Le Magazine n°6 fév/mar 2010
Le Magazine n°6 fév/mar 2010
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°6 de fév/mar 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 27,5 Mo

  • Dans ce numéro : à quoi joue Carla Sarkozy ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Élégant érudit, Charles Dantzig, né en 1961, cultive son dandysme et ses extravagances quelque part entre Sénèque et Valéry Larbaud. Éditeur, encyclopédiste, chroniqueur littéraire, poète et romancier, ce touche-à-tout est aussi un bourreau de travail. Son dernier livre, L’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien, poursuit la vieille tradition littéraire du livre de listes ; il en comporte près de 300, assemblées avec finesse et ordonnées avec goût. De la liste des belles insolences à celle des odeurs des villes, chacun trouvera matière à butiner son plaisir au fil des 800 pages de ce recueil impressionnant. Charles Dantzig, Prix Nimier en 2001 pour son roman Nos vies hâtives, a ouvert le 28 septembre dernier la saison des Lundis du CNL et devrait publier pas moins de 5 livres en 2010 dont deux recueils de poèmes inédits. un stylo-plume qu’avec un feutre, cela m’est égal. Et ma méthode d’écriture ne m’intéresse pas moi-même, c’està-dire que je ne veux pas me laisser conquérir par une méthode. Je veux, quand j’écris, être libre vis-à-vis de ce que j’écris. Je trouve que ces fétichismes encombrent l’esprit et nuisent au détachement que l’on doit avoir. La littérature devrait être détachée des contingences. ■ Vous ne vous imposez donc pas de règles strictes ? L’idée de s’astreindre à travailler tant d’heures par jour à tel moment de la journée me fait horreur, dans le sens où cela transforme la littérature en une forme de bureaucratie. Ce sont des méthodes à la Simenon qui, d’ailleurs, est un écrivain que je n’aime pas. Autant tamponner des timbres à La Poste de la rue du Louvre ! Je trouve qu’il faut qu’il y ait une espèce de désinvolture envers cette chose si grave qu’est [une vie d’écrivain] la littérature. Parce qu’elle mange assez notre vie, qu’elle essaie de nous piéger de bien des façons, il n’est pas si mal d’avoir par moments vis-à-vis d’elle une certaine part de détachement. Et il se passe ce qui se passe. Cela correspond à mon tempérament. Je suis mieux en écrivant quand ça me chante, comme ça me chante. En dehors des articles et des chroniques que je peux écrire dans la journée, lorsque j’écris un livre et que je suis à Paris, c’est plutôt la nuit. Je ne dîne pas en ville et sors peu, je reste donc enfermé le soir ; et puis j’aime la nuit parce qu’elle est une possibilité de recueillement et d’abstraction. ■ Travaillez-vous toute la nuit durant ? Il n’y a pas de régularité. D’une manière générale, je travaille tard, mais pas des nuits entières. Jusqu’à 3 heures du matin, disons. ■ Comment vous organisez-vous entre votre métier d’écrivain, celui d’éditeur et celui de chroniqueur ? Ce n’est vraiment pas très compliqué. Enfin, disons que je le fais sans avoir l’impression d’être envahi par moi-même. La seule régularité que je puisse avoir, c’est celle des chroniques de radio, simplement parce que j’ai demandé qu’elles soient illustrées musicalement. J’ai donc la contrainte de les envoyer à l’avance. Quand on me passe commande d’un article pour une revue ou un journal, je rends toujours à temps. C’est comme quand je reçois une lettre, il me faut N°20 48- - novembre/décembre Le Magazine 2009 17 Photo Louis Monier > >
Charles Dantzig L’esthétique de la fuite y répondre tout de suite, sinon je ne le fais jamais. Je prends tout de même du temps, je n’écris jamais en une seule fois. J’écris un article avec autant de soin que j’écris un livre, et ce contraire de désinvolture me tue. ■ Est-ce justement une de vos habitudes de travail, que de laisser reposer les textes et d’y revenir pour les retravailler ? Je crois, à une exception près, qu’il ne m’est jamais arrivé de rendre un premier jet. À tort ou à raison, je trouve que c’est mieux quand j’écris plus lentement et que je reprends. Au reste, il m’arrive souvent de me rendre compte qu’à force de travailler, retravailler, et re-retravailler, la version finale est proche de la première version. C’est comme s’il fallait que je fasse des tentatives pour éviter de me faire trop confiance à moi-même. Quand on écrit, on n’est jamais tout seul. Il y a une personne qui signe, et qui s’appelle Charles Dantzig, mais il y a plusieurs moi qui écrivent. Il y a le moi idéaliste, le principal, celui qui écrit et essaie de faire une belle chose, il y a le petit moi diabolique qui essaye de me persuader qu’il faut écrire de telle façon parce que ce sera plus malin, plus spirituel – et en général c’est très mauvais –, et il y a le petit moi vaniteux qui, par moments, essaye de me dire : « Ah, cela pourra plaire à untel… » Voilà, il y a donc des concurrences entre nous. Cela a l’air compliqué, mais pourtant c’est très simple quand on l’éprouve : on n’est pas seul à écrire. Les multiples versions sont causées par ces parties de moi qui me suggèrent de mauvaises choses. ■ Est-ce une règle que vous appliquez également à la poésie ? Cela prend des manières différentes. J’ai coutume de dire que j’écris mes poèmes en une minute et en un an. Il y a toujours une première version qui vient en une minute parce que la poésie est en général l’expression d’une chose lyrique, émotive ou calculée mais toujours très rapide. Ensuite, il faut sculpter cela très lentement, on déplace une virgule, on laisse reposer, on y revient… ■ Écrivez-vous en silence ? J’écris en musique, mais je ne l’entends pas. Je n’aime pas l’idée d’avoir un appartement totalement silencieux, même lorsque je ne travaille pas, je mets donc toujours de la musique. Elle est là lorsque je commence à travailler mais, au bout d’un moment, je ne l’entends plus. ■ Choisissez-vous des musiques appropriées à ce que vous écrivez ? Là encore, ce serait un fétichisme. Cependant, plusieurs de mes livres ont été écrits dans l’idée de faire un livre comme Le Barbier de Séville, c’est-à-dire à la fois insupportable et adorable. Rapide et agaçant, mais en même temps délicieux. Mais ça, c’est une idée esthétique, qui n’a Photo Louis Monier rien à voir avec l’organisation. D’ailleurs, je n’écoutais pas du Rossini en écrivant ces livres. J’ai longtemps pensé écrire un poème qui aurait eu le même rythme qu’une des valses sentimentales de Schubert, que j’aime beaucoup. J’ai essayé pendant des années et puis, au bout d’un moment, je me suis dit : « Mais qu’est-ce que tu vas embêter Schubert avec ça ? » Et j’ai laissé tomber. ■ Prenez-vous régulièrement des notes dans votre vie quotidienne ? Cela m’arrive. J’ai des idées de livres, j’accumule quelques trucs et je les oublie. Par exemple, j’ai eu l’idée de l’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien en 1996. Et j’ai commencé à gribouiller des listes dans un cahier que j’ai complètement oublié. J’ai pris des notes mais, même si c’est un livre qui se prêtait à l’exercice, il s’est presque fait sans cela. Quand j’ai rouvert mon cahier des années plus tard, j’ai trouvé ça extrêmement mauvais et, au fond, cela ne m’a servi à rien. Les notes, c’est du débroussaillage. Quand j’écris une chose, j’essaie de la faire achevée, même lorsque c’est pour moi seul, que cela restera dans un coin de mon ordinateur. J’ai éprouvé que, si j’écris trois mots, je sais ce que cela veut dire parce que c’est un condensé d’une chose à laquelle je viens de réfléchir, et trois jours après je n’ai plus la moindre idée de ce que ça signifie. Les seules choses qui me servent vraiment dans mes romans, ce sont les provisions que je fais d’images physiques pour des personnages ou des descriptions, des choses très précises, très visuelles, comme les corps et les visages. J’ai récemment vu dans une piscine quelqu’un qui prenait une douche et j’ai trouvé intéressante la façon dont les gouttes fuyaient de manière oblique de sa tête : « L’idée de s’astreindre à travailler tant d’heures par jour à tel moment de la journée me fait horreur, dans le sens où cela transforme la littérature en une forme de » bureaucratie. je l’ai noté. Ce sont des choses auxquelles je ne penserais pas spontanément. ■ Sur quoi démarrez-vous un nouveau roman ? En avez-vous une idée précise en le commençant ? Je n’ai pas de plan ni de choses comme ça, cela m’ennuierait à périr. Pour moi, le roman, c’est avant tout des personnages – c’est d’ailleurs ce qui distingue les romans des poèmes ou des essais –, et d’abord un personnage principal et ce qui lui arrive. Et ce qui lui arrive est la conséquence de ce qu’il est. Ce qui est très important pour moi, c’est d’avoir au départ une idée d’un personnage fort, qui est là parce que j’y pense depuis des années. Tennessee Le Magazine - 49 18 Le magazine des Livres



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