Le Parisien Economie n°313S 13 mar 2017
Le Parisien Economie n°313S 13 mar 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°313S de 13 mar 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Le Parisien Libéré

  • Format : (280 x 360) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 9 Mo

  • Dans ce numéro : produits monastiques, sacré business !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 2 - 3  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
2 3
twipe_ftp LE PARISIEN LUNDI 13 MARS 2017 I ÉCO 2 À LA UNE @LeParisien_Eco DR. Ici, « on prie et on travaille » VOCATION En quête de sens à l’égard des produits qu’ils achètent, les consommateurs ont un regain d’intérêt pour tout ce qui provient des monastères, transformant ces derniers en entreprises un peu à part. PAR VIRGINIE DE KERAUTEM Par trois fois, le même son de cloche  : « On est débordés d’appels depuis la diffusion d’un reportage à la télévision (NDLR  : « Le pain béni des abbayes », sur France 5 en février). Rappelez-nous dans six ou huit mois… » Ces religieux contactés au sujet des produits qu’ils fabriquent sont à la fois amusés et désolés de cette fin de non-recevoir. Un label certifiant L’association Monastic naît en 1989 pour se démarquer et réagir face à la publicité pour le célèbre fromage « Chaussée aux Moines », fabriqué à 100% par le géant des produits laitiers Lactalis. Objectif  : maîtriser l’usage de la terminologie monastique. Aujourd’hui, pour utiliser la marque Monastic, le produit doit être fabriqué « en clôture », dans le monastère, par les membres de la communauté ou sous leur responsabilité. Mais une étape importante dans l’évolution des critères vient d’être franchie. Face à des procédés industriels de plus en plus perfectionnés, la fabrication in situ pourrait ne plus être indispensable, à condition d’une implication des religieux à chaque étape. Ainsi, toutes les communautés pourront utiliser la marque. L’association apporte aussi son aide sur l’administration (fiscalité, législation, formation, etc.). V.K. MARIE-CATHERINE PAQUIER, AUTEUR D’UNE THÈSE SUR L’ACHAT DES PRODUITS MONASTIQUES, ENSEIGNANT-CHERCHEUR À L’EUROPEAN BUSINESS SCHOOL PHOTOPQR/NICE MATIN/FRANZ CHAVAROCHE. Ce succès, beaucoup de monastères le doivent à l’intérêt grandissant des consommateurs soucieux d’acheter des produits du terroir et éthiques, leur marque de fabrique. NOUVELLES SOURCES DE REVENUS Leurs boissons, gâteaux, poulets, cosmétiques, maroquinerie, bougies, etc., représentent un marché en croissance, estimé à 75 M € . Une bonne nouvelle pour ces 200 abbayes et monastères en quête de nouvelles « De nombreuses communautés limitent leur production » L’écosystème des produits monastiques est très à part… C’est vrai que la vocation prioritaire de ces abbayes et monastères est spirituelle et le temps dévolu au travail n’est pas extensible. De nombreuses communautés limitent leur production et ne peuvent satisfaire de grandes demandes. C’est pour ça que l’on trouve rarement leurs produits dans la grande distribution. Comment s’organisent ces communautés ? Elles font parfois appel à de la soustraitance ponctuelle mais prennent alors soin de contrôler ce qui est fait à l’extérieur. Les moines et les moniales sont toujours les maîtres d’œuvre, avec sources de revenus pour subvenir à leurs besoins quotidiens et entretenir leurs propriétés. Si le travail fait partie de la culture de ces congrégations religieuses cloîtrées dans des monastères reculés, il ne doit pas faire oublier la prière. « Prie et travaille » est leur credo. « On est comme une petite entreprise, mais on se sent plus fragiles car on doit veiller à bien respecter l’équilibre de notre vie communautaire », explique frère Marc-Henri de l’abbaye d’Aiguebelle (lire ci-contre). Jon- un cahier des charges bien précis, y compris d’un point de vue éthique. Une attention particulière est portée sur l’origine des matières premières, les règles d’organisation du travail ou le respect de la nature, conformément à la volonté exprimée par le pape François, en 2015, sur la protection de la planète. Qui met la main à la pâte ? Dans chacun de ces monastères, il