La Terrasse n°282 décembre 2019
La Terrasse n°282 décembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°282 de décembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : la Chute de la maison, mis en scène par Jeanne Candel et Samuel Achache.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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théâtre 24 la terrasse 282 décembre 2019 critique U.J.S.R.A (Un Jeu de Société dans les Règles de l’Art) Le Centquatre-paris/Conception Clara Le Picard Artiste résidente au Centquatre, Clara Le Picard y organise plusieurs fois dans la saison un grand jeu de société de sa conception. Un brainstorming ludique, qui invite artistes et public à puiser dans leur mémoire esthétique. La saison dernière au Centquatre, nous quittions Clara Le Picard sur A Silver Factory. La seconde partie d’un diptyque consacré à Andy Warhol, où deux comédiens et musiciens reconstituent à vue, avec un minimum de moyens, la célèbre Factory. Où l’aventure, le foisonnement d’hier sont convoqués pour interroger le présent et la place qu’y occupent l’art et le désir d’en briser les normes. Dans une forme toute différente, critique Le Casino de Namur II Théâtre du Rond-Point/texte et mes Philippe Caubère Grandeurs et misères de l’amour fou, Festen chez les Belges et splendeurs et décadences de la roulette  : Philippe Caubère valse avec l’alternance, passe de L’Age d’or à la Belgique et crée le dernier volet du Roman d’un acteur. Si l’œuvre de Marcel Proust s’achève avec un roman au titre paisible et consolateur, celle de Philippe Caubère n’a rien de l’irénique lumière du Temps retrouvé, quand le narrateur comprend que seule la mémoire involontaire permet de critique Trois Femmes (L’échappée) Lucernaire/texte et mes Catherine Anne Milena Csergo, Catherine Hiegel et Clotilde Mollet interprètent, au Lucernaire, Trois femmes (L’échappée) de Catherine Anne. Entre intime et politique, une comédie sur trois destins de femmes dont la mise en scène (signée par l’ancienne directrice du Théâtre de l’Est Parisien) pourrait faire preuve de davantage de relief. Madame Chevalier (Catherine Hiegel) est une riche et vieille dame au caractère bourru qui égrène les jours de sa fin de vie, seule chez elle, dans un vaste appartement, loin de ce qui lui reste de famille  : sa petite-fille, qu’elle n’a jamais rencontrée, et sa fille, avec laquelle elle affirme n’avoir aucune affinité. C’est pourtant cette dernière qui engage Joëlle (Clotilde Mollet) comme garde de nuit pour veiller sur sa mère. Cette quinquagénaire aux origines populaires a vu son existence basculer suite à un accident. Elle a alors suivi une formation pour devenir auxiliaire de vie, espérant pouvoir de la sorte subvenir à ses besoins, ainsi qu’à ceux de sa fille, également prénommée Joëlle (Milena Csergo), mèrecélibataire au chômage qui cherche désespérément à trouver sa place dans la société. Son rêve est d’être esthéticienne. Mais, comme elle s’en plaint, très peu d’opportunités sont offertes à celles et ceux qui n’ont pas la chance d’être nés du bon côté du monde. Aussi, le jour où sa mère entre au service de Madame Chevalier, la jeune femme tente le tout pour le tout  : elle entre en contact avec la vieille dame afin d’obtenir d’elle la recommandation qui pourrait changer le cours de son destin. Philippe Caubère dans Le Casino de Namur. faire revivre le passé. La dernière manche du match que Caubère joue sur scène depuis des années est infiniment plus batailleuse, gaillarde et dynamique ! Elle est comme un défi pour catcheur solitaire chargé d’animer le ring en y jouant c’est cette même question que pose U.J.S.R.A (Un Jeu de Société dans les Règles de l’Art), qui ponctue la saison 2019-2020 du Centquatre. Un dispositif ludique qui, lit-on sur la feuille de salle, offre au spectateur « de voir l’envers du décor, de se promener dans les soubassements de la pensée d’un