La Terrasse n°281 novembre 2019
La Terrasse n°281 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°281 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 18,1 Mo

  • Dans ce numéro : jazz en oppositions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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théâtre 4 la terrasse 281 novembre 2019 critique La dernière bande Athénée Théâtre Louis-Jouvet/DE Samuel Beckett/MES Jacques Osinski Ce fut l’un des moments impressionnants de la dernière édition du festival Off d’Avignon. Le comédien Denis Lavant, dans La dernière bande de Samuel Beckett, mise en scène par Jacques Osinski. Une proposition d’une densité rare, à voir à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Chaque année, le jour de son anniversaire, Krappenregistre sur une bande magnétique les réflexions qui lui viennent à l’esprit en repensant à l’année qu’il laisse derrière lui. Chaque année également, parallèlement aux jaillissements de ses soliloques, il pioche au sein de vieux cartons pour en sortir des bandes enregistrées tout au long de son existence, dans les mêmes circonstances. Il se met alors à réécouter des extraits de ces archives sonores, confrontant la matière de son passé – qu’il commente par le biais de paroles ou d’expressions bougonnes, lasses, dépitées, moqueuses… – à celle de son présent. C’est critique un homme profondément esseulé que Samuel Beckett convoque dans La dernière bande (pièce écrite à la fin des années 1950, publiée aux éditions de Minuit). Un écrivain sans œuvre et sans carrière dont Denis Lavant s’empare avec le talent et l’intelligence qu’on lui connaît. Une apnée stupéfiante Sous la direction du metteur en scène Jacques Osinski, le comédien révèle non seulement l’acuité des mots de Samuel Beckett, mais aussi la puissance des silences, des gestes et des situations qui participent à la grandeur de son écriture. Tout commence par une apnée Les guêpes de l’été nous piquent encore en novembre/L’Affaire de la rue de Lourcine La Tempête/textes de Ivan Viripaev puis Eugène Labiche/MES Frédéric Bélier-Garcia Frédéric Bélier-Garcia dirige finement ses acteurs dans deux pièces qui ont en commun l’enquête policière, le vaudeville et l’absurde. « Qui est venu passer l’après-midi du lundi avec Sarra ? » se demande son mari, Robert. Si c’était Markus, comme elle le prétend, pourquoi l’ami du couple, Donald, soutient que ledit Markus était chez lui ? Tel est le point de départ de la pièce d’Ivan Viripaev, qui signe une comédie aussi cocasse qu’absurde, où les personnages peuvent manger des index, tenir des propos antiféministes ou réagir tragiquement à une pluie de trois jours. Mais la comédie aux allures de vaudeville vire rapidement à la fatigue ontologique tandis que la vérité reste toujours fuyante. Dans Les Guêpes de l’été nous piquent toujours en novembre, on ne saura pas à la fin où était le fameux Markus ni même si les trois amis n’auraient pas joué à un jeu qui se termine en rires et en chatouilles. La fin reste ouverte et mystérieuse, sans doute la meilleure façon d’illustrer l’angoisse métaphysique très présente dans cette pièce héritière de Sarraute, Pinter ou Beckett. Une mise en miroir réussie Des références évidemment absentes chez Labiche, né quelque 159 ans avant Viripaev, même si Frédéric Bélier Garcia voit en L’Affaire de la rue de Lourcine ce même « face-à-face avec notre golem personnel, notre être désastreux ou ‘désastré’, cette pelote de fils emmêlés tissée de nos obsessions, nos peurs, nos fantasmes, nos manquements, nos défaillances. » De fait, les personnages de la pièce de Labiche, Jean-Charles Clichet, Camille Chamoux et Stéphane Roger dans Les Guêpes… eux aussi, recherchent frénétiquement la vérité, à savoir  : les deux amis Lenglumé et Mistingue ont-ils, au cours d’une soirée arrosée, assassiné une petite charbonnière ? Frédéric Bélier Garcia présente les deux pièces dans un décor quasi identique, et prend quelques libertés avec la comédie de Labiche  : la chicha et le cambouis remplacent la pipe et le charbon, le texte est raccourci et débarrassé des « sapristi » et autres mots fleurant le xix e siècle. Outre un rythme allegro, il en résulte une modernité qui épouse parfaitement celle de Viripaev, au point que la phrase de la pièce de Labiche, « Il y a une lacune dans mon existence », pourrait aussi bien figurer dans l’autre. Sans forcer le trait, le metteur en scène réussit son pari de mettre en miroir ces deux pièces écrites à plus d’un siècle d’écart, avec pour principaux atouts ses comédiens, finement dirigés, notamment le trio Camille Chamoux, Jean-Charles Clichet et Stéphane Roger qui passent aisément d’une écriture à l’autre, de situations vaudevillesques au vide existentiel, du rire à la mélancolie. Isabelle Stibbe La Tempête, la Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Du 8 novembre au 1er décembre 2019. Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Tél. 01 43 28 36 36. Spectacle vu au Quai d’Angers en octobre 2019. Durée  : 1h45. Pascal Victor/ArtcomPress
