Le Parisien Economie n°1030S 30 oct 2017
Le Parisien Economie n°1030S 30 oct 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1030S de 30 oct 2017

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Le Parisien Libéré

  • Format : (280 x 360) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : Mounir Mahjoubi face aux entrepreneurs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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twipe_ftp LE PARISIEN LUNDI 30 OCTOBRE 2017 ÉCO 2 FACE AUX ENTREPRENEURS @LeParisien_Eco Frédéric Rodriguez 52 ANS, FONDATEUR DE GREENFLEX À PARIS (IXe) Informaticien de formation, ce père de trois enfants est entrepreneur depuis ses 23 ans. Sa troisième entreprise est un succès  : Greenflex accompagne depuis huit ans des sociétés, en France et à l’étranger, dans la transition énergétique. La société de conseil et de solutions, notamment numériques, compte aujourd’hui plus de 600 clients - du CAC 40 aux PME - et a réalisé 230 M € de chiffre d’affaires l’an passé. Elle est devenue la semaine dernière une filiale de Total. QUATRE ENTREPRENEURS ENTRETIEN COORDONNÉ PAR VIRGINIE DE KERAUTEM, CYRIL PETER ET JEAN-LOUIS PICOT PHOTOS  : LUCAS BARIOULET Sciences-po, CAP cuisine, syndicaliste… Son CV hybride ne l’a pas empêché de grimper. Au contraire. Mounir Mahjoubi est un symbole de la méritocratie. Fils d’immigrés marocains, un père peintre en bâtiment et une mère femme de ménage, « l’enfant du XII e arrondissement de Paris », tel qu’il se présente lui-même, est à 33 ans l’un des benjamins du gouvernement. Le fil conducteur de sa carrière ? L’innovation. À 13 ans, il remporte un concours de la revue Sciences & vie junior, séduit par « sa règle à camembert pour mesurer des angles » et reçoit 5 000 francs. De quoi s’offrir un ordinateur. À 22 ans, il s’associe à des collègues de Club Internet pour créer un site marchand d’autocollants. Un « plantage » qui forge l’étudiant-entrepreneur. Puis s’enchaînent trois nouveaux échecs et un succès, avec La ruche qui dit oui, plateforme de mise en relation entre agriculteurs et consommateurs. Autre création sur Internet ? La Alma Guirao 30 ANS, FONDATRICE DE HANDSAWAY ET CITEAZY À PARIS (XVIIIe) Originaire d’une cité du XIX e arrondissement de Paris et titulaire d’un bac littéraire, l’autodidacte a lancé en 2016 HandsAway (« Bas les pattes » en anglais). Une appli pour dénoncer le harcèlement de rue qu’elle vient de « vendre » au gouvernement belge. En avril, la jeune femme s’est lancée dans un deuxième projet  : Citeazy. Cette plate-forme de partage de trajets à pieds, à vélo et en transports entre collaborateurs a séduit Véolia et La Poste. ENTRETIEN Dans les salons du secrétariat d’Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi a répondu longuement à nos quatre invités. Ségosphère, lancée avec Thomas Hollande, rencontré à la fac, pour faire gagner Ségolène Royal à la présidentielle en 2007. Le militant PS se met ensuite au service de François Hollande et connaît avec lui la victoire en 2012. Le président validera trois ans plus tard sa candidature à la tête du Conseil national du numérique. Idéal pour se rapprocher d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie. Directeur de la campagne digitale du futur chef de l’Etat, Mounir Mahjoubi est donc passé secrétaire d’Etat chargé du numérique. Un poste qui l’amène à collaborer avec le ministre de l’Intérieur sur la cybersécurité et la ministre du Travail sur les métiers du Web en tension. Élu député en juin, Mounir Mahjoubi est un dirigeant affable qui parle avec ses mains quand il ne tripote pas son portable. Face aux entrepreneurs, il a présenté les dispositifs existants et à venir, notamment pour féminiser la French Tech. Sans oublier de tacler Google qui « ne paie pas d’impôt en France » puis d’ironiser sur sa « rondeur ». Entre deux gorgées de Coca light. EN VIDÉO www.leparisien.fr Retrouvez sur notre site Internet des extraits de cet entretien MOUNIR MAHJOUBI, SECRÉTAIRE D’ÉTAT AU NUMÉRIQUE « Aider 1 million d’entreprises à faire le premier pas numérique » « Un nouveau fonds étranger arrive bientôt pour les start-up » IÉLODIE RIGAUD Pourriez-vous nous citer trois symboles de la French Tech ? Vous ne pouvez pas demander au papa lequel de ses enfants il préfère (rires) ! Néanmoins, on est en train de stimuler le secteur de la cybersécurité au sein de la French Tech. Des opportunités existent. Les géants et les petites entreprises pourraient s’unir pour répondre à la demande mondiale. C’est un objectif stratégique pour l’Europe. IALMA GUIRAO Une cyberattaque contre une TPE peut la couler. Comment accélérer la protection des entreprises face à ce risque ? On a d’abord protégé l’armée, l’Etat puis les groupes stratégiques. Mais la menace ne vise plus seulement des sites sensibles. On multiplie les actions pour insuffler la culture de la cybersécurité, inciter à investir selon l’activité et le niveau de risque. En outre, les entreprises attaquées peuvent se faire conseiller via la plate-forme cybermalveillance.gouv.fr. IFRÉDÉRIC RODRIGUEZ Passer du stade de la start-up à l’ETI (NDLR  : au moins 250 salariés) est complexe, notamment pour son% financement. Dans mon cas, j’ai finalement choisi de m’adosser à un groupe industriel… Les ETI ont plusieurs options  : fonds propres, dette, ouverture sur le marché du capital en étant coté en Bourse, rachat, autofinancement… En France, on a une très grande tradition de l’autofinancement, peu sur l’ouverture du capital. Résultat, on n’a pas de bons investisseurs dans ce domaine. Comment les attirer ? Je fais des tournées à travers le monde avec le Pass French Tech 2017-2018, que l’on vient de délivrer à 87 entreprises parties conquérir l’étranger et dont la croissance est supérieure à 100%. On n’en a jamais eu autant. C’est un argument pour séduire des fonds et récupérer des millions d’euros. Pendant ce temps-là, le ministre de l’Economie, lui, cherche des milliards auprès de grands fonds. Je ne peux pas en dire beaucoup plus mais il y en a un qui arrivera en France dans les prochaines semaines. Il sera spécialisé dans les start-up technologiques et cofinancé par des capitaux français et étrangers. Les entreprises doivent acquérir une « culture de la cybersécurité ».
