Le Magazine n°7 avr/mai 2010
Le Magazine n°7 avr/mai 2010
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°7 de avr/mai 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 21,9 Mo

  • Dans ce numéro : la vie secrète des milliardaires.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Anna Gavalda « Le style, ce sont les personnages » Comment les écrivains vivent-ils leur métier au quotidien ? Quelles sont leurs méthodes de travail, leurs manies, leurs petites ficelles ? D’où viennent leurs histoires et leurs personnages ? Réponses et confidences d’Anna Gavalda qui nous a exception-nellement ouvert les portes de son arrière-cuisine littéraire. ■ Où habitez-vous ? Dans ma tête, hélas…. ■ Et votre tête, où habite-t-elle ? Elle habite en banlieue, par hasard et pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté. Si j’avais le choix, je vivrais en pleine campagne… ■ Pouvez-vous nous décrire en quelques lignes votre environnement de travail ? Je travaille dans un studio à cinq minutes de la maison. Ambiance monacale. Murs blancs, une planche, deux tréteaux, un ordinateur portable, un dictionnaire de langue, un autre de synonymes d’Henri Bertaud du Chazaud, une bouilloire et une boîte de thé. Rien d’autre. Ah si ! Un petit chien noir et blanc à mes pieds. Ma belle Pépita… Comment ai-je pu t’oublier ? ■ Quand écrivez-vous ? Je commence un livre en mode diurne en me calant sur les horaires d’école et je le termine en hibou, chez moi, en dormant quelques heures dans la journée. Ce rythme n’a pas évolué avec le temps et ce n’est pas un rythme, c’est une obsession. Une obsession qui prend de l’ampleur à mesure que les personnages se mettent à vivre. ■ Avec quel instrument ? Ordinateur. Je me méfie de l’écriture manuscrite, je préfère la distance et l’autorité des polices. ■ Pensez-vous que le choix de cet outil d’écriture a une influence sur votre style ? Je ne sais pas. C’est surtout Internet le danger. Google est un dénominateur trop commun… ■ Avez-vous besoin de la présence de certains objets familiers pour écrire ? Je trimballe mon « Bertaud » du bureau à la maison sans arrêt. Je pourrais m’en offrir un deuxième exemplaire, seulement j’aime bien le mien, il a une belle patine. Non pas que je m’en serve tant que ça, mais il me rassure. En général, je ne trouve jamais le mot exact que je cherchais, mais le seul fait de tourner les pages me récompense d’une jolie récré… 64 - Le Magazine Propos recueillis par Thierry Richard ■ Écrivez-vous en musique ? Ma sœur me fait des compils magnifiques, une ou deux par livre, que j’écoute en boucle pendant des mois. Elles sont mes madeleines de Proust quand je les réécoute longtemps après. Je me dis : « Ah, tiens, là c’était la mort d’Anouk… » Ou : « Oh… Cette chanson… J’ai l’impression d’être avec Camille dans la cuisine de Philibert… » Mais le plus souvent, je travaille en silence. J’écoute les voix de mes personnages. Je guette leurs jurons, leurs mensonges, leurs murmures… ■ Prenez-vous beaucoup de notes en prévision de futurs livres ? Aucune note écrite, mais des milliers à longueur de journée que j’enfouis dans mon inconscient. Je prends des notes quand je travaille sur des points précis, les métiers exercés par mes personnages par exemple. Là, oui, je me prépare des dossiers très sérieux. Que je ne relis pas d’ailleurs… Je vais sur le terrain. Je vais à la découverte de mondes jusque-là inconnus et qui me passionnent. C’est le grand privilège de ce métier : l’alibi du travail préparatoire pour élargir son horizon de façon très concrète. Je téléphone à des gens, je prends rendez-vous avec eux, je les regarde travailler et je leur pose des milliers de questions. J’ai la faiblesse de croire que la mémoire des émotions vécues me