Le Foot n°10 septembre 1993
Le Foot n°10 septembre 1993
  • Prix facial : 9,80 F

  • Parution : n°10 de septembre 1993

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (300 x 392) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 49,9 Mo

  • Dans ce numéro : Bleus, le grand défi de la Coupe du Monde 1994.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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LES VERITES DU « FOOT » AFFAIRE DE DIGNITÉ L'éditorial de Robert Lafont va-t-on se mettre à respecter nos champions ? D'autant que notre beau ays, si riche en spécialités de toutes sortes, n'est pas justement tellement bien pourvu en sportifs de haut niveau. Récemment Didier Deschamps, le valeureux capitaine marseillais, a eu raison de se plaindre du traitement médiatique qui lui a été infligé à lui et à ses coéquipiers champions d'Europe, lors de leur stage de préparation à Font-Romeu. Et que dire, pour ne parler que d'athlétisme, des commentaires ironiques qui sont, aujourd'hui, adressés à une très grande championne comme Marie-José Pérec qui nous a tant apporté Ses sautes d'humeur ne sont-eiles pas légitimes et excusables de la part d'une athlète de haut niveau à qui on met constamment la pression, et cela n'enlève rien ni à ses performances et ni à ses qualités humaines. C'est tout simplement preuve d'un tempérament hors-du-commun. Car que veut-on des "lavettes" incapables de gagner ou des champions à personnalités multiples, c'est-à-dire différents les uns les autres. Ce non-respect pour la condition du sportif de haut niveau, c'est peut-être ce qui nous a le plus choqué dans cette fameuse "affaire" VA-0.M, où l'on a vu certaines "gazettes" traiter certains footballeurs avec un mépris inouï. Le parcours de l'O.M champion d'Europe, beaucoup d'équipes des quatre coins de l'Europe, de Barcelone à Amsterdam en passant par Manchester ou Glasgow, auraient bien voulu le réaliser. Félicitations renouvelées aux joueurs, aux Boli, Sauzée, Di Méco, Deschamps et autres Vôller, qui ont bien gagné sur le terrain et nulle part ailleurs. Et si certains dans ou autour du club (ce qu'il appartient à la justice de déterminer) se sont livrés à des manoeuvres délictueuses, gardons nous bien d'associer les joueurs à ce genre d'amalgame. Il y va de leur honneur de champion, ce qui est important, mais surtout d'être humain, ce qui est encore plus essentiel Et que dire de ce qu'accomplissent les Bleus de Gérard Houllier. Cela fait longtemps que cet ex-prof d'anglais, à qui l'on ne l'a fait pas est en train, sans l'air d'y toucher, de toucher justement les dividendes d'une politique où l'ambition réaliste se mêle habilement au culte de la solidarité et de l'intelligence communicative. Oui, Gérai-4 vous avez su, avec des mots justes, libérer le don de joueurs qui sans vous n'auraient peut-être pas éclaté aussi vite. Après tout, lors du dernier Suède - France, qui se joua trois minutes de trop, Didier Deschamps ne fit-il pas son meilleur match avec les Tricolores ? Marcel Dessailly ne joua t-il en vieux roublard pour sa première sélection ? Quant à Reynald Pedros, le talent qu'il laissa poindre n'en fait-il pas, d'ores et déjà, le futur grand numéro 10 qui nous manquait depuis Platini ? A confirmer, d'autant que, pendant ce temps-là, le'petit lutin" auxerrois Corentin Martins n'a pas dit son dernier mot... non plus ! Cette saine émulation créée au sein du club France est peut-être l'un des plus beaux acquis de Gérard Houllier. Même la star JPP reconnaît aujourd'hui avoir à se battre pour sa place. Alors chapeau bas les Bleus pour cette ambition retrouvée et cet appétit offensif, certes vous n'êtes pas encore qualifiés, mais votre niveau de jeu et votre état d'esprit laisse d'ores et déjà songeur plus d'un amateur de football en France. A tous ceux-là, "Le Foot" ne manquera jamais une occasion de rappeler