La Terrasse n°278 jui/aoû 2019
La Terrasse n°278 jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°278 de jui/aoû 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 148

  • Taille du fichier PDF : 33,2 Mo

  • Dans ce numéro : grands entretiens.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 26 - 27  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
26 27
théâtre 26 la terrasse 278 juillet 2019 – avignon en scène(s) Direction Galin Stoev theatre-cite.com Centre Dramatique National Toulouse Occitanie Saison 19-20 ThéâtredelaCité Silhouettes  : Hideki Inaba (2011)/Design  : Pierre Vanni Licences spectacle 1-1109344, 2-1109345, 3-1109346 40° sous zéro La Manufacture - La Patinoire/DE Copi/MES Louis Arene Après Le Chien, la nuit et le couteau de Marius von Mayenburg, le Munstrum Théâtre présente deux pièces de Copi  : L’Homosexuel ou la Difficulté de s’exprimer (1971) et Les quatre Jumelles (1973), unies sous le titre 40° sous zéro. Une réussite. Quelle folie ! Quelle démesure ! Et quel talent ! Mettre en scène Copi aujourd’hui est un pari difficile, relevé par le bien nommé Munstrum Théâtre avec une éblouissante maestria et une jubilation de tous les instants. Ce que réalise cette jeune compagnie, c’est une forme singulière de dépassement du texte grâce à un alliage formidablement énergique condensant tous les artifices du théâtre. Comme une sorte de transe joyeuse malgré la mainmise de pulsions bestiales, dévastatrices et meurtrières. Le jeu et les corps dans l’espace font naître une multitude de situations loufoques qui s’enchaînent sans relâche, créant une partition vertigineuse où le sens, délesté de ses habituels attributs cartésiens, s’aventure dans des zones indéterminées, archaïques, primitives et brutes. Ce qui frappe aussi dans cette mise en scène, c’est une manière ténue et vive de faire surgir des moments de vérité au cœur de cette extravagance. L’image inaugurale superbe donne le la. Silhouette imposante, un personnage monstrueux et grandiose chante a capella Girls just want to have fun de Cyndi Lauper. Un rappel des revendications des années 1970 autant qu’un appel à la liberté pour tous, aujourd’hui. À l’image de la longue robe-couverture patchwork qui habille certains, Christian Lacroix mêle les époques et les styles dans les costumes qu’il crée, aussi excessifs et exacerbés que la parole de Copi. D’impressionnantes coiffes les accompagnent, conçues par Véronique Soulier-Nguyen. Ici les morts se relèvent Comme toujours dans le travail de cette compagnie, des masques comme une seconde peau accentuent l’étrangeté des êtres, la perte d’identité, créant au-delà du genre. Les deux pièces ont en commun le froid extrême – la Sibérie pour L’Homosexuel ou la Difficulté de s’exprimer et l’Alaska pour Les quatre Jumelles – et l’enfermement, signifié par de hauts murs qui s’effaceront pour Théâtre et politique  : quelle relation ? Entretien/Olivier Neveux Contre le théâtre politique, soit pour le théâtre et pour la politique… Professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre à l’école Normale Supérieure de Lyon, Olivier Neveux analyse dans son essai intitulé Contre le théâtre politique (La Fabrique éditions) l’association qui prévaut entre théâtre et politique. Contre leur alliance conformiste, il plaide pour l’inconfort, pour une « rencontre possiblement fructueuse ». Comment caractérisez-vous ce que vous nommez la « dé-politique culturelle » ? Olivier Neveux  : Ce que l’on a pris l’habitude de nommer « politique culturelle » est aujourd’hui l’objet d’une dépolitisation, c’està-dire d’une opération qui tend à la rendre vide de toute possibilité d’alternative. Elle est l’objet, comme tant d’autres secteurs, d’une « gouvernance comptable » qui maquille son idéologie sous l’évidence d’une adaptation aux « nécessités » du nouveau monde. Un nouveau monde qui a les mêmes traits que le vieux monde de Thatcher, Reagan ou Blair  : logique de la concurrence, bureaucratisation et contrôle des pratiques, conformation des projets, primat systématique de l’intérêt privé sur l’intérêt général. Quel est le statut actuel de l’artiste ? Celui de l’œuvre d’art ? O. N.  : Dans un moment marqué par l’hégémonie néolibérale, qui ne trouve de « valeur » qu’à ce qui en produit, force est de constater que l’œuvre subit une occultation. À l’exception de quelques-unes, l’œuvre est comme devenue superflue, accessoire. Elle est un prétexte  : à des débats, à des actions sociales, à de bien bonnes soirées bourgeoises. Quant aux artistes, ils sont culpabilisés de n’être ni rentables ni immédiatement utiles. Alors, il est exigé d’eux qu’ils viennent résoudre les dégâts successifs des politiques néolibérales de ces dernières années ; qu’ils produisent les divertissements, les asservissements ou les communions nécessaires à la pacification sociale. On leur demande de venir faire le travail des éducateurs, sans en avoir la formation, dans le même temps où se poursuivent les politiques de destruction des métiers « sociaux ». Pourquoi considérez-vous que l’affirmation « Tout théâtre est politique » signifie le plus souvent son contraire ? O. N.  : Cette affirmation est nécessaire mais insuffisante. Elle permet de rappeler que le théâtre s’inscrit dans un moment donné de l’histoire, qu’il est tributaire des rapports sociaux. Mais une telle proclamation prend un risque  : dispenser de toute interrogation sur ce « L’enjeu majeur est à cette heure de refaire de l’association théâtre et politique une association compliquée. » que la politique peut bien signifier puisqu’elle est en quelque sorte toujours « déjà là ». Ce qu’elle implique n’est plus l’enjeu d’une réflexion, d’une pratique ou d’une controverse. C’est là pourtant une question décisive  : que veut dire politique, si l’on décide, pour l’articuler, de la distinguer de l’éthique, de l’économique ou l’esthétique ? La Terrasse, premier média arts vivants en France
