Le Parisien Economie n°1015S 15 oct 2018
Le Parisien Economie n°1015S 15 oct 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1015S de 15 oct 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Le Parisien Libéré

  • Format : (280 x 360) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 8,2 Mo

  • Dans ce numéro : l'Oréal, l'entreprise de ma vie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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twipe_ftp LE PARISIEN LUNDI 15 OCTOBRE 2018 ÉCO 2 FACE AUX ENTREPRENEURS @LeParisien_Eco Sandrine Dahan 46 ANS, GÉRANTE DE SKINHAPTICS À PARIS (XIIIe) Biochimiste de formation, elle dirige depuis 2011 Skinhaptics, entreprise de cosmétiques naturels et sans allergène, qu’elle a créée pour répondre aux besoins des futures mamans et de leurs enfants. Fabriqués en France, ses produits sont utilisés pour se laver ou hydrater la peau et vendus en instituts de beauté, spas et pharmacies jusqu’au Japon. La société forme également les professionnels de la petite enfance aux massages des bébés. QUATRE ENTREPRENEURS est tout sauf une grosse machine », rectifie d’emblée Jean- L’Oréal Paul Agon. Le PDG du géant des cosmétiques (26 Mds € de chiffre d’affaires en 2017) préfère comparer ses 44 marques (Garnier, Kérastase, L a n c ô me …) et s e s 82 600 salariés déployés dans 150 pays à « une flottille de bateaux » capables de fonctionner en mode start-up. Il ne faudrait donc pas se fier au large bâtiment de dix étages qui sert de siège au groupe à Clichy (Hauts-de-Seine), à deux pas du périphérique… C’est ici que le dirigeant de 62 ans reçoit en toute décontraction — mais dans un costume bleu impeccable — les quatre chefs d’entreprise, Sandrine, Ayumi, Enoch et Mehdy, venus l’interroger. « Avez-vous visité le jardin ? », demande-t-il en leur serrant la main. Ave n ant, l e p a t r on du CAC 40 met immédiatement à l’aise ses interlocuteurs, multipliant les traits d’humour tout au long de l’échange, quitte à en faire parfois un peu trop. Le Mehdy Hamila 36 ANS, FONDATEUR DE L’INSTITUT FOR MEN À SERRIS (SEINE-ET-MARNE) Passé par Dessange, ce coiffeur-barbier emploie 18 salariés, entre les communes de Serris et Chessy, dans deux salons dédiés aux hommes et un espace mixte, « idéal pour venir en couple », explique-t-il. Créée en 2010, l’entreprise met en scène, sur les réseaux sociaux, les prouesses de ses coiffeurs, barbiers et visagistes, qu’elle peine à recruter et à garder. Parmi ses offres en ligne  : le forfait marié et des chèques-cadeau. Le PDG de L’Oréal nous a reçus, pendant la Fashion Week, au siège de son groupe. ENTRETIEN COORDONNÉ PAR DELPHINE DENUIT ET CYRIL PETER PHOTOS  : OLIVIER ARANDEL choix des égéries ? « Je vais vous décevoir… Beaucoup de gens pensent que je m’en occupe. Malheureusement, ce n’est pas mon job ! C’est le patron de chaque marque qui choisit son ambassadrice », assure-t-il, avant de prodiguer ses conseils pour attirer et garder les talents. Une problématique qu’il connaît bien  : de nombreux collaborateurs partent et se vendent ailleurs grâce à « la carte de visite L’Oréal ». 