Le Magazine n°4 jan/fév/mar 2012
Le Magazine n°4 jan/fév/mar 2012
  • Prix facial : 4,90 €

  • Parution : n°4 de jan/fév/mar 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 67,2 Mo

  • Dans ce numéro : DSK/Anne Sinclair... la rupture.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Vie politique Le grand publicitaire Jacques Séguéla donne ses réponses à Michel Clerc Peut-on encore sauver le soldat Sarko ? Paru ces jours-ci chez Plon, le 20<1ivre de Jacques Séguéla s'intitule : Le pouvoir dans la peau. Jusque-là, l'auteur avait beaucoup écrit, mi fier mi honteux, sur son métier. Le titre de son premier livre Ne dîtes pas à ma mère que je suis dans la publicité, elle me croit pianiste dans un bordel était un peu long mais en disait long. Plus tard, Séguéla se décrivit lui-même dans Fils de pub, puis Pub story, justifiant son choix dans un autre essai résumé dans son titre : L'argent n'a pas d'idées, seules les idées font de l'argent. 22 - Le Magazine Mais depuis 2007, il est, en quelque sorte, entré en politique : La prise de l'Elysée (Plon) indique un certain virage du publicitaire qui, à force de conseiller des candidats à la présidence, de Mitterrand à Sarkozy, a compris qu'ils ont tous le pouvoir dans la peau. En tant que « communiquant », il en a conseillé à travers le monde près d'une vingtaine : « 18 exactement », précise t-il. Mais une demi-douzaine seulement ont réussi à se hisser à la fonction suprême. Pourquoi « Le pouvoir dans la peau » ? Ceux qui ont gagné avaient toujours la même phrase à la bouche : « Moi j'y pense depuis l'âge de 7 ans. » Si tu regardes bien Aubry par rapport à Hollande, elle a hésité « J'y vais, j'y vais pas ». Elle a laissé le bébé à Strauss-Kahn puis l'a récupéré, mais trop tard. François Hollande y pensait déjà en 2002. Il y pense depuis longtemps. Même bien avant l'ENAoù il rencontra Ségolène et lui communiqua le virus. Le père de Nicolas Sarkozy m'a fait un jour une confidence. Nicolas lui avait dit : « Un jour (il avait 14 ans et c'était un 14 juillet Place de l'Etoile) je veux être et je serai président ». Il y a plusieurs façons d'avoir le pouvoir. Il y en a de plus spectaculaires, de plus évidentes. Ne vaut-il pas mieux prendre les commandes d'un business qu'on a créé que de se faire porter par des électeurs qu'on ne connaît pas à la tête de la République ? L'hérédité dans le business existe. C'est vrai de Lagardère, Bouygues, Bolloré. Vincent Bolloré pas tellement. Mais bien sûr. Et d'ailleurs, c'est évident. C'est son fils, Yannick, 32 ans, qui a pris les rênes d'Havas. Mais le pouvoir politique c'est autre chose : un long apprentissage. Un virus. On entre en politique comme on entre dans les ordres. Th devrais dire : « dans le désordre ». C'est rarement le cas quand on est Président de la République. Le seul métier du monde où il n'y a qu'un seul poste. Y accéder suppose une longue préparation et l'attente d'une lente maturation. Même François Hollande n'est pas encore prêt. Et Sarko, à ton avis, il était prêt ? Je ne crois pas. D'ailleurs Nicolas luimême me l'a dit, et ça m'a beaucoup touché : « Quand je suis arrivé à l'Elysée, ça a été terrible pour moi. Je venais de divorcer. Je croyais être préparé pour ce métier. Je connaissais tous les dossiers sur le bout
des ongles depuis des années. Et tous les dossiers qui arrivaient sur mon bureau de l'Ely sée étaient des dossiers que je n'avais jamais vus. C'était la Corée, l'Afrique du Sud, des problèmes que je ne connaissais pas du tout. J'ai mis 6 mois à apprendre mon métier de président. J'ai vraiment ramé. Dieu sait si j'étais préparé. Je faisais de la politique depuis 30 ans ». De là l'avantage de la monarchie et du pouvoir héréditaire. Tu es là-dedans depuis l'enfance et c'est plus facile à gérer. Inutile pour devenir roi d'avoir ce que tu appelles « Le pouvoir dans la peau ». S'agissant d'une monarchie constitutionnelle, il est plus confortable et plus légitime de laisser les autres l'exercer. Le pouvoir, pour moi, ne s'identifie pas à la présidence de la République. Je pense qu'il y a un pouvoir sur les autres qui peut être sans limite si tu es le patron, le propriétaire d'une affaire. Je croyais que ton livre était plus général. En réalité, c'est essentiellement un ouvrage politique. Je me souviens d'avoir été le premier visiteur de François Mitterrand en 1981 parce que je devais lui construire sa campagne législative trois semaines après. sident ? Oui. En moins de deux ans, il a perdu lü kg, changé de look. Il a surtout soigné la posture. Il s'est laissé gagner par les tics de l'ancienne idole socialiste : une manière de se caresser le dessus de la main, des intonations aussi ou par instant on entendait « tonton ». Une manière de s'accouder au pupitre où dans la pénombre on pouvait imaginer un Mitterrand réincarné. Du mimétisme involontaire ? Je ne pense pas du tout que ce soit intentionnel. En 1981, Hollande n'était pas dans le circuit de la campagne de Mitterrand, mais il était là. En 1988, comme deuxième couteau. Mais en 1995, 1997 et 2002, il était derrière Jospin. En 2007, il était Premier secrétaire du PS comme il l'avait été déjà au temps de Jospin. Dans le même temps, déjà Ségolène l'avait devancé avec sa candidature triomphale. Jacques Séguéla débarquait à l'Elysée quelques heures après François Mitterrand lui-même. Le nouveau président lui avait proposé une visite. Jacques Séguéla dans son bureau moderniste chez Havas RSCG à Puteaux, avec Michel Clerc. Je n'étais encore jamais venu et luimême n'en connaissait pas les arcanes. On visite ensemble l'Eiysée. Giscard l'avait laissé dans un état lamentable. Peinture défraîchie, moquettes tachées, tentures trouées. Je lui avait dit : « M. le président, vous n'allez pas vous installer là. Il faut que vous construisiez une maison de verre comme la maison blanche à la Défense. » Il me répond : « Séguéla vous ne dites que des bêtises. Moi, j'aime bien l'Elysée. On ne gouverne pas les Français sans l'or et les dorures de l'Elysée. » Le fait d'entrer à l'Elysée confère au Président une légitimité. De là, la bêtise de François Hollande annonçant qu'il serait « un Président normal ». Normal ça veut dire banal ? Oui, or au lendemain de sa victoire, Hollande a compris qu'il fallait arriver sous les caméras dans une limousine noire aux vitres fumées. Ce décorum fait partie des attributs du pouvoir. Hollande s'est mis dans la peau du Pré- Oui peut-être, mais ni l'un ni l'autre n'avait réussi à faire gagner des sièges au Parti socialiste. Hollande a raté tout ce qu'il a touché au niveau des élections. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne sera pas élu parce que l'histoire ne se répète pas. C'est tout ça qui lui a mis le pouvoir dans la peau. Il n'y a que Giscard et Sarkozy qui ont réussi à se faire élire dès la première fois dans une espèce d'élan et qui l'ont payé cher après. Très cher pour Giscard et, pour l'instant, cher pour Sarko, même si les choses ne sont pas jouées. Je pense que les choses ne sont ni perdues ni gagnées. Sarko, tu le conseilles ? J'explique dans mon livre que, de ce côtélà, je suis au chômage technique. Je suis un publicitaire et non un « spin doctor ». Qu'est-ce que c'est un « spin doctor » ? C'est un conseiller politique. Henri Guaino est le spin doctor de Sarko. « To spin »,c'est tirer les fils. Ce sont des gens qui sont avec le Président au quotidien. Le publicitaire ne vient le voir que tous les 5 ans. Il a les outils de la communication. La dernière loi de Rocard en la matière a été liberticide : depuis ce jour-là, la France est la seule démocratie au monde où la publicité politique est interdite. De cet instant-là, je me suis retrouvé au chômage. Heureusement, il ne me restait plus qu'à utiliser la pub à ma manière pour créer le suspense. Qu'est-ce que cela veut dire « à ma manière » ? Cela tient en quelques slogans que j'ai inventés et que d'autres ont chanté. En 1988, j'avais fait dire à Depardieu : « Tonton ne nous laisse pas ». Puis, ensuite, proposé à Renaud de chanter « Tonton laisse pas béton ». Alors, on a lancé une idée au moins aussi forte que la publicité qui tient en deux mots : « Génération Mitterrand ». Sa technique consiste à créer le « buzz » avec les éléments du langage. Une condition : le slogan doit être vrai. L'élément de langage de la primaire socialiste qui restera c'est Martine Aubry qui traite François Hollande de « gauche molle ». En fait, c'était « couille molle ». Tout le monde a bien compris l'expression. Ça va lui rester car Hollande était appelé « Flamby » dans les Guignols. Les caricaturistes vont s'en donner à cœur joie. La droite va pousser là-dessus. C'est peut-être un faux mou parce qu'il s'est infligé de dures disciplines. Il a changé. C'est une preuve de caractère. Dans le même temps Sarko a changé. Il n'a plus enlevé sa cravate. Il ne s'est plus jamais présenté sans veste. Il a changé de tailleur. Carla a joué son rôle. Il est très élégant. Il a ralenti le pas. Les présidents mettent le menton en avant et ralentissent le pas. J'avais expliqué ça à Mitterrand. J'avais regardé les présidents américains. La reine d'Angleterre c'est pareil. La république n'a rien inventé. Sarkozy s'est mis dans cette peau-là pour tuer le « bling bling ». Un peu tard. Ça fait déjà deux ans. Il a réussi à effacer le bling bling. Le Fouquet's, le yacht de Bolloré, ses relations (Doc Gynéco, Johnny)... On le lui a fait payer très cher. Jusque-là, nous n'avons pas eu une photo du bébé qui vient de naître. Ils ne veulent pas qu'on puisse penser gu'ils utilisent 1'enfant pour une cause politique. C'est vraiment l'en- Le Magazine - 23



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