Le Parisien Economie n°227S 27 fév 2017
Le Parisien Economie n°227S 27 fév 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°227S de 27 fév 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Le Parisien Libéré

  • Format : (280 x 360) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : made in banlieue, Kery James, un rappeur face aux entrepreneurs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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twipe_ftp LE PARISIEN LUNDI 27 FÉVRIER 2017 ÉCO 2 FACE AUX ENTREPRENEURS @LeParisien_Eco Augustin Doumbe, 27 ANS, COFONDATEUR DE YOUORDER ARGENTEUIL (95) Avec un ami d’enfance, ils ont lancé, il y a trois ans, YouOrder, un service de livraison à scooter électrique à Paris et petite couronne. Le duo s’appuie sur une centaine de livreurs, essentiellement des jeunes peu qualifiés, recrutés en CDI. Leurs principaux clients sont des acteurs de la food tech, comme Allo Resto. La jeune pousse veut séduire des e-commerçants pour livrer d’autres produits, comme des vêtements et des chaussures. Elle prévoit cette année de tripler son chiffre d’affaires, à 3 M € . IL A SENTI LE BON FILON de l’énergie solaire pour créer Clim Tek, à Saint-Denis (Seine-Saint- Denis). Mahmoud Abdillahi nous a reçus dans ses locaux pour ce « Face aux entrepreneurs » avec Kery James, son ami d’enfance. Il nous raconte sa rencontre avec le rappeur et ses premiers pas d’entrepreneur. « J’ai connu Kery par la musique quand il avait 13 ans. A l’époque, au Bataclan, des groupes de rap faisaient le show chaque dimanche après-midi. Moi, j’ai été formé dans la rue, en faisant des trucs qu’il ne faut pas faire. Je ne me suis pas présenté aux examens du bac car je gagnais beaucoup d’argent grâce au deal. Je n’avais pas compris l’importance de l’école. J’ai arrêté ces bêtises vers 30 ans. J’ai commencé à travailler en tant que manutentionnaire dans l’événementiel. Ça m’a mis un coup car c’était mal payé. A côté, je travaillais avec Kery. En regardant un reportage sur les énergies nouvelles, je me suis dit  : Pourquoi pas me lancer ? J’avais besoin de 3 000 € pour ouvrir la société et acheter l’outillage pour monter des 1 CINQ ENTREPRENEURS Naïma Bouabsa, 58 ANS, RESPONSABLE D’UNE LAVERIE À BOBIGNY (93) Couturière, manutentionnaire, gouvernante… Cette grand-mère de neuf petits-enfants multiplie les expériences professionnelles avant de se retrouver au chômage pendant un an. Pour en sortir, elle choisit d’entreprendre, dans sa ville, à Bobigny (Seine- Saint-Denis). Après un parcours du combattant de deux ans pour trouver des financements, elle tient aujourd’hui une laverie automatique, appréciée des habitants. « Il m’a aidé à me lancer » « JE N’AVAIS PAS COMPRIS L’IMPORTANCE DE L’ÉCOLE. J’AI ARRÊTÉ LES BÊTISES VERS 30 ANS. » Mahmoud Abdillahi 43 ANS, FONDATEUR DE CLIM TEK À SAINT-DENIS (93) panneaux solaires. Kery m’a aidé. Ensuite, je me suis entouré d’un gars doué en électrotechnique. Il avait un salaire. Moi, je ne touchais rien. Je cherchais les clients. De fil en aiguille, on a grossi. Le tournant ? C’est quand j’ai bluffé un gros client à Grenoble en lui disant que j’avais une vingtaine d’équipes alors que j’en avais trois. J’ai convaincu un concurrent bulgare qui en avait plus que moi de devenir mon partenaire. Au bout de 6 mois, il est rentré au pays pour des histoires. On s’est mis d’accord pour que je récupère ses équipes. Dix ans après sa création, Clim Tek, c’est 3 M € de chiffre d’affaires par an. En parallèle, avec un geek de Google, j’ai créé en 2014 une deuxième société, Pro Local, pour améliorer