artiste, d’en explorer les méandres ». Avant d’endosser le rôle d’arbitre, Clara le Picard fait la maîtresse de cérémonie. Michèle Laurent La précarité économique face à la précarité affective Écrite et mise en scène une première fois par Catherine Anne en 1999, Trois Femmes (L’échappée)* renaît aujourd’hui dans une nouvelle distribution. Vingt ans après sa création, dans notre époque soumises aux dérives funestes d’un néolibéralisme aveugle, cette histoire pointant du doigt la brutalité des déterminismes sociaux et de l’isolement familial paraît plus que jamais d’actualité. Pourtant, loin de toute solennité dramatique, cette histoire à la croisée de l’intime et du politique éclaire ces constats par le truchement du rire. Il y a beaucoup de drôlerie dans les frottements de cette pièce jouant de la mise en présence de trois personnages aux tempéraments et aux chemins de vie discordants. Dommage que la mise en scène élaborée par Catherine Anne peine à engendrer l’acuité nécessaire à l’apparition des arrière-plans, des lignes de tension, des troubles que révèle la tous les rôles. Loin du raffinement de Charlus, des esthètes délicats ou de la normalisation désormais acquise face aux orientations sexuelles de nos semblables, Philippe Caubère parle dru, appelle un chat un chat et mouille le maillot en mimant la mémé au lifting avachi qui jouit devant la table de jeu du casino et dont le vagin s’ouvre avec force borborygmes suggestifs. Il invente également le prix de la passe comme étalon universel et la possible conversion monétaire entre argent dépensé au casino et coût d’un tapin. Une petite « pipette » en sus dans les toilettes, des coups de raclette dans la figure et la menace d’être pris pour un inverti  : comme pour le pauvre Scapin, on se demande ce qu’allait faire le malheureux Ferdinand en cette galère… éternel retour pour achever la recherche du temps perdu… Philippe Caubère installe son personnage fétiche dans le maelström du casino. Comme d’habitude – et Ferdinand l’avoue – il peine à comprendre ce qui lui arrive alors qu’il est emporté par la fièvre des joueurs aux contagieuses manies. Entre Bruno et Jean-Marie, visité par son père en plein casino (un peu comme Hamlet à Elseneur, la rusticité de la faconde homophobe en plus), Ferdinand s’essaie à gagner, et finit évidemment par perdre… « C’est une journée qui, dans la réalité, nous a beaucoup marqué, Bruno Raffaëlli, le vrai, et moi… » dit Philippe Caubère. Il fait donc profiter le public de cette réminiscence où Ferdinand est pris dans une spirale infernale qui le condamne à l’éternel retour du même  : il gagne, puis perd, Au public installé tout autour du plateau de jeu – un grand cercle couleur arc-en-ciel, où sont inscrits de nombreux mots et quelques symboles –, elle explique les règles de la soirée. Elles sont simples  : chacune à son tour, les deux équipes d’artistes qui s’affrontent lancent un palet sur le cercle. Autour du mot atteint par l’objet, elles doivent présenter en trois minutes minimum un artiste, et si possible donner le nom d’une de ses œuvres. U.J.S.R.A revisite le théâtre d’impro. Il le place sous le signe de l’Art. L’Art et le chrono Le 12 octobre 2019, la première partie de U.J.S.R.A opposait le metteur en scène et comédien David Clavel et le metteur en scène Laurent Bazin, deux artistes associés au Centquatre. Le 16 novembre, pour la seconde partie, on retrouve de nouveau une majorité d’artistes habitués des lieux. Ils se présentent, et en profitent pour annoncer ce qu’ils créeront plus tard dans la saison. La première équipe est composée du duo aalliicceelleessccaannnnee&ssoonniiaadde errzzyyppoollsskkii, dont on pourra découvrir la MMMH [Maison-musée Michel Houellebecq]. La seconde, de Bertrand Bossard – il participe aux Boîtes à rire conçues par Serge Bloch, qui seront Clotilde Mollet, Milena Csergo et Catherine Hiegel dans Trois Femmes (L’échappée). lecture de son texte. On assiste ici à une jolie comédie. Une comédie un peu lisse que l’on aurait aimé voir se transformer en concentré de profondeur et d’évidence théâtrales. Manuel Piolat Soleymat * Texte publié chez Actes Sud – Papiers. Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris. Du 27 novembre 2019 au 5 janvier 2020. Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 16h. Durée de la représentation  : 1h30. Tél. 01 45 44 57 34. www.lucernaire.fr Également les 5 et 6 mai 2020 au Théâtre Montansier à Versailles et du 12 au 16 mai à la MC2 à Grenoble. puis gagne à nouveau, puis perd derechef, puis gagne encore, puis perd tout, puis finit par retrouver sa voiture et rentrer… Jean-Marie a rendez-vous avec son tracteur et ses betteraves et Bruno et Ferdinand doivent retrouver le théâtre le lendemain matin. On suit les victimes de ce récit avec une attentive tendresse, la même que celle dont le public entoure Philippe Caubère depuis ses débuts dans cette Recherche du temps perdu qu’il achève enfin. Catherine Robert Théâtre du Rond-Point, 2 bis av. Franklin- Delano-Roosevelt, 75008 Paris. Du 5 novembre 2019 au 5 janvier 2020. La Baleine et Le Camp naturiste  : du 8 novembre au 29 décembre. Les 8, 12, 16, 20 et 29 novembre et les 3, 7, 11, 20 et 24 décembre à 20h30 ; le 24 novembre, les 15 et 29 décembre à 16h ; relâche le lundi et le jeudi. Le Casino de Namur I  : du 5 novembre au 4 janvier 2020. Les 5, 9, 13, 22, 26 et 30 novembre, les 4, 13, 17, 21, 27 et 31 décembre et le 4 janvier à 20h30 ; le 17 novembre et le 8 décembre à 16h ; relâche le lundi et le jeudi. Le Casino de Namur II  : du 6 novembre au 5 janvier 2020. Les 6, 15, 19, 23 et 27 novembre, les 6, 10, 14, 18 et 28 décembre et le 3 janvier à 20h30 ; le 10 novembre, les 1er et 22 décembre et le 5 janvier à 16h ; relâche le lundi et le jeudi. Tél. 01 44 95 98 21. Le Roman d’un acteur – tome 2, La Belgique, paru le 24 octobre aux éditions Joëlle Losfeld. Signature à la librairie du Rond-Point le 17 novembre et le 18 décembre. exposées en mars 2020 – et du comédien Issam Rachyd Harad. L’équipe féminine commence. Le mot « surgissement » lui inspire la figure de Guignol. Résultat  : trois points – un pour avoir eu l’idée en moins d’une minute, un pour le nom d’un artiste et un pour le récit de plus de trois minutes. Autour du mot « vertige », l’équipe adverse fait preuve d’autant de talent. Bertrand Bossard évoque L’Étendard de Daniel Buren. Il blague pour gagner du temps. Il digresse avec brio. La partie se poursuit à l’avenant, avec la présentation d’œuvres très différentes, telles que Le Pain nu de MohamedChoukri, Portnoy et son complexe de Philip Roth ou encore L’Art de péter de Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut. Invité à voter après chaque récit, le public entre parfois en scène. Un peu trop rarement toutefois pour entrer pleinement dans le jeu, qui aurait aussi gagné à évoluer au fil de la partie. Et donc à être davantage écrit et mis en scène. Anaïs Heluin Le Centquatre-Paris, 5 rue Curial, 75019 Paris. Les 20 décembre 2019, 18 janvier, 8 février, 14 mars, 4 avril et 13 juin 2020 à 20h. Tél. 01 53 35 50 94. Bellamy
Gilles Jobin « VR_I » de Gilles Jobin. Malandain Ballet Biarritz La Pastorale 13 – 19 décembre 2019 danse Réalités réinventées Chaillot-Théâtre national de la Danse/Gilles Jobin/compagnie AΦE Esteban Fourmi et Aoie Nakamura/Adrien M & Claire B Sous ce titre très séduisant, Chaillot lance un nouveau temps fort autour de la danse et des nouvelles technologies. Les réalités réinventées rassemblent les nouvelles possibilités qu’offrent la réalité augmentée, la réalité virtuelle, et toutes ces technologies de pointe qui permettent de voyager dans le temps et l’espace, de placer le spectateur au cœur d’une expérience à la fois visuelle et sensorielle chamboulant la perception même de la représentation. Avec trois compagnies réparties