Le Magazine n°3 jun/jui/aoû 2009
Le Magazine n°3 jun/jui/aoû 2009
  • Prix facial : 3,95 €

  • Parution : n°3 de jun/jui/aoû 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 62,2 Mo

  • Dans ce numéro : Dati, une femme secète.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 18 - 19  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
18 19
LE DÉJEUNER DU FOUQUET’S Pour Rach ida, sa carrière ne fait que commencer De gauche à droite : Renaud Girard, Paul-Loup Sulitzer, Bertrand de Saint Vincent, Rachida Dati, Michel Clerc, Amir-Aslani, Macha Méril, Robert Lafont, Corinne Lepage, Roland Dumas, Eric Boonstoppel, Albin Chalandon, Pierre Péan et Jacques Vergès. « Le destin, c'est le caractère ». Cette maxime de Goethe illustre parfai.­ tement le parcours de Rachida Dati. A 20 ans, elle était aide-saignante dans une obscure clinique de Saône et Loire pour aider son père algérien à payer ses études. Elle est aujourd'hui et pour, quelques semaines encore, Garde des Sceaux, nommée par Nicolas Sarkozy après son élection. Ce qui, d'emblée, séduit chez Rachida, c'est une obstination liée à un unique objectif : réussir. Mais réussir à la manière des femmes, en franchissant bravement les obstacles, que les hommes, fonctionnaires ou politiques, dressaient instinctivement sur son chemin. Sa stratégie foudroyante pouvait leur faire peur. Elle, pour sa part, n'avait peur de rien, déployant un talent on ne peut plus féminin pour les attendrir et, mettre dans son jeu, les plus coriaces, et les moins préparés à succomber. Le premier, c'était il y a 21 ans. Ancien ministre de De Gaulle, député-maire d'Asnières, ce géant d'1 m92, était suffisamment aguerri pour éviter les pièges de la séduction. En ce tempslà, Rachida était pauvre et sans amis puissants. Son histoire était celle d'une fille d'immigrés venus d'Algérie sans papier. Son nom, automatiquement attribué par les autorités algériennes de l'époque allait lui servir d'identité. Au lendemain de notre déjeuner, la Garde des Sceaux, m'a fait appeler par ses services, non pour remercier, mais pour me reprocher un écho paru le matin dans Le Figaro, relatant certains des propos tenus à notre table. Deux éminents confrères appartenant à la rédaction 18 - Le Magazine de ce quotidien étaient, ce jour-là, parmi nous, Bertrand de Saint- Vincent et Renaud Girard. L'un d'eux, peu importe lequel, aurait compris que Rachida, déçue et lassée, pourrait bien, tel Alain Juppé, succomber à son tour à « La tentation de Venise », manière élégante et romantique de prendre sa retraite. Indiscrétion parfaitement anodine et qui ne trahissait en rien la confiance de notre brillante invitée. La vivacité de sa réaction nous confirme que, même en quittant la Place Vendôme, Rachida Dati n'envisage pas un seul instant de tourner le dos à la politique. Quand une fragile gazelle a réussi à déjouer les multiples pièges tendus sur son chemin, ce n'est pas pour aller baguenauder sur les gondoles du passé. Son passé, elle l'assume, elle a même su en faire une légende, celle d'une émouvante Cosette issue des banlieues pauvres de l'immigration. La seule « indiscrétion » à commettre serait de révéler, quitte à se tromper, 1'identité du papa de Zorah, sa fi Ile. M'Jacques Vergés, l'avocat qui, de sa profession a fait une profession de foi, en jouant avec succès son propre rôle au Théâtre de la Madeleine, a vainement tenté, entre deux coupes de Champagne, de l'interroger sur ce point délicat. Sans succès. Quant à Pierre Péan, dont les révélations sur Je double personnage de Kouchner (lire d'urgence son gros Best-seller Le monde selon K), il a bien sùr son idée sur la question et d'autres journalistes l'ont aussi, mais ils respectent suffisamment Rachida pour contenir leur curiosité. Nous aussi. Je remercie Albin Cha landon - un des grands noms de la V'République - qui, le premier, il y a tout juste 21 ans, « découvrit » Rachida, alors qu'il était Garde des Sceaux et qu'elle exerçait dans une obscure clinique 1'épuisant métier d'aide-saignante - d'être venu à notre déjeuner avec son ex-protégée. Elle l'est encore, et le sera toujours, et n'hésite pas à reconnaître, avec une évidente sincérité, que sans cette incroyable rencontre, elle ne serait pas devenue ce qu'elle est ! La chance alors ? Pas vraiment. Pour approcher le grand homme dont elle avait vu la photo dans Paris-Match, elle avait bien calculé son coup et rédigé avec soin une lettre intelligente expédiée, par la poste, au ministère de la Justice, comme une bouteille à la mer. Une de ces lettres auxquelles, le plus souvent, personne ne répond. Albin Chalandon, assis à droite, nous a confirmé, à table, le récit de Rachida que vous lirez plus bas. La chance, dans