Le Magazine n°9 oct/nov 2010
Le Magazine n°9 oct/nov 2010
  • Prix facial : 3,90 €

  • Parution : n°9 de oct/nov 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : la vie secrète des riches.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LA VIE QUOTIDIENNE Dans un sondage IPSOS de mars 2008, il apparaît que 71% de la population est favorable à l’installation de caméras de surveillance sur la voie publique. Le rapport de Jean-Pierre Sallaz, Philippe Debrosse et Dominique Han, pour le ministère de l’Intérieur, de l’Outre-meretdesCollectivitésterritoriales paru en juillet 2009 tend à prouver « l’efficacité préventive, dissuasive et répressive de la vidéosurveillance » rebaptisée récemment « vidéo protection ». Selon ce rapport les chiffres sont éloquents : les caméras auraient engendré une baisse de 52,4% dans le centre-ville de Strasbourg pour la délinquance de voie publique entre 2003 et 2007, de 48% à Cannes en 6 ans, où 218 caméras ont été installées depuis 2002 ou encore de 49% à Orléans entre 2001 et 2008. La vidéo protection apparaît comme un allié efficace de la police pour élucider les crimes et les délits grâce à la réquisition d’images enregistrées qui permet aux enquêteurs de disposer de signalements et d’indices. La vidéo surveillance est-elle le moyen le plus efficace aujourd’hui pour enrayer l’insécurité ? C’est en tout cas ce que suppose l’État qui a décidé de faire de la vidéosurveillance une de ses priorités politiques de l’année 2010. Le projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi2) qui fera sa rentrée le 7 septembre prévoit d'intensifier le système. Avec pour objectif avoué : « triplerd’ici2011lenombredecamérasinstalléessur la voie publique passant de 20 000 en 2008, à 60 000 sur le territoire français ».Lesdémarchesetlesformalités vont être simplifiées et des mesures incitatives vont être prises par les préfets pour convaincre les élus encore récalcitrants vis-àvis d’une technologie dont certains doutent encore de sa réelle l’efficacité. L’efficacité de la vidéosurveillance est largement contestée 16 - Le Magazine D.R. « Jenecrainspasd’êtrefilmé,puisquejen’airienàmereprocher » est l’argument auquel les opposants au déploiement des caméras de surveillance font face le plus souvent. Pourquoi cette indifférence chez beaucoup, et inversement l’opposition farouche des anti-caméras ? L’offensive des œille 60 000 caméras de surveillance installées sur la voie publique d’ici le territoire national. La vidéosurveillance est-elle Les avis divergent quant à sa En dix ans, les caméras de surveillance qui étaient principalement utilisées dans des espaces privés (banques, résidences privées, centres commerciaux.) ont investi les espaces publics ou à usage public. Cette technologie séduit de plus en plus maires à droite comme à gauche. Ces élus voient dans cette technologie un moyen de rassurer la population. La vidéo protection devient l’élément incontournable de la lutte contre l’insécurité et la délinquance et l’axe central de leur stratégie. Mais qu’en est-il en réalité ? Les caméras de surveillance arriveront-elles à prévenir l’insécurité ou ne sont-elles pas au contraire que l’arbre qui cache la forêt ? Un moyen pour les élus de se dédouaner vis-à-vis de leurs électeurs. Une réponse de façade moins coûteuse en apparence et moins compliquée qu’un travail de prévention en amont qui s’appuie sur des éducateurs de rue, des médiateurs ou un renfort des forces publiques ? Les caméras peuvent-elles remplacer l’intervention humaine ou combler les incohérences d’une société qui ne trouve plus ses valeurs ? Dans un rapport contradictoire mené par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) portant sur l’état des lieux des évaluations menées en France, l’efficacité de la vidéosurveillance est largement contestée. Il apparaît qu’aucune étude évaluative de la vidéosurveillance dans l’espace public en France ne permet d’étayer les allégations du ministère de l’Intérieur. « Lavidéosurveillance est inefficace, affirme l’IAU en raison notamment, de problèmes de positionnement des caméras (trop près, ou trop loin, d'une source de lumière la nuit, par exemple), manque de formation des opérateurs, faible nombre d'écrans de visionnage par caméra (ce qui revient à dire que la plupart des images transmises ne sont tout simplement jamais affichées…) ». Une intrusion du contrôle vidéo dans les rues qui contrairement aux allégations du ministère n'a pas fait ses preuves à Londres, où elle est mise en œuvre depuis des années. Londres est la ville la plus équipée d’Europe en caméras de surveillance. « Celan'apasempêchélesattentatsde 2005, par exemple… mais provoqué la mort d'un homme innocent que les policiers avaient pris pour un suspect » dénoncent les opposants anglo-saxons. Et de poursuivre : « l'installation de caméras de vidéosurveillance dans les rues est coûteuse, inefficace, et plutôt dangereuse pour l'usage qui peut en être fait à l'avenir (contrôle politique de la population, suspicion généralisée, délation organisée comme récemment…) ». Elles filment notre façon d’être en relation avec notre environnement, avec les autres Difficile de faire la part des choses. L'explosion de la délinquance et la menace terroriste amplifiée par les attentats du 11 septembre 2001 perturbent la vie des démocraties, fondées sur le respect sourcilleux des libertés publiques et individuelles. Les pouvoirs publics se doivent de protéger les citoyens de la violence tout en
