La Terrasse n°282 décembre 2019
La Terrasse n°282 décembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°282 de décembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : la Chute de la maison, mis en scène par Jeanne Candel et Samuel Achache.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
théâtre 14 la terrasse 282 décembre 2019 COMÉDIE DE BÉTHUNE r CENTRE DRAMATIQUE NATIONAL HAUTS-DE-FRANCE annie ernaux cécile backès Reprise à la Comédie de Béthune > mer 18 et jeu 19 déc à 20h En tournée Théâtre de Namur > 9 au 15 janv Comédie de Valence > 5 et 6 fév RENS./RÉSERVATION COMEDIEDEBETHUNE.ORG 03 21 63 29 19 fl.-1-ei7enr— la terrasse'emexiym'hoolgettses laScene tee Toni Servillo et Petra Valentini. propos recueillis/Toni Servillo Elvira (Elvire Jouvet 40) Reprise/Athénée Théâtre Louis-Jouvet/DE Brigitte Jaques-Wajeman/MES Toni Servillo Toni Servillo, figure magistrale de la scène italienne, met en scène et interprète un matériau scénique composé par Brigitte Jaques-Wajeman à partir des cours de Louis Jouvet au Conservatoire en 1940. « J’ai une grande admiration pour Louis Jouvet. Cette pièce offre l’émouvante occasion de voir le théâtre qui travaille dans l’intériorité des personnages. Un maître et une élève sont ensemble devant le mystère du personnage d’Elvire. J’ai cherché l’équilibre entre moi et le personnage, en évitant l’exposé histrionique de moi-même. Il s’agit presque d’une exécution musicale. Je cherche à montrer le travail propos recueillis/Thierry Jolivet de Jouvet, qui consiste justement à interroger la relation entre le comédien et le personnage. » Propos recueillis par Catherine Robert (remerciements à Mara Minalesi) Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 7 rue Boudreau, 75009 Paris. Du 5 au 14 décembre à 20h00, le mardi à 19h00. Tél. 01 53 05 19 19. Vie de Joseph Roulin Les Célestins – Théâtre de Lyon/D’après Pierre Michon/MES Thierry Jolivet Artiste associé aux Célestins – Théâtre de Lyon, Thierry Jolivet adapte et interprète seul en scène Vie de Joseph Roulin de Pierre Michon. Entre conte et concert, il y dit le destin de Van Gogh à travers le personnage éponyme, un employé des Postes de la fin du xix e siècle. « Vie de Joseph Roulin s’inscrit en contrepoint de mes créations précédentes à la tête de ma compagnie La Meute. Notamment de Belgrade d’après Angélica Liddell et de La Famille Royale d’après William T. Vollman, deux pièces plutôt vastes en termes de forme, qui exprimaient avec fracas une grande violence dans les rapports. Et qui avaient une vocation politique centrale. En adaptant et en portant seul en scène ce texte de Pierre Michon, qui est pour moi l’un des plus grands auteurs contemporains, j’ai voulu exprimer quelque chose de doux, de lumineux. Biographie en grande partie inventée d’un employé des Postes, alcoolique, qui apparaît de manière récurrente dans l’œuvre de Vincent Van Gogh, sa Vie de Joseph Roulin pose une question qui m’importe beaucoup  : celle du sens de l’art, de sa portée. Il en exprime la dimension à la fois absurde et miraculeuse. Conte du peintre rouge et du peintre fou J’incarne donc le narrateur du livre, qui mène une sorte d’enquête. De recherche de la vérité de Van Gogh, dont l’histoire ne nous est connue qu’à travers sa gloire posthume. Dans une forme qui est plus proche du concert ou du conte que de la pièce de théâtre au sens classique, j’ai voulu rendre le texte le plus intelligible possible. Tout en conservant ses phrases labyrinthiques, son architecture complexe, caractéristiques de l’écriture de Pierre Michon. Réalisée avec les musiciens qui m’accompagnent, Jean- Baptiste Cognet