Le Magazine n°4 sep/oct/nov 2009
Le Magazine n°4 sep/oct/nov 2009
  • Prix facial : 3,90 €

  • Parution : n°4 de sep/oct/nov 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 23,2 Mo

  • Dans ce numéro : Sarko en fait-il trop ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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« Nicolas se relevait la nuit pour continuer à faire ses devoirs sans nous le dire. Il s’est forgé une mémoire extraordinaire. » Michel Clerc en tête-à-tête avec Paul Sarkozy de Nagy Bocsa Un artiste nommé Sarkozy L’artiste habite avec Inès, sa quatrième épouse, un appartement idyllique situé à Levallois tout au bout de l’île de la Jatte. On y accède directement par un ascenseur à la James Bond dont il faut posséder le code et la clé pour déboucher enfin, dans une joyeuse forêt de fleurs et de plantes vertes, sur une vaste terrasse où le maître, grand et mince, bronzé et grisonnant, chemise ouverte et pantalon de cuir noir, vous tend sans préambule une coupe de champagne rosé. Inès est une femme élégante en admiration devant l’artiste qu’elle regarde avec un mélange de tendresse et d’indulgence. Lui, c’est Pal. Pal Nagy Bocsa y Sarkozy, ou plus simplement, pour l’état civil français : « Paul Sarkozy de Nagy Bocsa né en Hongrie le 5 Mai 1928 » Avec Inès, le jeune octogénaire a mis un terme à son tumultueux parcours. Ils sont mariés depuis 20 16 - Le Magazine ans, alors que ses mariages antérieurs ne duraient guère. Trois fils, une fille, des ex devenues les amies du couple, Pal endosse fièrement son rôle de patriarche sans pour autant se vautrer dans les lauriers de sa brillante progéniture. A 200 mètres tout juste, derrière l’invisible frontière séparant Levallois de Neuilly, sur la même île, habitait jusqu’en 2007 son fils Nicolas, qui déménagea peu avant d’être élu président de la République française. Il était encore marié avec Cecilia, ex-belle fille de Pal, qui lui a tout de même téléphoné, le 5 mai, jour de son anniversaire. Elle ne lui en veut pas de porter un regard de connaisseur sur Carla. Elle a posé pour lui et le joli portrait qu’elle lui a inspiré n’est pas à vendre : peut-être sera-t-il exposé dans un prochain vernissage ? On se prend à rêver. Sur cette avancée de l’île de la Jatte, on pourrait se croire un instant dans un film hollywoodien ou sur le yacht d’un nabab qui serait venu s’ancrer, par erreur, entre deux bras de la Seine. L’appartement est décoré sans ostentation avec un raffinement de collectionneur d’objets anciens et de toiles contemporaines, de bronzes et de tableaux surréalistes. Chez Pal et Inès, Max Ernst, Petersen et Picasso voisinent avec des dessins de Modigliani. Son atelier est au fond de l’appartement. Il travaille 12 heures par jour souvent avec son ami depuis 30 ans, Werner Hornung, avec lequel il a mis au point une étrange collaboration. Pal invente le concept, le sujet, prend ses pinceaux et Werner, informaticien et publicitaire, ouvre son ordinateur, un Mac, dont il se sert pour ajouter aux créations de l’artiste, des couleurs, des nuances et des effets numériques, ce qu’il appelle : « la pein-
ture digitale ». Ce cocktail d’inspiration créatrice et de recherches technologiques est à l’origine d’une cinquantaine de toiles réalisées en quatre ans par les deux complices. L’un est allemand, l’autre hongrois. Ils ont travaillé cote à cote pendant plusieurs années dans les studios de création publicitaire fondés à la fin des années 50 par Sarkozy senior qui était alors chef d’entreprise et employait, non loin de Levallois, entre « créatifs » et « commerciaux », un peu plus de 50 personnes. Ce singulier duo, à l’œuvre depuis bientôt quatre ans, commence à porter