D.R. tons à usage public 2011.Telestledéfilancéparl’Étatpourenrayerl’insécuritésur un rempart contre la délinquance ? réelle efficacité. Démonstration. D.R. sauvegardant leurs libertés fondamentales. Mais àquelprixetcomment ? Lesquestionsfusent chez les défenseurs des libertés individuelles. Que filment les caméras de surveillance ? Quelle partie de nous ? La publique, la privée, l’intime ? Elles nous filment marchant dans la rue : l’observation se réduit-elle à l’aspect mécanique (M me Xmetunpasdevantl’autre) ? Àl’aspect logistique (M me XserenddupointAaupoint B) ? Aux signes extérieurs de nos relations contractuelles (M me Xs’arrêtepouréchanger avec M. Y) ? De fait, elles filment aussi notre façon de marcher, d’être en relation avec notre environnement, avec les autres, avec le temps. Notre regard s’arrête sur telle personne, nous lèchons une vitrine avec concupiscence, nous accélèrerons en passant devant tel lieu qui nous déplaît… C’est cette intimité qui est exposée aux agents postés derrière les écrans de surveillance et ainsi mise à nue : elle est vue, voire observée et étudiée, peut-être prête-t-elle à la critique, voire à la moquerie ? Le sachant, allons-nous nous comporter comme si de rien n’était, ou allons-nous ajuster notre comportement ? Que va-t-il rester de notre authenticité ? Son expression est-elle vouée à être confinée à l’espace privé de notre appartement ? « Alertercontrelavidéosurveillancedansl’espacepublic, c’est promouvoir la sauvegarde de l’authenticité de nos relations, notre capacité à critiquer le monde et à participer à son évolution, par le débat démocratique de citoyens libres » affirme une représentante de la Ligue des Droit de l’Homme. Les collectifs comme les associations « contre la vidéo-surveillance » réclament au préalable àtoutesdécisionsimposéesparl’État,la mise en place d’assises de l’insécurité pour faire un état des lieux avec des professionnels (psychologues, policiers, juges, victimes, délinquants…) afin d’évaluer en amont les raisons de cette violence pour mieux dégager des solutions de long terme plutôt que des réactions ponctuelles à l’actualité. ■ D.R. Le saviez-vous ? E n2008,lefinancementoulecofinancementde304 projets de vidéo protection a coûté 10,2 millions d’euros, soit 33 552,63 euros par projet. En cas d’installation de 40 000 caméras sur le territoire français, il en coûterait à la nation : 1 342 105 200 euros. Le coût total du projet vidéo-surveillance pour les 60 000 se monterait à 2 013 157 800 euros. Sachant aussi que le taux d’efficacité d’une caméra est de 1 pour 1000, 60 000 caméras permettront de résoudre 60 délits ou crimes. Sachant aussi, que chaque image utilisée pour l’élucidation d'un délit a coûté au total 6 826 euros à la puissance publique, dont 5 913 euros pour la ville. Ce qui reviendrait àinvestirauminimum2013157800eurospournerésoudre que 60 délits ou crimes. L’argent va à l’inutile... ■ AILLEURS : UNBILANMITIGÉ Aux États-Unis, la ville de Miami a supprimé ce dispositif arguant du fait que la multiplication des caméras sur la voie publique ne fait que déplacer la délinquance sans effet sérieusement mesurable. Au Royaume-Uni, le pays d’Europe le plus surveillé, lors de la Security Document World Conference (22 au 22 avril 2008, Londres), des représentants de Scotland Yard parlaient ainsi de utter fiasco (échec complet). Alors que la Grande-Bretagne a investi des millions pour s’équiper du plus vaste système de surveillance d’Europe, seuls 3% des délits sont résolus à l’aide des caméras de surveillance parce que les gens ne craignent pas les caméras et pensent qu’elles ne fonctionnent pas. Un service de Scotland Yard présenté le 6 mai dernier par le Guardian démontre que la vidéosurveillance ne réduit pas la criminalité, mais la déplace vers des zones non surveillées. D’après cette étude, l’investissement colossal dans la vidéosurveillance ne serait qu’un « bide ». Un argument visiblement incontestable, et donc primordial pour les opposants. Les 500 millions de livres sterling dépensées (en dix ans) pour développer et réparer le réseau de caméras de surveillance « seraientplus efficaces, plus « rentables s’ils servaient à payer des officiers de police patrouillant les rues ».Cequeconfirmelerapportofficiel du Viido « Visualimages,identificationsanddetectionsoffice ». Côté européen, le rapport final du programme de recherche « Urbaneye » va dans le même sens : « Lamajoritédesréseauxde vidéosurveillance visent à prévenir les comportements déviants en exerçant une dissuasion (« deterrence ») symbolique mais plus ou moins inopérante (« incompetent ») : tandis que les caméras sont très facilement visibles par les surveillés, ceux-ci sont beaucoup plus difficiles à voir pour les surveillants, à cause d’un visionnage irrégulier et de la trop grande quantité d’informations à traiter ». ■ Le Magazine - 17



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