Le Magazine n°7 avr/mai 2010
Le Magazine n°7 avr/mai 2010
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°7 de avr/mai 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 21,9 Mo

  • Dans ce numéro : la vie secrète des milliardaires.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LA V IE QUOTIDIENNE Le franglais,mot-valise formé des mots « français » et « anglais », désigne l’utilisation de la langue française fortement anglicisée, dans l’expression écrite ou orale. Plus concrètement, il s’agit d’un ensemble de mots anglais et des tournures syntaxiques calquées sur l’anglais, introduits dans la langue française. Il est fréquemment évoqué comme repoussoir par les tenants de la pureté de la langue française, contre l’invasion des anglicismes. Certains de ces anglicismes, lexicaux se transforment en emprunts, d’autres voient leur usage disparaître. Ainsi « tramway » est d’usage courant (avec une éventuelle ébauche d’appropriation en « tram »), alors que « software » estpassédemode grâce à l’adoption du mot « logiciel » (adjectif et substantif). Diverses raisons sont avancées pour expliquer le développement du franglais : il y aurait la régression du grec et du latin dans les études, l’hégémonie de l’anglais comme langue de communication internationale, le mimétisme culturel. Dans les jeunes générations, l’anglais tend à acquérir le statut de langue de prestige au détriment de la langue maternelle, de la même façon que le français jouit du statut de langue de prestige en Afrique francophone, au détriment des langues locales. L’hégémonie de l’anglais est telle qu’il est l’idiome de référence dans la communication internationale, et la langue de prestige pour la jeunesse de France, détrônant ainsi l’allemand. Il est présent dans les relations internationales sous des formes élaborées mais aussi sous une forme simplifiée, respectant les règles de grammaire classiques, le globish. 18 - Le Magazine D.R. l’English au boulot, stop ! La langue française est la langue de la culture pour nombre d’étrangers qui la disent fine et précise. Pourtant les français qui n’ont guère d’aptitude à la pratique d’autres idiomes, par bêtise ou par orgueil n’hésitent pas à la remplacer à tout bout de champs par des mots anglais. Faisons un break (une pause) et passons par la back door (porte arrière) prendre un drink (boisson), de préférence un soft drink (boisson douce, sans alcool), au lounge (salon), dont j’ai connu le barman sur le backstage (à l’arrière plan) d’un happening (événement) des plus in (dans) particulièrement cool (frais), et non dans un backroom (salle arrière) du Queen, contrairement au gossip (bavardage) répandu dans les forums de chat (causerie). ■ Le saviez-vous ? … PARLEZ-VOUS … LE FRANGLAIS MONDAIN ? Pourquoi magazine -18 - Février/Mars 2010 Le poids économique, politique et culturel des États-Unis et des pays anglophones, qui tendent à imposer leur langue tant dans les organisations internationales que dans les relations bilatérales, se traduisent par un quasi-monopole de l’anglais dans des domaines de plus en plus nombreux : publications scientifiques, enseignement supérieur commercial et scientifique, enseignement des langues étrangères dans le secondaire, publicité, cinéma, musique, brevets techniques, etc. L’anglais tend parfois à coloniser totalement l’espace de travail. Dix ans de luttes pour le droit de travailler dans sa langue d’origine Dans certaines grandes entreprises françaises, les réunions entre cadres se font en anglais, avec l’accent frenchie, of course ! Le jargon professionnel étant à ce point anglicisé que le pas est franchi presque insensiblement. Mais certaines entreprises ont été condamnées en justice pour avoir imposé l’anglais à leurs salariés français (GEMS, Europ Assistance, Le saviez-vous ? Le globish est un mot valise combinant global et English. C’est une version simplifiée de l’anglais, un jargon appauvri de l’anglais. ■ Nextiraone). Tospeakenglishornotto speakenglish, ça, c’est une question… qui ne se pose même plus ! David contre Goliath ou Molière contre Shakespeare ? Le Bourgeois Gentilhomme a fort à faire avec la Mégère Apprivoisée. Il est fort possible, même probable, que la mégère a eu gain de cause et que notre élégant bourgeois a été mis au piquet pour manquement ou insuffisance ! Il n’y a pas de citadelles imprenables et notre mégère est bien envahissante ! Jean-Loup Cuisiniez, agent de
Ce que dit la loi ? L aloidu4août1994,diteloiToubon,poselefrançaiscomme langue du travail. Mais la langue de Molière n’est obligatoire que pour un certain nombre de documents : contrat de travail, règlement intérieur, conventions et accords collectifs, notes sur l’hygiène et la sécurité... En fait, il n’y a pas de contrôle systématique. Dans son rapport sur l’utilisation du français dans les entreprises, remis au gouvernement en juillet 2003, Catherine Tasca ne relève aucun contentieux sérieux dans ce domaine. Sans compter que les sanctions sont légères : elles ne dépassent pas la contravention de quatrième classe, soit un maximum de 760 euros ! ■ maîtrise chez Axa assistance, délégué CFTC et décoré chevalier des arts et des lettres s’insurge contre cet anglicisme galopant. Cela fait dix ans qu’il lutte pour le droit de travailler dans sa langue d’origine, et dix ans qu’on le traîte de ringard. Jean-Loup Cuisiniez est un combattant. Un croisé qui ne supporte plus qu’on serve aux salariés du reporting, dubenchmarking, des user guides ou des hot lines,dubackoffice ou des partner lists.I Il aurait fallu que notre bourgeois torde le cou à la mégère au début du mariage ! Un brin franchouillard, Jean-Loup Cuisiniez ? Pas du tout, il est même polyglotte et parle plusieurs langues. Lepointdedépartdesoncombat est l’affaire des irradiés de l’hôpital Jean-Monnet d’Épinal, ces 5500patientsquiontreçudessurdoses de rayons en passant des radios. Il affirme : « C’estlaplusgrave erreur recensée due à une mauvaise compréhension de l’anglais en France. La formation sur le logiciel en anglais des radiologues avait été faite en anglais. Ils pensaient avoir compris, mais ont mal utilisé l’appareil ». On n’ose pas souvent dire qu’on n’a pas compris, c’est dur d’avouer une faiblesse, alors que c’est évident qu’on comprend moins bien une autre langue que sa langue maternelle. Le bourgeois a été déficient et l’oreiller n’a pas toutes les vertus qu’on lui prête… La loi surnommée « loiAllgood » endostock - Fotolia Pourquoi magazine -19 - Février/Mars 2010 > Le franglais a ses dictionnaires < Le terme franglais aurait été créé par le grammairien Max Rat et utilisé pour la première fois dans un article de France-Soir paru en 1959. Son emploi s’est popularisé à la suite de la parution en 1964 de Parlez vous français ? de René Étiemble. Depuis cette date, de nouveaux anglicismes sont apparus (un dictionnaire en recense, en 1999, plus de 8 000, dont il donne des équivalents français), tandis que d’autres sont devenus inconnus ou surannés. ■ Alors depuis, Jean-Loup Cuisinier se bat pour le respect de la loi Toubon d’août 1994, qui rend obligatoire l’emploi du français dans les entreprises, notamment pour « toutdocumentcomportantdes dispositions nécessaires au salarié pour l’exécution de son travail ». Cette loi n°94-98, qui devait promouvoir la francophonie, fut ironiquement surnommée « loiAllgood » (exemple : vacancelle n’a jamais pu rivaliser avec week-end). Associé dans un grand cabinet international de conseil et parfaitement anglophone, Michel s’entête àcommuniquerdanslalanguede Molière lors des assemblées d’associés et des con-grès. Encore un fan de la belle ouvrage… Notre gentilhomme doit se sentir moins seul mais comme chacun sait, les petites gouttes font les grandes rivières. La pratique généralisée du « globish », ce sabir international devenu au fil des années la langue des affaires, tend, selon Michel, à appauvrir la pensée. Beaucoup n’osent pas intervenir lors d’une réunion parce qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir exprimer convenablement leur point de vue. Une forme d’autocensure qui se traduit, in fine, par le triomphe de la logique anglo-saxonne. Trafalgar, c’était de la gnognotte. Le boom de la langue anglaise induit au final une forme de colonisation de la pensée. Corneille est au piquet et se lamente : ôrage,ôdésespoir, que n’ai-je tant vécu que pour voir cette infamie ! Ce lobby linguistique venu de la grande île, why ? Parcommoditéou par faiblesse ? Ou tout simplement par fainéantise ? Une belle langue, que le monde entier nous envie, héritée et affinée au fil des siècles que ses propres enfants piétinent sur l’autel de leur orgueil et de leur ingratitude. « Pensez-vousqu’unouvrier doive savoir parler l’anglais ? » Être dans le mood, être clean, ça veut dire quoi au juste ? Alors Montesquieu est un baba-cool et Diderot est en stand-by.Ah,home, sweet home, àquandlanostalgied’un pot-au-feu made in France ? La remarque de Claude Hagège est frappée au coin du bon sens : « quandilstravaillentenFrancelesétrangers, dans leur majorité, n’ont pas besoin de s’exprimer autrement qu’en français. Pensez-vous qu’un ouvrier doive savoir parler l’anglais ? » Et de mettre en garde tous les employeurs qui feraient le tri de leurs salariés par le seul filtre de la maîtrise de cette langue. Au pied, couchée, la mégère, qui c’est le big boss,ici ? Le matraquage médiatique participe au travers de la pub à l’enterrement de la langue française joliment parlée : ça fait très in de parler branché en utilisant des termes anglais. Tous les trous-du-cul du monde et surtout les Français vont se reconnaître : ils sont très hot line et ne se déplacent jamais sans leur net book.Lespublicistessont en avance dans ce domaine, sur Internet, un nouveau site, Green Republic fait la promo des nouveaux biberons : les biberons font la révolution green. Chaqueannée, heureusement, l’association « Défense de la langue française », une académie parodique, décerne le prix de la carpette anglaise à un membre de l’élite française qui, selon son jury, s’est distingué par une initiative visant à promouvoir l’anglais en France et dans les institutions européennes au détriment du français. Alors, continuons la lutte contre l’avancée d’anglopathie américanoïde spongiforme ! Àquandlecome-back du bourgeois ? Et comme dans tout thriller,àlafindufilm,pourenfinapaiser son angoisse, les grosses lettres THE END apparaissent. Le bourgeois a deux solutions : soit il dit à sa Mégère : « alors,Darling,c’est trop cool, on se fait un brunch ? » Soit il est castré et la mégère régnera en mégère, et le franglais a encore de beaux jours devant lui. ■ Le Magazine - 19



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