cette histoire, compte moins que le savoir-faire naturel, le sens instinctif du mot juste, une séduction forte, une ténacité irrésistible. Et c'est cela le caractère, donc le destin. Derrière les jolies quenottes du sourire poussent, invisibles, les dents de la rage. La rage de survivre, puis de vivre, puis de se hisser jusqu'aux sommets. De là, l'image trop répandue d'une Rachida intrigante, « Rastignac en jupon » titre un journal, prête à tout pour réussir. Jugement à l'emporte-pièce qui néglige l'essentiel : le viscéral attachement de Rachida à l'honneur d'être française, une volonté affirmée de servit l'Etat, une conquête volontariste du pouvoir qui va bien au-delà d'un arrivisme de parvenue ! Si 1'intrigue consiste à élaborer une stratégie, au coup par coup, pour obtenir ce qu'on cherche, alors admettons-le : Rachida a le sens des opportunités et 1'art de les susciter quand elles ne se présentent pas. Quant à sa compétence, contestée à grand bruit par une extraordinaire mobilisation des avocats et des magistrats, aucun des maîtres du Barreau que j'avais réunis autour d'elle, ne souscrit à la contestation. L'ancien Président du Conseil constitutionnel, Roland Dumas, approuve les réformes qu'elle a sues, en si peu de temps, mettre en œuvre. Jacques Vergés, peu suspect de complaisance, estime son bilan plus que positif : elle a eu le courage de faire ce qu'aucun Garde des Sceaux n'avait osé faire avant elle. Elle s'est contentée, dit-elle, d'exécuter la « feuille de route » concoctée par le Président de la République. Elle considère qu'en toutes choses, elle a été nommée pour appliquer le programme dont elle fut le porte-parole durant la campagne présidentielle de Sarkozy. Elle n'a jamais dit : « lui, c'est lui et moi, c'est moi ! » mais au contraire toujours et fidèlement revendiqué l'autorité tutélaire du Président. Peut-être, à Strasbourg, sur la passerelle de l'Europe, commencera-t-elle à
A ! bin _C_ha ! adn et Rach idaDati : l ! s se sont rencontrés lors d'une réception donnée par l'Ambassadeur d Age1e a 1 otellnterconmental, 1 y a 21 ans. Albin Cha landon était alors Garde des Sceaux et Rach ida Da1, a1de-_so.1gnante en Saoe et L01re : Une rencontre qui aura un impact indiscutable sur la carrière de celle qu1 a grav1, a la force du po1gnet, les echelons pour devenir à son tour Garde des Sceaux. respirer 1'air du large et à voler de ses propres ailes. Volonté ou destin ? « Kif kif » dit-on, paraît-il, en arabe. Une langue que Rachida, ex-première en français, n'a pas oubliée. Ce qu'ils ont dit {Extraits) Michel Clerc « Je n'ai eu que des choses imprévues dans ma vie. Je n'ai jamais rien calculé de tout ce qui m'est arrivé. Jamais. » Rachida Dati : C'est Albin Chalandon qui m'a fait venir sur Paris. Je suis arrivée dans son bureau, il y a 21 ans. Je lui dois mon parcours. À l'époque il était Garde des Sceaux et moi aide-saignante et étudiante en Saône-et­ Loire. Renaud Girard : Ça me fascine. Comment d'aide-saignante en Saône-et-Loire, êtes-vous arrivée à entrer dans le bureau de Monsieur le Garde des Sceaux, Albin Chalandon, qui avait bien connu le Général De Gaulle ? Bertrand de Saint-Vincent : Vous y êtes allée en blouse d'infirmière ? Rachida Dati : Non, Monsieur Saint-Vincent. Je n'ai jamais été une séductrice. J'avais 21 ans. On n'est pas dans la séduction quand on a la vie que j'ai eue. Quand on a une mère qui est gravement malade, qui est abîmée par son père tous les jours et que vous travaillez pour compléter les revenus de votre père. Donc on n'est pas dans la séduction, on est dans la survie. Je n'ai jamais utilisé autre chose que mon travail. Je travaillais de nuit dans une clinique et le dimanche, je faisais les admissions. J'ai toujours été intéressée par la presse et par l'actualité. Un jour, je vois un grand portrait dans Le Figaro d'Albin Chalandon. Je rapporte ce journal chez mon père et je lui dis : « Tiens, Albin, j'ai jamais entendu ce prénom ». Et mon père me répond : « Mais tu sais qu'Albin Cha/andon, est un grand résistant, il a été ministre de De Gaulle. » Finalement, ce qu'il m'en dit m'intéresse. Macha Méril : Vous voyez que vous êtes utiles, messieurs. On lit vos articles. Rachida Dati : L'ambassade d'Algérie organisait une réception à l'hôtel Intercontinental pour sa fête nationale. Je m'y suis faîte inviter. Michel Clerc : Et comment êtes-vous invitée ? Rachida Dati : Parce que j'ai demandé à l'Ambassadeur de m'envoyer une invitation. Je pensais que la fête nationale était liée à 1'histoire de l'Algérie. Renaud Girard : Nos questions sont admiratives. Je reviens de Washington et j'aurais adoré avoir réussi à forcer le bureau d'Obama. J'ai essayé, mais je n'y suis pas parvenu. Rachida Dati : Ce jour-là, je pesais 42kg. Quand je me retrouve devant Albin Cha landon, je lui dis « Je sais qui vous êtes ». C'est vrai, je ne le laisse pas parler et j'ajoute : « Je connais toute votre carrière ». Il me répond : « Appelez-moi au ministère ». Là dessus je rétorque : « Votre secrétaire ne me laissera pas passa Dites-moi oui ou dites-moi non, mais dites-le moi tout de suite. » C'est là qu'ilme répond : « Je vais vous donner mon adresse personnelle. Vous allez m'écrire et en fonction du contenu de votre lettre, je vous reverrai ». 