et YannSandeau, cette adaptation est aussi très visuelle. Grâce à un dispositif vidéo, j’ai voulu prolonger le Thierry Jolivet. voyage, la rêverie qu’offre le texte. Et donner à parcourir l’œuvre de Van Gogh autrement, à voyager à travers elle comme le fait l’auteur de Vie de Joseph Roulin. Loin des sentiers battus de l’expertise, de la critique d’art et du marché ». Propos recueillis par Anaïs Heluin Les Célestins – Théâtre de Lyon, hors-les-murs au Théâtre Nouvelle Génération – Les Ateliers-Presqu’île, 5 rue Petit-David, 69002 Lyon. Du 11 au 15 décembre 2019 à 20h30. Relâche le 15 décembre. Tél. 04 72 77 40 00. www.theatredescelestins.com Également les 30 et 31 janvier 2020 au Théâtre Jean-Vilar de Bourgoin-Jallieu (38), et du 19 au 27 mars au Théâtre la Cité Internationale à Paris. Thierry Jolivet Fabio Esposito
Philippe Delacroix Pascale Cholette focus Nasser Djemaï, un théâtre qui répare le manque Comédien, auteur et metteur en scène, Nasser Djemaï crée Héritiers, qui clôt une trilogie commencée avec deux succès, Invisibles (2011) et Vertiges (2017), chacun nominé aux Molières. Entre échappées oniriques et éclats de quotidien, il fait émerger de manière impressionniste toute la complexité et les contradictions de vies tourmentées. Sans didactisme ni sentimentalisme, mais avec un besoin impérieux d’éclairer subtilement ce qui demeure à la marge. Qu’est-ce qui a fait naître votre désir d’écriture et de mise en scène ? Nasser Djemai  : J’ai suivi une formation d’acteur en France et en Angleterre, auprès de grands metteurs en scène, et j’ai d’abord travaillé en tant qu’acteur. Puis j’ai voulu créer des histoires universelles nées de mon parcours singulier, de mon désir de raconter, nées aussi et peutêtre surtout du sentiment de manque qui m’accompagne, lié à l’enfance. Mes parents, venus d’Algérie dans les années 1950, m’ont dit très peu de choses d’eux-mêmes. J’ai eu besoin de plonger dans ce gouffre, car je n’arrivais pas à trouver ma place, si ce n’est à travers des schémas conformistes de réussite. J’ai l’impression d’avoir grandi comme un orphelin avec des parents handicapés par leur histoire, par la langue, par un tas de choses. Mes parents sont à la fois présence et absence, et dans cet interstice paradoxal, je convoque des fantômes, je m’avance vers l’invisible, vers ce qui est ignoré. Ils m’ont légué une horloge brisée, et c’est au cœur de ce temps arrêté que je me suis livré à une introspection, que j’ai dû me MC93/texte et mes Nasser Djemaï Invisibles Nasser Djemai porte son regard sur des oubliés de l’histoire  : les chibanis, ces « anciens » venus travailler en France dans les années 1950 et 1960. Venus en France pour subvenir aux besoins de leur famille restée au Maghreb, ces travailleurs immigrés ont passé leur vie dans nos usines ou sur nos chantiers, contribuant à la prospérité d’un pays qui n’a pas su leur faire de place. Un jour, un jeune « Français de souche » fait irruption dans le foyer Sonacotra au sein duquel ces ouvriers à la retraite ont, pour diverses raisons, décidé de finir leurs jours. C’est le début d’une fable initiatique qui nous plonge au sein de leur intimité. évitant les clichés et les facilités sentimentales qui pourraient alourdir ce type de projet, Nasser Djemaï crée un théâtre du quotidien, un théâtre du sensible qui porte un éclairage plein de finesse sur ces hommes habituellement cantonnés à l’ombre. Servi par une troupe de comédiens exemplaires, Invisibles nous touche au cœur. Manuel Piolat Soleymat MC93-Maison de la Culture de Seine-Saint- Denis, 9 bd Lénine, 93000 Bobigny. Du 8 au 18 janvier 2020, les mercredis et