Le Courrier de l'Unesco n°1974-8 septembre
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Z 22 étonnant qu'elle provoque dore, et étonnant qu'elle provoque d'ore^ et déjà un vif intérêt travers le monde, déjà un vif intérêt à travers le monde, et d'autant plus que, suivant la volonté et d'autant plus que, suivant la volonté des autorités, elle sera son terme le des autorités, elle sera à son terme le produit de créations auxquelles auront produit de créations auxquelles auront participé, avec des architectes et des participé, avec des architectes et des urbanistes français, des spécialistes urbanistes français, des spécialistes issus d'autres pays. issus d'autres pays. C'est au centre quasi géométrique C'est au centre quasi géométrique de Paris que se situe cette opération de Paris que se situe cette opération audacieuse, dans ce qui fut pendant audacieuse, dans ce qui fut pendant longtemps le quartier du plus vaste longtemps le quartier du plus vaste marché de la capitale : de part et marché de la capitale : de part et d'autre de quelques rues constituant d'autre de quelques rues constituant une section d'un axe routier d'importance continentale et datant du plus une section d'un axe routier d'impor¬ tance continentale et datant du plus haut Moyen Age la route des Flandres la Méditerranée, qui traverse haut Moyen Age : la route des Flan¬ dres à la Méditerranée, qui traverse Paris dans le sens nord-sud. Au cours Paris dans le sens nord-sud. Au cours des siècles, un autre axe s'était formé, lui-même de grande importance des siècles, un autre axe s'était for¬ mé, lui-même de grande importance pour la ville et la fendant d'est en pour la ville et la fendant d'est en ouest, depuis l'ancien et noble quartier du Marais, centre de la cité au ouest, depuis l'ancien et noble quar¬ tier du Marais, centre de la cité au temps des rois Valois, jusqu'aux faubourgs boisés d'occident. L'intersec- temps des rois Valois, jusqu'aux fau¬ bourgs boisés d'occident. L'intersec¬ tion de ces deux voies se trouve exactement l'endroit'où s'élevaient les tion de ces deux voies se trouve exac¬ tement à l'endroit où s'élevaient les gigantesques Halles Centrales. gigantesques Halles Centrales. Or, ce quartier, la longue, s'était Or, ce quartier, à la longue, s'était révélé la fois décrépit et largement révélé à la fois décrépit et largement encombré, justement par la convergence de la circulation. Et cela, dans encombré, justement par la conver¬ gence de la circulation. Et cela, dans deux zones séparées, mais que les circonstances vont lier l'une à deux zones séparées, mais que les cir¬ l'autre. constances vont lier l'une à l'autre. l'ouest de l'axe nord-sud, l'animation nocturne des Halles, avec, toute A l'ouest de l'axe nord-sud, l'anima¬ tion nocturne des Halles, avec, toute la nuit, leurs convois de vivre, puis les la nuit, leurs convois de vivre, puis les déchets de ce• ventre de Paris•, déchets de ce « ventre de Paris », illustré par un livre du grand romancier Emile Zola, qui porte justement illustré par un livre du grand roman¬ cier Emile Zola, qui porte justement ce titre. ce titre. l'est, une autre zone, l'une des A l'est, une autre zone, l'une des plus antiques de Paris, dite Beaubourg plus antiques de Paris, dite Beaubourg d'après une rue qui la jouxte zone d'après une rue qui la jouxte : zone jadis illustrée par l'argent et la banque, depuis les anciens comptoirs des jadis illustrée par l'argent et la ban¬ que, depuis les anciens comptoirs des argentiers venus de Lombardie la argentiers venus de Lombardie à la fin du Moyen Age, jusqu'au financier fin du Moyen Age, jusqu'au financier écossais John Law et sa banqueroute fabuleuse du 18e siècle ; par la écossais John Law et à sa banque¬ route fabuleuse du 18e siècle ; par la suite, cette zone devint la plus méphitique, la plus vermoulue de la suite, cette zone devint la plus méphi¬ ville. tique, la plus vermoulue de la ville. Tels sont les deux secteurs voisins Tels sont les deux secteurs voisins Photo Centre Beaubourg, Paris Photo Centre Beaubourg. Paris où, aujourd'hui, s'opère une expérience d'urbanisme d'une hardiesse où, aujourd'hui, s'opère une expé¬ rience d'urbanisme d'une hardiesse sans égale. sans égale. Vers les années 30, la zone Beaubourg, faubourg qualifié jadis de beau Vers les années 30, la zone Beau¬ bourg, faubourg qualifié jadis de beau cause du charme de ses habitantes, à cause du charme de ses habitantes, définitivement condamné avec ses venelles devenues des sentines drama- définitivement condamné avec ses ve¬ nelles devenues des sentines drama¬ tiques, avec ses immeubles croulants, tiques, avec ses immeubles