48h plus tard, il m'invite à déjeuner à la Chancellerie. Il m'offre les bouquins d'économie politique de Raymond Barre, et depuis ce jour, notre lien n'a jamais cessé d'exister. Jamais je n'aurais pu imaginer ni même rêver devenir Garde des Sceaux. On dit être politique ou pas politique. Être politique c'est peut-être faire un peu de durée. Moi j'ai voulu tout faire rapidement, tout en même temps. Alors c'est vrai que j'ai secoué un peu tout le monde. Ce ne sont peut-être pas des méthodes adaptées à ce type de ministère. Tout ce qui m'a animé jusqu'à maintenant et qui continuera, c'est un aspect très personnel et très affectif, avec le sens des choses. Je n'ai jamais rien fait par opportunisme. Je me suis toujours intéressée aux personnes et j'ai fait des belles rencontres. Ma vie personnelle est ce qu'elle est, avec ses complications, mais c'est parce que mon parcours a été assez rapide. Quand je vois d'où je viens : mon envi- La vivacité de sa réaction nous confirme que Rach ida Dati n'envisage pas un seul instant de tourner le dos à la politique. Quand une fragile gazelle a réussi à déjouer les multiples pièges tendus sur son chemin, ce n'est pas pour aller baguenauder sur les gondoles du passé. ronnement, ma famille, mes parents. C'est aujourd'hui que je me rends compte que c'est vrai qu'il peut y avoir un décalage. Je n'ai jamais voulu me déconnecter de là où je venais. Donc ce qui est difficile à gérer, c'est l'exposition publique, puisque cela peut apparaître comme étant paradoxale. Certains disent que c'est un reniement, pour d'autres j'avais trahi une condition. Je ne sais pas laquelle. Le Magazine - 19



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 1Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 2-3Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 4-5Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 6-7Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 8-9Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 10-11Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 12-13Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 14-15Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 16-17Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 18-19Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 20-21Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 22-23Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 24-25Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 26-27Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 28-29Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 30-31Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 32-33Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 34-35Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 36-37Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 38-39Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 40-41Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 42-43Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 44-45Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 46-47Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 48-49Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 50-51Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 52-53Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 54-55Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 56-57Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 58-59Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 60-61Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 62-63Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 64-65Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 66-67Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 68-69Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 70-71Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 72-73Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 74-75Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 76-77Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 78-79Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 80-81Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 82-83Le Magazine numéro 3 jun/jui/aoû 2009 Page 84