y a un cellérier ou une cellérière, un moine ou une sœur, jamais un laïc, en charge de l’économie de sa communauté. Le rôle du responsable d’atelier est également très important. C’est aussi un religieux, dans 99% des cas. Quand il n’a pas les compétences initiales, il r 75 M € C’EST LE MONTANT ESTIMÉ DU MARCHÉ DES PRODUITS MONASTIQUES gler entre spiritualité et productivité n’est pas simple. Si certains monastères continuent de tout fabriquer eux-mêmes dans leurs ateliers, d’autres, pas assez nombreux, recrutent des laïcs ou sous-traitent pour faire tourner leur business, en France et à l’international. Hormis certains fromages, boissons ou pâtes, il est rare de voir les produits monastiques dans les rayons de la grande distribution car les monastères privilégient des canaux plus restreints, physiques et en ligne, correspondant Située sur l’île Saint-Honorat (Alpes-Maritimes), l’abbaye de Lérins accueille 21 moines. Ils produisent principalement vins et spiritueux. les acquiert en formation, auprès des industriels. En fonction des forces vives de la communauté et des compétences, ce responsable ne s’interdit pas de recruter des laïcs. Le silence est la règle. Comment cela se traduit-il dans les ateliers ? Ce ne sont pas des ruches où on papote ! Néanmoins, j’ai visité beaucoup d’ateliers. On y parle mais pour des nécessités de travail. On ne se raconte pas ses états d’âmes. Il y règne des ambiances très apaisées, très concentrées malgré le bruit des machines. Comment ces communautés s’adaptent-elles à la demande ? C’est un marketing de l’offre avec des mieux à leur niveau de production (lire ci-dessous). Le respect de l’image est un point clé. « Une fois, nous avons retrouvé des produits monastiques sur Amazon à côté de citrouilles pour Halloween. Ce n’est pas possible pour nous. On a réglé cela à l’amiable avec ce revendeur indépendant qui voulait proposer nos produits. Cela partait d’une bonne intention », raconte frère Benoît, de l’association Monastic. V LÉRINS VEUT GARDER SES BATEAUX « Le transport maritime est une activité périphérique, il n’y a aucun moine à la barre », assure Samuel Bouton, un laïc directeur commercial de l’abbaye de Lérins (Alpes-Maritimes). Si leur principale activité concerne la production de vins et spiritueux (800 000 € de CA), les 21 cisterciens, en tant que gérants, « ont leur mot à dire » sur le litige les opposant à une compagnie maritime locale. En cause  : une concession qui leur laisse le monopole de la liaison entre le port de Cannes et l’île Saint-Honorat dont ils sont propriétaires. Six laïcs sont salariés par les moines pour transporter les visiteurs. Ces activités leur permettent d’entretenir le patrimoine qui « se dégrade avec les affluences marines et le sel ». Les religieux, qui emploient 25 personnes au total, touchent aussi des dons privés et des subventions publiques pour financer les travaux, estimés à 3,5 M € .C.P. IPlus d’infos  : Abbayedelerins.com @VirginK recettes anciennes que ces religieux maintiennent. Ils évoluent aussi en étant à l’affût des tendances. Ils innovent, notamment pour s’adapter à l’évolution de réglementations, pour les cosmétiques par exemple. Leurs sources sont leurs distributeurs ou leurs propres boutiques mais aussi les laïcs qui travaillent avec eux, qu’il s’agisse de bénévoles ou de consultants, d’experts… Quels sont leurs canaux de distribution ? Toutes les communautés n’ont pas leur boutique. Elles vendent aussi dans d’autres monastères. Mais la vente en ligne existe, avec une quinzaine de sites d’abbayes, à raison de deux ou trois supplémentaires par an. PROPOS RECUEILLIS PAR V. K