sera un meilleur tamis que tous les carnets du monde. Parfois, je note des phrases, des expressions, et de quelques mots glanés au hasard, peut naître tout un roman. C’est le cas en ce moment même. ■ Quel est le point de départ de vos livres ? Une première phrase ? un personnage ? une histoire ? Une scène très précise. Pour chaque livre, je suis partie d’une seule scène que j’avais envie de raconter le mieux possible. Ensuite, il faut inventer tout ce qui la précède et tout ce qui va suivre. Pour chacun de mes livres passés, je me souviens parfaitement de l’image « déclencheuse », et pour le suivant, c’est la même chose. Je sais exactement (odeurs, couleurs, parfums, météo, dialogues, gestes, etc.) quelle est cette petite lumière vers laquelle je m’achemine. ■ Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ces « images initiales » ? Pour Je l’aimais, c’était le moment où le narrateur tombait amoureux du ventre de sa traductrice parce qu’il était rond comme un ventre d’oiseau et déformait légèrement les carreaux de sa jupe écossaise. Pour La Consolante, c’était un homme épuisé et au bord du gouffre qui s’avançait dans des herbes hautes vers un feu de broussailles audessus duquel des enfants et des ados sautaient en hurlant de joie. Et pour le prochain, qui sera un scénario, c’est une jeune fille qui assiste à une queue de misères de type « secours populaire et qui décide que non, le monde ne va pas se passer comme ça… ■ Est-ce la même démarche pour un roman que pour une nouvelle ? Jamais de démarche, des personnages ! Parfois, ils ont tout dit en quelques scènes, d’autres fois, il leur faut plus 14 Le magazine des Livres
[une vie vie d’écrivain] Avec Avec des des livres livres qui qui se vendent se vendent au minimum au à un à million un million d’exemplaires (Je voudrais (Je voudrais que quelqu’un m’attende quelquque part, part, Je l’aimais, Je l’aimais, Ensemble c’est c’est tout…), tout…), Anna Anna quel- ■ ■Ces Ces personnages qui qui vous vous guident, les avez-vous les rencontrécontrés sous sous une une forme forme ou une ou une autre autre ? Comment ? populaire populaire au noble au noble sens sens du terme, du terme, elle elle distille distille de livre de livre en en arrivent-ils à se à frayer se frayer un un chemin chemin jusqu’à jusqu’à vous vous ? ? ren- Gavalda, Gavalda, 39 39 ans, ans, fait fait figure figure d’auteur d’auteur mythique. Écrivain Écrivain livre livre une une gentillesse naturelle, une une réelle réelle empathie empathie pour pour le le Je Je ne ne sais sais pas pas du du tout tout comment ils font. ils font. Si je Si le je savais, le savais, genre genre humain humain et un et goût un goût forcené forcené pour pour les bons les bons sentiments j’imagine qu’ils qu’ils ne ne viendraient plus… plus… J’imagine que que c’est c’est qui qui savent savent plaire plaire au plus au plus grand grand nombre. nombre. Anna Anna Gavalda Gavalda parce parce que que je suis je suis très très poreuse… Puisque Puisque tout tout laisse laisse son son vient vient de publier de publier son son cinquième roman, roman, L’Échappée Belle, Belle, empreinte sur sur moi, moi, le meilleur le meilleur comme comme le pire, le pire, alors alors pourquoi au Dilettante, au son son éditeur éditeur de toujours. de toujours. Elle Elle y relate, y relate, avec avec pas pas eux… eux… J’imagine qu’ils qu’ils existaient déjà déjà quelque quelque part part l’humour l’humour et la et tendresse la qu’on qu’on lui connaît, lui connaît, la virée la virée improvisévisée d’une d’une belle belle et joyeuse et joyeuse fratrie, fratrie, deux deux filles filles et deux et deux gar- gar- je n’ai je n’ai pas pas de problème de d’ego d’ego en tant en tant qu’auteur, ils savent ils savent impro- avant