que nous défendrons très fort ceux qui portent haut les couleurs de nos équipes. Passion, le football n'est rien sans toi ! Au mois prochain et merci pour vos témoignages toujours plus nombreux... SOMMAIRE El LES GRANDS BLEUS ! El DOSSIER : LES ARBITRES ▪ COUPE D'EUROPE : BORDEAUX ET NANTES Ei LA SUPER D2 : NICE ENTRETIEN : JEAN TIGANA in ENTRETIEN : JEAN-LUC SASSUS Q CONFIDENCES in NOSTALGIE : REIMS EN 1956 D L'ÉQUIPE DU MOIS : STRASBOURG 103 JOURNAL DES SUPPORTERS 10 BEAU GESTE : LA FRAPPE DE SALUÉE El RÉSULTATS m POSTER L'ÉQUIPE DE FRANCE D MÉDIAS-FOOT : JACQUES YENDROUX Avant Finlande-France du 8 septembre LES GRANDS BLEUS ! Ca y est ! Le 22 Août 1993 restera une date "importante" pour le football français. Lors des toujours difficiles déplacements au Raasunda Stadion, l'hexagone semble avoir retrouvé une équipe digne du carré magique des années 80. Conquérants, bagarreurs, généreux, le tout avec une organisation parfaite, les Tricolores ont, sans aucun doute, fait grande impression, et pas seulement en Suède ! Malgré les victoires précédentes on sentait cette formation encore fragile, son match contre la Finlande au Parc (2-1) étant un exemple flagrant. Mais contre la Suède, la bande de Gérard Houllier nous a fait vraiment plaisir. Esthétisme et efficacité, tout y était... L'ERE HOULLIER COMMENCE... Fini le temps de la passe en avant suivie immédiatement par la remise derrière, de la théorie d'un pas en avant pour un ou deux en arrière. En Suède, la France a adopté un visage résolument offensif, servi par un jeu des plus alléchants, même si le but de Dalhin, à trois minutes de la fin, ne nous permet pas encore de réserver nos places dans un Boeing, direction World Cup. Mais ne faisons pas la fine bouche ! Les Bleus nous ont fait, à nouveau, plaisir. A la barre de la réussite, un homme, Gérard Houllier. Dur, dur pour lui de reprendre une équipe française dévastée moralement après un Euro 92 plus que raté et qui avait perdu, de surcroît, son chef de file, son symbole, Michel Platini. Un pari que l'ancien entraîneur de Lens et du P.S.G est en passe de gagner, et avec la manière. Pourtant Jes critiques ont fusé après la défaite en Bulgarie, après le départ de Cantona, la victoire plus que piteuse face à la Finlande. Le match en Israël fut sûrement un des premiers déclic pour un groupe qui se connaît bien. Mais on voulait confirmation face aux autres favoris du groupe. Ce 22 août, c'est chose faite. En Autriche, la victoire était très précieuse, mais on sentait que pour ce qui est de la manière, ce n'était pas encore ça. Ce sont donc les Suédois qui ont fait les frais du renouveau français. Inexistant en première période devant des Bleus sûrs de leur football, le résultat nul est somme toute une bonne opération pour eux. Et quoiqu'on en dise un bon point pour nous et ce, à tous les niveaux... Gérard Houllier a donné son image à cette équipe, une image où le beau football est à l'honneur. Il aura fallu ce GÉRARD HOULLIER « L'équipe de France est passée près d'une grande performance. Je tiens à dire bravo à mon équipe car nous avons assisté à un match superbe. Nous avons eu une meilleure emprise sur le jeu en première mitemps, mais sans conclure. Finalement, le nul est justifié pour les deux équipes. Je donnerais une mention particulière à Le Guen et suit satisfait des débuts de Pedros et Dessailly... » JEAN-PIERRE PAPIN « Pour ce qui est du rytme, c'est un des meilleurs matches de l'équipe de France depuis longtemps. J'aurais signé pour un tel Eric Cantona, le compère de JPP maîtresses du "système" Houllier... match au Raasunda Stadion pour vraiment faire taire les moindres bruits de couloirs sur ces nouveaux Bleus, version Houllier... INNOVATION Apporter du sang neuf tout en perpétuant l'oeuvre "platinesque". Recette simple pour Gérard Houllier, mais l'amalgame ne se fait pas comme cela. Les