croulants, est complétement rasée ; il en résulte est complètement rasée ; il en résulte un large terrain vague, que les Halles un large terrain vague, que les Halles tentaculaires ne tardent pas s'annexer pour en faire un indispensable tentaculaires ne tardent pas à s'an¬ nexer pour en faire un indispensable parking. Et tout serait resté dans l'état, parking. Et tout serait resté dans l'état, la situation aurait pu se perpétuer, si, la situation aurait pu se perpétuer, si, après la dernière guerre, l'autre zone, après la dernière guerre, l'autre zone, celle des Halles elles-mêmes, la celle des Halles elles-mêmes, à la fois trop envahissantes et trop insuffisantes, n'avait été son tour fois trop envahissantes et trop insuf¬ fisantes, n'avait été à son tour condamnée. condamnée. Les et mars 1969 eu lieu ce Les 4 et 5 mars 1969 a eu lieu ce que l'on nommé le plus grand déménagement du siècle Paris quittant que l'on a nommé le plus grand démé¬ nagement du siècle à Paris : quittant les fameux pavillons métalliques de les fameux pavillons métalliques de l'architecte Baltard construits sous le l'architecte Baltard construits sous le Second Empire, le• ventre de Paris• Second Empire, le « ventre de Paris » se transporte dans la proche banlieue. se transporte dans la proche banlieue. Ce faisant, il retrouve sa condition Ce faisant, il retrouve sa condition première : en effet, le marché primitif de Paris situé au 12e siècle cet première : en effet, le marché primi¬ tif de Paris situé au 12* siècle à cet emplacement se trouvait hors les murs emplacement se trouvait hors les murs de la ville. de la ville. Du fait de ce colossal transfert, une Du fait de ce colossal transfert, une quinzaine d'hectares de terrain au total, dix pour les Halles, cinq pour quinzaine d'hectares de terrain au to¬ tal, dix pour les Halles, cinq pour Beaubourg, se trouvent dégagés. Et Beaubourg, se trouvent dégagés. Et voilà, pour les urbanistes, l'occasion voilà, pour les urbanistes, l'occasion rêvée d'assainir, plus encore, de recréer de fond en comble le centre rêvée d'assainir, plus encore, de re¬ créer de fond en comble le centre d'une très grande cité. d'une très grande cité. Bien entendu, des projets de constructions et d'installations monumen- Bien entendu, des projets de cons¬ tructions et d'installations monumen¬ tales et massives ne tardent pas tales et massives ne tardent pas à surgir : on propose d'y placer des surgir : on propose d'y placer des ministères, d'y assembler des facultés de l'Université de Paris. Mais c'est ministères, d'y assembler des facul¬ tés de l'Université de Paris. Mais c'est remplacer un mal par un autre, les remplacer un mal par un autre, les encombrements nocturnes par les encombrements diurnes encore plus nom- encombrements nocturnes par les en¬ combrements diurnes encore plus nom¬ breux. C'est alors que, par bonheur, breux. C'est alors que, par bonheur, d'autres vues viennent prévaloir, d'autres vues viennent à prévaloir. De ces quinze hectares, pourquoi De ces quinze hectares, pourquoi ne pas faire une oasis dans la ville, ne pas faire une oasis dans la ville, un reposoir dans le tohu-bohu quo- un reposoir dans le tohu-bohu quo 1 3 tidien ? Et ce havre, le consacrer tidien ? Et ce havre, le consacrer à un double rendez-vous, en restituant un double rendez-vous, en restituant chaque zone son autonomie et sa à chaque zone son autonomie et sa personnalité : créer d'une part, l'emplacement des Halles et pour respec- personnalité : créer d'une part, à l'em¬ placement des Halles et pour respec¬ ter une des constantes du quartier, ter une des constantes du quartier, un centre commercial sous le signe un centre commercial sous le signe des grands échanges et des loisirs. des grands échanges et des loisirs. D'autre part, pourquoi ne pas faire D'autre part, pourquoi ne pas faire de la zone Beaubourg un carrefour de la zone Beaubourg un carrefour de la culture en y transportant notamment les musées parisiens consacrés de la culture en y transportant notam¬ ment les musées parisiens consacrés à l'art moderne ? à l'art moderne ? Condition première : la circulation Condition première : la circulation de surface, dans les deux zones, demeurera strictement piétonnière pro- de surface, dans les deux zones, de¬ meurera strictement piétonnière pro¬ pice à la flânerie. pice à la flânerie. La mise en oeuvre de ce vaste projet est en cours des cratères déme- La mise en de ce vaste pro¬ jet est en cours : des cratères déme¬ surés s'ouvrent au cœur de Paris. surés s'ouvrent au c de Paris. Chantiers si vastes et si profonds Chantiers si vastes et si profonds qu'on pu, dans l'un d'entre eux, qu'on a pu, dans l'un d'entre eux, l'occasion d'une pause dans les travaux, tourner des scènes d'un film de à l'occasion d'une pause dans les tra¬ vaux, tourner des scènes d'un film de Far West. Far West. Instructive plusieurs titres, cette Instructive à plusieurs titres, cette opération d'urbanisme est particu- opération d'urbanisme est particu- 2