40 ANS DANS LE GROUPE Aux commandes du groupe depuis 2011, Jean-Paul Agon prend plaisir à détailler son parcours « maison », son ascension étage après étage ces quarante dernières années au rythme de ses nominations. De la Grèce, où il passait le balai dans son petit bureau de responsable des articles grand public, aux Etats-Unis, en tant que directeur général. Pur produit L’Oréal, Jean- Paul Agon ? Entre deux rires sonores, ce père de trois enfants entrepreneurs avoue avoir succombé au charme du fleuron de l’industrie française qui lui permet encore de sillonner le monde. Son rêve d’enfant. JEAN-PAUL AGON, PDG DU GROUPE L’ORÉAL I ENOCH EFFAH Vous dirigez le leader mondial des cosmétiques. Comment devient-on champion dans sa catégorie ? La première condition, c’est de bien s’orienter. J’ai eu la chance, à 20 ans, de choisir mon métier, le marketing des produits de beauté. Le marketing est un talent que j’avais. J’ai fait en fonction de mes aptitudes. Ensuite, la beauté, c’est l’art suprême du marketing car il est intellectuel, visuel, créatif… Rien à voir avec de la lessive. Enfin, mon rêve d’enfant était de faire le tour du monde et je voulais le faire au sein d’une entreprise française. I MEHDY HAMILA Pourquoi avoir effectué toute votre carrière chez L’Oréal ? Pourquoi rester avec sa femme toute sa vie (rires) ? A peine diplômé, j’ai eu la chance de trouver l’entreprise de ma vie. Je suis tombé amoureux de L’Oréal. J’ai tout de suite senti qu’elle était faite pour moi et moi pour elle. La suite a été une aventure facile mais j’ai quand même dû me bagarrer… Comment cela ? En Allemagne, je suis arrivé au moment de la crise post-réunification. J’ai été nommé patron de l’Asie trois LE PARCOURS mois avant la crise économique de 1997, puis patron des Etats-Unis une semaine avant le 11 septembre 2001 et patron international, ici, avant la crise économique de 2008. J’ai eu ma dose de défis. I ENOCH EFFAH Au quotidien, dans votre travail, avez-vous des rituels ? Mon seul rituel, c’est la liberté à travers le voyage. Le domaine de la beauté est très culturel, lié aux traditions, à la psychologie. Pour faire les produits les plus appropriés et qui font le plus rêver, il faut comprendre les différentes cultures. Je voyage seize semaines par an. I SANDRINE DAHAN Quelle expérience à l’étranger vous a marqué ? Chacune a été formidable. J’ai eu la chance de partir en Grèce à 24 ans. J’étais chef de produits Narta, Mennen et on m’a proposé de devenir directeur général de la filiale grecque, toute petite, en très mauvais état. Une dizaine de candidats avaient refusé, craignant une mission suicide… En sortant de mon rendez-vous avec le directeur des ressources humaines, j’étais en extase, j’ai filé à la Fnac m’acheter un Berlitz pour apprendre le grec. « On répond moins à un besoin qu’à un rêve » « Je voulais faire le tour du monde au sein d’une entreprise française » Pourquoi avoir accepté ? Je m’en fichais, car j’étais jeune. Comme vous dans les start-up, j’ai appris sur le tas  : ressources humaines, comptabilité, commercial… Je nettoyais même les sols et distribuais des échantillons à la gare le week-end ! Et la Chine ? J’ai eu la chance de créer la filiale chinoise en 1997. On était dix personnes dans un appartement. Aujourd’hui, on est numéro un làbas avec 3 Mds € de chiffre d’affaires, 7 000 collaborateurs, des laboratoires, des usines de production.
