Le Magazine n°3 jun/jui/aoû 2009
Le Magazine n°3 jun/jui/aoû 2009
  • Prix facial : 3,95 €

  • Parution : n°3 de jun/jui/aoû 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 62,2 Mo

  • Dans ce numéro : Dati, une femme secète.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LE DÉJEUNER DU FOUQUET’S Macha Méril est à l'affiche de Feu sacré à la porte Saint Martin. Une pièce-concert signée Georges Sand et Frédéric Chopin. Vivement intéressée par la Garde des Sceaux, Macha Méril la questionne sur ses projets de femme et de mère. De son côté, Roland Dumas tente en vain, d'obtenir de son confrère, Jacques Vergès, l'histoire de sa disparition mystérieuse pendant huit ans... Michel Clerc : Toute réussite trahit une condition. Rachida Dati : Je n'ai jamais eu le sentiment de trahir quoi que ce soit, pas même mes principes, malgré ce qu'on peut écrire. Lorsque je me retrouve à travailler pour Nicolas Sarkozy, je me suis engagée pour lui. Pas pour un parti en particulier, sinon je l'aurais fait bien avant, mais vraiment pour homme et ses idées. Michel Clerc : Est-ce que vous estimez que vous avez convaincu la profession d'avocat par votre action, notarrunent la réforme de la carte judiciaire ? Rachida Dati : En ce qui concerne les avocats, j'ai découvert que c'était une profession qui n'était pas du tout homogène et qui n'était pas du tout organisée. Le barreau de Paris qui représente la moitié des avocats de France, a un comportement différent des avocats provinciaux. Je n'ai pas trouvé d'accord avec cette profession. Donc je l'ai gérée à géométrie variable. Michel Clerc : Quel jugement portez-vous sur votre action place Vendôme rétrospectivement ? Rachida Dati : Je pense que si j'avais mis plus de temps à faire mes réformes, je ne passais sur rien aujourd'hui. La carte judiciaire, je ne la passais pas aujourd'hui. Les peines planchers, j'aurais eu des difficultés dans le débat. Robert Lafont : Vous venez de dire une phrase importante : « Si j e n'avais pas fait ma réforme tout de suite, je ne serais jamais passée ». Rachid a Da ti : Aujourd'hui je ne me vois pas faire la reforme de la carte judiciaire comme je l'ai fait pour les 35 Cours d'Appel. Ça ne passe pas. Je ne poun-ais même pas fern1er un Conseil 20 - Le Magazine de Prud'hommes. Ou alors je l'aurais fait a minima. La réforme de la carte judiciaire je l'ai commencée un] 2 octobre et je l'ai terminée un 16 novembre. Je me souviens de François Fillon me disant : « Mais arrête. Arrête. Prends ton temps. » Et lorsque j'appelle le Président, il me dit « Oui il faut y aller ». Alors j'ai continué à fond. Je me prenais des codes sur la voiture, les pancartes, les panneaux. Ça faisait partie du job. Je ne me suis jamais plaint. Je ne suis jamais allée pleurer chez le Président. Jacques Vergès : Vous aviez une feuille de route et vous l'avez remplie, face à un clan extrêmement conservateur, et ce, malgré les discours gauchistes des uns et des autres. Monsieur Dumas ne contredira pas. Rachita Dati : « Je n'ai jamais été une séductrice. J'avais 21 ans. On n'est pas dans la séduction quand on a la vie que j'ai eue... on est dans la survie. Je n'ai jamais utilisé autre chose que mon travail. » Roland Dumas : J'approuve. C'est une profession très sclérosée, très conservatrice. Personne ne voulait bouger. Michel Clerc : Vous parlez des magistrats ou des avocats ? Roland Dumas : Les deux. Il y avait tme sorte de boniment. En réalité, je ne veux pas diminuer votre mérite, je trouve au contraire que vous avez conduit ça avec beaucoup de talent. Votre réforme et votre volonté de réforme est arrivée au bon moment. Quand on voyait des tribunaux dans le Sud-est ou le Sud-ouest qui jugeaient trois affaires par mois, il y avait une redistribution nécessaire des forces, mais ce sont des corps très réactifs. Rachida Dati : Et très sournois. J'ai fait de nombreux déplacements sans aucune difficulté, mais la charge est arrivée par derrière. Je trouve que c'est complètement déloyal. J'ai assumé de reprendre le dossier en main. C'est dans le statut et dans la constitution. Procureur n'est pas une profession libérale. J'ai donc exercé des prérogatives qui pendant très longtemps n'ont pas été exercées. Le procureur est là pour exécuter les décisions du Garde des Sceaux et si ce n'est pas le cas, il faut le changer. Je ne donne pas d'instructions individuelles sauf s'il y a débat ou un trouble à l'ordre public. Comme, par exemple pour le mariage annulé. Là, je donne une instruction pour qu'on fasse appel. Je pense que la grande difficulté de ce ministère est sa complexité parce qu'il y a différentes administrations, différents corps, différents statuts qui se détestent tous. Michel Clerc : C'est la guerre de tous contre tous. Pierre Péan, écrivain et journaliste d'investigation vient de publier chez Fayard sa dernière enquête : Le monde Selon K. Un pamphlet où il démystifie l'ex-Archange de Médecins du Monde, l'ex socialiste devenu le Ministre des Affaires Etrangères de Monsieur Sarkozy : Bernard Kouchner. Vergès à ses côtés est un avocat controversé, mais invulnérable et trop secret, même pour son voisin. Il joue actuellement au théâtre de la Madeleine où il interprète brillamment son propre rôle d'avocat dans le duel permanent qui oppose l'accusation et la défense. Le titre de ce génial soliloque : Seriai Plaideur.
