La Terrasse n°277 juin 2019
La Terrasse n°277 juin 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°277 de juin 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 15,5 Mo

  • Dans ce numéro : l'été des festivals.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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focus 38 la terrasse 277 juin-juillet 2019 CHâTEAU D’HARDELOT/THéâTRE éLISABETHAIN Les dix ans du Midsummer Festival L’écoute cordiale Ce festival au nom poétique inspiré par Shakespeare en personne (et sa pièce A Midsummer Night’s Dream) explore et célèbre depuis dix ans les liens musicaux qui unissent la France et la Grande-Bretagne. La programmation se décline en trois week-ends au mois de juin, jouant la carte de l’enchantement face à la nature, multipliant des rendez-vous informels et chaleureux tout en convoquant les mélomanes les plus exigeants à des créations inattendues qui nous feront, pour cette édition-anniversaire, remonter aux sources mêmes de l’opéra anglais, avec deux productions des plus attendues consacrées à Didon et énée de Purcell et Psyché de Matthew Locke. Suivez le guide ! À la découverte du site exceptionnel du Midsummer Festival, dans les pas d’éric Gendron, directeur du Château d’Hardelot, site historique et « Centre culturel de l’Entente cordiale » porté par le département du Pas-de-Calais. « Situé sur la côte d’Opale, entre Boulogne-sur-Mer et Le Touquet Paris-Plage, le château d’Hardelot est un lieu multiple. La nature est omniprésente ; dunes boisées, forêts, réserve naturelle du Marais de Condette et jardins à l’anglaise en sont le décor. Au bout de l’allée des marronniers, se dresse un château mentionné dès la fin du xii e siècle, dont la collection relate l’histoire des heurs et malheurs des relations entre la France et l’Angleterre. Le château a été acquis par la commune de Condette en 1986 puis, en 2001, par le Conseil départemental du Pas-de-Calais qui l’a réhabilité entièrement et réouvert au public en 2009 » souligne éric Gendron. Participer au Midsummer Festival pour un spectateur, c’est en effet d’abord pénétrer dans un décor de rêve, intemporel et onirique, où l’on découvre au milieu de la nature, entre bruit des vagues toutes proches et bruissement du vent dans les arbres, là un château fort irréel, ici un théâtre élisabéthain inauguré en juin 2016, inspiré par le Théâtre du Globe de Shakespeare… Ce théâtre et le château accueillent non seulement le festival d’été mais une programmation permanente tout au long de l’année, avec toujours comme principe une politique tarifaire douce, de 3 à 17 € , et des événements en accès gratuit. Un Château et un Théâtre « Le château est ouvert toute l’année sauf en janvier, toute la semaine, excepté le lundi. En passant sa porte, on voyage dans le temps. Tout ici porte le sceau de la grande Histoire, celle des Entretien/Sébastien Mahieuxe M.Argyroglo « Situé sur la côte d’Opale, le château d’Hardelot est un lieu multiple. » Une expérience qui allie musique et beauté des lieux Le directeur artistique du Midsummer Festival évoque les grands axes artistiques autour desquels s’organise sa programmation, mais aussi ce lieu de spectacle unique en France qu’est le théâtre élisabéthain, récemment inauguré sur le site du château d’Hardelot. Quel est le projet artistique général du festival ? Sébastien Mahieuxe  : Le festival est d’abord lié à l’identité du château d’Hardelot, marquée par les liens historiques entre la France et la Grande-Bretagne. Le nom même du festival évoque la pièce de Shakespeare, A Midsummer Night’s Dream qui se déroule la nuit du solstice d’été. C’est précisément à cette période au fort potentiel d’évocation poétique que se déroule le festival. Le théâtre élisabéthain. Qu’avez-vous voulu mettre en avant en 2019 ? S. M.  : Depuis sa création, le Midsummer Festival est l’occasion de mettre à jour les liens étroits qui unissent les musiques anglaise et française. Cette 10 e édition explore les débuts de l’opéra anglais avec Didon et énée de Purcell – un tube ! – et avec Psyché de Matthew Locke, l’un des tous premiers opéras d’Outre-Manche, rarement joué et qui doit beaucoup à l’esprit français. Venir au Midsummer Festival, c’est aussi vivre une expérience. On est d’emblée charmé par la beauté des lieux, propice à susciter l’esprit de curiosité  : un château aux abords de magnifiques espaces naturels, non loin d’une plage de sable immense. À côté des concerts et spectacles du soir au théâtre, les jardins bruissent de musiques et de contes, la musique dialogue avec la nature lors de balades matinales en forêt, la traditionnelle cup of tea est servie à 17 h alors que les afters prolongent les premiers soirs d’été. Le directeur artistique que vous êtes bénéficie d’un outil formidable qui est le théâtre élisabéthain. Quelle influence exerce sur votre programmation l’existence même de ce théâtre ? S. M.  : C’est un théâtre unique en France. Quand on entre dans la salle, le bois est partout et on se souvient de la formule de liens d’amour et de désamours entre la France et la Grande- Bretagne. Quant à la programmation artistique, elle est bâtie sur des temps forts qui rythment l’année  : le Printemps médiéval en avril qui permet aux petits et aux grands de se laisser transporter dans l’ima ginaire médiéval, en mai les Shakespeare Nights au théâtre élisabéthain, au solstice d’été le Midsummer festival, et enfin, le Yellow Summertime fera cet été la part belle aux sixties et avec en particulier une exposition de photos de Jean- Marie Périer consacrée aux Beatles, avant un automne tourné vers le lyrique et la Comédie musicale. » complète, visiblement sous le charme, éric Gendron. Jean Lukas Le théâtre élisabéthain. « Le Midsummer Festival est l’occasion de mettre à jour les liens étroits qui unissent les musiques anglaise et française. » Shakespeare pour désigner son Théâtre du Globe  : « This wooden O » (Ce O de bois). On retrouve la forme circulaire caractéristique des théâtres élisabéthains, les galeries qui encerclent la scène ou le mur de scène avec sa tribune. Une fosse d’orchestre permet la représentation de formes lyriques. On y ressent une intimité évidente entre la salle et la scène. Les jardins du château encerclent le théâtre d’où l’on aperçoit le lac et la forêt. Aussi, j’ai souhaité développer en ces lieux une programmation qui évoque ce rapport à la nature que conte les récits antiques. C’est une source inépuisable d’inspiration pour les musiciens et poètes, d’Ovide à Shakespeare ou de Purcell à Lully. Propos recueillis par Jean Lukas. Yannick Cadart M.Argyroglo
Aux sources de l’opéra anglais Pour son dixième anniversaire, le Midsummer poursuit sa célébration de l’opéra baroque via cette années les figures de Locke et Purcell. Catherine Kollen, directrice artistique de la compagnie Arcal, nous invite à relire le mythe de Didon et Énée. Enfin, la création d’une nouvelle version, complétée par le chef Sébastien Daucé à la tête de son Ensemble Correspondances, du Psyché de Matthew Locke s’inscrit dans la volonté de fêter les cultures française et britannique. Entretien/Catherine Kollen Didon et Énée THéâTRE éLIsABETHAIN/NOUVELLE PRODUCTION/PURCELL La directrice de l’Arcal évoque son Didon et Énée de Purcell mis en scène par Benoît Bénichou et dirigé par Johannes Pramsohler à la tête de son ensemble Diderot. Qu’est-ce qui fait de Didon et Énée un objet de glose particulièrement intéressant ? Catherine Kollen  : C’est une œuvre d’une force et d’une densité incroyables – tout se joue en une heure –, dont la création est MOMENTS MUSICAUX Entretien/Sébastien Daucé Psyché THéâTRE éLIsABETHAIN/CRéATION/MATTHEW LOCKE La renaissance du premier opéra anglais en version de concert, Psyché, sous les doigts d’un nouveau géant de la scène baroque internationale  : le chef d’orchestre Sébastien Daucé. On considère Psyché comme un moment décisif de l’opéra anglais… Sébastien Daucé  : Oui, car c’est la première fois que l’on parle réellement « d’opéra » en Angleterre. À cette époque, il y a un désir des