Le Magazine n°3 oct/nov 2011
Le Magazine n°3 oct/nov 2011
  • Prix facial : 5,90 €

  • Parution : n°3 de oct/nov 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (206 x 266) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 23 Mo

  • Dans ce numéro : la remontée de Ségolène Royal... et si c'était elle ?

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Biographie Ravel n'avait qu'une seule et totale passion : la musique. jabots plissés et les favoris, sa morgue d'homme de petite taille, cheveux blancs, cheveux noirs mêlés le coiffaient d'une sorte de plumage, et il croisait en parlant ses mains délicates de rongeurs, il effleurait toute choses de son regard d'écureuil. La partition de « L'Enfant et les Sortilèges » est maintenant, grâce à lui, célèbre (…) Je n'avais pas prévu vraiment qu'une vague orchestrale constellée de lucioles et de rossignols porterait si haut mon œuvre modeste… » À partir de 1918, après la disparition de Debussy, Ravel devient le compositeur français le plus célèbre, en France comme à l'étranger. Une notoriété qui ne l'atteint pas, et l'homme reste toujours en retrait derrière le compositeur. Il répondra un jour à l'un de ses amis, en parlant du public : « Ce n'est pas moi qu'ils veulent voir, c'est Maurice Ravel ». 66 - Le Magazine 3 Dans la foulée, en 1920, il refuse la légion d'honneur sans même se justifier. Ce qui fera dire au perfide Satie, brouillé avec lui depuis 1913, « Ravel refuse la légion d'honneur, mais toute sa musique l'accepte ». En 1921 il s'installe à Montfort-l'Amaury dans une petite maison "Le Belvédère » qu'il achète, et qui est aujourd'hui un musée consacré au musicien. Il aime pardessus tout l'immensité des forêts que l'on aperçoit depuis les fenêtres. Il recherche le calme, fuit les mondanités et ne reçoit que ses élèves et ses amis parmi lesquels Léon-Paul Fargues, Roland Casadesus, Marguerite Long… Il y composera ses dernières œuvres : « Sonate pour violon et violoncelle » (1922), « Tzigane » (1922) le « Boléro » (1928), le « Concerto pour la main gauche » (1929) ou le « Concerto en sol majeur » (1931). Il ne quitta guère Montfort-l’Amaury que pour effectuer, en 1928, une tournée triomphale aux États-Unis et au Canada. Il y découvre notamment une nouvelle musique : le jazz. Le grand malentendu de sa vie restera le « Boléro », composé à son retour d'Amérique à la demande de son ami Ida Rubinstein, qui lui avait commandé « un ballet de caractère espagnol ». Cette œuvre, donnée pour la première fois le 22 novembre 1928, reste de nos jours encore l'une des compositions les plus jouées au monde. Ravel, qui connut grâce au « Boléro », un succès planétaire, craignait-il qu'il n'occulta le reste de son travail ? Marcel Marnat avance une hypothèse : « Après la tournée triomphale aux États- Unis, il revient troublé et il n'a plus envie de composer. Il avait une commande anté-
"J'ai une épouse depuis longtemps, c'est la musique..." affirmait cet artiste solitaire "Le Belvédère", la maison à Montfort-l'Amaury, où le musicien vécut et composa. rieure d'Ida Rubinstein, celle d'un ballet espagnol, à la mode à l'époque. Elle revient à la charge. Alors il répète un petit thème dix-huit fois sans le varier. La seule chose qui change, c'est l'orchestration. Il affectait de le détester : je l'ai composé en trois semaines disait-il. » Il prend vite conscience de l'importance du « Boléro » pour le public et de l'ombre qu'il est susceptible de porter à ses autres créations : « Je souhaite vivement qu’il n’y ait pas de malentendu au sujet de cette œuvre. Elle représente une expérience dans une direction très spéciale et limitée, et il ne faut pas penser qu’elle cherche à atteindre plus ou autre chose qu’elle n’atteint vraiment. Avant la première exécution, j’avais fait paraître un avertissement disant que j’avais écrit une pièce qui durait dix-sept minutes et consistant entièrement en un tissu orchestral sans musique – en un long crescendo très progressif. Il n’y a pas de contraste et pratiquement pas d’invention à l’exception du plan et du mode d’exécution. Les thèmes sont dans l’ensemble impersonnels – des mélodies populaires de type arabo-espagnol habituel. Et l’écriture orchestrale est simple et directe tout du long, sans la moindre tentative de virtuosité. […] C’est peut-être en raison de ces singularités que pas un seul compositeur n’aime le « Boléro » — et de leur point de vue ils ont tout à fait raison. J’ai fait exactement ce que je voulais faire, et pour les auditeurs c’est à prendre ou à laisser. » Une explication qui éclaire sur le caractère du musicien. Cet homme que l'on décrit réservé, à la vie sentimentale secrète voire inexistante, possède une personnalité très complexe, peu ouverte à la confidence, « à la fois une âme d'enfant et un écorché vif. C'est un homme qui a une part d'émerveillement liée à l'enfant, avec ce que cette part a de triste, parce que l'enfance s'éloigne de manière inéluctable ». Celui qui pensait à gauche, lisait « Le Populaire », préférait vivre dans la compagnie de ses chats, « confidents du Siam, à l'œil nyctalope et bleu… », selon Colette, et tout entier tourné vers la musique. Le romancier Jean Echenoz s'attache aux petites choses, au détail de son quotidien pour dresser le portrait d'un Ravel peu enclin à la confidence, un homme qui préfère que sa musique parle pour lui. Un travailleur acharné, aussi exigeant envers lui qu'envers les autres. Un des ses élèves raconte une anecdote révélatrice de ce perfectionnisme : « C'était un homme exquis, la bonté même, et d'une loyauté absolument parfaite, mais d'une exigence et d'une dureté très grandes. Et d'abord envers lui-même. Un jour, il y avait un manuscrit qui brûlait dans sa cheminée de Montfortl'Amaury. « Qu'est-ce ? - Le final que vous aimiez tant de ma sonate pour violon et piano - Mais c'était ravissant - Oui, c'était ravissant, mais ce n'était pas le final qui convenait à la sonate, alors j'en ait fait un autre, moins joli, mais c'est celui qui convient. » ». Maurcie Ravel était peu enclin à la confidence, cependant dans ses rares écrits autobiographiques, il confesse ce qui pourrait résumer toute sa vie : « J'ai une épouse depuis longtemps, c'est la musique. » J-P.B Biographie Le Magazine - 67



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