Le Courrier de l'Unesco n°1974-8 septembre
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10 de masse qui isole. Par exemple, ces groupes s'efforcent de de faire en sorte que tout enregistrement soit soit vu vu et dis- dis¬ cuté en groupe, la discussion ellemême étant enregistrée de manière à faire des spectateurs les participants rétroactifs dans le premier enregistre- enregistre¬ ment. Grâce à ces emboîtements suc- suc¬ cessifs, on obtient, au lieu d'une infor- infor¬ mation à sens unique, un un jeu de miroirs libérateur et mi¬ créateur. k de masse qui isole. Par exemple, ces roirs libérateur et créateur. Malgré quelques tentatives de grou- grou¬ pes américains pour pour créer créer un un « • art vidéo•, », la la plupart de deces cescommu- commu¬ nautés entendent créer tout en refusant la notion refu¬ d'oeuvre. sant la notion d'euvre. Certes, la médiocrité des moyens ou l'insuffisance professionnelle est parfois en cause, mais le plus sou- sou¬ vent, c'est de propos délibéré que ces groupes pratiquent le dépouille- dépouille¬ ment visuel et cherchent à créer des messages « • ouverts• » indéfiniment transformables — gros plans de visa- visa¬ ges qui parlent, dialogues tendus ou tâtonnants, caméras dans la la rue, tranches de vie, phantasmes tran¬ visuels. ches de vie, phantasmes visuels. Le produit enregistré sur bande magnétique est par nature éphémère : il s'efface, il il est est périssable. L'inachè- L'inachè¬ vement de l'ceuvre l'ruvre est aussi gage d'authenticité on met en circulation de l'image brute et non une infor- infor¬ mation manipulée et et traitée dans un organisme central. Le happening de la vidéo s'oppose à l'académisme imposé de la télévision im¬ traditionnelle. posé de la télévision traditionnelle. Encore qu'en opposition politique, esthétique et morale avec la télévision traditionnelle, il il ne parait paraît pas que ces groupes cherchent vraiment à se cons- cons¬ tituer en groupes de pression sur la communication de masse. Leur concept d'une télévision alternative ne cher- cher¬ che pas à proposer une autre pro- pro¬ grammation dans le système mais plu- plu¬ tôt un autre système ou même une absence complète du système où chacun serait vu et cha¬ voyant. cun serait vu et voyant. LA VIDÉO VIDEO DANS LA RUE Au cours de ces dernières années, toutes sortes d'expériences ont été réalisées dans le le monde sur sur l'utilisation de de la vidéo au ser- ser¬ vice direct des communautés. En En Italie, par exemple, les autori- autori¬ tés de la la province Emilie-Romagne Emilie-Romagne ont ont mis mis à la la disposition disposition de de plusieurs plusieurs groupes groupes (composés (composés d'ouvriers, d'ouvriers, d'enseignants, d'enseignants, d'avocats, d'avocats, d'étudiants, etc.) etc.) un équipement complet d'appareils vidéo vidéo permettant per¬ mettant l'enregistrement l'enregistrement de de films films TV TV destinés destinés à être être diffusés diffusés dans dans toute la région. A droite, l'un l'un de deces ces groupes interviewant un passant passant sur sur la la place place Verdi, Verdi, à Bologne. Bologne. Autre exemple : en Tanzanie, la la vidéo-cassette a fait fait son apparition appa¬ rition dans dans les les campagnes campagnes comme comme instrument instrument expérimental expérimental permettant permet¬ tant un un dialogue dialogue permanent permanent entre entre les les responsables responsables régionaux régionaux et et les les groupes groupes ruraux ruraux dans dans le le cadre cadre de de l'édification l'édification des des villages villages communautaires.communautaires. L'Unesco L'Unesco envisage envisage de de créer créer dans dans ce ce pays pays un un centre centre de de vidéo vidéo pour pour initier initier les les villageois villageois à ces ces nouveaux nouveaux systèmes de communication dans la perspective du sys¬ développement. tèmes de communication dans la perspective du développement. Bien qu'ils fassent souvent leur slo- slo¬ gan de de la• « guérilla télévision•, », ces groupes paraissent en général profon- profon¬ dément « • non violents•. ». Leur action n'implique à l'égard des organismes de télévision existants ni ni prise de possession ni ni destruction, mais une volonté de déprofessionalisation, de désinstitutionalisation. Ils Ils ne veulent plus que des « • écrivains publics » • mo- mo¬ nopolisent l'écriture pour un peuple d'analphabètes. d'analphabètes. De ce bouillonnement d'activités qui débouche sur cette « • prise de parole » • ou plutôt cette difficile conquête de la communication visuelle dans un monde qui est encore celui d'une relative pénurie visuelle, un certain nombre de tendances paraissent se dégager. Tout d'abord la thérapie sociale, rendue possible par les transformations des relations entre les les personnes qu'occasionne le contact avec l'image de soi, enregistrée sans contrainte et en toute spontanéité la caméra est un révélateur et regarder son image ¡mage exige la lucidité. Aux Etats-Unis, des psychiatres ont entrepris des traite- traite¬ ments de familles en difficulté à partir d'enregistrements au foyer. A l'hôpital psychiatrique de la Chesnaye, en France, les malades produi- produi¬ sent eux-mêmes leurs programmes depuis 1971. Plus Plus généralement, l'image sert à mettre des personnes en rapport, à débloquer des situations conflictuelles en les faisant parler sur des problèmes qui les préoccupent directement. En libérant