le référencement sur Internet des TPE et PME. Nous avons 2 500 clients, et cela nous rapporte 100 000 € par mois. » KERY JAMES, RAPPEUR, FONDATEUR DE L’ASSOCIATION ACES « La réussite est plus jouissive en banlieue » ENGAGEMENT Figure du rap français, Kery James s’est prêté au jeu face à des entrepreneurs. Partage d’expériences. « O N N’E S T PA S C O N D A M N É à l’échec. » Dans son titre emblématique « Banlieusards », sorti en 2008, Kery James s’adresse à son public de la première heure  : les jeunes des quartiers. La même année, il crée l’association ACES (Apprendre, comprendre, entreprendre et servir). Le but ? Aider des étudiants brillants et défavorisés à tracer leur chemin, en leur offrant des bourses pour poursuivre leur cursus, se payer un ordinateur ou le permis de conduire. Et in fine, en faire des modèles autres que des artistes et des sportifs, en marge des clichés habituels. A notre invitation, pendant plus d’une heure, le gamin du quartier des Saules à Orly (Val-de-Marne), Saint-Denis, (Seine-Saint-Denis), le 21 février. Le rappeur Kery James s’est entretenu pendant plus d’une heure avec les cinq entrepreneurs. devenu figure du rap français, a échangé avec des entrepreneurs et une responsable d’agence d’intérim franciliens. Une rencontre organisée à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) dans les locaux de l’entreprise dirigée par un ami d’enfance. UN BOSS TOUT EN MODESTIE Curieux et décontracté, il a demandé aux participants de détailler les étapes de leur parcours. Des trajectoires qui n’ont souvent rien de linéaires, rythmées de galères mais aussi d’une volonté farouche de réussir. Des itinéraires comme celui de l’enfant né en Guadeloupe, envoyé par ses parents en métropole pour y être éduqué en pension, devenu un ado d’Orly avec ses révoltes, ses errements dans la rue et ses pièges, avant d’éclore en star du rap. Un boss tout en modestie face aux entrepreneurs, capable de laisser débattre les acteurs de terrain, séduits par sa franchise et sa simplicité. ENTRETIEN COORDONNÉ PAR VIRGINIE DE KERAUTEM ET CYRIL PETER PHOTOS  : LP/OLIVIER LEJEUNE
twipe_ftp LUNDI 27 FÉVRIER 2017 LE PARISIEN 3 www.leparisien.fr/ecoFACE AUX ENTREPRENEURS ÉCO I Lamine Thiam, 50 ANS, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE PROMEVIL À CERGY (95), Ecole des hautes études Internationales à Paris en 1992, Science Po Paris en 2010, un mémoire sur le RSA et il « chope » le virus de la médiation sociale après un job de trois mois dans la banlieue sensible de Chanteloup - les-Vignes (Yvelines) pour Promevil, association de professionnalisation de la médiation sociale. Il en est aujourd’hui directeur général. Il recrute et forme des médiateurs issus des quartiers pour réguler les tensions quotidiennes dans les transports et les banlieues. BIO EXPRESS -w Marie-France Gaïqui 49 ANS, DIRECTRICE D’AGENCE ADECCO À CRÉTEIL (94) En licence d’administration économique et sociale (AES) à Créteil en 1991, Marie-France Gaïqui intègre en stage Adecco, groupe spécialisé dans l’intérim et les ressources humaines. Embauchée comme assistante de gestion, elle évolue vers un poste de responsable recrutement, puis d’attachée commerciale avant de devenir directrice d’agence. Elle recrute dans les métiers de l’industrie, la logistique et le tertiaire. « On s’attaque à l’emploi, on se sent utile », résume-t-elle. 1977 Naissance aux Abymes, en Guadeloupe 1986 Création de Ideal Junior, son premier groupe 2014 Lancement de l’ACES tour à Nanterre (Hauts-de-Seine), une tournée solidaire 2016 Sortie de son huitième album, Mouhammad Alix 