Le Magazine n°8 jan/fév/mar 2013
Le Magazine n°8 jan/fév/mar 2013
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°8 de jan/fév/mar 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 91,9 Mo

  • Dans ce numéro : femmes et politique... l'enquête interdite.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 82 - 83  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
82 83
L'exécution de Mata Hari le 15 octobre 1917 (reconstitué pour un téléfilm). vedettariat. Paris, Milan, Berlin, Madrid : l’Europe est à ses pieds. Elle perçoit des cachets millionnaires, aussitôt dilapidés. Et s’autorise une biographie arrangée : enfance à Java, père industriel, mari mort en service commandé, etc. Un riche banquier protecteur se ruine pour elle depuis 1910, acceptant sûrement la règle d’une fidélité élastique comme autant de multiplication des pains ! Parce que l’homme en général pour elle, c’est comme la tentation du chocolat pour les autres… Bien comprendre ces années de feu dans la vie de Mata Hari, c’est résumer le statut et la stature qu’elle a acquis : à la fois star de magazine et jet-setteuse des pages people. Il est d’ailleurs bien dommage qu’elle n’ait jamais été une artiste véritable. En 1913, dans le métier, on commence à douter de ses talents frelatés. Elle ne trouve plus d’engagement. Le déclenchement de la Première guerre mondiale ne lui laisse plus que la ressource de son carnet d’adresses dans toute l’Europe. La jet-setteuse conduit Mata Hari aux travaux forcés d’un art pour lequel elle était sans talent. Et dire que la légende du futur agent « H 21 » s’est bâtie en quelques mois d’inactivité désordonnée dans les cercles de l’espionnage ! 68 I Spécial BIOGRAPHIE 82 - Le Magazine Car pour le plat de résistance de la vie de l’espionne, son actif se griffe dans la critique énervée d’un gastronome mal servi. Et ses états de service font plus d’une mention de mises en garde, à qui veut tenter de démêler le vrai du faux. Passons donc sur la fausse idée qu’elle fut de poids dans la subtilisation de secrets de plans de guerre ou diplomatiques, entre France et Allemagne. Les historiens du doute ont plutôt cette version : un contact établi, un recrutement dûment contractuel et une quelconque mission réclamée, dont on attend toujours le résultat. C’est l’impécuniosité perpétuelle qui l’a fait se prendre dans les filets d’un tentateur habile. En 1913, sa carrière artistique bat de l’aile. Comme on l’a déjà mentionné, il ne lui reste plus que son gros carnet d’adresses du gotha. Mais la guerre l’empêche de voyager comme elle en avait l’habitude en tant que chic touriste européenne. Ressortissante de la Hollande, pourtant un pays neutre, elle est indésirable en Allemagne et elle n’est pas plus guère acceptée en France, où il faut une autorisation expresse. Contrainte au cantonnement à La Haye, elle se place sous la riche protection d’un baron et trépigne. Un jour de mai 1916, le tentateur se présente : c’est le consul d’Allemagne à Amsterdam. Il sait qu’elle réclame un passeport pour la France. Il lui propose de travailler pour les services d’espionnage de son pays. Il a même tout prévu : un nom de code d’agent, « H 21 », un jeu de flacons d’encre sympathique et la mission de séduire et de faire parler tous les ennemis de l’Allemagne qui comptent et pourraient raconter beaucoup de choses. Après une très courte réflexion, Mata Hari cède aux charmes de la belle somme d’argent promise. Recrutée, elle effectue un petit stage de formation d’agent dans les services allemands à Anvers. Les instructeurs découvrent vite que la « demi-mondaine », comme ils disent, n’est pas véritablement une recrue de choix. On espère sans trop y croire les prouesses de la jet- setteuse. En juin 1916, elle arrive à Paris, avec son passeport enfin obtenu. Mata Hari dépense sans compter l’argent des Allemands et répand son encens dans les salons. Et n’obtient guère comme « renseignement », que le numéro d’une compagnie de taxis ! Pourtant, les contre-espionnages français et anglais commencent à s’intriguer et la placent sous surveillance. Après tout, cette célébrité cosmopolite a eu aussi du succès en Allemagne, avant-guerre. Et si l’ennemi avait eu l’idée de génie de la recruter ? C’est l’addiction d’écervelée à la gourmandise de l’officier qui perd Mata Hari. Durant l’été 1916, elle fait la connaissance d’un capitaine russe de dix ans son cadet. On retient le mot de gigolo le concernant. Il l’a
Son goût pour l'argent et l'uniforme finiront par la perdre et la mèneront à la mort. rend folle éperdue d’amour. Blessé, il part en cure à Vittel pour des soins. Elle souhaite le rejoindre, mais Vittel est en zone interdite, nécessitant des laisser-passer délivrés par l’autorité militaire. Attention à l’engrenage ! Car on lui conseille, pour l’obtention de faveur, de s’adresser au Bureau militaire de surveillance des étrangers, derrière la porte duquel la reçoit le capitaine Ladoux, chef du contre-espionnage français ! Celui-ci entreprend la suspectée, de la même manière que l’Allemand tentateur de La Haye ! Même proposition de collaboration, tombant, cette fois, des moustaches madrées d’un piège tendu. Mata Hari accepte. D’autant plus volontiers, qu’on lui offre une très forte somme d’argent plus flatteuse, à ses yeux, que la rémunération « petit bras », selon elle, des Allemands. De leur côté, les patrons de l’espionnage allemand s’impatientent auprès de leur agent « H21 » qui ne leur a apporté aucune information valable ! Ladoux, lui, ferme la tenaille. Il lui offre un séjour réparateur à Vittel auprès de son officier russe, et dés son retour, la missionne Mata Hari fut manipulée par les Allemands et les Français qui se servirent de ses charmes pour Madrid, lieu réputé d’une concentration d’espions allemands. Là, sans vrai