La Terrasse n°281 novembre 2019
La Terrasse n°281 novembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°281 de novembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 18,1 Mo

  • Dans ce numéro : jazz en oppositions.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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théâtre 12 la terrasse 281 novembre 2019 photos Shutterstock/Snuby Production Licence  : 18822 entretien/MohamedEl Khatib La Dispute Théâtre de la Ville – Espace Cardin/Conception et mes MohamedEl Khatib Poursuivant son travail avec des non-professionnels, l’auteur et metteur en scène MohamedEl Khatib aborde dans cette nouvelle création la question de la séparation amoureuse à travers un point de vue quasi absent des études sur le sujet  : celui des enfants. Après deux spectacles consacrés à la mort, au deuil (Finir en beauté et C’est la vie), une pièce sur et avec des supporters du RC Lens (Stadium) ou une Conversation avec Alain Cavalier, vous vous intéressez à la rupture conjugale. Qu’est-ce qui vous a mis sur la voie de tel ou tel sujet ? Mohamedel Khatib  : Ce peut être une rencontre, comme avec la femme de ménage de Moi, Corinne Dadat, un événement de ma vie personnelle – dans Finir en beauté, où j’évoque le deuil de ma mère – ou encore une observation sur un fait de société. Mais dans le cas de La Dispute, ce n’est rien de tout ça. Ce spectacle est né de l’invitation du Théâtre de la Ville à créer une pièce pour le jeune public. Cela m’a poussé à rencontrer de nombreux enfants, à échanger avec eux de manière libre, sans intentions précises. J’ai constaté combien la séparation conjugale faisait partie de leur quotidien. Et combien la parole de l’enfant sur le sujet était absente. En quoi cette parole est-elle différente de celle des adultes, qu’il s’agisse des parents ou des spécialistes de la question ? M.e.K.  : J’ai été surpris par la liberté totale, par le détachement avec lequel les enfants parlent de la séparation de leurs parents, qui chargent au contraire beaucoup l’événement. De même que les psychologues. J’ai voulu donner à entendre cette liberté, en choisissant des enfants de divers milieux sociaux et de différentes zones géographiques. Vous avez rencontré de très nombreux enfants, à Paris et à l’occasion de vos tournées, pour n’en sélectionner finalement que onze. Quels ont été vos critères, en plus des l'amant de Harold Pinter Harold Pinter est représenté par L’Arche, Agence théâtrale mise en scène Margaret Clarac & Alexandre Cattez avec Margaret Clarac & Alexandre Cattez et en alternance Sébastien Bourbon Jean Hautepierre MohamedEl Khatib. « J’ai été surpris par la liberté totale, par le détachement avec lequel les enfants parlent de la séparation de leurs parents. » aspects sociaux et géographiques que vous évoquez ? M.e.K.  : J’ai choisi de travailler avec des du 8 novembre 2019 au 5 janvier 2020 vendredi & samedi à 20h30 dimanche à 16h30 Marion Poussier enfants de huit ans, qui ont encore une grande spontanéité, mais qui ont déjà développé une vraie lucidité sur le monde qui les entoure. Un enfant de cet âge repère tous les signes qui font qu’un couple n’est plus un couple. Je tenais aussi à ce qu’ils n’aient jamais eu d’expérience théâtrale, et que leurs parents ne soient pas comédiens, afin qu’ils abordent l’aventure avec le regard le plus vierge possible. Comment avez-vous accompagné le récit de vos jeunes interprètes ? Serez-vous avec eux au plateau ? M.e.K.  : À partir des entretiens réalisés en amont, j’ai mis en place avec chacun un canevas de récit, qui les guide pour déployer leur témoignage. Cela permet de conserver le naturel, la fragilité de leur parole. Très façonnés par l’apprentissage de la poésie, leur faire apprendre un texte par cœur était de toute façon impossible. Tout comme faire monter un adulte sur scène. Il est important de conserver la belle singularité de leur parole. Propos recueillis par Anaïs Heluin Théâtre de la Ville – Espace Cardin, 1 av. Gabriel, 75008 Paris. Du 8 novembre au 1er décembre 2019, à 15h et à 20h. Tél. 01 42 74 22 77. www.theatredelaville-paris.com. Également au Théâtre du Beauvaisis le 6 décembre et au Théâtre de Choisy-le-Roi le 12 janvier 2020. Critique La Loi des Prodiges reprise/Espace culturel Robert Doisneau - Meudon La Forêt/la scène watteau - nogent-sur-marne/écriture et interprétation François de Brauer François de Brauer réalise une époustouflante et hilarante performance autour de la Réforme Goutard, portée par Rémi Goutard et visant à faire disparaître les artistes. C’est à une extraordinaire épopée que nous convie François de Brauer. La saga retrace le périple d’une vie, celle de Rémi Goutard, à partir du moment même de sa naissance, entre une mère frustrée et un père artiste raté, « scénariste médiocre et schizophrène de génie » selon son psychanalyste. Comme en écho à la sonnerie calamiteuse que répète Peter Sellers dans The Party de Blake Edwards, un fameux jingle qui déraille annonce et déclenche la comédie. Une comédie irrésistible dans laquelle François de Brauer déploie un talent digne des plus grands, interprétant une vingtaine de personnages avec une précision, une virtuosité et une vivacité millimétrées, sans aucun accessoire, uniquement grâce à son jeu et à sa voix qui instantanément se transforment. Avec cette apparence de facilité ou plutôt cette évidence du geste qui signifient un très patient travail. Mis à part une chaise, le plateau est nu, mais la tumultueuse aventure nous transporte d’un appartement familial à un musée, d’un plateau de télévision à une manifestation devant l’Assemblée Nationale, jusqu’à un vaste bureau de chef d’état tendance Ubu. Les artistes, secte improductive Rémi traverse diverses étapes marquantes. Son enfance d’abord puis sa jeunesse, où, étudiant en histoire, il visite le musée d’art contemporain avec sa petite amie qui s’extasie devant les œuvres, alors que lui constate qu’elles sont « plus difficiles à regarder qu’à peindre » (surtout l’une d’entre elles). Sa carrière comme député, engagé dans un projet de réforme visant à faire disparaître les artistes, une secte improductive, avec face à lui son adversaire de toujours, Régis Duflou,
D. R. François de Brauer, remarquable interprète. peintre et plasticien très coté sur le marché. Ses rencontres aussi avec un clown mendiant fan de Picasso qui s’essaie maladroitement à la magie. En apothéose cauchemardesque mais toujours aussi drôle, le scénario virevoltant nous plonge dans un monde de pouvoir fantasmé. Avant une fin touchante. François de Bauer signe aussi le texte, structuré par la question centrale de l’utilité de l’art et des artistes. Là encore, c’est une réussite. L’affrontement tout en piques et saillies entre Rémi et Régis – pas si dissemblables que ça – n’a rien d’un combat entre l’obscurité et les lumières. Fin et percutant, le scénario fait émerger diverses questions comme les dérives de l’art contemporain dont les cotes s’affolent démesurément et les œuvres laissent parfois perplexes (n’est pas Marc Rothko qui veut), la condition des artistes, la fabrication de l’opinion, la disparition de la pensée, la surenchère médiatique vouée à l’audimat. Ainsi, pour éviter l’ennui, le débat télévisé entre Goutard et Duflou est agrémenté d’un hilarant numéro de jongleur à l’incroyable talent et à l’agrès plus incroyable encore (nous n’en dirons pas plus…). Le rire que ce spectacle provoque naît de mille causes. Du décalage, de l’inattendu, de l’audace de son auteur, qui fait l’éloge du doute contre les certitudes. Bravo à François de Brauer, tout simplement prodigieux ! Agnès Santi Espace culturel Robert Doisneau, 16 av. du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, 92360 Meudon-la-Forêt. Tél. 01 41 14 65 50. Le 27 novembre 2019. La Scène Watteau, place du Théâtre, 94130 Nogent-sur-Marne. Le 29 novembre 2019. Tél. 01 48 72 94 94. Durée  : 1h40. critique