les ouvriers à des métiers plus qualifiés. « Le robot est un outil complémentaire de l’homme, assure Olivier Rochet. On a besoin de moins de personnes, il suffit de les réaffecter. » Avant de construire l’industrie du futur, les expérimentations se multiplient. A Saclay (Essonne), une usine pilote, lancée par le cabinet de conseil Boston Consulting Group, permet aux industriels de tester les technologies de pointe. @VirginK @CyrusleVirus DR. Bruno Bonnel, Président du fonds Robolution capital et auteur de « Viva la Robolution » aux éditions Lattès. â NON Pour vous, les robots sont un enjeu de compétitivité… Oui car nous sommes très en retard et être dans le déni empire les choses. Quant à l’emploi, il faut regarder le bilan global et non poste par poste. Vous allez me citer l’étude de Roland Berger et les 3 millions de salariés sur le tapis à cause des robots d’ici 2025… Quand un emploi est impacté, il est primordial pour les entreprises de chercher des alternatives  : formation, requalification, pour accompagner le salarié touché, quel que soit le niveau d’études ou de compétences. C’est ce que je suggère dans le plan France Robots initiative remis en 2013 au gouvernement. La taxe sur les robots pourrait financer cela ? On est le seul pays au monde où l’on dit, au niveau politique, vouloir taxer les robots, ce qui revient à dire freiner le développement de la robotique sur notre territoire, donc la compétitivité. On se positionne comme si les robots allaient remplacer l’homme. Et puis, quelle différence entre une machine-outil ou un robot ? Dans le premier cas, pas de taxe. On va donc continuer à travailler sur des machines du XX e siècle alors que nos concurrents à l’international sont déjà sur des machines du XXI e ou du XXII e siècle. Se robotiser coûte cher…. J’ai lancé « start-PME », un programme de soutien lancé dans le cadre du plan pour aider ces entreprises à avoir leur premier robot avec des prêts bonifiés de Bpi France. Sur la centaine d’entreprises ayant bénéficié de ce plan, 90% ont créé au moins un nouvel emploi dans les 6 mois suivants, soit pour la maintenance du robot, soit grâce aux gains de productivité. « TAXER LES ROBOTS REVIENDRAIT À FREINER NOTRE COMPÉTITIVITÉ » I L â LIRE AUSSI, DÉCRYTPAGE  : CES EMPLOIS MENACÉS PAR LA ROBOTISATION, EN PAGE 4 LIRE AUSSI, « L’INDUSTRIE À LA RECHERCHE DE NOUVELLES COMPÉTENCES », EN PAGE 10
twipe_ftp LUNDI 3 AVRIL 2017 LE PARISIEN 3 www.leparisien.fr/ecoÀ LA UNE ÉCO PSA Poissy (Yvelines). Les premiers robots ont débarqué ici dans les années 1980 pour assembler les voitures. PAS D’AMBIANCE FUTURISTE ni de robots humanoïdes. Pourtant, « en moins de 10 ans on a complètement industrialisé et modernisé notre site », explique Henri Pirès, le Directeur de la plate-forme Viapost Industries, une filiale détenue à 100% par le groupe La Poste, spécialisée dans la logistique industrielle. A Chelles (Seine-et-Marne), son plus gros site, les 345 salariés traitent et tri les magazines et les journaux pour les abonnés. Depuis 2008, ils s’occupent en majorité des « petits paquets importés », les colis commandés en ligne sur des sites de e- commerce étrangers. Tout ce monde s’affaire 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans un hangar de 25 000 m², autour de deux trieuses automatisées. La dernière, multi-flux et multi-formats, plus perfectionnée, n’a que 4 mois d’existence. La croissance du e-commerce et du nombre de colis a poussé le site à s’équiper. Aujourd’hui, avec une capacité disponible de 50 millions d’objets par an, Chelles est le plus gros site de tri d’Europe. « De 130 000 paquets triés par jour en 2013, notre productivité est montée à 700 000 paquets par jour en 2016 avec l’objectif du million attendu d’ici 2021 », explique Henri Pirès. Pour ce dernier