rois anglais de s’approprier ce genre nouveau, afin de pouvoir rivaliser avec les cours étrangères, notamment la France avec Lully. C’est donc un double enjeu esthétique et politique qui va conduire à la commande de Psyché, première tentative anglaise Music & Cup of tea et Afters À l’approche du solstice d’été, les occasions d’entendre de la musique à Hardelot se multiplient, et le Midsummer festival complète son offre par deux belles initiatives. On connaissait les Bach & Breakfast, les concertstapas, les concerts dinatoires… Foin de tout cela ! Voici venu le temps des concerts à l’heure du thé et des après-concerts qui se poursuivent tard dans la nuit. En l’espèce, des préludes aux soirées d’opéra qui se dérouleront à 17 h dans la Chapelle, tasse de thé chaud en main, mais aussi de nouveaux moments de musique partagée, les « Afters », qui dès 22h15 feront durer le plaisir depuis le cadre somptueux du jardin d’hiver. Pour les amateurs d’Afternoon Tea, trois rendez-vous au total avec, pour ouvrir le bal, une exploration à la viole et à l’accordéon des humeurs poétiques de l’époque élisabéthaine par le collectif Les inAttendus. Dans l’Angleterre du xvii e siècle, l’éloge de la folie en musique est un genre en soi et l’on a toute confiance en Lucile Richardot pour se grimer en chapelier fou et promener sans relâche ses auditeurs dans les Mad Songs qu’elle interprètera avec l’Ensemble Tictactus le samedi 22 juin. Suivront les toujours réjouissantes œuvres de chambre de Matthew Xavier Ricard Diego Salamanca Locke – dont Sébastien Daucé fera redécouvrir l’opéra Psyché le soir-même – par le violiste grec Andréas Linos et ses musiciens. Enfin, de Purcell à John Lennon en passant par Rossini et Michel Legrand, les trois voix siamoises de L’Heure, la chanteuse jazz Marion Rampal ou encore les musiciens de l’Ensemble Contraste se relayeront dès le coucher du soleil pour distraire les oiseaux de nuit. Ces derniers pourront même porter un toast à l’Entente cordiale au bar qui sera installé sur place. Julien Hanck HAPPY SUNDAY « Nous avons travaillé sur des ambivalences entre présent et passé, entre réel et imaginaire. » entourée de mystère. Bien que le livret date de 1689, l’année de la première représentation, les seules sources de partitions dont on dispose datent du xviiie, soit bien après la mort de Purcell. « Locke est un génie disruptif qui appartient à cette zone d’ombre entre Dowland et Purcell. » dans le domaine de l’opéra, publiée dans le recueil « The English Opera ». Les Dimanches Heureux Par deux fois, le Midsummer Festival chamboule les usages en proposant une batterie d’événements hors les murs. Voire au cœur de la forêt. Les dimanches, musique et théâtre investissent les jardins anglais du château d’Hardelot, et les sites naturels environnants  : s’invitant aux abords des pins et des chênes séculaires de la forêt domaniale d’Ecault, ou sur les rives du Lac des miroirs. Dès le 16 juin, Marco Horvat, l’un des rares pionniers du chant auto-accompagné, nous emmènera en compagnie de la soprano Olga Pitarch au creux d’une clairière pour y faire résonner guitare, théorbe et chant des muses. Le dimanche suivant, ce sont Alice Julien-Laferrière et son Ensemble Artifices qui réinventeront l’univers aux mille facettes du baroque et de l’illusion  : ils se consacreront à l’imitation en musique des oiseaux qui peuplent les sous-bois et le marais du château. Pendant ce temps, les familles ne seront pas en reste  : de 15h à 16 h45 des ateliers spécialement conçus pour les plus jeunes leur permettront de se familiariser avec les mythiques récits d’Ovide. Enfin, rendez-vous est pris le dimanche 16 juin à 17 h00 au théâtre élisabéthain pour s’émouvoir, s’enflammer et souffrir à l’écoute de l’histoire d’Orphée, énième métamorphose d’Ovide que le baryton Marc Mauillon et les musiciens des Timbres nous raconteront à travers les œuvres de Rameau, Purcell et Rossi. Est-il encore besoin de préciser que la beauté du lieu et son histoire apportent aux manifestations qui s’y