LUNDI 15 OCTOBRE 2018 LE PARISIEN 3 www.leparisien.fr/ecoFACE AUX ENTREPRENEURS ÉCO Ayumi Moore Aoki 43 ANS, FONDATRICE DE SOCIAL BRAIN, À PARIS (IX e) ET MONTPELLIER (HÉRAULT) D’origine brésilienne et japonaise, cette mère de quatre enfants crée son agence de communication spécialisée sur les réseaux sociaux en 2014. Fin 2017, elle fonde « Women in Tech », une organisation européenne à but non lucratif pour promouvoir la mixité dans le domaine technologique, un secteur toujours dominé par les hommes. Avec humour, elle aime rappeler que c’est une comtesse britannique qui a inventé le code en 1843 ! BIO EXPRESS Son hommage à la famille Bettencourt « LILIANE ET ANDRÉ Bettencourt ont accompagné les PDG de L’Oréal avec fidélité. Madame Bettencourt a été une merveilleuse ambassadrice, une grande dame de la beauté, passionnée. J’allais la voir régulièrement pour lui montrer les nouveaux produits, la tenir informée. Aujourd’hui, la famille Bettencourt-Meyers est toujours actionnaire principal de L’Oréal. Elle s’est même renforcée au sein du capital (NDLR  : 33%). Françoise Bettencourt-Meyers est très attachée à L’Oréal et totalement investie avec son mari, Jean-Pierre Meyers, et ses enfants. Jean-Victor siège au conseil d’administration. Ils ont à cœur de nous accompagner. Françoise Bettencourt- Meyers fait preuve d’une disponibilité sans faille, participe à toutes les réunions stratégiques et aux manifestations de L’Oréal. » twipe_ftp Enoch Effah 35 ANS, FONDATEUR DE NOKEFA, À RUEIL-MALMAISON (HAUTS-DE-SEINE) Triple champion du monde de boxe française, le colosse d’origine ghanéenne (1,93 cm, 105 kg) a rebondi en ouvrant deux centres de remise en forme, à Chatou (Yvelines) puis à Rennes (Ille-et-Vilaine). En parallèle, « l’entrepreneur social », comme il se présente, intervient autour de la performance sportive pour « amener les collaborateurs des entreprises à se révéler ». Axa, General Electric ou McDonald’s ont déjà bénéficié de ses conseils. 1956 Naissance à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) 1978 Diplômé d’HEC, il fait ses premiers pas chez L’Oréal 1997 Prend la tête de la zone Asie 2006 Devient directeur général du groupe 2011 Nommé PDG, il succède à Lindsay Owen-Jones IAYUMI MOORE AOKI Comment voyez-vous la beauté dans dix ans ? J’ai toujours senti les changements importants, les transforma t i on s en m a t i è r e de développement durable, de transformation digitale… J’essaie d’être sensible à ce qui change. En ce moment, le digital est une révolution totale et par ailleurs les consommateurs aspirent à des produits plus naturels, plus sains, plus purs. ISANDRINE DAHAN Quelle va être la place de l’intelligence artificielle ? Estce une nouvelle tendance ? Elle aura forcément une place mais il ne s’agit pas d’une tendance, plutôt d’une évolution évidente de la technologie. En termes de tendances, je note plus l’essor de la personnalisation et cette capacité à transformer les produits en services… « IL S’AGIT DE LANCER DES PRODUITS AUXQUELS MÊME LES CONSOMMATEURS N’AURAIENT PAS PENSÉ » IMEHDY HAMILA Si un chômeur traverse la rue et frappe à votre porte, que lui répondez-vous ? Beaucoup préfèrent plutôt nous écrire… Parmi le 1,6 million de candidatures spontanées que nous recevons chaque année, on compte bien sûr des chômeurs. Ce qui compte chez nous, c’est moins le diplôme que la motivation du candidat. IENOCH EFFAH Comment recrutez-vous ? Le recrutement, c’est un art, la chose la plus difficile en entreprise. Il faut deviner les talents de sa future recrue, imaginer comment elle sera dans la société. Or, justement, lors d’un recrutement, on connaît très peu la personne que l’on reçoit. Chez L’Oréal, l’exercice est très délégué. Les critères de base sont la motivation, l’esprit entrepreneurial, le sens de la responsabilité, l’état d’esprit collectif et l’ambition. Comment les fidélisez-vous ? Chez L’Oréal comme dans les startup, la vie professionnelle est une aventure avec beaucoup d’inconnues. Malheureusement, on ne garde pas tous les talents et c’est normal. Certains se rendent compte que ce n’est pas pour eux ou rebondissent ailleurs en utilisant la carte de visite L’Oréal… Moi, par exemple, je pensais rester LE RECRUTEMENT « En France, on embauche chaque année 900 personnes en CDI » Le marketing de la beauté répond moins à un besoin qu’à un rêve et c’est tout son intérêt. Il s’agit de lancer des produits auxquels même les consommateurs n’auraient pas pensé. Mais ce n’est pas facile. On n’a jamais créé de produits à succès pendant une réunion entre collaborateurs ou avec des consommateurs… La conception d’un produit provient d’une réflexion, de discussions entre plusieurs personnes du marketing, de la recherche et ensuite d’une démarche créative et innovatrice. IAYUMI MOORE AOKI Quel réseau social a votre préférence pour communiquer ? Chaque réseau social a sa raison d’être. Nous sommes très bons partenaires d’Instagram, de Facebook, de Twitter mais pas pour les mêmes produits. Nous sommes très présents sur les réseaux sociaux. Fin septembre, notre défilé hors les murs a réuni en bord de Seine à Paris, en face du musée d’Orsay, nos égéries L’Oréal et des marques de couture partenaires. Cet événement annuel est une formidable LE MARKETING deux, trois ans avant de monter ma boîte comme je l’avais fait à HEC. Mais à chaque fois je me prenais au jeu. Pas pour gagner des mille et des cents ou par appétit de pouvoir, mais parce que j’étais passionné par ce que je faisais. Et en tant que patron, je n’oublie pas que je suis à la fois PDG et capitaine d’une équipe. IMEHDY HAMILA Combien de personnes recrutez-vous chaque année et dans quels métiers ? Environ 13 600 en CDI, dont 900 en France. Les métiers dans lesquels on embauche le plus sont la vente et la distribution, les opérations et l’industrie, le marketing et le digital. ISANDRINE DAHAN Votre filiale Garnier a été condamnée en 2007 pour discrimination raciale à l’embauche. Vous en avez tiré les leçons. Qu’en est-il aujourd’hui ? En France, la discrimination positive est interdite. Notre politique est donc d’inclusion et de diversité. C’est important de pouvoir s’appuyer sur des équipes diversifiées. L’Oréal s’est classé en 2016 parmi les vingt premières entreprises mondiales en termes de diversité et d’inclusion (NDLR  : selon l’indice diversité et inclusion de occasion d’être visible à l’international. Rendez-vous compte, notre précédent défilé, l’an dernier sur les Champs-Elysées, a été vu 1,8 milliard de fois sur Internet à travers le monde. C’est sûr que notre métier a complè- Thomson Reuters). Cette année-là, nous comptions 162 nationalités différentes dans nos effectifs. Nous construisons une entreprise citoyenne du monde. Quant à l’égalité hommefemme, nous avons été reconnus l’an dernier comme numéro un mondial parmi 3 000 sociétés. IAYUMI MOORE AOKI Est-ce plus simple d’embaucher des femmes dans la beauté ? Oui. Dans certains pays, on a même du mal à attirer des hommes. Ils pensent à tort que c’est un métier de femme. Au sein de notre conseil d’administration, le taux de féminisation est de 46%. L’Oréal renvoie l’image d’un mastodonte centralisé… Est-ce le cas ? Pas du tout, L’Oréal n’est pas une grosse machine. Nous sommes au contraire très décentralisés, comme une flottille de bateaux plutôt qu’un gros paquebot. On a donc une très large flotte de petits, moyens et gros bateaux dont chaque responsable est le capitaine, en charge de sa marque, de son business. La stratégie d’universalisation que j’ai mise en place a impliqué une profonde transformation de l’organisation de l’entreprise, pour une plus grande proximité avec les consommateurs. « Notre défilé sur les Champs-Elysées a été vu 1,8 milliard de fois sur Internet » « On n’a jamais créé de produits à succès pendant une réunion entre collaborateurs », estime le PDG de L’Oréal. tement changé depuis l’arrivée des réseaux sociaux, on ne fait plus le marketing de manière traditionnelle comme avant à la télévision ou dans la presse. C’est une nouvelle façon de travailler très excitante.



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