Darek Szuster Anne Julien Deux pièces de Copi mises en scène par Louis Arene. rendre visibles la cage de scène et un rideau de théâtre bancal, déglingué, mais toujours là. Toujours là pour les exilés fuyant l’oppression et amoureux de la liberté de la scène. Copi a quant à lui choisi un rapprochement transgressif assemblant le rire et la mort. Dans un univers déchiré par toutes sortes de conflits qui ne se résolvent jamais, le corps est un terrain d’affrontements inlassables. La mise en scène joue de ces contrastes et tensions entre cruauté et drôlerie, kitsch et sublime. Froid oblige, la soupe que prépare Madre à sa supposée fille Irina dans L’Homosexuel n’est pas faite avec de petits légumes, mais préparée à grands coups de serpe dans… un ingrédient poilu. Très poilu aussi, le chien de la maison qui a de drôles de manières d’être proche avec ses maîtres. Parfois affublés d’étranges prothèses, avec à leurs pieds geta japonaise, chaussures de Olivier Neveux. « Quelle est donc cette « réalité » qui serait le premier et le dernier mot de la politique ? » Quels rapports le théâtre entretient-il avec la militance ? Avec l’émancipation ? O. N.  : Je récuse les deux versions les plus fréquentes. Celle qui veut qu’il n’y ait d’art politique que « militant » – je crois qu’il y a de nombreuses autres façons de faire dialoguer, d’associer ou de faire polémiquer « art et politique » – et celle, plus répandue, qui fait du militantisme un obstacle à l’art d’advenir. Cette idée dominante ne peut s’énoncer qu’à ignorer tant d’artistes et d’œuvres militantes qui ont contribué à la puissance du théâtre. La question de l’émancipation est difficile. Disons que l’affirmation d’un projet émancipateur est souvent suspecte. Combien de paternalisme, d’évangélisme sous le désir « généreux » d’émanciper les autres de leurs aliénations et de leurs ignorances ? ski, cothurnes queer, patins à glace ou chaussures des années 1950, les comédiens – Louis Arene, Lionel Lingelser, Sophie Botte, Delphine Cottu, Olivia Dalric, Alexandre Éthève et François Praud – impressionnent par la vivacité, la précision et l’énergie physique de leur jeu. Invité sur la scène, le Paradis blanc de Michel Berger (une très belle chanson) télescope un cauchemar rougi d’hémoglobines. Mais un cauchemar étonnamment joyeux, empli d’un furieux désir de vivre. Agnès Santi Avignon Off. La Manufacture – La Patinoire, 2 rue des écoles (navette prévue). Du 5 au 25 juillet, à 21h20. Relâches les 11 et 18 juillet. Tél. 04 90 85 12 71. Durée  : 2h45, trajet navette compris. Le regard de l’enquêteur n’est jamais vierge. Qu’en est-il du vôtre ? O. N.  : Il ne l’est pas, bien sûr. Cela signifie deux choses  : que le regard est situé tout d’abord presque « passivement » par la place sociale que nous occupons. Elle conditionne la vision et l’attention. Elle suppose d’être pensée. Je n’y échappe pas bien sûr. Le regard est aussi activement situé  : je ne camoufle pas les outils théoriques qui me font travailler et qui ont tous (ou presque) trait à ce que l’on appelle, grossièrement, la « radicalité » et que je préfère, me concernant, désigner à la suite du philosophe Ernst Bloch, comme « le courant chaud du marxisme »  : ces pensées hérétiques en regard de l’orthodoxie, animées par le souci pratique de contribuer, à leur façon, au « mouvement réel qui abolit l’ordre existant ». Comment analysez-vous le théâtre documentaire – ou documenté – présent sur nos scènes ? Que pensez-vous du réalisme au théâtre aujourd’hui ? O. N.  : Je cherche moins à l’envisager du point de vue de ses causes que de celui de ses conséquences. Que produit cette inflation de spectacles qui ont pour revendication de nous « informer », de nous « éclairer » sur la réalité, à la suite d’une enquête ou d’une documentation ? Quelle est donc cette « réalité » qui serait le premier et le dernier mot de la politique ? Qu’est-ce que tout cela finit par produire sur nos conceptions de la politique et de l’art ? Dit autrement  : n’y a-t-il pas lieu de rompre avec l’idée que le théâtre documentaire qui traite de l’actualité est, par automatisme, politique (il est possible de tout dépolitiser) ? Ne le devient-il pas aussi parce qu’il travaille à faire advenir, par le théâtre, un savoir dont lui seul est capable ? Par quels chemins peut advenir la rencontre entre théâtre et politique ? Pour créer quel type de relation avec le spectateur ? O. N.  : Je ne suis pas là pour le dire ; je travaille à partir de ce que je vois, des spectacles qui me troublent ou m’interpellent. Mon livre n’a pas de vocation programmatique. Cela dit, me semblet-il, l’enjeu majeur est à cette heure de refaire de l’association théâtre et politique une association compliquée. En regard de votre question, je pense à une remarque d’Heiner Müller qui constatait « qu’il y a beaucoup de solutions mais trop peu de problèmes. Il s’agit plutôt d’inventer des problèmes, de trouver des problèmes et de leur donner de l’importance ». Il en va ainsi du théâtre politique  : il pose, désormais, trop peu de problèmes. Il faut refaire de cette association théâtre et politique un problème. Comme l’est toute pratique politique en prise avec la singularité de la conjoncture ; comme l’est le théâtre lorsqu’il s’acharne à se dégager du conformisme qui, toujours, le menace. Propos recueillis par Agnès Santi Partenariats, contactez-nous/01 53 02 06 60 ou la.terrasse@wanadoo.fr Saison 19-20 Retour à Reims Didier Eribon Thomas Ostermeier 21 sept 1er oct Banquet Capital Sylvain Creuzevault 4 12 oct Le Misanthrope Molière Alain Françon 16 oct 9 nov Architecture Pascal Rambert 15 24 nov Vents contraires Jean-René Lemoine 28 nov 7 déc Un ennemi du peuple Henrik Ibsen Jean-François Sivadier 11 20 déc Item (titre provisoire) Théâtre du Radeau François Tanguy 8 16 janv Joueurs, Mao II, Les Noms Don DeLillo Julien Gosselin 12 19 janv Nous pour un moment Arne Lygre Stéphane Braunschweig 22 30 janv L’Éden Cinéma Marguerite Duras Christine Letailleur 4 20 fév Le reste vous le connaissez par le cinéma Martin Crimp Daniel Jeanneteau 7 15 fév Liberté à Brême Rainer Werner Fassbinder Cédric Gourmelon 3 11 mars Inflammation du verbe vivre Wajdi Mouawad 13 21 mars Mont Vérité Pascal Rambert 25 mars 4 avril Nickel Mathilde Delahaye 27 avril 7 mai Berlin mon garçon Marie NDiaye Stanislas Nordey 28 avril 15 mai 03 88 24 88 24 www.tns.fr #tns1920 Emmanuelle Béart, actrice associée Jean-Louis Fernandez théâtre 27 la terrasse 278 juillet 2019 – avignon en scène(s)



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 1La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 2-3La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 4-5La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 6-7La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 8-9La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 10-11La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 12-13La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 14-15La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 16-17La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 18-19La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 20-21La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 22-23La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 24-25La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 26-27La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 28-29La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 30-31La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 32-33La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 34-35La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 36-37La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 38-39La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 40-41La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 42-43La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 44-45La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 46-47La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 48-49La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 50-51La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 52-53La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 54-55La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 56-57La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 58-59La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 60-61La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 62-63La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 64-65La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 66-67La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 68-69La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 70-71La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 72-73La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 74-75La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 76-77La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 78-79La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 80-81La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 82-83La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 84-85La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 86-87La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 88-89La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 90-91La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 92-93La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 94-95La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 96-97La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 98-99La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 100-101La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 102-103La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 104-105La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 106-107La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 108-109La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 110-111La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 112-113La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 114-115La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 116-117La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 118-119La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 120-121La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 122-123La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 124-125La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 126-127La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 128-129La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 130-131La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 132-133La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 134-135La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 136-137La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 138-139La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 140-141La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 142-143La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 144-145La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 146-147La Terrasse numéro 278 jui/aoû 2019 Page 148