Le Magazine n°9 oct/nov 2010
Le Magazine n°9 oct/nov 2010
  • Prix facial : 3,90 €

  • Parution : n°9 de oct/nov 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 66,7 Mo

  • Dans ce numéro : la vie secrète des riches.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LA V IE QUOTIDIENNE ÀSaint-Aignan (Loir-et-Cher), à la suite de la mort d’un Rom, tué par des gendarmes après avoir forcé un barrage autoroutier, une cinquantaine de gens du voyage armés de haches et de barres de fer ont attaqué la gendarmerie, brûlé des voitures, tronçonné des arbres, pillé une boulangerie, avant de s’en prendre à des édifices publics de communes voisines. Cet événement tragique, a déclenché une réunion spéciale à l’Élysée le 28 juillet 2010, consacrée aux « problèmes que posent les comportements de certains parmi les Roms et gens du voyage »,commel’aexpliquélechefdel’État. Au sortir de ce conseil, décrié par beaucoup à cause de la stigmatisation portée sur une petite partie de la population, le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, annonçait cinq mesures, dont le démantèlement de la moitié des camps ou squats illicites, soit environ 300 au total, dans un délai de trois mois. Quant à l’hébergement des évacués, nul ne dit mot. Pourtant, parmi eux se trouvent des enfants, des personnes âgées, des malades. Autre disposition, la reconduite quasi-immédiate des Roms en cas d’atteintes à l’ordre public ou de fraudes. Au train où vont les choses, le « contrat » risque bien d’être plus que rempli : des dizaines de campements ont d’ores et déjà été démantelés et 635 Roms en situation irrégulière, dont des candidats au retour, ont été reconduits dans leur pays d’origine (Roumanie et Bulgarie) depuis le 28 juillet, annonçait le ministre de l’Immigration, Éric Besson, le 24 août. Selon lui, d’ici la fin du mois, le nombre de reconduites devrait se situer aux alentours de 950. Amalgames faits entre un événement relevant du droit commun et une communauté 14 - Le Magazine D.R. D.R. Roms et gens du voyage Dans la ligne de mire Pour lutter contre les « problèmes que posent les comportements de certains parmi les Roms et gens du voyage », cinq mesures ont été annoncées, dont deux battent leur plein : la destruction de camps illégaux et la reconduite dans leur pays d’origine des personnes en situation irrégulière. Sont encore prévus des échanges de policiers entre la Roumanie et la France, la mise en place de dix inspecteurs du fisc chargés de contrôler précisément la situation financière des personnes installées dans les campements, particulièrement de celles qui possèdent une grosse cylindrée pour tracter leur caravane. La dernière mesure concerne le développement des aires d’accueil, qui va être encouragé. Sur ce point, notons que la loi du 5 juillet 2000 est encore trop peu appliquée, raison pour laquelle la France a récemment été épinglée par le Conseil de l’Europe. En attendant, ces dispositions ont déclenché une tempête d’indignation des partis de l’opposition, d’associations des populations visées ou de celles leur venant en aide, mais aussi de membres de la majorité. Dans leur ensemble ils s’insurgent contre les dispositions prises, qui accentuent errance et précarité, et contre les méthodes employées, jugées brutales : séparation des familles, interpellation des hommes avec passage obligé par le commissariat de police et pour un grand nombre d’entre eux obligation de quitter le territoire… Sont dénoncés la discrimination de minorités, les amalgames faits entre un événement relevant du droit commun et une communauté, la culture de la peur, ou encore une stratégie électoraliste (en vue de la présidentielle), voire une manœuvre pour faire oublier l’affaire Woerth-Bettencourt qui éclabousse le sommet de l’État. Le Vatican est aussi monté au créneau L’action du gouvernement a valu à notre pays un avertissement du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’Onu, composé de dix-huit experts. Dans le cadre d’un passage en revue des politiques menées envers les minorités, celui-ci a dénoncé une recrudescence des actes racistes envers les Roms. Le 18 août, la Commission européenne a rappelé à la France qu’elle « doitrespecterlesrèglesconcernantlaliberté de circulation et la liberté d’établissement » des citoyens européens. Le Vatican est aussi monté au créneau. Le 20 août, le secrétaire du Conseil pontifical pour les migrants et gens du voyage, Agostino Marchetto, déclarait que « lesexpulsionsenmasse Le saviez-vous ? Pour inciter les Roms à regagner leur pays d’origine, il est prévu une « aide au retour volontaire » d’un montant de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant. Et pour éviter qu’ils reviennent et perçoivent une deuxième fois le pécule, le fichier Oscar (Outil simplifié de contrôle des aides au retour), créé par un décret du 26 octobre 2009, actif sous forme de base de données contenant déjà l’identité des personnes ayant bénéficié de cette aide, sera activé dès septembre prochain dans sa partie biométrie. ■