sur la saison, Chaillot propose donc trois démarches artistiques qui placent la recherche technologique au cœur de leur imaginaire chorégraphique. Gilles Jobin ouvre le bal avec VR_I. Sous ce titre un peu mystérieux, se cache une création de réalité virtuelle immersive réalisée grâce à la complicité de la Fondation Artanim, une pointure de la capture du mouvement. Les spectateurs, par groupe de cinq, munis d’un casque et d’un ordinateur portable, rejoignent les danseurs dans un monde merveilleux. Comme eux, ils sont vêtus par Jean-Paul Lespagnard et peuvent partager leurs sensations du mouvement tandis qu’évoluent à leurs côtés les danseurs virtuels… Voyages voyages Autre spectacle en forme d’expérience, en étant toujours équipé d’un casque, WHIST, de 1 place du Trocadéro, Paris www.theatre-chaillot.fr la compagnie AΦE d’Esteban Fourmi et Aoie Nakamura, vous plonge au cœur d’une histoire inspirée par les personnages créés par l’artiste japonaise Shuji Terayama et par les études de cas de… Sigmund Freud. Utilisant à la fois la réalité virtuelle et augmentée, WHIST vous emmène en voyage dans votre propre inconscient visiter vos peurs et vos désirs, grâce aux choix que vous effectuerez entre 76 chemins possibles lors de cette promenade cinématique et interactive. Enfin, Adrien M & Claire B créent un parcours sensoriel en trois temps comprenant un spectacle chorégraphique, Acqua Alta-Noir d’encre, un livre pop-up, Acqua Alta-La Traversée du miroir, et un parcours équipé du casque de réalité virtuelle, Acqua Alta – Tête-à-tête. Acqua Alta raconte également une histoire  : un quotidien qui chavire et précipite l’homme et la femme dans un monde peuplé de monstres, de chimères, de présences diffuses et d’esprits inclassables… Bien sûr, le titre, pour poétique qu’il soit, nous renvoie à la montée des eaux et aux catastrophes qu’elle pourrait générer. Mais plutôt que se désoler, Adrien M & Claire B nous proposent de réanimer notre monde en vivant des sensations fabuleuses et improbables. Agnès Izrine Chaillot Théâtre national de la Danse, 1 place du Trocadéro, 75116 Paris. VR_I  : salle Maurice Béjart. Du 13 décembre au 11 janvier. Spectacle en continu. Les 13, 17, 18, 19 décembre, les 8, 9, 10 janvier de 18h30 à 22h30, le 14 décembre de 16h à 22h30, le 15 décembre dec11h30 à 18h. Tél. 01 53 65 30 00. Durée  : 20 minutes. Avec le Centre culturel suisse dans le cadre de sa programmation « hors-les-murs ». WHIST Compagnie AΦE d’Esteban Fourmi et Aoie Nakamura du 10 au 20 mars 2020. Acqua Alta d’Adrien M & Claire B du 25 au 28 mars 2020. Julien Benhamou Opéra Bastille/Chor. Rudolf Noureev Raymonda Rien de tel qu’une grande œuvre de Rudolf Noureev pour aborder décembre et les fêtes de Noël ! Raymonda, un grand Petipa signé du grand Noureev. Raymonda fait partie des plus grandes œuvres du ballet classique de la fin du xix e siècle. Trois actes pour une histoire d’amour tout en rebondissements, ponctuée de grands pas et de morceaux choisis dans la tradition folklorique russe à travers des danses de caractères. Au Mariinsky à Saint-Petersbourg, il est alors l’ultime chef-d’œuvre de virtuosité et d’inventivité classique de Marius Petipa. Rien d’étonnant alors à ce que ce ballet devienne le premier à sortir de l’escarcelle de Rudolf Noureev après son passage à l’Ouest (voir à ce propos le film de Ralph Fiennes sorti en DVD chez Condor). Dès 1964, il le remonte pour le Ballet Royal de Londres puis pour l’Australian Ballet. C’est également ce ballet qu’il choisit pour son arrivée à la direction du Ballet de l’Opéra de Paris, et pour lequel il amplifie les rôles masculins, dont le fameux Sarrasin Abderam. À ne pas manquer ! Nathalie Yokel Opéra Bastille, place de la Bastille, 75012 Paris. Du 2 au 31 décembre 2019. Tél. 08 92 89 90 90. Photo  : Olivier Houeix danse 25 la terrasse 282 décembre 2019



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