succès, elle tente les travaux pratiques de l’espionne recalée. Avec une source allemande, c’est l’échange de banalités éventées. Qu’à cela ne tienne, elle réclame ses honoraires à Paris ! Quant aux Allemands, ils télégraphient à Madrid afin qu’on presse l’agent « H 21 » de se réveiller et d’honorer le contrat, en retournant en France pour y agir enfin ! Ladoux intercepte le radiogramme et attend, de pied ferme, le retour de l’agent double à Paris, début 1917. Son arrestation est décidée le 13 février 1917. C’est le coup de tonnerre. Mata Hari devient la sacrifiée d’une sale petite raison d’Etat. Parce qu’au dossier à charge, les pièces sont manquantes. Intelligence avec l’ennemi, réfléchie et efficiente : c’est simplement une espionne des guillemets qui bavarde et chahute en bon intelligence avec nombre d’amis. Oui, mais nous sommes en 1917. L’année dure avec la valeur d’exemple. Et en France, des chefs sûrs d’eux et dominateurs tiennent à répondre aux mutineries qui dépeignent les buts de guerre comme vase et sables mouvants. Mata Hari devient la bonne cause sacrée d’expiation sur l’autel des sacrifices, qu’on réclame encore et toujours. Tant pis, si le dossier est vide ! On se contentera de ses allées et venues transfrontalières parmi ses nombreuses relations mondaines, pour passer de la présomption de culpabilité au réquisitoire implacable et fabriqué. Pourtant, le sort de l’instruction n’est pas joué d’avance. De février à juillet 1917, détenue à la prison Saint- Lazare, Mata Hari désarme pendant les auditions, en faisant des aveux très spontanés et naturels sur son degré d’implication. Volontiers, elle reconnaît être l’agent « H 21 » … qui n’a jamais beaucoup travaillé ! Et dans son esprit, il s’ensuit la logique : à péché véniel, on donne l’absoute, non ? L’affaire étant jouée d’avance, elle est inculpée et passe en jugement les 24 et 25 juillet 1917. Mata Hari assiste à son procès à huis clos, écoute une plaidoirie impuissante et vacillante, et le réquisitoire dans une ambiance guerrière et nationaliste de 1917. Et surtout, la terrible sentence : une condamnation à mort prononcée qui lui fait répéter la cruelle et sensée stupéfaction : « C’est pas possible ! ». Au petit matin, face au peloton d’exécution, le 15 octobre 1917 au Fort de Vincennes, elle regarde sœur Léonide qui l’assiste, avec la force de ceux qui se résignent aux douze balles aveugles qui accablent, dépassent et rendent sagement digne à l’élévation. Le saviez-vous ? Banda, la fille de Mata Hari, eut également des activités d’espionnages durant les années 1940. Moins falbalas et tête de linotte. Plus maîtresse femme, experte en trafic d’influences noteront les experts et les historiens. Avec au final, un même sort de condamnée au peloton… J-P. L Spécial BIOGRAPHIE Le Magazine I 69 - 83



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 1Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 2-3Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 4-5Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 6-7Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 8-9Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 10-11Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 12-13Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 14-15Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 16-17Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 18-19Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 20-21Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 22-23Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 24-25Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 26-27Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 28-29Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 30-31Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 32-33Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 34-35Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 36-37Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 38-39Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 40-41Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 42-43Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 44-45Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 46-47Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 48-49Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 50-51Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 52-53Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 54-55Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 56-57Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 58-59Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 60-61Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 62-63Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 64-65Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 66-67Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 68-69Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 70-71Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 72-73Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 74-75Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 76-77Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 78-79Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 80-81Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 82-83Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 84-85Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 86-87Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 88-89Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 90-91Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 92-93Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 94-95Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 96-97Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 98-99Le Magazine numéro 8 jan/fév/mar 2013 Page 100