La Terrasse n°278 jui/aoû 2019
La Terrasse n°278 jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°278 de jui/aoû 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 148

  • Taille du fichier PDF : 33,2 Mo

  • Dans ce numéro : grands entretiens.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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théâtre 12 la terrasse 278 juillet 2019 – avignon en scène(s) TERRASSE-AVIGNON-19.indd 1 29/05/2019 13:37 Entretien/Clément Bondu Dévotion – Dernière offrande aux dieux morts Gymnase du lycée Saint-Joseph/texte et mes Clément Bondu Ce touche-à-tout né en 1988, formé à l’École normale supérieure, l’Ensatt et le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, est écrivain, poète, metteur en scène et musicien. Actuellement en résidence aux Plateaux sauvages, Clément Bondu signe le texte et la mise en scène de Dévotion, une « pièce-monde » qu’il porte depuis plus de huit ans et qu’il donne avec les élèves de la promotion 2019 de l’éSAD. Vous dites que votre pièce est dédiée aux héros ratés du xxi e siècle. Qui sont-ils et pourquoi ? Clément Bondu  : Ma pièce comporte beaucoup d’intertextualité avec des héros théâtraux ou romanesques des xix e et xx e siècles  : l’Idiot de Dostoïevski, Hamlet dans la réécriture de Shakespeare par Heiner Müller, Baal de Brecht. Ces héros sombrent souvent dans le tragique, prennent en charge le tragique de l’histoire ou l’impossibilité à être. Les héros ratés de ma génération sont l’héritage direct de deux siècles d’histoire littéraire et politique, deux siècles marqués par les guerres et le colonialisme, de course au progrès effréné. Du coup, ces figures héroïques sont aussi Entretien/Pascal Reverte remises en question par le point de vue d’où elles émergent  : la civilisation blanche. Les héros du xxi e siècle, c’est la jeune génération qui essaie de s’en sortir avec cet héritage dans une forme de désenchantement par rapport aux dernières idoles de la génération qui a précédé. Comment croire encore à l’héroïsme au xxi e siècle alors que les récits de nos pères ont sombré dans l’acceptation du modèle économique actuel ? Le théâtre vous semble-t-il une façon de réenchanter le monde ? Cl. B.  : En tout cas, c’est une façon de le reritualiser. Face à l’échec des modèles, des idoles, des contre-idoles, de l’idéologie et des La Théorie de l’enchantement Théâtre du Train bleu/texte et mes Pascal Reverte Fabrice Hervé et Vincent Reverte (avec le génial Olivier Broche en cuisiniste à l’image) interprètent la théorie délirante orchestrée par Pascal Reverte. Intelligent et désopilant ! Quelle est l’histoire de ce texte ? Pascal Reverte  : Avec Fabrice et Vincent, les deux interprètes, nous avons longtemps œuvré dans une compagnie que nous avons quittée ensemble. Fabrice a décidé d’arrêter le théâtre. Il est devenu vendeur de cuisines. C’était un peu étrange pour nous qui continuions un travail de création qui nous a conduit à prendre la direction d’un théâtre. En vendant et en achetant des spectacles, devenions-nous, à notre tour des commerçants ? Troublé par cette ambiguïté dans notre rapport au commerce, j’ai eu envie de construire une comédie à travers une vraie-fausse autofiction entre Fabrice et Vincent. Fabrice joue Fabrice, un vendeur, et Vincent, Vincent, un acteur ! Fâchés, ils se sont perdus de vue, mais « un jour », comme disent les contes, Vincent achète une cuisine à Fabrice. Cet acte marchand leur permettant de se retrouver, ils décident de faire un spectacle pour raconter l’histoire de leur commerce amical et ne sont d’accord que sur le titre  : La Théorie de l’enchantement. De quel enchantement s’agit-il ? P.R.  : C’est un terme de marketing qui exprime le plaisir de la complexité du rapport à l’autre. Il n’est pas seulement question d’argent dans une relation commerciale mais d’un échange humain qui se tisse entre l’acheteur et le vendeur. On voit la part de manipulation que cela induit dans une relation marchande, car le commerce soumet toute relation au même mécanisme. Cela m’a amusé de prendre le marketing au pied de la lettre et de prétendre pouvoir faire une théorie de cette alchimie insondable entre deux êtres, qu’il s’agisse de leur rapport aux objets, à l’amitié ou à l’art. Quels sont les choix qui guident votre mise en scène ? Pascal Reverte, enchanteur théâtral ! « Cela m’a amusé de prendre le marketing au pied de la lettre. » P.R.  : Vincent et Fabrice habitent un présent suspendu dans une cuisine design, lieu où ils rejouent leurs souvenirs, qui ne se passent évidemment que dans des cuisines design ! Les temporalités, les points de vue, en revanche, changent constamment. Je souhaite que ce soit vif. Sans transition entre le passé et le futur, entre le fantasme et la réalité. Tout est au même plan. J’espère que cela produit ce petit vertige, quand la mémoire abolit la chronologie et la logique. Propos recueillis par Catherine Robert Avignon Off. Théâtre du Train bleu, 40 rue Paul-Saïn. Du 5 au 24 juillet 2019, à 20h50. Relâches les 11 et 18 juillet. Tél. 04 90 82 39 06. Sophie Palmier
