Le Magazine n°4 sep/oct/nov 2009
Le Magazine n°4 sep/oct/nov 2009
  • Prix facial : 3,90 €

  • Parution : n°4 de sep/oct/nov 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 23,2 Mo

  • Dans ce numéro : Sarko en fait-il trop ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Patrick Rambaud. Motié main, moitié machine trot ! Cette phrase d'un obscur colonel dans un article technique m'a conduit à écrire deux scènes : celle avec le service de ravitaillement – où Stendhal travaille, d'ailleurs –, et celle de la charge au trot, de ces types avec leurs cuirasses qui remontent lentement en va-et-vient sur leur torse. ■ Relisez-vous chaque jour ce que vous avez produit la veille ? Oui. Je le fais pour le raccord, pour que cela se suive et s'enchaîne. À l'occasion, je corrige encore. En fait, j'avance toujours progressivement, dans la chronologie. Je verrouille, puis j'avance. En une journée, je peux écrire entre dix lignes et cinq pages, cela dépend. ■ Vous est-il déjà arrivé d'être bloqué dans ce processus ? De vous retrouver impuissant à écrire par manque d'inspiration ? Ce n'est pas de l'inspiration, c'est du boulot. C'est l'envie de faire. Parfois on en a marre, alors on part se promener… et après, ça va tout seul. Être bloqué, pour moi, c'est impossible dans la mesure où j'ai travaillé pendant 15 ans pour le journal Actuel et que l'imprimeur, lui, n'attendait pas. Cette expérience de la presse est utile. L'angoisse de la page blanche, c’est pour des gens qui n'ont jamais écrit dans un journal. ■ Écrivez-vous dans le silence ? Non, pas nécessairement. Je peux travailler n'importe où. À l'époque d’Actuel, c'était le bordel complet : il y avait du bruit tout le temps, on écrivait n'importe où… Du coup, le bruit ne me gêne pas. Parfois je mets de la musique, parfois je ne mets rien. Souvent, le bruit de la machine me suffit. ■ Êtes-vous fumeur de pipe ? J’ai fumé des pipes, mais surtout pas mal des clopes. J'ai tout fumé, en fait. La cendre des cigarettes tombant dans la machine, la pipe est plus pratique. Mais avec les lunettes, la barbe et la pipe, il ne me manque plus que la 2CV ! Il ne faut pas trop pousser dans la caricature. ■ Comment vous viennent vos idées de romans ? C'est difficile à dire. Pour ce qui est des romans historiques, le premier de la série sur Napoléon était une commande. En 1994 ou 1995, n’ayant plus de sous, je suis allé voir Jean-Claude Fasquelle et je lui ai dit : « Il faut que tu me fasses un contrat. Le loyer arrive dans 15 jours et j'ai un sujet : l'histoire d'un astronome à l'époque de Louis XIV parti 18 ans en Inde étudier une éclipse et qui, lorsqu’il rentre en France, retrouve sa « L'angoisse de la page blanche, c’est pour des gens qui n'ont jamais écrit dans un journal. femme qui a hérité, ses enfants aussi, son fauteuil à l'Académie des sciences occupé… Bref une histoire un peu abracadabrantesque. » Il ne m'écoutait pas : « Pourquoi tu ne ferais pas plutôt la bataille d’Essling ? » Là, il m’a raconté l'histoire du texte » commencé par Balzac et inachevé. Devant mes hésitations, il a ajouté : « Je pourrais te donner un à-valoir plus important. » Alors je lui ai dit d'accord ! En partant, je me suis demandé si j'avais eu raison ; cela faisait très contreemploi, d'Actuel à Napoléon… Et puis j'ai pensé à Bourvil dans Le Cercle Rouge, et je me suis dit que finalement, le contre-emploi n'était peut-être pas si mal. En fait, les idées viennent surtout de hasards. Ensuite, une envie naît de ce hasard. Et je me dis que cela pourrait faire une histoire intéressante. ■ Il me semble que c'est plus souvent l'histoire