Papin, Cantona - après avoir refusé la sélection pendant un moment - Sauzée, Deschamps, Blanc et Boll restent les fers de lance des Tricolores d'Houiller, tout comme ils l'étaient dans l'équipe de Michel Platini. Mais derrière, il donne sa chance à tous. Paul Le Guen arrive chez les Bleus en Israël et confirme son immense talent. Deschamps - Le Guen, voilà un duo de récupérateurs que beaucoup de monde doit nous envier ! La défense est modérément "relookée" avec l'apport de Lizarazu et, en Suède, Marcel Desailly. Gageons que ce dernier, auteur d'un match superbe, n'est pas prêt d'en sortir. Avec Boli, Roche, Blanc et Dessailly, notre défense aurait de quoi impressionner. Et que dire de Pedros... Un peu timide en début de rencontre - normal pour une première ! - le jeune nantais a été remarquable. Travailleur pour ce qui est de récupérer le ballon, il est aussi également un très bon contre-attaquant. Une valeur sûre pour le sélectionneur. Quand on sait que derrière poussent des garçons comme Martins ou Ferri, Dogon ou encore Ginola, notre football paraît de nouveau se préparer quelques très belles années. L'aventure désastreuse de l'Euro suédois LES RÉACTIONS D'APRÈS SUÈDE-FRANCE résultat. Je crois que j'ai fait un bon match même si je manquais un peu de fraîcheur sur la fin. J'étais un peu déçu de ne pas voir jouer Martins avec nous, mais après avoir vu Pedros, je suis pour... » FRANCK SAUZÉE « En première période, on les a baladés et c'est cela le vrai point positif de cette rencontre. On a seulement manqué un peu de réussite dans la conclusion... » DIDIER DESCHAMPS « Nous avons réalisé une très grande performance collective en première mi- LE NOUVEAU MENSUEL DU FOOTBALL 6 bis, rue Auguste Vitu - 75015 Paris T61:45774141 -Fax:45792211 Directeur : Robert Lafont RÉDACTION : Rédacteurs : Arnaud Bertrande - Jean-Baptiste Bozzi - Christophe Devaud Alain Fernand - Christophe Van Haezevelde -Henry Marin Contants : Fabrice Ma.lka (Strasbourg) - Patrick Otamian (Vaucluse) - André Peron (Bretagne) - Gérard Gonet (Toulon) - Gilles Simon (Auxerre) - Michaël Artzy (Bouches-du-Rhône) - Robot Dupin (Caen) - Didier Angezetti (Metz) - Frédéric Ferrandes (Toulouse) - Guillaume Laurent (Normandie) - Mamadou Fofana (Val d'Oise) - Philippe Brun (Dordogne) en attaque, est l'une des pièces servira, à coup sûr, de leçon quand nous nous envolerons vers le pays de l'Oncle Sam. Et là-bas, pourquoi pas... LES BLEUS SONT DE RETOUR... Sans aucun doute, nous avons retrouvé une belle formation au Raasunda Stadion. Même si nous repartons avec le point du nul, nous pouvons oser le dire, nous avons été très convaincus. Et encore Papin et Cantona ne semblaient pas à 100%. Notre troisième leader, Franck Sauzée, lui, a fait exploser les filets de Ravelli en décochant un missile dont il a le secret. Les Suédois se méfiaient de Papin et c'est Sauzée qu'ils ont laissé approcher à vingt mètres des buts. De l'inconscience, presque de la folie ! Et cela aussi, c'est nouveau pour nous, supporters numéro un des Tricolores. Aujourd'hui, le danger peut venir de partout. Gérard Houllier peut compter sur trois lignes vraiment complètes. La route des Etats- Unis semble ouverte à des Bleus qui ont maintenant leur destin en main. Une victoire et ce serait le début d'une aventure - tout le monde l'espère fameuse ! - au pays des buildings. Après l'absence en Italie, la France se doit d'être présente en Amérique. Avec les "Anciens" et tous les jeunes talents qui arrivent, on peut rêver au plus beau. Alors, messieurs les Français, continuez sur votre superbe lancée de Stocholm. Et souvenez-vous bien : la France n'a encore jamais gagné de Coupe du Monde. Une sacrée anomalie pour des "Grands Bleus"... Jean-Baptiste Bozzi temps. Notre équipe était bien équilibrée grâce à l'apport de Pedros à gauche. Cette équipe de France ne risque plus de gros pépins... » TONY