avant de me de me rencontrer et qu’ils et qu’ils me me choisissent parce parce que que çons, çons, sur sur les chemins les chemins buissonniers de la de Touraine. la Touraine. Un livre Un livre que que ce seront ce seront eux eux les les vedettes… Plus Plus concrètement, si jesi je court, court, délicieusement nostalgique et attachant, et qui qui se se prends prends le personnage le qui qui m’obsède en ce en moment ce (cette (cette savoure savoure comme comme une une gorgée gorgée de vin de frais vin frais un soir un soir d’été d’été sous sous jeune jeune fille fille confrontée à la à misère la misère de notre de notre siècle), siècle), il me il me semblble qu’elle qu’elle a toujours a toujours été été là, depuis là, depuis mon mon plus plus jeune jeune âge, âge, et et sem- la tonnelle. la tonnelle. qu’elle qu’elle s’est s’est déjà déjà manifestée à plusieurs à reprises reprises dans dans mes mes histoires, je pense je pense qu’elle qu’elle est est une une autre autre version version de de la la de de 600 600 pages pages pour pour en en découdre avec avec leur leur histoire. histoire. Je JeCamille Camille d’Ensemble, c’est c’est tout tout ou de de la Kate la Kate de de La La m’adapte. Consolante. Elle Elle n’est n’est pas pas arrivée arrivée un beau un beau matin matin en disant en disant « Toc, « Toc, toc toc Anna, Anna, c’est c’est moi moi ton ton nouveau personnage. » Elle » Elle ■ ■Justement, quand quand vous vous commencez un un texte, texte, savezvouvous à l’avance à s’il s’il fera fera 300 300 pages pages ou s’il ou s’il s’agira s’agira d’une d’une différence, c’est c’est que, que, maintenant que que « je « la je tiens la tiens », je », cher- je cher- savez- vit sa vit vie sa vie et a et grandi a grandi en moi en moi depuis depuis des des années. années. La seule La seule nouvelle de 20 de pages 20 pages ? ? che che sciemment des des tas tas de de renseignements la concernant. la Nouvelle ou roman, ou roman, je devine je devine bien bien dans dans quel quel genre genre de vaisseaseau j’embarque ; j’emporte ; alors alors plus plus ou moins ou moins de vivres, de vivres, dre dre visite visite à des à des ébénistes dans dans leurs leurs ateliers ateliers et j’apprends et mais mais c’est c’est bien bien la seule la seule certitude que que j’aie. j’aie. Je ne Je sais ne sais rien riensur sur elle elle des des choses choses que que j’ignorais. Finalement, ce n’est ce n’est pas pas de vais-Comme Comme elle elle a une a une formation d’ébéniste, eh bien eh bien je vais je vais ren- ren- à l’avance. à Par Par contre, contre, je connais je connais mes mes personnages. Je Jeelle elle qui qui s’est s’est frayé frayé un un passage jusqu’à jusqu’à moi, moi, c’est c’est moi moi qui qui partage partage leur leur intimité intimité depuis depuis des des mois mois ou ou des des années années et etcherche cherche à la à connaître la mieux… quand quand je me je me jette jette à l’eau, à l’eau, j’ai j’ai à faire à faire à de à vraies de vraies personnalités. Plus Plus vivantes et plus et plus fortes fortes que que moi, moi, d’où d’où le dérisoire le ■ ■Vous Vous n’avez n’avez donc donc pas pas une une idée idée précise précise du du livre, livre, de de lités. de de prévoir prévoir le moindre le moindre plan… plan… Ils Ils sont sont là, là, ils existent, ils ils ils l’histoire et de et ses de ses péripéties avant avant de démarrer… de vivent vivent et je et les je les suis suis pas pas à pas, à pas, ou plutôt ou plutôt mot mot à mot à mot ! ! Je ne Je sais ne sais rien rien et c’est et c’est justement pour pour découvrir ce qui ce qui va > va > N°22 N°22 - janvier/février - 2010 2010 15 15 Le Magazine - 65 Photo M. Henry Photo M. Henry



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