qui vous accroche que les personnages. C'est juste. Les romans psychologiques m'emmerdent horriblement. C'est pour cela que j'ai lu beaucoup de polars lorsque j'avais 15-16 ans ; Dashiell Hammett et autres. Les personnages s'y définissent par ce qu'ils font. On ne va pas emmerder le lecteur avec des explications fumeuses qui me font bâiller d’avance. ■ Vous ne travaillez que sur un seul livre à la fois ? En général, oui. Il y a toujours des trucs, on peut noter certaines choses, mais ce n'est pas évident. Je préfère me concentrer sur un sujet. ■ Justement, prenez-vous beaucoup de notes ? Oui, mais cela dépend un peu des périodes. J'ai des petits carnets, que j’ai du mal à relire après. J’y note n'importe quoi : des idées, des adresses, des numéros de téléphone… un peu de tout. ■ Continuez-vous à lire lorsque vous êtes en phase d'écriture ? Bien sûr. Cela repose. Lorsque vous écrivez un livre sur une période historique précise, vous lisez beaucoup. Mais ce n'est pas aussi agréable que la lecture gratuite, puis- 58 - Le Magazine 28 Le magazine des Livres Photo Louis Monier
que l'on a le sentiment de rechercher quelque chose en permanence. C'est dommage. Alors il faut lire d'autres choses. Personnellement, je reprends toujours un peu les mêmes : Voltaire, Diderot, La Bruyère, Jules Renard, Alexandre Dumas, Maupassant, Flaubert, Chardonne, Paul Morand, Roger Vaillant… Il y en a beaucoup ! Des gens que j'aime bien, qui sont simples et clairs. ■ Lorsque vous écrivez par exemple les Marguerite Duraille, vous immergez-vous totalement dans Duras ? Ah non, quelle horreur ! Une semaine suffit. On note des tournures, on voit l'esprit… et cela suffit largement pour en faire comme du papier peint. Combien de mètres en voulez-vous ? Dans toutes les parodies que j'ai pu écrire, j'ai toujours gardé quelques vraies phrases de l’auteur qui, finalement, faisaient autant marrer les lecteurs que les miennes. C’est donc que j'avais réussi mon coup. ■ Avez-vous le sentiment d'être toujours dans cette même veine avec les Chroniques du règne de Nicolas 1 er ? Non, puisque ce n'est pas de la parodie mais une satire. C'est un panorama, avec un léger recul, de ce règne désastreux… avec le principe de la cour, comme André Ribeau. Cela nécessite surtout une grosse documentation. Il faut faire des ensembles, pour que l'on puisse comprendre comment tout cela s'organise, identifier quels sont les personnages que l'on peut sortir pour en faire des portraits, les autres restant dans le fond sous forme de silhouettes. En fait, c'est presque du théâtre. « Je ne cite plus d'écrivains vivants. Je reste avec les morts qui sont beaucoup moins emmerdants. ■ Quelle est la place du style lorsqu’on est concentré sur le récit, sur l’histoire ? Je ne travaille jamais très longtemps pour ciseler une phrase, je pense qu'il faut surtout simplifier. Je ne suis pas l’ami des superlatifs. Les adjectifs, il y en a toujours trop, il faut donc en enlever pour éviter qu’ils se détruisent les uns les autres. Il faut aussi ne pas mettre l'adjectif attendu, éviter le cliché. En fait, cela me vient assez naturellement. C'est un peu comme une mécanique. ■ Corrigez-vous beaucoup ? Je fais surtout des relectures pour éviter les répétitions. Je me souviens avoir poussé un cri en relisant l'ensemble de La bataille parce qu'il y avait deux fois le mot « coquelicot » dans le livre. Dans un champ de blé au début, et dans la couleur de la cravate d'un général par la suite. J'ai finalement viré les fleurs dans les champs et gardé la cravate. C'était mieux. ■ Comment trouvez-vous les noms de vos personnages ? Je ne