de Roms vont à l’encontre des normes européennes ».Selon lui, « ilyaunprincipedeproportionnalitédanslesréactions qu’on peut avoir vis-à-vis des délinquants. On ne peut généraliser et prendre tout un groupe de personnes et les expulser. La responsabilité est personnelle, elle n’est pas collective ».Le22août,lepapelui-mêmes’exprimaitsurlesujet, mais sans citer directement les Roms. « Lestextesliturgiques decejournousredisentquetousleshommessontappelés au salut. C’est aussi une invitation à savoir accueillir les légitimes diversités humaines à la suite de Jésus venu rassembler les hommes de toute nation et de toute langue » soulignaitil en français. Pour sa part, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) déclarait le 20 août qu’évacuations de camps et expulsions de Roms de France « risquentd’attiserlessentiments racistes et xénophobes en Europe ».Selonsonporteparole « certainsgroupesetgouvernementsprofitentdela crise financière pour capitaliser sur les peurs engendrées par l’assimilation des Roms à des criminels en choisissant un bouc émissaire qui représente une cible facile, les Roms étant l’un des groupes les plus vulnérables ».LaRoumanie,parlavoix de son ministre des Affaires étrangères, se dit inquiète des risques de dérapages populistes et plaide pour une approche concertée « sansfièvreélectoraleartificielle ». 9millionspossèdentunpasseportdel’Union, titre qui leur permet de voyager librement La presse internationale ne mâche pas ses mots non plus. « EnexpulsantlesRomsenmasse,NicolasSarkozyrappelle les « souvenirs de la Gestapo »,a-t-onpuliredansThe Times, quotidien britannique de centre-droit. Pour sa part The New York Times,quotidiennew-yorkaisetl’undesplusprestigieux journaux américains, juge que les mesures sécuritaires du président français « attisentdangereusementlespassions anti-immigrés pour des calculs politiques à court terme ». « Pouréviterdesmouvementsnégatifsdel’opinionpublique », comme l’a expliqué Pierre Lellouche, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, la France a demandé à ses partenaires européens de s’attaquer aux problèmes posés par les Roms. Pourquoi pas. Mais sur quelque 11 millions de Roms qui vivent en Europe, on estime à 9 millions ceux qui possèdent un passeport de l’Union, titre qui leur permet de voyager librement, et que seulement environ 15 000 d’entre eux sont installés dans l’Hexagone. Quant aux gens du voyage, population estimée à environ 300 000, ce sont à 95% des Français, et ce depuis des générations. ■ > Le campement de gitans avec la caravane en Arles, Vincent Van Gogh - 1888. D.R. > Roms ou gens du voyage ? < Tous les Roms ne sont pas des gens du voyage et tous les gens du voyage ne sont pas des Roms. Être ou se dire gens du voyage c’est faire référence à une classification administrative. Dans la loi du 5 juillet 2000, les D.R. gens du voyage (ou voyageurs comme ils se nomment entre eux) sont « lespersonnesdontl’habitattraditionnel est composé de résidence mobile ».Enthéorie,toutesles personnes vivant en caravane pourraient être considérées comme faisant partie de cette population, très majoritairement composée de Français. N’étant pas rattachées àunecommune,ellesontl’obligationdefairetamponner tous les trois mois, par la police ou la gendarmerie, leur carnet de circulation. En pratique, et pour le législateur, c’est un peu différent semble-t-il puisque sont visés les nomades. Pour leur part les Roms sont des ressortissants de pays de l’Est, Roumanie et Bulgarie essentiellement, pays qui ont intégré l’Union européenne en 2007. Ce sont donc des citoyens européens qui peuvent séjourner trois mois dans l’Hexagone sans avoir à justifier un emploi, des études ou des ressources. Sédentaires dans leur grande majorité, ils ont migré vers la France pour des raisons économiques, et de manière transitoire pour la plupart. N’ayant pas accès au marché du travail, ils vivent de petits boulots et de mendicité dans des conditions d’extrême pauvreté. ■ Gens du voyage et aires d’accueil Que prévoit la loi en matière d’aires d’accueil ? Est-elle appliquée ? Quel prix àpayerpourcellesetceuxquiyséjournent ? Desréponses. Lorsqu’elles existent, les aires d’accueil sont le plus souvent situées sur des zones industrielles ou d’activités, éloignées des services publics, rarement desservies par les transports en commun. Quant à leurs installations sanitaires, il y a aussi à redire, semble-t-il. Ce qui est certain c’est qu’il n’y en a pas assez, ce qui peut expliquer le nombre de campements illicites. La loi du 5 juillet 2000, dite loi Besson (du nom de Louis Besson, secrétaire d’État au logement de l’époque), oblige les communes de plus de 5 000 habitants à mettre à la disposition des gens du voyage des aires d’accueil. Or, selon un rapport ministériel de décembre 2008, seulement 42% sur les presque 42 000 places attendues ont été aménagées. Les prétextes pour les maires de ne pas appliquer la loi sont multiples : opposition des élus ou des habitants, terrain inconstructible, pression de promoteurs lorgnant une parcelle… et coût de l’investissement. Pourtant, jusqu’au 1er janvier 2010, la loi prévoyait une aide de l’État, plafonnée à 10 571 euros par caravane, à laquelle il faut ajouter les subventions du département et de la région. Ceux qui ont réalisé les aménagements prévus ont, contrepartie non négligeable, la possibilité de faire démanteler les campements illégaux. Enfin, notons que le préfet peut, lorsqu’un maire traîne des pieds, se substituer à lui pour mettre en œuvre une aire d’accueil. Sauf que cette disposition n’a pas été appliquée une seule fois. Stationner sur une place légale n’est pas gratuit. La taxe de séjour est de 3 euros en moyenne par jour et par emplacement, mais elle peut s’envoler jusqu’à 8 euros et devenir carrément dissuasive. Sont à ajouter les frais d’électricité, d’eau, de gardiennage même quelquefois, et la caution qui varie, en fonction des communes, de 50 à 250 euros, Quant à la durée du séjour des gens de voyage, elle dépend des municipalités et des situations. Cependant, on constate que les familles sont de moins en moins nomades, soit parce qu’elles craignent de ne pas trouver un autre lieu d’accueil, soit pour des raisons pratiques, comme la scolarisation des enfants. Reste qu’une habitation mobile n’est pas considérée comme une habitation à part entière, ce qui empêche cette population de contracter une assurance logement classique ou de prétendre à des aides sociales. ■ D.R. Le Magazine - 15



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