l'image, c'est la communication qu'on libère. la communication qu'on libère. Il est devenu de pratique fréquente aux Etats-Unis de constituer des « • dos- dos¬ siers visuels » • pour les autorités, à partir d'enregistrements de protesta- protesta¬ tions, réclamations, propositions et discussions au sein d'une collectivité. En France, à l'aide d'une unité mobile de vidéo (vidéobus), une équipe a tenté dans des villages landais une expérience de formulation d'opinions expé¬ col- rience de formulation d'opinions col lectives à propos de de l'aménagement de la région Aquitaine. de la région Aquitaine. Les développements les plus riches et les plus significatifs ont été enre- enre¬ gistrés au Québec, qui avait déjà vu, en 1971, avec le le « • Vidéographe »,•, le premier ensemble professionnel de télévision mis vingt-quatre heures sur vingt-quatre à la disposition de tous les citoyens qui souhaiteraient réaliser et présenter à un public de leur choix une émission dont ils auraient le contrôle total. Aujourd'hui, après avoir utilisé la vidéo pour la réanimation des régions rurales en déclin du lac Saint- Jean et et les H.L.M. des quartiers déshé- déshé¬ rités de Montréal, les animateurs qué- qué¬ bécois entendent donner la parole aux Indiens de l'Abitibi, grâce au vidéobus, ainsi qu'à une trentaine de paroisses déshéritées de la lointaine Gaspésie. déshéritées de la lointaine Gaspésie. La province d'Emilie-Romagne, en Italie, a entrepris par la vidéo un « • ren- ren¬ versement de la circulation de l'infor- l'infor¬ mation entre le le pouvoir et et la base »,•, en confiant à des groupes (usines, écoles, immeubles, hôpitaux) des équi- équi¬ pements légers pour leur permettre
d'exprimer librement leurs points de vue. Ici, à la la différence du vidéogra- vidéogra¬ phe, c'est le groupe constitué et non le citoyen individuel qui s'exprime. A New York, les les communautés noires de Harlem et les Portoricains'de l'East Side ont participé à des enregistrements dans dans lesquels les porte-parole de de groupes étaient invi- invi¬ tés à exprimer leur opinion sur « • ceux d'en face =, », puis à examiner ces opi- opi¬ nions en commun, les discussions étant à leur tour tour enregistrées. Dans le Bronx, une vaste campagne, orga- orga¬ nisée par Hunter College, a permis de donner la parole à un grand nombre de citoyens de cette partie de la ville sur les divers avenirs possibles qu'ils souhaitaient pour leur quartier. Il sem- sem¬ ble que dans diverses expériences aux Etats-Unis, des interventions dans des conflits raciaux de communautés à des moments-clés ont permis de désamorcer certaines désamor¬ tensions. cer certaines tensions. Il ne faut pas se dissimuler toutefois que ces entreprises de stimulation de la communication sociale ont tendance à faire émerger des conflits latents et n'ont pas été sans poser ici et là des n'ont pas été sans poser ici et là des tion (« vidéo-tape »), problèmes au au pouvoir. Après avoir accepté de de se prêter à des expé- expé¬ riences d'animation locale, des maires ont été mis en difficulté par leurs pro- pro¬ pres électeurs, à la surprise générale. L'éducation elle-même est touchée. On a pu constater que les jeunes, nés aux alentours de 1960, ceux que l'on appelle aux Etats-Unis la VT tion (. vidéo-tape =), par genera- opposition par opposition à la TV generation (• télévision à la TV generation (« télévision » conventionnelle) font font preuve d'une grande maitrise maîtrise dans l'utilisation des matériels de de prise de vues légers et qu'ils s'en servent volontiers pour exprimer leurs vues sur la société et l'avenir. Cette génération part part à la conquête de l'image, subie passivement passive¬ jusqu'ici. ment jusqu'ici. A Washington, une expérience en cours confie à un groupe d'une cen- cen¬ taine d'enfants, de douze à quinze ans, des équipements vidéo avec mission de préparer une série de projets visuels pour réformer la la ville. A Phi- Phi¬ ladelphie, le Clinton Project représente un effort très poussé d'utilisation de la vidéo mobile par de jeunes enfants en milieu scolaire pour améliorer en milieu scolaire pour améliorer découverte perceptive et interaction personnelle. Mais la difficulté est évidemment d'amener les enfants à inventer leur propre télévision sans se rapporter à des modèles stéréotypés de de la télévision de télévi¬ consommation. sion de consommation. On notera aussi que la vidéo com- com¬ mence à être utilisée par les ensei- ensei¬ gnants pour leur propre formation professionnelle et et surtout leur recy- recy¬ clage. La majorité des institutions de formation aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne notamment, grâce aux équipements légers de de la Inner London Education Authority, enregis- enregis¬ trent des travaux scolaires en petits groupes (micro-teaching) et leur ana- ana¬ lyse critique minutieuse par l'intéressé, par ses pairs et ses élèves permet de définir progressivement pour chacun les comportements optimaux et d'amé- d'amé¬ liorer l'ensemble des interactions maître-élèves ou animateurs-groupes. maître-élèves ou animateurs-groupes. Par ailleurs, les applications indus- indus¬ trielles de la vidéo (comme l'indiquent, par exemple, des études récentes de l'Université de Lausanne) devraient permettre une nouvelle mise en rap- permettre une nouvelle mise en rap- SUITE PAGE 32 SUITE PAGE 32 11



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