outil, l’investissement a été de 10 M € pour un gain de 30% de la productivité. DR. « On se demande s’il va rester du boulot pour les gens » « L’ARRIVÉE DES ROBOTS, c’est moins de travaux pénibles, mais des postes en moins », résume Arezki Guecem, 61 ans, ancien responsable d’unité passé par le service après-vente. Depuis son embauche en 1975, le site de Poissy (Yvelines) est passé de 24 000 à 5 000 salariés. « Il y a moins d’humains, moins d’interactions, note Gérard Lecoq, 64 ans, recruté la même année qu’Arezki. Avant, il y avait deux à trois personnes sur un véhicule. On pouvait se parler. Aujourd’hui, il y a, au mieux, une personne à l’avant et une à l’arrière. » ARRIVÉE PROGRESSIVE Les premiers robots ont débarqué dans les années 1980, notamment pour découper les taules et monter les roues. Objectif  : soulager le personnel qui avait droit à du repos supplémentaire pour travail pénible. Gérard se souvient  : « On travaillait 70% de notre temps les bras en l’air. Travailler comme dans le passé, ce serait trop dur. » Au début des années Des machines et des hommes Dans le plus grand centre de tri d’Europe, l’automatisation n’a pas remplacé l’intervention humaine. Et ce grâce à l’encodage automatique des adresses, le tri de toutes les typologies de colis (mous, durs, carrés…) par des capteurs et des caméras, une traçabilité à la fois pour le client et pour les destinataires… COLLABORATION La performance des salariés est elle aussi mesurée. Un chef d’équipe vérifie qu’hommes et machines sont en phase. « Notre machine a toujours besoin que des tâches soient réalisées manuellement », explique Henri Pirès. 58 embauches sont prévues cette année. « On a cru qu’il y aurait des licenciements mais non », explique Ahcene, 47 ans, directeur d’équipe embauché il y a 20 ans. Pour s’adapter, il a été formé « sur le tas ». « Tout a changé, explique-t-il. Avant, tout était pesé manuellement, 1990, au lancement de la Peugeot 207, d’autres robots sont venus remplacer les employés chargés de la mise en forme de la carrosserie. « Une vingtaine d’ouvriers étaient alignés, raconte Arezki, retraité depuis le 31 mars. Ils passaient leur journée à souder avec des pinces de 80 cm. Aujourd’hui, les robots font tout. L’intervention humaine est limitée. » Autre point positif  : les robots, qui accompliss en t l e s t â c h e s l e s p l u s physiques, ont permis de féminiser les équipes. « Des femmes choisissent de travailler de nuit 345 personnes travaillent dans ce centre à Chelles (Seine-et-Marne). LP/PHILIPPE LAVIEILLE. on passait la journée penché pour réceptionner les colis dans les chariots. Il suffit maintenant de tendre le bras à sa hauteur pour récupérer les colis puis de les passer sous un scanner. » Nelly et Soumia, 47 et 35 ans, trieuses toutes les deux, apprécient aussi cette baisse de la pénibilité des tâches. « Maintenant, la machine s’adapte à nous et non l’inverse. » Elles font partie des 40% de femmes sur l’ensemble des salariés du site contre moins de 5% il y a dix ans. « Une autre vertu de l’automatisation » ajoute Henri Pirès. Et si la phase d’après était de robotiser pour porter les conteneurs à la place des conducteurs d’engin ? « Nos fournisseurs y réfléchissent pour leurs entrepôts. Ici ce n’est pas possible, nos volumes sont trop grands. L’humain reste plus rapide ». V.K. LP/ARNAUD DUMONTIER. Site de PSA à Poissy (Yvelines), jeudi. Nous avons rencontré Gérard Lecoq (à g.) et Arezki Guecem, salariés du constructeur depuis 1975, tout récemment retraités. pour s’occuper des enfants, remarque Gérard. C’est un rythme difficile. Elles ne tiennent pas longtemps. » MODERNISATION Gérard a commencé sa carrière au « cimetière », le service qui s’occupe des voitures « nonconformes ». Dans les années 1970, ce garage comptait 80 salariés, contre 15 aujourd’hui. « Des anomalies ont disparu grâce aux robots, observe le néo-retraité. Avant, c’était de la réparation. Aujourd’hui, on ne fait que changer l’élément. » En 2015, l’atelier peinture s’est modernisé. Depuis, les bras de quatre robots appliquent deux vernis, classique et granuleux. Une première mondiale. « C’est un des derniers secteurs qui n’était pas encore robotisé », glisse Gérard. « A la vitesse où ça va, on se demande s’il va rester du boulot pour les gens, reconnaît Arezki. Un robot n’a pas besoin de congés, ne tombe pas malade, tourne 24 heures sur 24… Il n’y a pas d’arguments pour s’opposer. » C.P. Sawyer, « le compagnon des ouvriers » Le premier Sawyer a atterri en France mi- 2016. Depuis, une trentaine de ses frères, fabriqués aux Etats-Unis, ont séduit quelques PME, spécialisées dans la plasturgie et l’électronique, et des grands groupes, comme General Electric. « On le retrouve pas mal dans l’automobile, très friande de robotique, et dans l’aéronautique, qui commence à le devenir », assure Jérôme Laplace, patron de l’installateur Génération Robots. Sawyer, qui coûte 35 000 € , ne nécessite pas de surveillance humaine et doit révolutionner la vie en usine. Ses capteurs lui permettent de s’adapter si une pièce n’arrive pas dans la bonne position. « On perd moins de temps dans la programmation », explique le fondateur de la PME bordelaise. Polyvalent, ce robot collaboratif (ou « cobot ») , exécute les mouvements que l’opérateur lui a préalablement montrés. « On peut le faire travailler deux heures sur un poste, puis trois sur un autre. C’est le compagnon des ouvriers qui s’occupe des tâches ingrates », résume-t-il.C.P. Vendu 35 000 € , ce robot est installé dans les usines en France par une PME bordelaise. DR. agenda Mana Mana nanan nanan 4.04 En banlieue, des entrepreneurs solidaires Positive Planet, qui accompagne gratuitement des entrepreneurs, leur lance plusieurs « défis solidaires ». Education, le 4 avril. Les créateurs accompagnés par Positive Planet organisent une collecte pour recueillir jeux, livres et fournitures scolaires au profit d’enfants démunis. Espace Pré Fleuri, 6, allée Jean-Vilar, Le Havre (Seine- Maritime), à partir de 16 h 30. Intégration, le 6 avril. Les entrepreneurs de Seine-Saint- Denis accompagnés par Positive Planet se mobilisent pour offrir un banquet festif à des migrants. En face du 17, avenue Porte de la Chapelle Paris (XVIII e), à partir de 12 h 30. 7.04 Start-up aux Champs-Elysées Le Drugstore Publicis accueille chaque week-end des jeunes pousses et leurs créations. OCNI (Objets comestibles non Identifiés) présente les 7, 8 et 9 avril ses assaisonnements à tailler. Etuis et taille-crayon rangés dans un coffret vous permettent de couper de jolies copeaux pour relever vos assiettes de citron, piment et autres soja. A déguster ces trois jours de 12 heures à 20 heures au Drugstore Lab, 133, avenue des Champs-Elysées (Paris VIII e). www.ocni-factory.com Des MOOCs de recrutement En partenariat avec Pôle emploi et l’Afpa, Skilero est une plateforme lancée le 28 mars dédiée aux MOOCs de recrutement et aux tests de compétences. 24 métiers en tension sont dès à présent proposés avec un objectif de 40 d’ici fin 2017  : service à la personne, maintenance, comptabilité, développement informatique… Les candidats peuvent gratuitement prouver leurs motivations et leurs compétences en passant le test ou le MOOC de leur choix, élaboré par des experts. De leur côté, les entreprises ont accès aux résultats de ces tests et MOOCs et peuvent ainsi piocher leurs futures recrues. La SNCF recrute actuellement plus de 1000 conducteurs de train via un le MOOC de recrutement référencé sur la plate-forme www.skilero.com. DR.



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