SVENSSON « L'équipe de France a joué, au moins en première période, un football de niveau mondial, surtout au milieu du terrain, alors que notre jeu était trop court. On a trop laissé Sauzée se promener avant qu'il décoche cette superbe frappe. Pour le moral de l'équipe, c'est bien que l'on ait égalisé dans les dernières minutes. De toute façon, je pense que ce résultat est le plus juste pour les deux formations. Photos : AFP PUBLICITÉ : Directeur commercial : James Troadec Directeur de la publicité : Philippe Veyrinas Assistante : Christine Nobré MANAGEMENT : Directeur général : Alain Thomas Développement : Bruno Quélen Comptabilité : Odile Médélice. Imprimerie : Mordacq (Aire-surla-lys) LE FOOT est édité par la SA..Groupe Robert LatOnk S.A. au tapirai de 250000 F. R.C.S. Paris IS 384 528 220 (92502251). (ibis, nie Auguste Viti, 75015 Paris. Toute reproduction (même pantelle) des articles publiés dans la Une sans accord de la société éditrice est interdite, conformément à la loi du 11 mars 1957 sur la propriété littéraire et artistique. Numéro de commission paritaire en cours. Dépôt légal à parution. Directeur de la Publication kt/Weill:011N°de commission paritaire : 733c6 du 19/1191. ISSN 1166-1402 ABONNEMENTS : Toute demande est à adresser à Groupe Robert Lafont, 6 bis, rue Auguste Vitu 75015 Paris. Tél : 45 77 41 41. Abonnement France : 24 numéros, 200 F. Etranger : 300 F.
COUPES D'EUROPE Nantes et Bordeaux peuventils passer ? Dîtes, si l'on vous glisse à l'oreille la date du 26 mai, vous vous souviendrez que la "France s'est dépucelée ce jour-là ". Michel Platini, l'auteur de ce commentaire recueilli à chaud, ne faisait que traduire un sentiment largement partagé dans l'hexagone. Mais le foot et l'europe n'arrêtent jamais de rouler et remettent ça sur la pelouse les 15 et 29 septembre à l'occasion du premier tour. Dont l'OM, bien engagé à ce jour pour démarrer en C1, le PSG en C2, Monaco et les deux revenants, Bordeaux et Nantes, en C3 auront le coeur de franchir... Avec leurs quatrième et cinquième places respectives la saison écoulée, Bordeaux et Nantes ont glané leur ticket européen. La façade atlantique voudrait d'autant plus s'enivrer de ces parfums d'Europe qu'ils ne n'exhalent plus depuis sept ans pour les jaunes et déjà, si l'on peut dire, deux campagnes pour les Girondins. Dans les deux cas, un club italien est venu leur entraver la route sur leur dernier parcours : l'Inter de Milan d'AlessandroAltobelli en quart de finale UEFA au printemps 86 et l'AS Roma de Rudi Vôller (à l'époque) à l'automne 90.La parole est au retour. LA PRUDENCE DE COURBIS Quand on conjugue les Coupes d'pe Euro aux années 80, le détour par Bordeaux s'impose. La dynastie Bez a suffisamment régné en Gironde pour se contenter de vendanger sur son seul vignoble. Les Marine et Blanc sous la houlette des maîtres Jacquet-Couécou, s'ils n'ont qu'effleuré le nectar continental (deux demi-finales : en Cl et C2, en 85 et 87) ont bonifié plus d'une cuvée européenne. Le bon vin coulait à flots éperdus... Mais ciel et vent ont tourné au point de balayer le passé. Les raisins se firent colère et les agapes de modestes grappes. Du coup, l'appellation changea. Avant de regagner la confiance des pairs, le cru 91/92 a sagement réappris les vertus du travail bien accompli dans la catégorie inférieure. Le purgatoire a été salutaire et ses meilleurs serviteurs recueillent les fruits semés à l'époque. Le millésime 92/93 a fructifié au fil de sa distribution et s'est mis en tête de se rappeler au bon souvenir de ses prédecesseurs en décrochant un label européen. Ce n'est pas pour cette année que les Girondins comptent ajouter de l'eau dans leur vin... Rolland Gourbis, lui, dirige désormais la marque de fabrique bordelaise, contacté et séduit par le président Afflelou il y a un an déjà. Et ne stresse pas plus que cela à l'idée de