Le Magazine n°4 sep/oct/nov 2009
Le Magazine n°4 sep/oct/nov 2009
  • Prix facial : 3,90 €

  • Parution : n°4 de sep/oct/nov 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 23,2 Mo

  • Dans ce numéro : Sarko en fait-il trop ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Patrick Rambaud Motié main, moitié machine Comment les écrivains vivent-ils leur métier au jour le jour ? Quelles sont leurs méthodes de travail, leurs habitudes, leurs petits secrets de fabrication, leurs obsessions, leur quotidien d’auteur ? Réponses et confidences de Patrick Rambaud dans un petit salon de l’Hôtel des Saints- Pères, à l’ombre d’une nature morte. Propos recueillis par Thierry Richard ■ Vous avez choisi le lieu de notre entrevue. Donnezvous souvent vos rendez-vous ici ? Oui. Je n'ai aucun goût particulier pour les bars d'hôtels, mais c'est pratique, avec Grasset juste à côté, et puis on y est tranquille. ■ Dans quel quartier habitez-vous ? Aux Halles, depuis quarante ans. J'ai connu les pavillons de Baltard. Cela a beaucoup changé bien sûr, mais je suis resté là. Ce n'est pas un quartier qui est devenu très intéressant, il est même un peu ringard… mais bon, il est central. ■ Dans votre appartement, avez-vous un endroit réservé à votre travail ? Non, c'est le bordel un peu partout. On peut de moins en moins marcher, les piles de livres s'accumulent, il y a même des livres auxquels je n'ai plus accès et que je dois racheter en poche. Pourtant, je les vois, ils sont là-bas, dans la deuxième rangée, mais pour y accéder, il faudrait creuser pendant trois heures et c’est au-delà de mes forces. Cela devient infernal. Alors, je me mets dans la pièce de devant, une pièce qui sert à tout. ■ À quel moment de la journée écrivez-vous ? Cela dépend des époques. Il fut un temps où j'écrivais beaucoup. Par exemple, le matin, je me consacrais aux dossiers du Canard Enchaîné, en début d'après-midi, je réécrivais un livre pour une comédienne des années 1930 ou un grand chirurgien, et dans la soirée, je travaillais pour moi. Cela faisait comme des tiroirs à ouvrir et à fermer. C'était en continu, et il n'y avait pas d'horaires. Actuellement, c'est plutôt l'après-midi. Le matin, lorsque nous sommes en Normandie, je vais au marché… et je lis beaucoup, notamment la presse – à cause des Chroniques du règne de Nicolas 1 er. Je lis, je classe, je fais des dossiers sur les différents personnages, sur les événements… ■ Avez-vous mis un terme à toutes vos activités de nègre ? Oui. Je faisais essentiellement cela pour payer le loyer. Depuis le Goncourt, cela va mieux, et j’ai plus de temps. Le principal bénéfice du Goncourt est d’ailleurs là : donner du temps. C'est extrêmement appréciable ; c'est un luxe. Photo Louis Monier ■ Comment en êtes-vous arrivé à écrire les livres des autres ? En 1970, au lancement du mensuel Actuel, nous étions quatre ou cinq pour tout réécrire. Nous voulions faire du journalisme comme celui des années 1930 : des reportages à la Albert Londres, à la Kessel, quelque chose entre le roman et le journalisme. Nous devions donc remuscler les articles des journalistes qui, s’ils savaient faire des enquêtes, ne maîtrisaient pas le côté romanesque de la chose, les personnages, les dialogues. En 1984, j’en ai eu assez parce que je n’arrivais plus à trouver le temps d’écrire mes propres articles. J'ai donc arrêté et je suis devenu rewriter aux cahiers du Canard Enchaîné. Les éditeurs, sachant que j'écrivais vite, m’ont proposé de réécrire des livres pour d’autres personnes. Mes propres livres ne se vendant pas suffisamment, j’ai accepté. Il fallait bien rentrer quelques sous ! Et puis ce n'était pas désagréable. Vous savez, la négritude, c'est de l'artisanat, de la technique, plutôt intéressante d’ailleurs. ■ Écrivez-vous toujours à la machine à écrire ? Oui. J'en ai deux depuis 40 ans. Ce sont des Olivetti Lettera 32 à ruban. J'ai vécu un drame lorsque les beaux rubans de soie ont été changés pour des rubans en nylon… ce qui est tout de même moins marrant. Maintenant, je cherche des rubans sans cesse. ■ Qu'est-ce qui vous empêche de passer à l'ordinateur ? D'abord mes yeux. Je ne peux pas lire sur un écran – je me suis déjà fait opérer cinq fois et je n'ai pas envie de jouer avec le scintillement. Et puis l'habitude. C'est très difficile de changer d'outil en cours de route. ■ Est-ce une forme de fétichisme pour cet objet, typique de l'écrivain ? Pas du tout. Ces machines marchent très bien depuis 40 ans, alors pourquoi est-ce que je changerais ? Et puis, elles sont portatives, elles ont voyagé, j'ai même tapé des textes sur mes genoux dans des cars indiens. Elles sont increvables, c'est comme des 2CV. Et puis j'y suis habitué. Finalement, c'est le prolongement de ma main. D’ailleurs, je fais moitié main, moitié machine. ■ Justement, comment retravaillez-vous vos textes ? C'est très simple. Je prends un feuillet tapé, je le corrige à la main, je le retape, puis je le recorrige et je le retape. C'est ce que disait Emmanuel Berl : « Écrire, c'est recopier. » Je le vois en lisant des manuscrits : les trucs écrits à l'ordinateur sont facilement reconnaissables, souvent trop bavards, car les gens trouvent merveilleux de pouvoir changer aussi facilement le texte de place ou de rajouter une phrase au milieu d'un paragraphe. Mais ils ont tout faux : si l'on ne refait pas l'ensemble, on perd le rythme. On ne peut pas rajouter une phrase n'importe comment. Il faut tout reprendre. Et à chaque fois qu'on repasse, on enlève ce qu'il y a en trop. On déblaie jusqu'à arriver à la chose la plus simple. En fait, il faut refaire sans arrêt. ■ Écrivez-vous vos romans d’un jet ? Non, il y a plein de notes. Surtout pour les romans à vocation plus historique. Cela prend un an et demi à deux ans. 56 - Le Magazine 26 Le magazine des Livres
Photo Louis Monier Photo Louis Monier On dit de Patrick Rambaud, né en 1946, qu’il a écrit trente livres sous son nom et au moins autant comme nègre, sous le nom d’autrui. Lauréat en 1997 du Prix Goncourt et du Grand Prix de l’Académie française pour La Bataille, il fut aussi en 1970 à l’origine du journal Actuel avec ses complices Jean-François Bizot et Michel-Antoine Burnier, journal qu’il quittera 14 ans plus tard pour entamer une carrière d’écrivain et de scénariste. Brillant satiriste, sa Deuxième chronique du règne de Nicolas 1 er, délicieusement insolente et drôle, vient de paraître chez Grasset. Il y a une grosse documentation, que j'agence par chapitre. Après, j’y colle les notes que j'ai retapées, des extraits de livres, divers éléments. Par exemple, dans Il neigeait, j'ai essayé de reconstituer Moscou avant l'incendie. J'ai trouvé plein d'éléments chez les voyageurs européens du XVIII e siècle qui étaient allés à Moscou. L’un décrivait de petites maisons en bois avec des arcades, un autre expliquait que les caves s'ouvraient par une trappe au milieu des rues, un troisième évoquait le contenu des boutiques – Moscou était l'arrivée des caravanes d'Asie –, etc. Avec tous ces éléments, je suis parvenu à reconstituer une vue d’ensemble. DEUXIÈME CHRONIQUE DU RÈGNE DE NICOLAS 1 ER, Patrick Rambaud, Éditions Grasset, 176 p., 13,50 € [une vie d’écrivain] ■ Il y a donc deux étapes dans votre travail, la recherche de documentation et l'écriture. Vous avez donc une idée de votre récit avant de commencer à travailler… Oui, mais une idée floue. Il faut ensuite faire le point. J'ai surtout une idée des événements inévitables, et j’avance à partir de là. Dans la phase de documentation, il faut savoir ce que l'on cherche. Par exemple, pour La bataille, j'ai retrouvé au fort de Vincennes un article sur la bataille d’Essling écrit par un vieux colonel ringard. L'article était d'un ennui profond mais m’a appris que comme les chevaux étaient nourris à l’orge – ils n'avaient plus d'avoine –, ils ne pouvaient plus galoper et les charges se faisaient au Le Magazine - 57 N°17 - juin 2009 27 >



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