Pierre Grosbois Chiara Pasqualini Denis Lavant dans La dernière bande. stupéfiante. Un prologue d’une vingtaine de minutes durant lequel, sans parler et dans une ambiance de semi-obscurité, Krapps’occupe tranquillement. Il entre et sort, épluche une banane, la mange, finit par glisser sur sa peau, fouille dans ses poches ou dans les tiroirs de la table qui se trouve devant lui, s’assoit et se lève, se déplace, reste immobile face à nous ou s’abstrait de nos regards à l’occasion de longs instants passés hors de scène… C’est critique l’intensité même du présent qui s’affirme ici, avant même que ne soit prononcé un mot. On sourit. On est suspendu à un geste, une attitude. On est emporté par la force de la vie qui apparaît, dans toute sa singularité et sa drôlerie, à la faveur de la performance de clown saisissante qui nous est offerte. Puis le temps des mots arrive. Prononcés en direct ou retransmis par un vieux magnétophone, ils nous plongent dans les gouffres existentiels et les souvenirs d’amour de Krapp. Et là aussi, Denis Lavant excelle. Le comédien incarne magnifiquement les errances et les contradictions de son personnage. Virtuose du verbe comme virtuose du mouvement, virtuose du corps, le comédien embrasse et exalte toutes les dimensions du théâtre. Manuel Piolat Soleymat Athénée Théâtre Louis-Jouvet, square de l’Opéra Louis-Jouvet, 7 rue Boudreau, 75009 Paris. Du 7 au 30 novembre 2019. Le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h. Spectacle vu à l’occasion de sa création lors du Festival Off d’Avignon, au Théâtre des Halles, le 17 juillet 2019. Durée de la représentation  : 1h20. Tél. 01 53 05 19 19. www.athenee-theatre.com Je crois que dehors c’est le printemps Le Monfort Théâtre/DE Concita de Gregorio/MES Giorgio Barberio Corsetti ET Gaia Saitta Grâce à la mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti et Gaia Saitta, une banale histoire familiale qui vire au fait divers tragique donne naissance à un spectacle subtil et émouvant. Il est des spectacles qu’il vaut mieux ne pas trop dévoiler, au risque d’en défaire les subtils équilibres. Je crois que dehors c’est le printemps fait partie de ceux-là. Seule en scène, ou presque, dans lequel une femme se raconte autour de la tragédie qui bouleverse sa vie, ce spectacle est une œuvre si délicate qu’on craint, par trop de paroles, de la fragiliser. Disons donc tout de même, avec précaution, qu’elle paraît inspirée d’une histoire vraie, une histoire qui s’est produite en Suisse. Une histoire ordinaire qui va soudain basculer. En 2005, Irina rencontre Mathias. Elle a 35 ans, et sans tomber amoureuse de ce grand blond, suisse allemand qui louche un peu, elle en attend un enfant, si bien qu’ils décident de se marier. Lui est calme, rassurant, solide « comme un rocher dans la mer ». Rien ne l’ébranle, pas même l’annonce que ce sont finalement des jumelles qui vont naître. Puis, à coups de post-its collés partout dans la maison, qui disent à sa femme quoi faire, comment s’occuper de la maison, des enfants, comment allumer la lumière, comment faire le petit-déjeuner, Mathias va révéler un drôle de caractère conduisant le couple tout droit à la séparation. Jusqu’à ce jour tragique du mois de janvier 2011. Sur le fil entre la réalité et la fiction Naviguant entre la chronique familiale, l’enquête policière, la leçon de résilience et le théâtre documentaire, Je crois que dehors c’est le printemps avance en sinuant, suivant un récit non linéaire, dont la qualité première Je crois que dehors c’est le printemps. est de toujours ménager un certain suspens. La seconde est de varier les angles d’approche, les adresses, secondée en cela par un dispositif scénique sensible et stimulant. Filmant en gros plan quelques spectateurs et spectatrices du public, Gaia Saitta en fait les interlocuteurs quasi-muets de son histoire et approfondit ainsi une thématique naturelle de ce travail, celle de la relation à l’autre. La grand-mère, le psy, l’amie Paola, la juge ou le sémillant Luis prennent ainsi des visages attentifs, pleins d’empathie et d’humanité. Tirant des bords habiles entre les écueils du vérisme, du pathos ou de la leçon de vie, qu’on entrevoit à peine au large, Je crois que dehors c’est le printemps doit également beaucoup de sa réussite à l’interprétation de Gaia Saitta, qui oscille entre le naturel et l’incarnation, et fait vibrer l’émotion sans jamais paraître la rechercher. Sur le fil entre la réalité et la fiction, le spectacle nous renvoie ainsi aux abîmes au-dessus desquels flottent nos vies, dans lesquels elles sont susceptibles à tout moment de s’enfoncer, mais aussi desquels, étonnamment, elles sont capables de s’extirper. éric Demey Le Monfort Théâtre, 106 rue de Brancion, 75015 Paris. Du 12 au 23 novembre à 19h30. Relâche le dimanche et le lundi. Tél. 01 56 08 33 88. Spectacle vu au Galet à Pessac, dans le cadre du FAB – Festival International des Arts de Bordeaux. Durée  : 1h30. MUSIQUES EN NOVEMBRE CALIXTO BIEITO THE STRING QUARTET’S GUIDE TO SEX AND ANXIETY 12 AU 14 NOVEMBRE ESPACE CARDIN T.M. KRISHNA LA MUSIQUE CARNATIQUE, CORPS ET ÂME 16 NOVEMBRE THÉÂTRE DES ABBESSES JOURNÉE MARC COPPEY FÊTER LE VIOLONCELLE 17 NOVEMBRE ESPACE CARDIN LENA HERZOG LAST WHISPERS 21 NOVEMBRE THÉÂTRE DU CHÂTELET SAHAR MOHAMMADI HAIG SARIKOUJOUMDJIAN JASSER HAJ YOUSSEF 23 NOVEMBRE THÉÂTRE DES ABBESSES theatredelaville-paris.com théâtre 5 la terrasse 281 novembre 2019



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