LUNDI 30 OCTOBRE 2017 LE PARISIEN 3 www.leparisien.fr/ecoFACE AUX ENTREPRENEURS ÉCO Thimotée Rambaud 38 ANS, COFONDATEUR DE LEGALSTART À PARIS (Xe) Après une carrière dans la finance chez BNP Paribas aux Etats-Unis et Goldman Sachs au Royaume-Uni, l’ingénieur diplômé des Mines de Paris a cofondé Legalstart.fr. Cette plateforme accompagne depuis cinq ans des entreprises dans leurs démarches administratives et juridiques, de la création à la liquidation, en passant par les contrats de travail. La PME, qui travaille avec 60 000 artisans, commerçants et start-up, prévoit un développement à l’international en 2018. BIO EXPRESS twipe_ftp Elodie Rigaud 26 ANS, COGÉRANTE DE RIGAUD & FILLES À WAMBRECHIES (NORD) Laurent Rigaud, fondateur de la boucherie Rigaud et Filles, s’est entouré d’Hélène, Justine et Elodie. Cette dernière se présente comme « le bras droit du gérant ». Elle reprendra « dans 10 ans » l’entreprise de 1,5 M € de chiffre d’affaires. Titulaire d’un Titre professionnel entrepreneur de la petite entreprise (TEPE), la bouchère est notamment chargée des plannings, des commandes et de la communication. « Le juridique, c’est plus papa », précise-t-elle. 1984 Naissance à Paris (XII e) 2002-2009 Étudie le droit à la Sorbonne, la finance à Sciences-po puis la science politique à Columbia (Etats-Unis) 2006 Crée sa première entreprise, Fairsense 2015 Nommé président du Conseil national du numérique 2017 Nommé secrétaire d’Etat chargé du Numérique « Multiplier les formations courtes sur des métiers très ciblés » I ALMA GUIRAO Pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans le numérique ? La diversité des profils dans les start-up est l’une de mes priorités. Il faut plus de femmes et de personnes issues des quartiers populaires. Récemment, j’ai pleuré pendant mon discours à Start-up banlieue (NDLR  : week-end dédié à l’entrepreneuriat, en Seine-Saint-Denis). La salle était pleine de Noirs, d’Arabes, de Chinois et de Blancs. J’ai été submergé par l’émotion… Vous avez bénéficié de l’ascenseur social. Comment en faire profiter les autres ? Pendant la campagne législative, dans le XIX e arrondissement, les mamans et les jeunes me disaient  : « Ça fait plaisir de voir un mec comme vous ministre ». Cette idée qu’il n’y a pas de limites, que tout le monde peut réussir à faire ce qu’il veut, je l’utilise en disant aux gamins qu’il faut travailler à l’école pour devenir comme moi. C’est bien de servir d’exemple si ça peut être utile. C’est pour ça que je vais à un maximum d’événe- «IL N’Y A PAS VRAIMENT DE NUMÉRIQUE DANS LES CAP, BEP ET BTS PUBLICS» ments dans les collèges, lycées, quartiers… I ÉLODIE RIGAUD Que comptez-vous faire concrètement ? Il n’y a pas vraiment de numérique dans les CAP, BEP et BTS publics. Même dans les formations commerciales. Cela dépend du professeur parce que ce n’est pas dans le programme. C’est important que le numérique soit présent, notamment pour les jeunes des quartiers populaires dont les parents ne sont pas cadres et n’ont pas d’ordinateur. On travaille sur ce sujet avec les ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur. I TIMOTHÉE RAMBAUD Et pour l’emploi ? Plein de jeunes chômeurs n’ont pas trouvé de formations professionnalisantes. Dans les entreprises du numérique, on peine à recruter. Entre les deux, des formations alternatives, comme la Grande École du Numérique (NDLR  : lancée par François Hollande), forment des gens, quelle que soit leur origine, entre six mois à deux ans à des métiers spécifiques  : codeur, assistant e-commerce, assistant réseaux et sécurité… Des jobs payés entre 2 000 et 2 500 € , soit 1,5 fois le smic. Avec la ministre du Travail, on « Entrepreneur, c’est un atout pour créer un parti, faire campagne » IFRÉDÉRIC RODRIGUEZ Vous dites avoir renoncé à une carrière d’avocat car la justice n’est pas assez rapide. Mais la politique non plus... Quand j’étais défenseur syndical aux prud’hommes, j’aimais recevoir les gens et trouver des solutions. Mais en deux ans, je n’ai fait