jeudis à 19h30, le vendredi à 20h30, le samedi à 18h30, le dimanche à 15h30, relâche le lundi. Tél. 01 41 60 72 72. également le 3 mars au Théâtre Molière à Sète ; le 10 mars au Théâtre du Vellein à Villefontaine ; le 13 mars au Point d’Eau à Ostwald. entretien/Nasser Djemai La collision des imaginaires Comment colmater les fissures qui fragilisent les êtres ? Nasser Djemaï répond en inventant des contes initiatiques épris de sens. À la frontière de plusieurs mondes. réapproprier à la fois leur histoire et la mienne. Pour ça le théâtre, c’est génial ! Quel rapport au réel votre écriture fabriquet-elle ? N. D.  : L’écriture permet justement de réinventer le réel. Ce n’est pas particulièrement apaisant mais cela amène à voir le monde d’une autre manière, à voir tout et son contraire. Ancrés dans un faux réalisme, mes textes s’aventurent dans un univers de tous les possibles, entre la vie et la mort, entre le rire et les pleurs, entre la fiction et la réalité. Même si les pièces laissent souvent libre cours à des plongées oniriques, je prends appui sur l’existant. Pour Invisibles et Vertiges, j’ai enquêté pour ne pas perdre pied avec le réel, pour consolider le récit. Ces petites histoires que j’ai entendues, ces détails auxquels je n’aurais jamais pensé, ont permis de libérer des pensées coincées, de construire des personnages complexes. Des personnages souvent à D. R. « Ancrés dans un faux réalisme, mes textes s’aventurent dans un univers de tous les possibles. » la charnière de deux mondes, qui tentent de fuir un réel qu’ils ne supportent pas, entre un ancien monde dont le logiciel ne se serait pas mis à jour et un nouveau monde globalisé qui tend vers l’uniformisation et la financiarisation. Des traditions, des repères, des contes et légendes disparaissent, et les personnages révèlent de manière allégorique les mutations actuelles de notre société. Quels sont les points communs et les lignes de force de votre trilogie ? La Colline-Théâtre national/Création/texte et mes Nasser Djemaï Avec ce dernier opus, Nasser Djemaï fait un pas de côté, en prenant appui non pas sur le vécu de sa famille venue d’Algérie mais sur celui de familles nées en France. Avec les mêmes enjeux universels  : le temps qui passe, la transmission d’une génération à l’autre, la fin programmée du monde ancien, le poids d’une situation qu’on ne parvient pas à maîtriser et qui submerge. Comme Nadir dans Vertiges, Julie (Sophie Rodrigues) fait face à un héritage. Un héritage très coûteux  : une grande maison bourgeoise au bord d’un lac, en pleine campagne, avec des trous qui grandissent. Entre sa mère Betty (Coco Felgeirolles) qui aime tant les lieux, son mari Franck (David Migeot) à qui elle dissimule ses difficultés, sa tante Mireille (Chantal Trichet) qui réclame ce qui lui est dû, son frère Jimmy (Anthony Audoux) qui se rêve comédien en temps réel, la tâche de Julie est ardue. La fin d’un monde Des cerises qui paraît-il tombent des arbres comme des gouttes de sang, un Gardien affairé et immuable (Peter Bonke), un étrange et invisible Homme du Lac (François Lequesne)  : Héritiers Nasser Djemaï. Créé à la MC2:Grenoble le 14 novembre 2019, Héritiers explore l’imbrication complexe entre fantômes du passé et contraintes du présent. Autour d’une histoire d’héritage, réel et illusion combattent… l’écrin réaliste et vieillot se teinte d’étrangeté, d’onirisme fantastique. Réalité et illusion sans cesse entrent en collision, s’imbriquent, révélant au fil du récit les profondes mutations du monde et les fractures temporelles qui transforment le passé en vieux souvenirs suspendus. Alors que les contraintes