ses fruits. L’œuvre signée Pal Sarkozy exposée à Madrid à l’automne en septembre dernier a attiré plusieurs centaines de connaisseurs venus de toute l’Europe. Le maire de Madrid, lui même, l’avait inauguré et l’Ambassadeur de France avait donné en l’honneur de l’artiste une réception où se pressaient ministres, diplomates et grands d’Espagne. M. Zapatero, premier ministre, s’était déplacé lui aussi. Nouvelle exposition, le 16 mai dernier, à Amsterdam, avec la bénédiction de la famille royale, au milieu d’une ruée d’amateurs d’art contemporain, de journalistes et de reporters armés de caméras envoyés sur le scoop par toutes les télévisions. Pal Sarkozy a toujours été attiré par les crayons, les pinceaux, les couleurs. Enfant dans le domaine ancestral d’Atalyan, le château de la vieille Hongrie où il a grandi, il consacrait son temps au dessin, à la peinture. Des portraits, des natures mortes. Mais c’est à l’âge de 78 ans, il y a trois ans, que Pal Sarkozy a quitté sa retraite dorée pour aborder son nouveau métier d’artiste contemporain et devenir « l’un des peintres les plus originaux du XXI e siècle », selon le grand expert de la culture d’avant-garde : Pierre Cornette de St-Cyr. À 18 ans, M. Sarkozy, vous avez fui votre Hongrie natale devenue stalinienne. Vous n’avez pas attendu l’entrée des chars soviétiques à Budapest, 10 ans plus tard, pour rejoindre la liberté. Vous avez tout connu : les misères de l’immigration, des débuts de clochard, la légion étrangère. Et puis, parce que vous aviez du talent et une formidable volonté de vous en sortir, vous vous êtes lancé à la conquête de Paris avec les dents de Rastignac, le savoir-faire de Rubempré et la séduction du Bel ami de Maupassant. Vous avez connu les plus jolies femmes. Vous avez gagné beaucoup d’argent. Vos enfants ont été élevés jusqu’aux réussites les moins contestées : Guillaume, industriel, chef d’entreprise. François, grand médecin et Nicolas, celui dont vous parlez le moins. Est-ce que cela vous gêne d’être le papa d’un Président de la République qu’on dit plus proche de « Dadue » votre première épouse que de vous-même ? Non seulement ça ne me gêne pas, mais il est évident que si je n’étais pas son père, les portes aujourd’hui ne s’ouvriraient pas aussi facilement. Parlez-moi de vous, Paul Sarkozy de Nagy Bocsa Ce qui me gênerait c’est qu’on puisse imaginer que j’utilise son nom pour les forcer ! J’ai toujours volé de mes propres ailes, ce n’est pas à mon âge que je vais me mettre sous la protection, et utiliser l’influence du président, même s’il est mon fils ! Je n’ai jusqu’à maintenant jamais exposé à Paris parce que je ne voulais pas exciter les mauvaises langues. J’aurais voulu un vernissage à la Mairie, car le Maire socialiste n’a jamais manifesté la moindre complaisance envers les proches de l’Elysée. M. Delanoé n’en a manifesté aucune. J’attends toujours sa réponse. Heureusement plusieurs galeries parisiennes me sollicitent depuis mes succès à l’étranger, à Madrid en 2OO8, à Amsterdam en Mai dernier. Vous aviez fait une brillante carrière dans la création publicitaire en créant vos les studios qui portaient votre nom. En 93, vous prenez une confortable retraite, suffisante pour vous consacrer à votre passe temps favori : le bonheur de vivre. Vos enfants étaient cassé, brillamment. Nicolas, maire de Neuilly, était déjà ministre. Et voilà que, 13 ans plus tard, Vous avez recommencé votre nouvelle carrière, à 78 ans, tout juste trois ans. Vous avez eu plusieurs vies. Vous avez connu, très jeune, les angoisses de l’exil, les plaisirs de la séduction, les conquêtes mondaines, sentimentales, professionnelles. En vous remettant au travail aussi tardivement qu’est-ce que vous voulez prouver ? Qu’il est un artiste, et que la vie ne s’arrête pas à 80 ans. Qu’il est fier de son fils, et que son fils, à son tour, sera fier de lui. Il n’aimerait pas que Nicolas puisse un jour reprendre à son compte l’orgueilleuse déclamation d’Alfred de Vigny : « J’avais des ancêtres, ils descendront de moi ! » Pal Sarkozy tire de sa poche une carte d’identité. Curieux réflexe qui lui vient sans doute de l’époque lointaine où il avait encore le statut de réfugié politique et son passeport d’apatride. Il veut seulement que je n’écorche pas, au moins pour l’orthographe, son noble patronyme. Il est heureux d’être français, et que la France ait fait de Nicolas son magistrat suprême, mais il n’a jamais, pour autant, renoncé à ses racines. Ni à son accent Pas plus qu’un ténor ne renoncerait à sa voix… Je lui tends la copie d’un article paru dans Marianne, l’été dernier. Il y est fait état d’une interview accordée chez lui ce jour-là à quelques journalistes. L’une d’elles, italienne et charmante lui avait acheté sur le champ l’un de ses tableaux. Elle avait les moyens : elle travaillait pour la luxueuse revue américaine Vanity Fair. Mais pour ce qui concerne les propos qu’on lui prête, notamment sur son fils qui aurait, entre autres défauts, de ne pas être le président des Etats-Unis… Propos totalement inventés, ridicules et grotesques. Les journalistes racontent n’importe quoi. Vous auriez pu protester. Michel Clerc avait choisi le restaurant gastronomique du Sofitel Arc de Triomphe, Le Clovis, pour recevoir Pal Sarkozy. Mais celuici boit peu et se contente volontiers d’un filet de charolais. Il partage avec son fils Nicolas une certaine réserve pour ce qui concerne le vin qu’il consomme avec une extrême modération. À quoi bon ? Il y a eu plus de cent bouquins sur mon fils et notre famille depuis qu’il est président. Souvent, c’est de la même veine. D’ailleurs, Nicolas m’a dit : « Surtout ne fais rien, tu leur fais de la publicité. Ne dis rien, laisse passer. » Mitterrand disait : « ce sont mes pauvres, ils gagnent de l’argent sur mon dos » Nicolas connaissait très bien Mitterrand. Il était déjà son ministre du Budget et Mitterrand, plus d’une fois, lui avait dit : « Ah Nicolas, mon seul regret c’est que tu ne sois pas socialiste ! » Le père de notre président est un aristocrate dont le nom très ancien brillait à Budapest au temps de la dynastie austro-hongroise. Il se trouve que les orages de la 2 e Guerre mondiale et les flux migratoires de l’après-guerre ont fait de lui le fondateur d’une dynastie républicaine et française. Une dynastie, cela commence après quatre générations. Nous n’en sommes pas là. À mon petit-fils, Jean, d’être à son tour Papa, et nous en reparlerons En ville, l’artiste Sarkozy se métamorphose. Il s’habille comme une éminence grise de costumes sombres, croisés, style Saville Row, d’une sobriété absolue, comme les cravates qui vont avec. Il ne porte pas de montres époustouflantes, ne voyage pas en jet privé, n’arbore aucune décoration. Sa longue silhouette et une certaine nonchalance dans les gestes font penser à ces personnages de la « Mitteleuropa » qui enchantaient Morand, Kessel ou Van Dongen, amateurs de cosmopolitisme distingué et de valses nostalgiques sous les lustres des palais royaux. Pal Sarkozy mesure 1m81. Seul un de ses trois fils mesure à peine plus d’1m60 : la taille des deux autres frôle le mètre quatre-vingt-dix. M. Sarkozy a eu 81 ans le 5 mai, jour anniversaire (à 12 heures près) de l’élection qui a fait du petit Nicolas le président de la République. M. Sarkozy croît aux coïncidences. Elles ont jalon- Le Magazine - 17



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