que lancer des affaires sans en voir la fin. C’est pour ça qu’on doit réformer la justice et numériser tout ce qui peut l’être pour raccourcir les procédures. Après, chez moi, entre le droit et l’entrepreneuriat, ce dernier était le plus fort. ITIMOTHÉE RAMBAUD Sur les cinq entreprises que vous avez créées, vous n’avez connu qu’un seul succès. Qu’avez-vous appris de vos échecs ? La première expérience (NDLR  : un site marchand d’autocollants décoratifs) m’a appris à bien m’associer. J’avais 22 ans, j’étais étudiant. J’avais «J’AI APPRIS CE QUE C’ÉTAIT DE NE PAS AVOIR DE TRÉSORERIE EN FIN DE MOIS. IL EN FAUT BEAUCOUP AUJOURD’HUI POUR ME FAIRE PEUR. » « Cette idée qu’il n’y a pas de limites, je l’utilise en disant aux gamins qu’il faut travailler à l’école pour devenir comme moi », raconte Mounir Mahjoub. va multiplier, dès 2018, ces formations courtes sur des métiers très ciblés. Les patrons et directeurs informatiques des sociétés du CAC 40, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) réfléchissent à s’engager sur le nombre d’embauches. Je pense par exemple à ce spécialiste en tellement envie de créer cette boîte que j’ai pris 16 associés. Tous plus vieux que moi, ils n’ont pas quitté leur job pour garder un salaire. C’était le bazar. On a perdu beaucoup d’argent et de temps, même si on a vendu près de 400 modèles… Six ans plus tard, je finis Sciences-po et fais un stage de marketing à L’Oréal. Je comprends que je n’ai pas envie de travailler dans une grosse boîte. Je crée alors une agence de conseil en communication avec des salariés, de beaux clients… J’ai appris ce que c’était de ne pas avoir de trésorerie en fin de mois. Je n’arrivais pas à dormir. Cela m’a permis de prendre du cuir pour la vie entière. Il en faut beaucoup aujourd’hui pour me faire peur. cybersécurité qui a besoin de 200 techniciens pour protéger les PME. Il faut plus de bac + 2 pour répondre à la demande. IFRÉDÉRIC RODRIGUEZ Avoir été entrepreneur est un atout en politique ? C’est un super atout pour faire face à toutes ces situations inattendues quand on crée un parti ou qu’on fait campagne. À la dernière présidentielle (NDLR  : il était directeur de campagne numérique d’Emmanuel Macron), j’avais une équipe de 10 personnes. Mon homologue et ami qui a fait la campagne de Hillary Clinton et Barack Obama en avait 1000. Quand les journalistes sont venus nous voir pour les cyberattaques dites venant de l’Est, on nous a demandé comment nos équipes de sécurité avaient traité le sujet. J’ai répondu  : « Gérard et moi, tous les deux » (rires). On fait un truc énorme mais sans argent. Ça ressemble au quotidien de l’entrepreneur. IÉLODIE RIGAUD De votre CAP cuisine jusqu’au gouvernement, quel est le chemin parcouru ? J’ai préparé le CAP en candidat libre. J’organisais souvent des dîners dans l’appartement que je venais d’acheter dans le XIX e arrondissement de Paris (NDLR  : où il a été élu député en juin). J’avais démissionné de mon précédent job, j’étais prêt à changer de vie. Et là, l’Elysée me propose d’être candidat à la présidence du Conseil national du numérique (CNN). On me donne quatre jours pour présenter mon projet. Je définis trois axes  : inclusion numérique, transformation numérique des TPE- PME et transformation dans l’Enseignement supérieur. Les favoris ont fait en sorte qu’on regarde le troisième candidat, moi. En tant que président du CNN, je rencontre le ministre de l’Economie de l’époque, Emmanuel Macron. Il démissionne huit mois plus tard et je décide de le suivre. I FRÉDÉRIC RODRIGUEZ Qui peut profiter de cet appel d’air ? Le bataillon de jeunes qui sait lire, écrire et parler français, utiliser un ordinateur, mais qui ne sait pas encore installer une solution de sécurité. Et les personnes en seconde carrière, comme les employés de bureau habitués à travailler avec un ordinateur. C’est une très belle opportunité économique. J’attends que les patrons s’engagent pour sortir le chéquier.



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