DR. twipe_ftp LUNDI 13 MARS 2017 LE PARISIEN www.leparisien.fr/ecoÀ LA UNE Les bénédictines de l’Abbaye de Saint-Vincent de Chantelle (Allier) conditionnent crèmes denuit, démaquillants, lotions après-rasage, … L’ALEXION, UN ÉLIXIR TONIFIANT Agés de 46 à 94 ans, les 19 moines de l’abbaye d’Aiguebelle (Drôme) vivent entre autres de l’Alexion, une boisson fortifiante bio sans alcool à base de 52 plantes. Trois seulement sont cueillies sur place, faute de temps et de monde. Les autres viennent d’agriculteurs locaux ou de l’étranger pour les espèces exotiques. La fabrication est en revanche assurée in situ par cinq moines dans un atelier modernisé il y a huit ans qui leur permet de produire 60 000 bouteilles par an distribuées par 200 revendeurs en France et en Europe. Des activités qui garantissent à la communauté 34 000 € de bénéfice net destinés à l’entretien de ses bâtiments. V.K. IPlus d’infos  : Abbaye-aiguebelle.cef.fr LA BIÈRE DU CARMEL Que des religieuses fabriquent des hosties n’est pas surprenant. Qu’elles se lancent dans la bière l’est un peu plus. C’est le choix qu’a fait le Carmel de Sens (Yonne), depuis septembre, pour trouver d’autres sources de financement, sur la proposition de Patrice Beau, patron de la brasserie Larcher, toute proche. Il produit l’Alpargate, en version blonde et ambrée, sur une recette concoctée avec les sœurs. Elle est notamment vendue chez Leclerc qui les achète au prix de vente, sans marge. L’Alpargate a déjà rapporté 8 515 € au Carmel. V.K. IPlus d’infos  : Carmel.asso.fr/Sens SACRÉES BOUGIES « Chaque bougie est faite à la main dans notre atelier », insiste sœur Marie-Bénédicte, moniale à l’abbaye Bec-Hellouin (Eure). « C’est nous qui créons nos modèles de façon artisanale, notamment pour l’art de la table. » Cela change des cierges de dévotion, dédiés à la prière, longtemps fabriqués par les moniales. Mode oblige, les sœurs ont dû adapter les formes, les couleurs de leurs bougies et même laisser des défauts. Jusqu’à huit moniales sur 24 travaillent dans l’atelier, quatre heures par jour, le reste de la journée étant consacré à la prière. 14 916 bougies sont sorties de leur atelier en 2016, pour un chiffre d’affaires estimé à 70 000 € . « Quand la demande augmente trop, on est capables de dire non », précise la sœur. V.K. IPlus d’infos  : Abbayedubec.com DR. PAR CYRIL PETER PRIER TOUT EN RESTANT BELLE En 1954, les bénédictines de l’abbaye Saint-Vincent de Chantelle (Allier) se lançaient, seules, dans les cosmétiques. Depuis, elles ont recruté douze laïcs pour réaliser les tests de qualité, élaborer de nouveaux produits. Outre le lait de Chantelle, qui hydrate et démaquille tous types de peau, l’entreprise commercialise savons exfoliants, lotions après-rasage, crèmes de nuit… « Le travail équilibre la vie des prières », explique mère Pascale, à la tête de la PME qui pèse près d’1 M € de chiffre d’affaires. Il permet aussi d’assurer l’avenir de la communauté  : « C’est notre gagne-pain, on ne vit pas de l’air du ciel ! » C.P. IPlus d’infos  : Abbaye.benedictines-chantelle.com Une boutique spécialisée à Paris Paris (I er). Comptoir des abbayes propose 4 000 références de produits monastiques à la vente. Le frère Clément dans l’atelier de l’abbaye d’Aiguebelle (Drôme). DR. DR. LA CHARTREUSE, UNE LIQUEUR À 15,8 M € Vous connaissez le chartreusito, dérivé du mojito ? Remplacez le rhum par de la Chartreuse verte et vous obtiendrez ce cocktail à la mode aux Etats-Unis. Cette « liqueur de santé », popularisée par Quentin Tarantino dans « Boulevard de la mort », est aussi très connue en Allemagne, en Espagne, au Mexique ou encore en Australie. L’export pèse la moitié du chiffre d’affaires de 15,8M € de Chartreuse Diffusion. La PME, basée à Voiron (Isère), gère la commercialisation des liqueurs dont la recette est tenue secrète depuis plus de 250 ans par les moines du monastère de la Grande Chartreuse situé à une vingtaine de kilomètres, dans le massif alpin. La communauté touche une redevance sur les 1,5 millions de bouteilles vendues chaque année.C.P. IPlus d’infos  : Chartreuse.fr « À CHAQUE NOUVEAU produit, on me raconte une histoire. » Carole Fantoni, habitante du quartier, apprécie l’expérience client de la boutique, sur fond de musique religieuse. Des confitures de l’abbaye de Jouques (Bouches-du-Rhône) au Baume du pèlerin du monastère de Ganagobie (Alpes-de-Haute-Provence), les deux vendeurs sont incollables sur l’origine de chaque article. Comptoir des abbayes, qui réalise 300 000 € de chiffre d’affaires par an, a pour but de « mettre en scène des produits monastiques au cœur de la ville », explique le gérant Pierre Van den Broeck. Situé à Paris (I er), entre