D. R. Matthieu Edet Clément Bondu. « Comment croire encore à l’héroïsme au xxi e siècle ? » contre-idéologies du xx e siècle, le projet de la pièce était de se dire  : allons rechercher le rituel dans ce qu’il a de plus ancien. Le rituel théâtral est un des rituels possibles que je me sentais en mesure de convoquer. Le modèle grec me rappelait à lui de façon très naturelle puisque le personnage du choryphée apostrophe l’auditoire et lui pose des questions. Et le théâtre grec comporte aussi une part sacrée qui est de convoquer les dieux, de les questionner, sans oublier le rituel lié à la fête et à la musique. Cela m’intéressait de reprendre les trois pans du théâtre grec pour Mounira Barbouch et Louise Legendre, mère et fille. re-questionner profondément, avec la jeune génération, ce en quoi on peut croire encore. Quid du rituel d’Avignon ? Vivez-vous votre présence dans le In comme une consécration ? Cl. B.  : Ce n’était pas prévu au départ ! J’ai écrit ma pièce il y a de nombreuses années, dans une perspective au contraire plutôt underground, comme un texte très littéraire, non destiné à être publié ni joué. J’ai laissé ce projet traîner et la pièce est de plus en plus devenue une pièce monstre, jusqu’à ce que Serge Tranvouez, le directeur de l’école supérieure d’art dramatique, me propose de travailler avec la promotion 2019. Le texte m’a paru alors le terreau approprié pour m’emparer des questionnements de cette génération. Pour vous, il s’agit d’une « pièce-monde ». Qu’entendez-vous par là ? Cl. B.  : Comme la pièce comporte trop de personnages ou de lieux pour les représenter de manière naturaliste, il s’agit d’une pièce qui croit en la puissance de la parole et de l’imagination, dans la tradition de Pasolini (Manifeste pour un nouveau théâtre) pour qui il suffit de dire  : « nous sommes dans une forêt » pour être dans une forêt. écrire pour le théâtre, c’est proposer une nouvelle imagination de notre monde. Entretien réalisé par Isabelle Stibbe Festival d’Avignon. Gymnase du lycée Saint- Joseph, rue des Teinturiers. Les 5, 6, 7 et 8 juillet 2019 à 15h. Durée  : 2h30. Tél. 04 90 14 14 14. J’ai rencontré Dieu sur Facebook 11 GILGAMESH BELLEVILLE/texte et mes AhmedMadani Après le succès du pêchu F(l)ammes, AhmedMadani ausculte la relation conflictuelle entre une mère et sa fille, qui se radicalise. Un théâtre à l’écoute de la fragilité des êtres. Commencée en 2014, bouleversée par les attentats de janvier 2015 qui frappèrent Paris, l’écriture de ce texte explore le sujet de la radicalisation religieuse des jeunes filles. Fidèle à sa manière fine, intègre et sensible, AhmedMadani ancre la pièce dans le réel, sans effets, tout en exerçant son regard d’artiste et d’homme engagé dans la vie de la cité, passionné par les histoires humaines. À la terreur et la pitié de la tragédie, il préfère un autre alliage, décalé, nuancé, où la terreur et le rire se mêlent, où les attentes sont bousculées, où paraissent toute la complexité, l’entêtement et les contradictions des vies. C’est la colère autant que la tendresse qui façonnent ce théâtre, sans linéarité temporelle. La pièce assemble des pièces d’un puzzle pétri de subjectivité et d’instabilité inflammables où la force résistante de l’amour tente malgré tout de se frayer un chemin. À l’écoute de la fragilité des êtres, la scène laisse affleurer à la fois une profonde tristesse et une envie d’espoir, voire quelques traits d’humour. Que tombent les masques et les barbes des faux princes du désert ! Un théâtre façonné par l’empathie L’intrigue éclaire la relation conflictuelle entre Salima, professeur de français dans un collège de banlieue, qui a combattu pour s’émanciper d’un destin tout tracé assujetti aux diktats masculins et au carcan des traditions, et sa fille Nina, une adolescente de 15 ans, qu’elle élève seule depuis qu’elle s’est séparée de son père. Toutes deux s’aiment fort, et se déchirent. Salima vient de perdre sa mère, qui a été enterrée en Algérie. Nina est choquée par la perte de sa meilleure amie, Kim. Par l’intermédiaire de Facebook, le jeune Amar s’invite et apaise les tourments existentiels de sa « gazelle ailée ». Partira-t-elle en Syrie auprès de son promis ? Dans un décor épuré, la mise en scène se déploie avec une remarquable fluidité entre récit et incarnation, assumant l’adresse au public ou instaurant une immersion dans un réel où s’invitent parfois des rêves aux allures de cauchemars. Une telle partition vivement rythmée exige des comédiens une aptitude millimétrée, où la moindre faiblesse se remarque. Dans le rôle essentiel de Nina, Louise Legendre est vraiment épatante, juste et touchante. Mounira Barbouch interprète impeccablement sa mère. Et Valentin Madani offre sa spontanéité à Amar, manipulateur effarant que le théâtre rend risible. Une pièce qui offre matière à réflexion pour les adolescents, nourrie d’une multitude d’échos, résonances et forces résistantes. Agnès Santi Avignon Off. 11 Gilgamesh Belleville, 11 bd Raspail. Du 5 au 26 juillet 2019 à 11h50. Relâche les 10, 17 et 24. Tél. 04 90 89 82 63. 01 34 20 14 14 points-communs.com théâtre 13 la terrasse 278 juillet 2019 – avignon en scène(s)



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