Rachida Dati : Pendant très longtemps on les a laissé faire ce qu'ils voulaient. Je crois que les hommes politiques ont peur des magistrats. Roland Dumas : La mode aujourd'hui c'est de dire qu'il faut aller vers une justice à l'anglo-saxonne avec des procureurs indépendants. Est-ce que vous pensez que c'est une voie vers laquelle on peut aller ? Rachida Dati : Je tiens à l'indépendance des juges, même si elle est parfois un peu biaisée. Mais je suis défavorable à l'indépendance du parquet. Il y a deux choses : indépendance du parquet et séparation du corps, c'est-à-dire d'avoir des corps de procureurs et des corps de juges. Je suis très attachée à ce que tout le monde ait droit à la même justice. L'Espagne s'en mord les doigts. Elle est en train de revoir sa constitution pour revoir cette indépendance justement. Michel Clerc : Est-ce que les juges devraient être révocables ? Rachida Dati : Ils peuvent l'être avec des aspects disciplinaires, mais ils sont inamovibles. C'est justement là qu'ils ont le pouvoir. Être inamovible ne veut pas dire qu'on peut rester 25 ans au même endroit. Ça aussi ça a été réformé. Michel Clerc : Quelle est votre position sur le statut du juge d'instruction dans la réforme actuelle des institutions ? Rachida Dati : Je vais voir ce que va sortir la Conunission Léger. Je pense qu'on ne peut pas avoir un juge d'instruction qui soit un peu schizophrène. Au bout d'un moment, vous ne pouvez pas être à charge et à décharge. On va revoir la place de l'avocat, la place du parquet, la place des enquêteurs et la place du juge d'instruction. Mais on ne peut pas garder le système qu'on a aujourd'hui. Michel Clerc : Qui va prendre votre place ? Rachida Dati : Je ne sais pas. J'ai la loi pénitentiaire que je vais passer et puis après... Et j'ai un enfant... On m'avait dit de manière définitive que je ne pourrais pas en avoir, mais j'ai eu ce cadeau du ciel. Donc il est clair que ça change votre vision de la vie et la manière dont vous voyez votre avenir. Michel Clerc : C'était un projet ? Rachida Dati : Non. Ce n'était pas prévu. Michel Clerc : Alors vous vous en allez ? Pourquoi les Européennes ? Rachida Dati : D'abord c'est la première grande élection après la présidence française. Ça va être la première grande élection de ce parti. Je pense qu'avec le climat actuel, ça va être une campagne très difficile. Donc il y a un score et un discours à avoir. Robert Lafont : Est-ce que le renoncement de Rama Yade vous a fait réfléchir ? Si Rama Yade n'avait pas dit non, la place n'aurait pas été vacante. Mais le fait qu'elle ait dit non et qu'il y ait eu les ennuis entre guillemets qu'elle a eus par la suite, est-ce que ça vous a empêché de dire non ? Rachid a Da ti : Non, parce que je ne suis pas une création de Nicolas Sarkozy. Robert La font : Contrairement à Rama Y ade, c'est ça que vous dîtes. Rachida Dati : Non. Je n'étais pas dans un climat de crainte. Ce n'est pas comme s'il me disait : « Tu y vas sinon, tu seras sanctionnée ». En restant dans la vie politique, il fallait que je sorte sur un mandat pour me confronter aux électeurs. 11 y avait la possibilité des élections européennes. Renaud Girard : Madame le Ministre, pourquoi est-ce qu'en France, nous n'arrivons pas à faire en sorte que la prison ne soit plus l'école du crime ? Rachida Dati : Tout d'abord, la prison n'est pas l'école du crime. Il y a aussi des clichés et des fantasmes. Je suis désolée, mais il y a 64.000 détenus, ce qui voudrait dire qu'il y a 64.000 récidivistes. Renaud Girard : Combien des récidivistes ? Rachida Dati : Très peu. Dire que la prison est l'école du crime est faux. Les aménagements de peine réduisent de 2/3 les récidives. C'est avéré. Je ne crois pas à la grâce collective, je ne crois pas à 1'amnistie et je ne crois pas aux réductions de peines automatiques. Il faut que la réduction de peine arrive au cours de la détention en fonction du comportement et en fonction des gages de réinsertion. Dans notre droit, on a deux types de réduction de peine : un pour gage de réinsertion et puis 1'autre pour bonne conduite. Sauf que la réduction de bonne conduite est devenue une réduction automatique parce que c'est devenu un outil de régulation de la population pénale. Michel Clerc : Maître Vergès voudrait dire un mot à Mm'le Garde des Sceaux. Jacques Vergès : Je voudrais dire à Madame le Ministre toute mon appréciation, toute mon admiration, parce que le corps des magistrats ainsi que le corps des avocats sont profondément conservateurs et vous avez mené au pas de charge une des plus grandes réformes de cette profession, malgré les résistances. Je ne dis pas que je suis d'accord avec tout ce que vous avez fait, mais je dis que le danger de la profession aujourd'hui, ce n'est pas la suppression d'un TGl, c'est le fait que la profession cesse d'être une profession libérale pour devenir une profession commerciale. Nous sommes de plus en plus associés à des commerçants, mais ça ce n'est pas vous qui l'avez fait, c'est 1'Europe. J'admire votre courage, l'élan que vous avez eu pour les reformes devant lesquelles beaucoup ont reculé. Le Magazine - 21



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