2017 Joue sa pièce « A vif » au théâtre du Rond-Point « En tant qu’artiste, j’ai une responsabilité, les entrepreneurs aussi en ont une » AUGUSTIN DOUMBE Pourquoi consacrer toute votre œuvre artistique aux jeunes de banlieue ? KERY JAMES. C’est l’essence du rap que d’avoir un discours social. On est censé être authentique et parler de choses que l’on connaît, qui nous touchent. J’ai toujours essayé de rester sur cette ligne-là. En tant qu’artiste, j’ai une responsabilité. Les entrepreneurs aussi en ont une. Ils peuvent mener une action pas forcément sociale mais qui ne nuise pas à la société. Si on arrive à ne pas nuire, c’est déjà bien. Vous avez choisi de contourner le système en évitant les chaînes de télévision et radios grand public. N’est-ce pas un frein à cet engagement ? Mon œuvre sociale n’a d’impact que si je suis écouté, entendu. Quand je leur dis que le combat continue, qu’il faut se battre même s’il y a deux fois plus d’obstacles, ils l’entendent car ils savent que j’ai fait face à ces mêmes obstacles. Bien sûr, si j’avais tenu d’autres discours, je pense que j’aurais gagné plus d’argent. Mais peut-être cela aurait-il été plus éphémère. « J’ai l’impression de faire de la politique » NAÏMA BOUABSA Si vous deviez citer un entrepreneur comme modèle, qui serait-il ? K.J. Je citerai mon ami, Mahmoud. Parti de rien, il a aujourd’hui ses bureaux et plusieurs entreprises. Il n’oublie pas d’où il vient. C’est un modèle de réussite. MAHMOUD ABDILLAHI. Kery a été solidaire. C’est important dans les banlieues. Il y a 10 ans, quand je travaillais avec lui dans la musique, j’avais des projets... Je voulais me diriger vers les nouvelles énergies car je pensais que c’était un métier d’avenir. Il m’a encouragé. C’est plus le genre à t’apprendre à pêcher qu’à ramener le poisson ! On a plus envie de réussir quand quelqu’un vous a aidé, pour ne pas le décevoir. K.J. Il a largement remboursé sa dette ! Plus sérieusement, mes modèles sont surtout des figures politiques comme Lumumba, MohamedAli et MalcomX. LAMINE THIAM Allez-vous faire de la politique ? K.J. J’ai déjà l’impression d’en faire. Sauf que ce n’est pas de la politique p 6 000 € C’EST LE MONTANT QUE KERY JAMES REVERSE À SON ASSOCIATION APRÈS CHAQUE CONCERT DE LA TOURNÉE SOLIDAIRE ACES politicienne. J’ai le sentiment d’avoir de l’influence sur le débat public, que ma parole compte. Récemment, par exemple, j’ai publié une tribune dans « Le Monde ». Si j’entrais dans le jeu politicien tel qu’il est organisé aujourd’hui, ma parole perdrait de la valeur. On finit forcément par être corrompu. Pas forcément par l’argent. Dans les valeurs aussi. Il y a tellement de concessions à faire qu’à la fin, on ne se reconnaît même plus. C’est pour ça que je n’appelle pas à voter pour tel ou tel candidat. MARIE-FRANCE GAÏQUI Alors, pourquoi choisissezvous le circuit indépendant pour produire vos albums seulement maintenant ? A part le dernier, tous mes albums ont été produits par une maison de disque. J’aurais pu être en indépendant avant. Mais je ne suis pas doué pour l’administratif. C’est mon épouse qui s’occupe de tout. L’une des intelligences dans la vie, c’est de s’entourer de gens qui savent faire. MAHMOUD ABDILLAHI Comment ceux qui ont réussi professionellement peuvent-ils aider leurs quartiers d’origne ? Chacun dans son domaine peut participer. Quand on vient de quartiers difficiles et que l’on connaît une certaine réussite, il faut avoir le courage de s’engager avec des personnes de confiance qui connaissent ou qui ont connu nos difficultés sociales. On ne peut pas reprocher aux