se multiplient, que le frigo est vide, le déni du réel l’emporte et fabrique des fictions stériles qui se veulent grandioses. Dans cet entrelacs qui télescope le concret de la vie et les envolées imaginaires, la pièce questionne  : comment inventer le futur ? Agnès Santi La Colline – Théâtre national, 15 rue Malte- Brun, 75020 Paris. Du 9 au 22 janvier 2020, du mercredi au samedi à 20h ; le mardi à 19h et le dimanche à 16h. Tél. 01 44 62 52 52. Durée  : 1h50. Spectacle vu à la MC2 Grenoble en novembre 2019. également le 14 février 2020 au Théâtre Liberté à Toulon ; du 17 au 21 mars 2020 au Théâtre de la Croix Rousse à Lyon ; les 24 et 25 mars 2020 au Théâtre d’Angoulême, scène nationale. D. R. N. D.  : D’abord le temps qui passe, implacable. Et son corollaire, la transmission. Des lambeaux de l’ancien monde subsistent dans chacune des pièces ; plusieurs personnages, qui se font écho d’une pièce à l’autre, survivent dans un déni du réel, parfois en se drapant derrière de grandes pensées. Chaque histoire peut se concevoir comme une sorte de réparation du passé. Une étoile pour Noël, mon premier spectacle créé en 2005 et joué plus de 500 fois, fut un socle fondateur qui se prolonge par la trilogie. Invisibles éclaire l’histoire de ces immigrés arrivés en France dans les années 1950 et 1960 pour participer à sa reconstruction à bas coût. Une fois retraités, ils demeurèrent invisibles, pauvres, fatigués et parfois malades. Vertiges s’immisce à l’intérieur d’une famille à l’heure où le père vit ses derniers moments. Nadir, archétype de la réussite sociale, se voit rattrapé par les fantômes du passé et se questionne sur le rituel funéraire. Héritiers est une pièce où le déni de réalité est poussé si loin que la fiction prend le pouvoir sur la réalité. La pièce met en lumière les difficultés d’une famille héritant d’une grande maison bourgeoise trop chère à entretenir. Les comédiens Sophie Rodrigues, Anthony Audoux, Chantal Trichet, Peter Bonke, Coco Felgeirolles, François Lequesne et David Migeot y effectuent un travail d’orfèvre. Jusqu’à dériver vers un ailleurs onirique… Propos recueillis par Agnès Santi Textes publiés aux éditions Actes Sud-Papiers La Colline – Théâtre national/Texte et mes Nasser Djemaï Vertiges Hakim, Mina, Nadir, leur mère, leur père, leur voisine nous ouvrent les portes de leur quotidien. Un microcosme familial très touchant. Les vertiges dans lesquels nous plonge le théâtre de Nasser Djemaï ne reposent pas sur des maelstroms ou des tremblements de terre. Mais sur des tranches de vie tout à fait ordinaires, si ce n’était qu’elles viennent éclairer – à travers les petites choses du quotidien – des pans de notre société habituellement laissés à l’obscurité. Avec cette proposition d’une grande subtilité, Nasser Djemai creuse le sillon de l’intime pour parler d’une France souvent réduite à des fantasmes. « Je me demande si ça existe les familles normales ? », s’interroge Hakim face aux secousses et aux dissensions que fait naître le retour de Nadir au sein de sa famille. Un portrait tout en nuances, porté par des interprètes remarquables. Manuel Piolat Soleymat La Colline – Théâtre national, 15 rue Malte- Brun, 75020 Paris. Du 29 janvier au 8 février 2020, du mercredi au samedi à 20h ; le mardi à 19h et le dimanche à 16h. Tél. 01 44 62 52 52. Durée  : 1h50. également le 24 mars à Alençon, Scène nationale ; le 9 avril à L’Avant-Scène de Cognac ; le 21 avril au Théâtre Jacques Cœur à Lattes ; le 24 avril à la Maison du Peuple à Millau. www.nasserdjemai.com théâtre 15 la terrasse 282 décmbre 2019



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :