La Terrasse n°285 mars 2020
La Terrasse n°285 mars 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°285 de mars 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 88

  • Taille du fichier PDF : 23,4 Mo

  • Dans ce numéro : les talents européens du théâtre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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théâtre 16 la terrasse 285 mars 2020 entretien/Bérangère Jannelle Lucy in the sky est décédée Théâtre Gérard Philipe/texte et mes Bérangère Jannelle Bérangère Jannelle met en scène un texte qu’elle a écrit, une pièce captivante, sensible et documentée réunissant trois jeunes gens passionnés de paléo-anthropologie. Multipliant les lieux et les époques, de notre ancêtre à aujourd’hui, la fondatrice de la compagnie La Ricotta explore notre humanité. De quoi parle votre texte ? Bérangère Jannelle  : C’est est une espèce de conte moderne, l’histoire d’un groupe d’amis qui vont ré-explorer leur histoire, celle de leur rencontre, de leur amour et aussi de leur passion pour l’origine de l’homme, à l’aune de la mort d’un des leurs. Comment est né le projet de relier une histoire intime à une histoire collective par le prisme de la paléontologie ? B. J.  : Ma question de départ était  : « qu’estce que veut dire être humain aujourd’hui ? » Qu’est-ce qu’être humain alors que ces 50 dernières années, il y a eu plus de révolutions des grands paradigmes de l’espèce humaine – le temps et l’espace – qu’en 3,5 millions d’années. Cette question s’inscrit dans le fait qu’un des principes de l’humanité, c’est la conscience d’être mortel, donc la conscience de notre finitude et notre capacité à la représenter (les premières traces d’art, les mains négatives dans les grottes). Dans l’état des connaissances actuelles, c’est ce qui nous différencie de l’animal. À partir de cette découverte que j’ai faite et que tout le monde peut faire, c’està-dire que le fondement de l’humanité, c’est sa finitude et sa fragilité, donc quelque chose de très émotionnel, j’ai eu envie de construire cette histoire d’un groupe relié par l’affect, et qui fait l’expérience de la perte. Bérangère Jannelle. « Le besoin de passer par des récits plus grands que soi, c’est le théâtre. » Mais dès avant cette perte, vos personnages sont comme obsédés par la mémoire… B. J.  : Je crois que la question de la mémoire, de l’inscription dans une durée, est ce qui constitue nos identités. Si on perd cette notion, je ne vois pas très bien comment on peut construire un avenir. Le processus de 10 Théâtre du 1 on Point CRÉATION 26 FÉVRIER – 5 AVRIL, 21H KADOC TEXTE RÉMI DE VOS MISE EN SCÈNE JEAN-MICHEL RIBES AVEC CAROLINE ARROUAS, JACQUES BONNAFFÉ MARIE-ARMELLE DEGUY, GILLES GASTON-DREYFUS ANNE-LISE HEIMBURGER, YANNIK LANDREIN RÉSERVATIONS 01 44 95 98 21 — THEATREDURONDPOINT.FR D. R. mémoire dans lequel les personnages s’engagent est un processus qui relie aux autres. Nos fondamentaux sont très ouverts et très reliés car on est dans la dépendance les uns par rapport aux autres. Quand on regarde l’histoire de l’évolution, on voit qu’on dépend d’un écosystème général mais aussi affectif. Le petit de l’homme, contrairement aux petits d’autres mammifères, a une durée de dépendance énorme. La dépendance affective nous constitue, et bien sûr, par ailleurs, la grande question migratoire, au sens ontologique du terme, est inscrite dans notre histoire puisque les foyers de ce qu’on appelle les hominidés sont multiples et ont constitué ce qu’on appelle aujourd’hui l’Europe. Notre évolution est inscrite dans un mouvement migratoire. Vos personnages constituent une tribu reliée par la quête de leur propre origine, reliée elle-même à une origine plus lointaine. Le théâtre serait-il aussi une tribu ? Critique Normalito Le Carreau du Temple/texte et mes Pauline Sales B. J.  : Non, pas au sens fermé du terme. En revanche, je pense que le lieu théâtre a à voir avec quelque chose d’assez ancien qui est que les hommes se réunissent autour du feu et se racontent des histoires. Les premiers mythes sont toujours des récits des origines où on parle de soi tout en parlant de plus vaste que soi. Ce besoin de sublimation, d’arriver à survivre dans la brutalité du monde, de passer par des récits plus grands que soi, c’est le théâtre. Entretien réalisé par Isabelle Stibbe Théâtre Gérard Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis, 59 bd Jules-Guesde, 93200 Saint-Denis. Du 6 au 22 mars 2020. Du lundi au samedi à 20h30, dimanche à 16h. relâche le mardi. Tél. 01 48 13 70 00. Durée estimée  : 2h. Tournée  : du 7 au 10 avril 2020 à la MC2 Grenoble ; les 12 et 13 mai à la Maison de la culture d’Amiens. La nouvelle création de Pauline Sales, dont on sait l’attention particulière portée au jeune public, touche au cœur d’une question sensible, celle de la normalité et de la différence. La pièce tient toutes ses promesses de fable contemporaine. Pauline Belle (Iris) et Antoine Courvoisier (Lucas/alias Normalito). Si comme l’affirme le poète, « les enfants sont nos ancêtres », il suffit d’écouter le jeune public auquel cette nouvelle création de Pauline Sales s’adresse d’abord pour savoir que la flèche Normalito a atteint sa cible. Tour à tour riant, s’exclamant, s’indignant, pouffant et au final applaudissant à tout rompre, les spectateurs en herbe dans la fraîcheur de la découverte éprouvent manifestement ce que l’on attend du théâtre dans la fonction cathartique, salvatrice, qui est la sienne, quand une pièce rencontre avec une impertinence bienvenue un vrai sujet – un sujet qui touche au cœur en taillant dans le vif de notre humaine condition – et qu’elle le traite, esthétiquement, avec talent. Et du talent, il en faut, pour rendre sensible en évitant tous les poncifs et toutes les leçons moralisatrices de la « bien-pensance » la question de la normalité et de son pendant, la différence. Qu’est-ce qu’être normal si ce n’est satisfaire aux exigences de ce que l’on attend de nous dans la négation de nos singularités, de notre personne ? La normalité ne pourrait-elle être celle de la libre expression de nos différences ? Des acteurs totalement investis C’est cet espace que libère le spectacle créé par l’autrice et metteuse en scène Pauline Sales, invitée par Fabrice Melquiot, directeur du Centre international de création pour l’enfance et la jeunesse, Am Stram Gram, à réfléchir sur le thème des « super-normaux ». « Dans chaque femme ou homme ordinaire ne se cache-t-il pas l’honnête homme ou l’honnête femme, celle, celui, qui aimerait vivre justement en conscience ? » demande l’autrice qui, précisément, met en scène cette aspiration humaine légitime. Lucas, son héros pas si normal que ça, se heurte du haut de ses dix ans à la singularité des autres dont celle d’Iris, « la » hors-normes, catégorisée « zèbre », échelonnée « haut-potentiel ». Leur rencontre fait histoire non sans rebondissements rocambolesques, dont celui qui met ces deux héros, hors-normes pour des raisons différentes, en présence d’une dame pipi, honnête femme qui cache un secret. L’intention de Pauline Sales est portée par trois comédiens, Pauline Belle, Antoine Courvoisier et Anthony Poupard, dotés des grandes qualités nécessaires à l’éclosion de leurs rôles. La scénographie aussi crument évocatrice que poétiquement métaphorique, jouant de l’unité de lieu, de temps et d’action, tient l’intrigue sous tension. A voir ! Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens Le Carreau du Temple (Les Plateaux Sauvages, Hors–les-murs), 2 rue Perrée, 75003 Paris. Le samedi 14 mars 2020 à 14h et 17h, le dimanche 15 mars 2020 à 15h. Durée  : 1h15. Spectacle tout public à partir de 10 ans. Tél. 01 83 81 93 30. Spectacle vu à Am Stram Gram, Centre international de création pour l’enfance et la jeunesse, Genève.En tournée  : Quai des rêves, Lamballe, le 19 mars 2020 ; La Maison du Théâtre, Brest, le 27 mars 2020 ; Les Scènes du Jura, les 30 et 31 mars 2020 ; Théâtre du Champs du Roy, Guingamp, le 3 avril 2020. rejoignez-nous sur mile:eau Ariane Catton
Antoine Agoudjian critique Le Dernier jour du jeûne reprise/Théâtre de Paris/de et mes Simon Abkarian Simon Abkarian revient au Théâtre de Paris avec ses magnifiques comédiens dans Le Dernier Jour du jeûne, tragi-comédie « à la méridionale ». Il signe un spectacle drôle et émouvant, lyrique et politique, palpitant et exaltant. Une vraie merveille ! Tout en contrastes, intelligent et drôle, ambitieux et populaire, Le Dernier Jour du jeûne, polar haletant et histoire d’amour palpitante, saga familiale et brûlot politique, est une très belle réussite. Simon Abkarian y porte haut les couleurs du théâtre ! Il installe son intrigue dans un petit village qui pourrait être andalou, marseillais, libanais ou grec, et fait parler le peuple en poète. L’argent n’est rien, comme le remarque la mère au moment des fiançailles de sa fille, mais l’honneur est tout, et dire les choses dans la vérité complexe et belle des sentiments et des idées fait la fierté des petites gens, auxquels Abkarian rend ici un splendide hommage. Comme Chahine filme la simplicité humaniste d’Averroès dans Le Destin, comme Pagnol décrit la grandeur tragique des paysans des collines, Abkarian nous rappelle que la magnanimité n’est pas l’apanage de la fortune  : Ulysse était le chef d’un peuple de bergers ! Les comédiens rappellent cette évidence en osant un parler franc et une dégaine authentique. Les aînées assument leur giron replet, les jeunes premières ont le verbe haut des Cagoles en strass, l’étranger est tatoué comme un marin bourlingueur, et l’amoureux ressemble aux Cacous du Vieux Port  : snobinards éthérés aux tympans délicats s’abstenir ! Un théâtre couillard Que s’abstiennent également les amateurs de solutions faciles, les viragos du genre et les défenseurs d’une parité bienséante ! Comme Cézanne revendique une « peinture couillarde » en regrettant au milieu des salonards La Colline/Texte et mes Yasmina Reza Anne-Marie la Beauté André Marcon et Yasmina Reza poursuivent leur collaboration entamée avec Une pièce espagnole et se retrouvent pour la cinquième fois avec la création d’un monologue en forme d’hymne aux obscurs du théâtre. Anne-Marie Mille a commencé sa carrière aux côtés de Giselle Fayolle. Elles ont tout partagé des déboires et des joies fulgurantes, des chagrins et des espoirs que font naître les feux de la rampe. Mais des deux amies, seule Giselle avait le physique pour faire du cinéma et monter jusqu’au firmament stellaire. Anne- Marie, elle, est restée en bas ! Et elle raconte  : l’enfance à Saint-Sourd, dans le Nord, la chambre de la rue des Rondeaux, le théâtre de Clichy, « la gloire et la banalité domestique ». Le comédien André Marcon s’empare de ce texte et de ce personnage, parangon Pascal Victor parisiens son bastidon et le vin de Provence, Abkarian ose un théâtre couillard  : le Grand Siècle, mieux policé, eût appelé cela un théâtre du cœur. Et du courage et de la philanthropie, il y en a chez Theos et les siens ! Que l’on offre sa fille à l’étranger, marchand de musique ambulant, que l’on coupe les pouces de celui qui cogne sa femme, que l’on tue celui qui a violé sa fille. Voilà le paradoxe de cette pièce complexe au propos si profond. Abkarian n’est pas politiquement correct, mais l’authentique justesse avec laquelle il décrit la situation faite aux femmes et la phallocratie imbécile dépasse les catégories de la morale au cul pincé. L’humour et la lucidité des exploitées sont aussi efficaces que leurs discours revendicatifs, et la bêtise et la méchanceté des hommes sont poignantes et hilarantes. Abkarian réussit le tour de force de rendre la sublime déclaration d’amour d’Aris à Astrig aussi bouleversante que celle, terrifiante et meurtrière, du boucher Minas à sa fille. Les comédiens s’emparent de cette partition lyrique et éclatante avec un abattage et un talent éblouissants. Voilà du grand et beau théâtre, servi par des acteurs magnifiques et puissamment inspirés. Catherine Robert Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, 75009 Paris, tous les soirs à 20h00, samedi et dimanche à 15h30. Rens 0148742537. www.theatredeparis.com Spectacle vu à sa création au Théâtre Nanterre-Amandiers. Yasmina Reza rend hommage aux oubliés des théâtres. des oubliés qui « ont brillé pour quelquesuns » sans jamais parvenir à demeurer dans les mémoires. Un immense comédien pour une vie minuscule, devenue type ou genre par le miracle du travestissement, pour dire, à l’instar de Colette, cet envers du théâtre que les autres regardent à l’endroit. Catherine Robert La Colline – Théâtre national, 15 rue Malte- Brun, 75020 Paris. Du 5 mars au 5 avril 2020. Du mercredi au samedi à 20h ; le mardi à 19h ; le dimanche à 16h ; relâche le 8 mars. Tél. 01 44 62 52 52. P E N TH É S I L D’APRÈS HEINRICH VON KLEIST MISE EN SCÈNE SYLVAIN MAURICE AVEC AGNÈS SOURDILLON JANICE IN THE NOISE OPHÉLIE JOH JULIETA DAYAN KOROLIC MATHILDE ROSSIGNOL PAUL VIGNES TRADUCTION ÉLOI RECOING ET RUTH ORTHMANN THÉÂTRE DE SARTROUVILLE ET DES YVELINES CDN É E 4 27 MARS 2020 théâtre 17 la terrasse 285 mars 2020



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