Le Magazine n°7 avr/mai 2010
Le Magazine n°7 avr/mai 2010
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°7 de avr/mai 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 21,9 Mo

  • Dans ce numéro : la vie secrète des milliardaires.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Dessin Miege 58 - Le Magazine Les affreux « C’est étonnant comme, entre littérateurs, on peut s’aimer tout en se débinant ! » Cette remarque de Jules Renard est faussement naïve. Chez les écrivains français, dénigrer son confrère est une pratique quotidienne. La raison en est d’une part que le pays regorge de romanciers qui se font concurrence, et d’autre part que des épigrammes aux libelles et aux pamphlets, l’éreintage est une vieille tradition hexagonale. 4 Le magazine des Livres
méchants lettrés Par Plus généralement, le trait d’esprit est une flèche que l’on décoche souvent au détriment d’autrui. Et les littérateurs sont particulièrement inspirés lorsqu’il s’agit d’étriller un confrère : « Le succès des autres me gêne, mais beaucoup moins que s’il était mérité », écrit encore Jules Renard. Encouragée par le développement de la presse, la méchanceté, en tant que forme littéraire, culmine dans la seconde moitié du XIX e siècle. Elle flamboie dans les chroniques de Barbey d’Aurevilly, elle crépite dans le journal des Goncourt, étincelle celui de Léon Bloy ou dans les articles de Jean Lorrain, pour ne citer qu’eux… Le Connétable des lettres Personnage mal dans son époque, dandy monarchiste doté d’un sens inégalable de la répartie, Jules Amédée Barbey d’Aurevilly s’impose comme un maître ès éreintage. Son ironie glaciale, il l’exerce d’abord sur sa propre personne. Sa passion pour une femme peu avenante dont il s’inspire pour écrire Une vieille maîtresse suscite l’étonnement de ses proches : « Quel charme pouvez-vous trouver à cette femme, qui n’est même pas jolie ? » lui demande Madame de Poilly. « Mais elle est bête ! » répond-il sans désarmer. Les chroniques de Barbey sont Jules Renard (1864-1910) avait la dent très dure, notamment dans son célèbre Journal. Quelques années après sa mort, sa veuve en détruisit plus de la moitié afin de ne pas froisser les amis, relations et connaissances de l’auteur du célèbre Poil de carotte. Photo D.R. [dossier] Claire Julliard assassines. Influencé par les romantiques, l’auteur des Diaboliques tire à vue sur les naturalistes et sur les Parnassiens. Capable d’admiration, il défend Les Fleurs du Mal et Stendhal, mais ses articles au vitriol lui attirent de solides inimitiés et le conduisent parfois devant les tribunaux. Contempteur des Ridicules du temps – titre d’un de ses recueils – il considère ses descentes comme un devoir : « J’ai souvent cité un mot magnifique de Mme de Staël, et je l’ai répété parce, selon moi, c’est le mot suprême de la Critique : Quand on me conduirait à la mort – disait-elle – pendant le trajet, je crois que je jugerais mon bourreau. » Par ses extravagances et par sa veine implacable de polémiste, le « connétable des lettres » exerce une grande influence sur la vie culturelle de son époque. Celui que Léon Daudet dépeint comme « un vieux guerrier au verbe sifflant et irrésistible » s’en prend aussi à Théophile Gautier comme le rappellent Anne Bocquel et Étienne Kern dans leur Histoire des haines d’écrivains (Flammarion). La gentillesse proverbiale du « bon Théo » l’irrite. Elle n’est pourtant pas monnaie courante chez les hommes de lettres. Il s’en explique : « Pourquoi dire du mal de ce pauvre Gautier, qui est si bienveillant ? Et au nom de la bienveillance, qualité très charmante mais nullement littéraire, je verrai s’élever contre moi une inviolabilité sur laquelle je ne comptais pas ! Telle est la force du préjugé et encore plus des relations, chez un peuple qui croit peut être toujours au mot de Lafayette, « L’insurrection est le plus saint des devoirs », mais qui ne l’admet pas en littérature. » Ce sens du « devoir » l’incite à piétiner des chefs-d’œuvre. Barbey se veut le chroniqueur de son temps mais il manque souvent de vista : « Le Capitaine Fracasse est fracassé et même fricassé, et, s’il a mis trente ans à naître, il ne mettra certainement pas trente ans à mourir. » Jules Amédée choisit ses cibles à sa démesure. Excédé par l’idolâtrie dont Hugo fait l’objet, il s’attaque à lui avec une mauvaise foi et une constance rare. Barbey reconnaît la puissance littéraire du père de la Légende des siècles mais il ne supporte qu’on l’encense sans retenue. Ce héraut de la « critique vraie », c’est-à-dire juste et sévère, se doit donc d’égratigner régulièrement le Grand homme. À propos des Contemplations, dans lesquelles il voit « l’agonie d’un génie poétique », il écrit que M. Hugo s’est « ramolli dans un panthéisme dissolvant, hébété de métempsychose ». En 1862, la parution des Misérables en plusieurs livraisons lui offre une nouvelle occasion de ferrailler avec le poète en une série d’articles outrés : « La publication des Misérables est moralement et socialement une action mauvaise, un long sophisme […] d’autant plus spécieux qu’il s’adresse à la générosité du cœur. » Par sa volonté de faire voler toutes les institutions sociales, il représente même « le livre le plus dangereux de tous les temps » ! En 1864, Barbey publie un pamphlet contre l’Académie française afin que « la jeunesse prenne le dégoût des Académies et de leur esprit, en voyant comme elles ratatinent le talent des hommes de talent ». Dans ces « quarante nains jaunes de l’Académie », le polémiste déplore que des N°22 - janvier/février 2010 5 Le Magazine - 59 >



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