crois pas que l'on puisse inventer des noms. Lorsque les gens inventent des noms, ça ne marche pas. Il faut qu'un nom ait été porté. Balzac disait ça très justement ; il regardait les enseignes et y piquait des noms. Le nom le plus invraisemblable, s'il existe, s'il a été porté, fonctionne. Par exemple, près de chez moi, il y avait une boutique qui n'est pas restée très longtemps et qui s'appelait « Louis Lendormy, Assureur ». Quel nom, n'est-ce pas ? J'ai un petit bouquin sur ma famille d'origine lyonnaise qui remonte à 1540. Alors je pique dedans. Comme ça, j'ai de vrais prénoms du XVIII e, du XIX e … [une vie d’écrivain] ■ Trouvez-vous les titres de vos livres vous-même ? En général, oui. Le premier, La bataille, c'était de Balzac. C'était d'ailleurs quasiment tout ce qui restait de son texte puisqu’il n'avait écrit qu'une demi-ligne au dos du manuscrit du Médecin de campagne. La maison de Balzac m'a copié la page. J'ai donc gardé le titre original. On ne peut pas faire plus simple. Pour Il neigeait, c'est Victor Hugo qui raconte la retraite de Russie. L'absent, c'était le surnom de Bonaparte quand il est parti la première fois en exil. Et Le chat botté, c'est un surnom que lui avaient donné deux petites filles. ■ Trouvez-vous le titre une fois le livre écrit ? Je préfère le trouver au début. Cela m'aide. Surtout un titre court. ■ Avez-vous des petits rituels d'écrivains ? Par exemple pour célébrer la fin d'un nouveau livre ? Non. Gaston Leroux sortait dans son jardin et tirait un coup de fusil en l'air. Moi, je ne fais rien de particulier. C'est juste : « Passons au suivant ! » ■ Comment vivez-vous tout ce qui est lié à la promotion de vos livres ? Cela fait partie du boulot. Finalement, cela repose. Quand on sort un roman en septembre, cela ressemble un peu à une tournée théâtrale : on retrouve les mêmes dans tous les salons de province… À Besançon, on voit machin et chose – que d'habitude on ne voit » jamais –, et c'est tout juste si on ne se dit pas : « Est-ce que toi aussi tu joues à Nancy la semaine prochaine ? » On se retrouve comme ça pendant trois mois. C'est assez rigolo. On bouffe ensemble. ■ D’ailleurs, vous avez la réputation d’être une fine gueule… C'est essentiel ! En fait, je préfère faire la cuisine plutôt que d'aller au restaurant. Le restaurant, c'est pour les flemmards. Lorsque je sors dîner à Belleville ou dans le 13 e, c’est pour un restaurant précis et un plat précis. Et puis j'ai tout de même Drouant une fois par mois… ■ Écrivez-vous aussi dans votre maison de Normandie ? Oui. D'ailleurs, ma seconde machine à écrire est là-bas. Nous essayons d'aller en Normandie entre huit et dix jours par mois. Je prépare donc à l'avance ce que je dois emmener pour y travailler. C'est aussi là-bas que nous passons nos vacances. Moi qui adorais les vacances étant petit, qui avais horreur de l'école, je ne sais plus trop ce que c'est. ■ Lorsque vous évoquez vos goûts littéraires, vous ne citez aucun écrivain vivant. Pourquoi ? J'en ai cité, quelquefois. Récemment, j'en ai cité deux et l'un des deux m'a demandé : « Pourquoi tu m'as cité après machin ? » Je lui ai répondu en souriant que c'était par ordre alphabétique, mais il m'a dit que ce n'était pas vrai et que je lui préférais machin ! Alors je ne cite plus d'écrivains vivants. Je reste avec les morts qui sont beaucoup moins emmerdants. ■ Cela ne signifie donc pas que vous ne trouvez pas de plaisir dans la littérature contemporaine ? Non. J'ai même été surpris cette année, car dans tout ce > Le Magazine - 59 N°17 - juin 2009 29



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