le Louvre et l’Opéra, le magasin attire des touristes asiatiques et américains, mais aussi des connaisseurs comme Claudine Le Moal, 73 ans  : « Tout est de bon goût. C’est idéal pour faire des cadeaux. En plus, j’ai confiance dans la composition des produits. » CIRCUITS COURTS Explication du patron  : « Nos fournisseurs ont un rapport très moderne à la consommation et à l’environnement, avec les circuits courts et la naturalité du produit. » Le travail n’étant pas la priorité des moines, il faut s’adapter. « En période de carême, ils sont moins disponibles. » Quid de la livraison ? « On ne travaille pas avec des centrales d’achat. Il m’arrive d’aller chercher la marchandise avec mon monospace. » LP/ARNAUD DUMONTIER. DR. Si la majorité de ces produits « authentiques », insiste Pierre Van den Broeck, viennent de nos régions, la boutique se fournit également à l’étranger. Les bières belges et néerlandaises, qui portent le label « Authentic Trappist Product », font de la concurrence aux bouteilles des bénédictins de Saint-Wandrille (Seine-Maritime). Côté condiments, des piments italiens côtoient de la moutarde tchèque et des crèmes d’olive grecques. Cocorico, en revanche, dans le frigo derrière la caisse. Tous les fromages sont français, comme ce Timanoix affiné à la liqueur de noix à l’abbaye de Timadeuc (Morbihan). 80 MONASTÈRES PARTENAIRES Parmi les articles à succès figure l’Alexion d’Aiguebelle (lire cidessus). La bouteille de 75 cl s’arrache à 13,90 € . « C’est cher ici, c’est pour ça que je ne viens pas souvent, reconnaît Claudine Le Moal, habitante d’Asnièressur-Seine (Hauts-de-Seine). Mais au moins il n’y a pas foule comme dans les hypermarchés. » « Ce serait génial s’il y avait des légumes bio », lance une fidèle cliente qui s’approvisionne sur les marchés parisiens. « On y pense », rétorque le gérant. A condition de trouver de la place dans ce magasin d’une surface de 50 m², qui sélectionne des articles parmi les 4 000 références des 80 monastères partenaires. Autre option  : la vente en ligne, qui représente 15% des ventes. a 3 ÉCO Mana Man Man... Man Man nanan agenda 13.03 La semaine nationale des missions locales « Job dating » à Malakoff (Hauts-de-Seine), visite d’entreprise à Salon-de- Provence (Bouches-du-Rhône), recrutement dans l’industrie à Toulouse (Haute-Garonne) ou encore forum d’emplois saisonniers à Niort (Deux- Sèvres)… Plus de 12 000 professionnels de l’insertion des jeunes de 16 à 25 ans se mobilisent jusqu’au vendredi 17 mars. Renseignements  : Unml.info/semaine-nationale- 2017/le-programme-de-lasemaine 14.03 Le salon du développement durable à Paris L’innovation sera au coeur de la 10 e édition de PRODURABLE, le salon professionnel des acteurs et des solutions pour le développement durable et la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Au programme  : 90 conférences, sur la mobilité urbaine, le biodiversité ou encore la durée de vie des produits. Un pavillon « start-up » sera monté avec le soutien de BPI France. Parmi les invités  : Nicolas Hulot, président de la Fondation éponyme, et Jean Jouzel, directeur de recherche émérite au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Inscription payante  : Produrable.com. Mardi 14 et mercredi 15 mars, Palais des Congrès, Paris (XVII e) Le livre « Pour une république de citoyens entrepreneurs » La Fédération des entreprises et des entrepreneurs de France (FEEF) dévoile dans cet ouvrage une série de propositions pour « repenser notre vivre ensemble et bâtir une société entreprenante ». Parmi elles, notamment, la différenciation pour les entrepreneurs de PME dans les négociations commerciales avec la grande distribution afin de favoriser ces entreprises qui représentent une part importante du tissu économique. Résolument humaniste et optimiste, le premier ouvrage de Dominique Amirault, président de la FEEF, éclaire le débat en cette veille d’élection présidentielle. « Pour une république de citoyens entrepreneurs », Dominique Amirault, 240 pages, 18 € . Ed. Tallandier. Domim..Amwoft Perez Pour une République de CITOYENS ENTREPRENEURS ENFIN



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :