Le Magazine n°4 sep/oct/nov 2009
Le Magazine n°4 sep/oct/nov 2009
  • Prix facial : 3,90 €

  • Parution : n°4 de sep/oct/nov 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 23,2 Mo

  • Dans ce numéro : Sarko en fait-il trop ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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mois sur cet îlot inhospitalier. Elle était dirigée par le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) avec Max Guérout (membre de l’UMS Histoire et archéologie maritime et du comité scientifique du programme UNESCO la « Route de l’esclave »), en collaboration avec l'Institut national de recherche archéologique préventive (INRAP) représenté par Thomas Romon. Malgré un alizé qui n'a pratiquement jamais faibli, l'exploration et le relevé complet du site sous-marin ont été réalisés dans des conditions souvent très difficiles. Ce travail a nécessité près de 120 plongées, représentant 150 heures de travail. Ce site, exposé aux fortes mers soulevées par les cyclones, n'a conservé que les objets lourds : les ancres, l'artillerie, le lest de fer, le lest de pierre du navire, en général localisés dans les sillons creusés par la mer perpendiculairement à la côte. De nombreuses pièces de gréement sont prises dans le corail. Plusieurs objets, dont deux fragments de la cloche du navire, ont cependant pu être mis au jour. Les fouilles à terre n'ont elles aussi pas déçu. Très rapidement, on a découvert le four, construit pendant la période de présence des français et ayant servi à la fabrication du biscuit destiné à constituer l'alimentation pendant le voyage de l'embarcation de fortune jusqu'à Madagascar. La localisation de l'habitat des esclaves, situé sur le point haut du nord de l'île, a été le résultat le plus significatif de cette mission. Dans une zone très perturbée par les constructions modernes de la station météo, une partie du mur de l'habitation des esclaves a cependant pu être dégagée. 72 - Le Magazine Crédit Photo : GRAN/Max Guérout Pourquoi si peu de survivants ? Sur les 60 esclaves rescapés, beaucoup se trouvaient en état de faiblesse. La plupart sont ensuite morts noyés, ayant tenté de quitter Tromelin à bord de radeaux. Vraisemblablement, la petite communauté ayant vécu sur l'île devait se composer seulement d'une quinzaine de personnes. Les canons de L'Utile retrouvés par 4 mètres de fond. Le sol d'origine, conservé alentour, a livré de nombreuses informations : l'alimentation dont la base semble avoir été en première analyse constituée de tortues et d'oiseaux ; la confirmation que le feu a été conservé jusqu'à la fin et alimenté par du bois de charpente provenant de l'épave. Des objets provenant de L'Utile ont aussi été retrouvés à terre, sur la zone d'habitat des esclaves. Une série de récipients en cuivre, six au total, de tailles différentes, portent l'empreinte du travail GRAN/Confrérie des gens de la mer Un plongeur du GRAN auprès d'une ancre de L'Utile. des esclaves malgaches puisque certains d'entre eux ont été réparés de nombreuses fois par rivetage. Ils illustrent l'acharnement à utiliser jusqu'au bout les matières premières fournies par l'épave, mais symbolisent aussi l'usure du temps sur les choses et les hommes. Témoignages de la vie des esclaves, trouvés en place sur leur site d'habitation, ces objets sont d'une grande rareté. En effet, très peu de vestiges matériels de la vie des esclaves ont été conservés, comme en témoigne l'extrême pauvreté des musées dans ce domaine. L'Ile de Tromelin aujourd'hui : quelques buissons sur la longueur d'une piste d'atterrissage. GRAN/Confrérie des gens de la mer
Crédit Photos : GRAN/Max Guérout 1/Des bâtiments solides aux murs épais ont été édifiés par les malgaches. 2/Thomas Romon, archéologue de l'INRAP, en train de découvrir un bol abandonné par les naufragés. 3/Ce récipient porte neuf traces de réparation ! Une aventure humaine La mission d’octobre 2006 ayant largement démontré l’intérêt d’une fouille archéologique sousmarine et terrestre sur l’île de Tromelin, les recherches ont été poursuivies en novembre 2008. L’extrême isolement de cette île, seulement occupée par trois météorologues, et l’absence de ressources ont transformé ce projet scientifique en une aventure humaine peu commune. La présence sur l’île durant un mois de 10 personnes et l’acheminement de plusieurs tonnes de matériel ont nécessité plusieurs rotations de Transall, l'avion militaire qui, seul, permet d'accéder à Tromelin. Il vient relever la station météo, construite là pour surveiller les 3 ou 4 cyclones annuels qui touchent l'île Maurice et La Réunion. L'objectif de la campagne 2008 était d'élargir le secteur de fouille de l'habitat pour enrichir les témoignages de la vie quotidienne des esclaves, et mettre au jour les sépultures décrites par un visiteur anglais en 1856. Ces dernières procureraient une meilleure connaissance de la constitution du groupe d’esclaves malgaches, des causes de leur décès, mais aussi de leurs rites funéraires. Malheureusement, aucune tombe n'a été découverte lors de cette seconde mission. Le point central des recherches visait à élucider la manière dont ce groupe humain s’est organisé pour survivre. Originaire en majorité des hauts plateaux malgaches, ignorant tout des choses de la mer, comment ces hommes et ses femmes se sont-ils adaptés à un milieu strictement maritime ? Des bâtiments d'une ampleur inattendue ont été mis au jour : trois constructions, d'espace intérieur réduit mais dont l'épaisseur des murs atteint 1m à 1,5m, ont été édifiés avec des blocs de corail issus du rivage et des dalles de sable silicifié provenant de la côte. Ils sont orientés pour se protéger des cyclones. La maîtrise des ressources disponibles par les naufragés malgaches est d'autant plus remarquable qu'elle va parfois à l'encontre des us et coutumes. A l'époque, leurs habitations étaient en bois ou en torchis et les édifices en pierre étaient réservés aux sépultures. Edifier à Tromelin de telles structures en pierre a nécessité 1 2 3 une adaptation non seulement pratique mais aussi culturelle : on peut supposer les hésitations qu'ils ont eu à décider de vivre dans ce genre de construction. L'un des bâtiments semble être la cuisine. De nombreux objets, notamment métalliques, y ont été retrouvés autour d'un foyer. Bien rangés là depuis 1776, ils offrent une image très vivante d'une organisation de l'espace et des conditions de vie. L'utilisation des métaux montre un savoir-faire évident : le cuivre a été découpé, riveté et utilisé pour réparer les récipients provenant de L'Utile, des cuillères et des aiguilles alènes ont été fabriquées par les survivants, de nombreux matériaux ont été récupérés puis transformés : clous de charpente et lames de fer, emporte pièces, marteau, plombfondu pour la réalisation de grandes bassines destinées, très probablement, à la conservation de l'eau. De tels récipients posent la question d'une possible intoxication au plombdes naufragés, vérifiables après une analyse du peu d'ossements découverts (appartenant à deux individus). L’alimentation des naufragés (faite principalement des colonies d'oiseaux qui peuplaient l'île à l'époque : 17 kg de petits os ont été trouvés dans la cuisine) a permis d'observer l’évolution dans le temps des espèces ayant fréquenté l’île. A l'époque, des centaines de milliers de sternes vivaient sur Tromelin, de quoi subvenir largement aux besoins de la petite population de malgaches. Et heureusement, car les déferlantes de l'océan interdisaient toute pêche (juste quelques coquillages) et le peu de végétation de l'île (des arbustes d'1,5m de haut maximum et des pourpiers comestibles) n'aurait pas permis leur subsistance. La participation d’un géomorphologue du CE- REGE (Aix en Provence), Nick Marinner, a permis d’étudier les accidents climatiques (cyclones) inscrits dans le sédiment et de croiser les informations recueillies avec les données archéologiques. Tromelin est, depuis le 3 janvier 2005, administrée par le préfet des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises). Les édifices découverts constituent un lieu de mémoire qu'il importe de protéger. Classée réserve naturelle, l'île un lieu privilégié de ponte des tortues vertes et imbriquées. Elle abrite également des colonies de frégates, de fous à pieds rouges et de fous masqués. Les bernard-l’hermite (ou pagures) complètent la faune. Les tentatives de sauvetage des esclaves ont eu lieu au bout de 14 ans. Lors de la première, qui échoua, un marin français fut rejeté sur la côte et partagea le sort des malgaches. Six mois avant l'arrivée du chevalier de Tromelin, il avait tenté une ultime tentative pour rejoindre une terre moins hostile en s'embarquant sur un radeau avec quelques hommes et femmes : ils n'ont jamais été retrouvés. Les seuls rescapés sont ceux qui n'ont jamais essayé de quitter l'île. Parmi eux, le bébé avait sa mère et sa grand-mère. Sans aucun respect pour leurs origines, elles ont été rebaptisées aussitôt : Dauphine pour la grand-mère, du nom du bateau qui les a retrouvés, et Eve pour sa fille. L'histoire des naufragés de l'île de Tromelin, racontée dans un livre d'Irène Frain qui accompagna l'expédition 2008 (Michel Lafont – février 2009), démontre que ce groupe de malgaches abandonnés, face à l'adversité et dans des conditions de vie qu'ils ignoraient totalement, a su rester debout, s'adapter de manière extraordinaire aux ressources locales, et organiser une vie en société. Elle apporte un démenti cinglant à ceux qui, en les traitant en esclaves, leur avait dénié toute humanité... Depuis 1980, le GRAN a mené plus de 50 opérations d'archéologie sous-marine à travers le monde, par exemple à Vanikoro sur les traces de La Pérouse. L'INRAP, dédié aux recherches archéologiques préventives (précédant l'édification d'un bâtiment, d'une autoroute, etc) et réalisant 300 fouilles par an sur le territoire français, intervient également en Martinique, à la Guadeloupe et en Guyane pour étudier le mode de vie des populations d'esclaves. Les compétences et les méthodologies de ses archéologues ont été précieuses à Tromelin pour découvrir des indices très ténus. Le Magazine - 73



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