gens qui ne connaissent pas nos problèmes de ne pas se sentir concernés. NAÏMA BOUABSA Vous avez créé une assocation. Quel est son rôle ? « Uber ? Un piège pour les jeunes » LAMINE THIAM Comment l’Etat doit-il intervenir en banlieue pour faire émerger des solutions en termes d’emploi ? K.J. On ne peut plus attendre après l’Etat. C’est le sujet de ma pièce de théâtre (NDLR  : « A vif », qu’il a jouée ces denières semaines au Théâtre du Rond-Point, à Paris). Deux avocats s’affrontent. Pour le premier, l’État est coupable de la situation des banlieues. Le second défend que les citoyens sont responsables de leur condition  : « Souhaitez-vous fabriquer une génération d’assistés totalement dépendante de l’Etat français ? », demande-t-il. Prétendre que l’Etat est à l’origine de tous les maux des jeunes de banlieue, c’est rendre cette population dépendante de lui. Elle pourrait attendre qu’il ait une solution à tous ses problèmes. Or, l’Etat ne peut pas. Peut-être ne le veut pas. Et, quoi qu’il en soit, ne le fera pas. C’est à nous de nous organiser. AUGUSTIN DOUMBE Les dispositifs existants pour les jeunes sont intéressants pour commencer. Il ne faut pas en ajouter d’autres, mais plutôt mieux informer. Il y a un gros clivage entre le Parisien favorisé et le banlieusard pas forcément connecté. LAMINE THIAM « Je ne suis pas d’accord avec cette idée que les Parisiens seraient favorisés. Je me souviens d’un jeune qui a émigré à Garges-Lès- Gonesse (Val-d’Oise), dans un quartier prioritaire, pour bénéficier 1ç Apprendre, comprendre, entreprendre et servir (ACES) fait du soutien scolaire et du financement d’études supérieures. L’éducation est le nerf de la guerre. On ne peut pas tous être footballeurs, acteurs ou chanteurs. Si on veut changer les choses, on a besoin d’avoir plus d’avocats, d’économistes. Entreprendre en banlieue, c’est plus difficile ? Certainement, mais la réussite est bien plus jouissive et intéressante. J’ai tellement été habitué aux obstacles que je ne sais pas comment font les gens qui n’en ont pas. MARIE-FRANCE GAÏQUI Je constate que sur certains métiers qualifiés mais dénigrés, nous avons du mal à recruter. Comment les rendre plus attractifs aux yeux des jeunes que vous suivez ? Notre action porte plutôt sur des jeunes qui ont fait des études supérieures, déjà engagés dans une voie. On n’est pas là pour les réorienter. Mais on a aussi donné des bourses à des étudiants passés par la voie professionnelle avant de rejoindre la voie générale. Notre but est qu’ils deviennent des modèles. d’un dispositif d’aide à l’emploi auquel il n’avait pas droit en restant à Paris. Pour revenir à votre engagement auprès des jeunes via votre association, les encouragezvous pour qu’ils se tournent vers le numérique, un secteur porteur ? K.J. La mission de mon association est de pousser quelqu’un qui a déjà un chemin. Et puis je suis dépassé par les nouvelles technologies. Je n’y connais vraiment rien (rires)… AUGUSTIN DOUMBE Les VTC sont devenus le premier secteur de création d’entreprise en banlieue parisienne. Chez YouOrder, nous avons choisi d’embaucher les livreurs en CDI plutôt que de les contraindre à être autoentrepreneur, ce qui ne se fait plus dans le secteur. Que pensezvous de cette « ubérisation » ? Au début, je trouvais que c’était bien parce que Uber a permis à beaucoup de jeunes de travailler. Finalement je me suis rendu compte que c’était un piège qui s’est refermé sur eux. EN VIDÉO www.leparisien.fr Retrouvez sur notre site Internet des extraits de l’entretien.



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