retrouver l'Europe. Elle se présente en couleurs irlandaises à ses joueurs et souligne "qu'ils ne vont pas la jouer comme des angoissés. On va prendre cette coupe d'Europe sans pression particulière, ni plus ni moins contractés qu'un match de championnat. On va y aller gaiement et abrder ce match avec une grande joie. Vous me diriez que Bordeaux se serait fait éliminer trois fois d'affilée par les Bohemians, je m'enf...complètement". Il se voit bien cependant aller prêcher le discours girondin au delà du deuxième tour : "Etre qualifé, c'est bien. Mais il faut passer au moins un tour, voire deux, sinon au lieu d'être positif, c'est le contraire qui se produit... Si on a la possibilité de faire une petite carrière correcte dans cette Coupe, en passant deux tours par exemple, j'aimerais beaucoup." Et n'y voyez aucune injonction présidentielle auquelle est tenue de se soumettre impréativement le coach et son groupe, "mais plutôt le voeu d'un responsable de groupe. Quelque soient les sports, il y a des compétitions qui sont faites pour gagner". N'en déplaise à un tirage présumé favorable : "le bon tirage, on ne le saura qu'après. Il semblerait que ce soit favorable, mais on n'est pas qualifié d'office." De ses références propres à l'Europe, il préfère nettement s'en tenir au tournoi amical de Barcelone disputé pendant la mini-trêve dûe à Suède-France qu'à sa quinzaine de participations européennes sous les mailllots monégasque et sochalien. "Ce tournoi, on ne l'a pas gagné, mais Dieu sait qu'on est allé pour le prendre au sérieux. Sur la deuxième mitemps contre Tenerife qui n'est pas tellement connu, on a rencontré une équipe supérieure à la nôtre dans tous les compartiments. Un Bordeaux au grand complet aurait eu des difficultés à la battre..." Les Girondins finiront troisième d'un tournoi qui leur servira d'étalon sur le marché continental. Histoire de se tester à différents calibres européens et de préparer à l'authentique et réputé légendaire esprit de combat des Britanniques, depuis la nuit des temps à Dublin. "Quand on a vu que cette équipe-là se permettait de battre Barcelone devant 60 000 personnes au Nou Camp, dans le tournoi de Barcelone qui est quand même prestigieux, en jouant à dix contre onze pendant une heure, on était un petit peu moins déçu de notre prestation de la veille " note l'entraîneur bordelais. Aussi, ce dénouement a-t-il fourni, au passage, quelques précieuses indications aux observateurs monégasques venus superviser cette formation espagnole en connaissance de cause. En terre bordelaise, Rolland Gourbis est cet homme heureux et responsable qui apprécie de "voir trente mille spectateurs contents de revenir au stade depuis un an ". Qu'il ait contribué à ramener cette coupe sur les bords de la Gironde comble sa fierté de méridional. Mais ne changera en rien son comportement le soir de la réception des irlandais : "Ce ne sont 3000 personnes en plus qui feront que mon degré de fierté augmentera ". Simplement, ce haut-lieu de l'oenologie française goûtera assez au bonheur de ses fûts si la troupe de Courbis, privée de ses Brésiliens Santos et Valdeïr au moins jusqu'au premier tour aller (pour cause des éliminatoires sud-américains de la Coupe du Monde, à l'instar de leurs compatriotes Valdo, Ricardo et Raï du P.S.G), respirent le temps de cent-quatre vingt minutes "la même joie de jouer, de vivre et un certain enthousiasme qui les anime depuis un an." Cela sentirait comme un joli bouquet de Bordeaux. NANTES : ATTENTION À LA NAIVETÉ Nantes, à sa façon, cultive également l'art du vin. Le pays du muscadet possède des vertus tellement primesautières que ses meilleurs ambassadeurs en sont encore les Canaris du FCN, estampillé Atlantique depuis l'arrivée de Guy Scherrer aux rênes du club il y a plus d'un an. Le temps qu'il a fallu aux jaunes pour reprendre des couleurs soleil, dont les rayons ne perçaient que par intermittence ces dernières saisons. On sait que, par définition, la contrée nantaise s'appuie sur une forme de sagesse populaire. Seule en cette année 1993, la commémoration du bicentenaire des Guerres de Vendée prend à contre-pied le trait de caractère. Nantes et Nicolas Ouédec et les Canaris devront être à 100% afin d'éliminer Valence pour le retour du FCNA en Coupe d'Europe... la Basse Bretagne figure parmi l'un de ces tristres et sanguinaires théâtres qui évoque l'acharnement d'une population à défendre ses profondes convictions. Au-delà de l'exception historique, il est un autre vent de folie dont les plus grosses pointes ont battu en brèche les traditionnels clichés de la cité des Ducs. Comprenez que la vague atlantique portée par le FCN a déferlé un automne durant le championnat écoulé. Sans doute, cette période faste a-t-elle d'un coup d'un seul balayé sept exercices de comptes pas toujours très ronds et permis d'envisager au fil de la saison, puis d'empocher un billet pour le train européen. De cette traversée du désert, d'ordre continental, Robert Budzinski, le directeur sportif du club, l'explique par "l'arrivée de trois, quatre grandes places financières à travers la décennie 80-90, avec toutes les dérives que l'on a connu. Un club comme le nôtre y a été confronté et n'a pas résisté". Et de chercher à comprendre inlassablement pourquoi l'implication du tissu industriel reste à la remorque des sept à huit gros budgets du championnat national. "Un club de football professionnel doit d'abord et avant tout posséder une potentialité de spectateurs élévée. Indépendamment de cela, il faut qu'il y ait une infrastructure économique autour de cela qui doit être solide. Or, le tissu économique et industriel ne s'implique autant que dans les autres villes. Jamais, le pas n'a été franchi d'une manière aussi importante que Tapie à Marseille, Canal+ au PSG, Bourgoin à Auxerre, Casino à Saint-Etienne ". Conséquence de cette surenchère exponentielle : le FCN émarge dans la catégorie de ces clubs qui savent depuis belle lurettte ce que formation veut dire. Ils savent également que le "pillage" s'avère une technique systématique dès lors que les jeunes apprentis deviennent de véritables perles courtisées par les plus grands argentiers du championnat (voir les cas Touré, Ayache au milieu des années 80, Deschamps, Le Guen puis Desailly plus près de nous...). Et Budzinski de se souvenir "ne jamais imaginer que les leaders de 83 allaient partir aussi vite. On pensait les garder jusqu'à 28, 29 ans. En 1988, lors d'une conférence de presse, l'on avait dit que l'on serait européens au 1er janvier 1993. On l'a été au 30 juin 1993." Des perspectives aux échéances, le but est atteint, bien que les noms aient fortement changé dans l'intervalle. Là-dessus, on peut lui dire que les Canaris version 92/93, nourris aux BN plus consistants d'Yves Scherrer (65 millions de francs de budgets 93/94) ont volé dans les plumes d'écuries bien assises. Et, que vu les prétentions affichées en ce début de saison, Nantes vient confirmer son retour comme valeur sûre du gratin national. La qualification obtenue l'an passé, longtemps indécise et jonglante entre cinquième place à décrocher et parcours en Coupe, résulte "d'un aboutissement logique du jeu qu'on a pu développer au cours de la saison " estime Jean-Claude Suaudeau, l'entraîneur des Canaris. "D'être européens comme on l'est aujourd'hui, ça sera un tremplin formidable à la fois pour s'y maintenir et faire encore mieux. Mais notre saison ne tourne pas autour de l'Europe. Elle le pourrait au fur et à mesure si on a le bonheur de passer. On gérera dès que cela approchera, c'est à dire pas avant Strasbourg " poursuit le coach. Pour leurs retrouvailles avec le giron continental, Nantes affronte Valence, vieille connaissance espagnole d'entre toutes des grimoires footballistiques en Loire-Atlantique. La formation ibérique emmenée par "el goleador" Mario Kempès fut le tombeur - et également futur vainqueur - des Nantais en 1980, au stade de la demi-finale de la coupe des Vainqueurs de Coupe (2-1 à Saupin, 0-4 à Valence). Il n'empêche que cela constitue la plus belle performance européenne du club. Or, et faut-il y voir un clin d'oeil de la balle ronde, ils seront deux Canaris présents en 80 à croiser de nouveau le chemin du FC Valence, et non des moindres : Jean-Claude Suaudeau, assistant de Jean Vincent, coach des jaunes d'alors, et le directeur sportif de toujours, Robert Budzinski. Aujourd'hui, ce tandem perpétue à l'envie ce jeu à la nantaise l'héritage de José Arribas, l'âme du club, grand bonhomme d'entraîneur des années 60. Cette griffe basée sur la spontanéité, la fraîcheur physique alliée à l'aisance technique, le tout en perpétuel mouvement, peut laisser entrevoir de belles espérances aux protégés de J.C. Suaudeau : "Nantes, à son meilleur niveau tel qu'a été le sien sur la saison dernière dans des super matches, peut les gêner ". Pour savoir à quelle "grinta" les espagnols se galvanisent au-delà des frontières, le staff nantais ne se voile pas la face pour autant : "On sait très bien que les favoris sont en face. Forcément, on n'a aucune expérience européenne compte tenu de l'équipe. Le club en a, mais pas ce groupe ". Quant à connaître l'état d'esprit de ses joueurs, le coach nantais verrait d'un très bon oeil s'ils s'inspiraient du modèle auxerrois en s'appuyant sur leurs qualités naturelles : "Ils n'ont qu'à continuer ce qu'ils ont déjà fait. Là, ils pourront prétendre à battre Valence, voire d'autres encore ". Mais l'homme de banc des Canaris ne présente pas le style à verser dans un optimisme béat, surtout avant d'affronter ce qu'il dénomme un "grand d'Europe" (trois titres sur dix-neuf participations) : "Valence est une équipe qui a un potentiel offensif super, et qui l'exploite parfaitement bien à travers ses attaquants Pizzi et Penev. La grande force est dans la gagne, cette grinta comme ils l'expriment. Dans cette force-là, cela peut manifestement influencer dans le mauvais sens en ce qui nous concerne. Là, c'est vraiment le défi du regard sinon vous êtes morts..." L'allusion à la finale calamiteuse de la Coupe de juin dernier traîne des relents d'inachevé. Le boss nantais n'ignore pas que la capacité des siens à endiguer la pression espagnole, souvent excessive aux entournures, accouchera d'enseignements révélateurs dans la ligne de progression du groupe. Lequel ne pourra compter sur les services de Patrice Loko, en prolongation de repos, alors que Christian Karembeu, le banni du Parc, sera qualifié lors de la venue de Strasbourg, soit cinq jours avant la réception de Valence. "Bien sûr, il est désireux de revenir, il piaffe d'impatience. Je tiendrai compte des éléments d'équilibre à l'intérieur actuellement. Est-ce que lui pourra s'intégrer ? S'il peut jouer contre Strasbourg d'abord, c'est que j'estime qu'il peut nous faire gagner. Alors, il pourra prétendre à l'Europe, sinon il continuera de s'entraîner" prévient le coach. Patiemment, à l'image du néocalédonien, toutes les forces vives du FCNA se mobilisent en temps et en heure pour accueillir l'Europe bien qu'elles ne le claironnent pas sur les toits. Ce n'est pas le genre de la maison. D'ailleurs, le bon muscadet vient à point pour celui qui sait attendre... Il n'empêche que Bordelais et Nantais, pour ce retour simultané, feront valoir des paramètres similaires : qualités inhérentes de la jeunesse d'ensemble, présence d'internationaux chez les Bleus et début de championnat ambitieux. Mais attention à la naïveté si l'Atlantique tricolore veut se rappeller au bon souvenir du vieux continent. Christophe Devaud Le foot



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