Les Mille et Une Nuits Odéon-Théâtre de l’Europe/mes Guillaume Vincent Pour adapter le légendaire recueil de contes orientaux des Mille et Une Nuits, Guillaume Vincent tente d’en déployer toutes les résonances. Impressionnant. C’est un fleuve hybride et polyphonique que ces Mille et Une Nuits. Popularisée en France au xviii e siècle par leur traducteur Antoine Galland, l’œuvre originelle fut augmentée de quelques figures telles Aladin, Ali Baba ou Sinbad le marin, qui assurent aujourd’hui son succès. Mais c’est bien Shéhérazade, narratrice du récit cadre, la véritable héroïne de ce recueil d’histoires aux multiples sources orientales. Pour rappel, le sultan Shahryar tue sa femme adultère et se venge de la trahison féminine en épousant, déflorant et décapitant une jeune fille vierge chaque nuit. Violente entame, c’est peu de le dire, que Guillaume Vincent transforme en scène de film d’angoisse, très aboutie, comme il aime tant à en proposer au plateau. Survient ensuite, en robe blanche de mariée, Shéhérazade, la fille du grand vizir, qui met fin à l’horreur puisqu’elle parvient avec sa sœur à retarder son exécution en racontant des histoires au sultan. Ces histoires, ce sont les contes des Mille et Une Nuits dont Guillaume Vincent fait ici une sélection très convaincante. À travers elle, il rend en effet honneur aux multiples dimensions de l’œuvre tout en travaillant leur écho avec le monde d’aujourd’hui. Superposition des lieux et des époques Le spectacle révèle tout d’abord combien Les Mille et Une Nuits réunit des esthétiques extraordinairement disparates. Des textes courts, longs, enchâssés, en miroir, déploient une multiplicité de registres – comique, érotique, poétique, trivial, édifiant, pathétique… et bien sûr merveilleux –, autant de couleurs que Guillaume Vincent, qui affectionne les ruptures et pastiches, fait très habilement coexister au plateau. Dans une superbe scénographie modulable à l’envi, constituée de multiples petites graphisme Pierre di Sciullo 2019 dessins Aurélie William Levaux Elizabeth Carecchio La scène initiale des Mille et Une Nuits de Guillaume Vincent. maisons couvertes de rideaux de nattes tressées multicolores, d’où les personnages sortent comme des diables de leur boîte, ou comme des personnages de leur récit, il fait évoluer ses 17 acteurs et actrices dans de discrètes et superbes effluves musicales d’Orient. Superposant subtilement les lieux et les époques, l’Orient fascinant d’hier et celui plus sombre d’aujourd’hui, l’ailleurs et l’ici, il tisse des ponts entre le merveilleux et le réel, à l’instar de l’histoire de la légendaire chanteuse Oum Kalthoum qu’il ajoute à celle des 1001 Nuits. Osant quelques adaptations, ajouts et autres actualisations aux histoires d’origine, il parvient à faire vibrer un monde où les rapports entre les sexes sont tissés de violences et de passions dévorantes, où les désirs s’expriment sans fard, avec Nasser Djemaï Angélica Liddell Peter Handke Alain Françon Yasmina Reza Norah Krief Anouk Grinberg Judith Rosmair Emma Dante Wajdi Mouawad Pascal Rambert Arthur Nauzyciel Charlotte Farcet Frédéric Fisbach Simon Falguières Krzysztof Warlikowski humour et une étonnante liberté, où l’altruisme, la générosité voisinent avec la cruauté. En préservant la couleur locale sans jamais céder à un quelconque orientalisme mièvre, ce spectacle traduit finalement ce que Les Mille et Une Nuits ont d’universel et d’intemporel, comment ces récits vieux de plus de dix siècles dessinent un lieu commun de notre humanité. éric Demey Odéon Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon, 75006 Paris. Du 8 novembre au 8 décembre, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15h. Tél. 01 44 85 40 40. Spectacle vu à Bonlieu, Scène Nationale d’Annecy. Durée  : 2h50 avec entracte. 2020 www.colline.fr 15 rue Malte-Brun, Paris 20 e métro Gambetta théâtre 13 la terrasse 281 novembre 2019



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