- 1 $ t erille ■rt 1 MUID 1 ï u a'ir tvu 14 ! ! f n11 IllerT 4.1W 111,1 ¿oil "¿'II. " l'1 "." o**er'vermoi LAMIRMI —,.,,_—+lfire'• ■, r-f. ■ ! - wrr 1 r•7',040 r•.` 6Ä 1.rasi frAn DU PARKING AU CENTRE CULTUREL Un grand centre culturel va s'édifier place Beaubourg, au au coeur ccur de Paris, à la la place de de parkings qui y étaient aménagés depuis quelques années (1). Il - « offrira offriraau aupublic l'image vivante et instantanée de de l'art qui se crée ». La maquette (3) (3) permet de de voir la forme originale de l'édifice, son ossa- ossa¬ ture métallique et ses immenses pa- pa¬ rois vitrées. Les visiteurs passeront d'un étage à l'autre grâce à des esca- esca¬ liers mécaniques (2 (2 et 4) Intégrés intégrés dans des - « tubes » transparents et et accro- accro¬ chés à la façade, de façon à laisser le plus possible d'espace libre à l'intérieur du bâtiment l'in¬ lui-même. térieur du bâtiment lui-même. lièrement exemplaire par par les solutions solu¬ architecturales. tions architecturales. Pour l'ancienne zone des Halles, la plus étendue, le réaménagement est à longue échéance, l'achèvement des'travaux n'étant prévu que pour 1982 ou 1983. En dehors de quelques édifi¬ édifi- ces de surface, le projet prévoit une construction surprenante, en profon- profon¬ deur, jusqu'à 25 mètres en dessous du sol. Là, sur cinq niveaux couvrant au total quelque 50 000 mètres carrés et s'étageant sous la forme d'une py- py¬ ramide renversée et évidée, on trou- trou¬ vera un « • Forum » qui qui sera proprement le secteur du loisir et de la prome- prome¬ nade, avec ses boutiques, ses restau- restau¬ rants, ses cinémas, dans la lumière naturelle amenée par par tout un jeu de terrasses. terrasses. 4 Mais c'est un autre élément du pro- pro¬ jet qui donnera à ce centre écono- écono¬ mique et et à son• « Forum » un climat singulier et captivant les envelop- envelop¬ pant de toutes parts, quelque cinq hectares occupés par un véritable parc urbain, une fête de la végétation. L'architecte paysagiste anglais Russel Page, qui prépare les plans de ce parc, veut y voir, aux arbres cita- cita¬ dins, marronniers ou tilleuls, s'ajouter les plantations les plus exotiques, cè- cè¬ dres de l'Himalaya ou érables du Ca- Ca¬ nada, tulipiers de Virginie ou sorbiers du Tibet, de manière à fleurir d'un bout de l'année à l'autre ce lieu de la flânerie et de la rêverie. De plus, mer- mer¬ veille des merveilles à Paris, des pe- pe¬ louses où, à la belle saison, il ne sera guère interdit de marcher ou de s'étendre, un ruisseau et des bassins à fleur de terre où l'on pourra faire librement trempette. Par l'un de ces ces chemins plantés d'arbres (aussi bien que par des cou- cou¬ loirs souterrains, si l'on veut éviter de retrouver et de croiser la circulation automobile de surface), le chemin sera court vers l'autre zone. On passera, ce faisant, dans un univers tout autre où, si commerce il il y a, ce sera celui des idées, des inventions nouvelles de l'art et de la culture. C'est là que s'élè- s'élè¬ vera en effet, dès 1976, le Centre Beaubourg, aux destinées duquel pré- pré¬ side M. Robert Bordaz, ancien direc- i sr• s teur général de la la Radio-Télévision française. Un bâtiment singulier, sorte de clair, transparent, lumineux navire, dont les superstructures se dressent d'ores et déjà sur le chantier. A proximité, la vieille fontaine des Innocents, oeuvre au au 16* 16° siècle du grand sculpteur français Jean Goujon : elle rappelle le le charnier moyenâgeux où, un siècle avant, François Villon, le premier poète de la France, de ses rues et de ses routes, allait rêver devant une Danse macabre peinte sur les murs. les murs. Proche également, le le souvenir d'un cabaret où, sous Louis XIV, se réu- réu¬ nissait une corporation de maîtres à danser menée par par un un chef dit dit « • le roi des violons » • : cette corporation rece- rece¬ vra en 1661 le le privilège du titre d'Aca- d'Aca¬ démie Royale de Danse, puis fusion- fusion¬ nera avec l'Académie Royale de Mu- Mu¬ sique et ce sera l'origine de l'Opéra de Paris, qui conserve ces titres. On le voit, la culture (au reste, déjà internationale, puisque la légende situe par ici ¡ci la la naissance, au 13e siècle, de ^ Bocaccio, l'auteur italien du Décerné- Décamé-r, 23



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