déroulent ce petit plus indéfinissable qui d’un simple concert fait un événement inoubliable ? Julien Hanck ENCORE ET ENCORE/CONCERTS Midsummer Festival/Et aussi L’Ouverture du festival se fera tout feu tout flamme avec, après la première de Didon et énée à 20 h30, un spectacle pyrotechnique gratuit dans la Cour du Château, inspiré par la célèbre Music for The Royal Fireworks de Il est intéressant aussi de noter que le drame superpose des éléments venus d’époques très différentes  : aussi bien l’Antiquité des dieux et déesses que le xvii e et ses sorcières. De notre côté, nous avons reconstruit un prologue s’inspirant de celui du livret original de Didon et Enée, et de la descente aux enfers d’énée contée par Virgile. Nous y avons aussi agrégé l’inspiration de Shakespeare, et celle d’Ovide qui, dans un postlogue, met en scène la rencontre de Belinda et Enée après la mort de Didon. Scéniquement, qu’est-ce qui fait la spécificité de votre lecture de Didon et Énée ? C. K.  : Nous avons travaillé sur des ambivalences entre présent et passé, entre réel et imaginaire. Pour cela, nous nous sommes inspirés du travail de Robert Irwin, et avons utilisé des panneaux de tulle blanc pour délimiter plusieurs espaces. La scène de la grotte, par exemple, joue avec les codes des décors baroques en toile  : un imprimé noir crée l’illusion de la profondeur par des effets de transparence et de perspective. Enfin, les lumières de Caty Olive magnifient cette ambiance noir et blanc où l’on passe sans cesse de l’ombre à la lumière. Elles contribuent notamment à mettre en relief le costume rouge que porte Didon, conçu selon un parallèle avec Elisabeth 1 ère. Et musicalement, comment s’est opéré votre choix ? C. K.  : La partition de Didon et Enée peut s’accommoder d’effectifs très larges, mais nous avons préféré une approche plus intimiste, plus « mentale », mettant l’accent sur les instruments à cordes de tessiture grave. Pour cela, j’avais envie de travailler avec Johannes Pramsohler et son ensemble Diderot. Ce chef consacre beaucoup d’énergie à l’exploration du répertoire rare, il est aussi très actif avec son propre label, Audax. Propos recueillis par Julien Hanck Vendredi 14 et samedi 15 juin à 20h30. Comment cette musique, dont on dit qu’une partie est perdue, vous est-elle parvenue ? 
 S. D.  : À l’origine, deux compositeurs se sont associés pour répondre à cette commande royale  : Matthew Locke et Giovanni Battista Draghi. Seule la musique de Locke, publiée à sa création en 1675, nous est parvenue. Le défi, c’était donc de reconstruire un opéra complet en complétant avec des musiques issues du théâtre anglais de l’époque. Pour cela, nous avons puisé dans un manuscrit conservé à New York contenant beaucoup de morceaux de danse du xviie, supposément proches des pièces de Draghi. Puis nous nous sommes aidés des indications détaillées du livret sur le caractère et l’instrumentation pour les intégrer le plus justement possible dans notre relecture de Psyché. Parlez-nous de la musique de Matthew Locke… S. D.  : Locke est un génie disruptif qui appartient à cette zone d’ombre entre Dowland et Purcell sur laquelle on connaît peu de choses, où l’influence française est très forte. C’est une musique étrange, qui constitue un nouveau langage pour nous, tout en possédant des caractéristiques du ballet de cour. Les lignes sont complètement éclatées, l’on en vient à se demander à chaque mesure s’il n’y a pas d’erreur... C’est en prenant peu à peu conscience que ce n’en sont pas, que l’on commence à percevoir pleinement le génie de cette musique ! Propos recueillis par Julien Hanck Samedi 29 juin à 20h30 Haendel dirigée par Hervé Niquet à la tête du Concert spirituel. Water Music de Haendel toujours et des Marches pour trompettes de Charpentier seront aussi au programme (le 14 juin à 22 h15). Une semaine plus tard l’ensemble A nocte temporis et le jeune ténor flamand Reinoud Van Mechelen défendront sous le titre « Pirame & Tisbe », un programme entièrement dédié aux cantates de Louis-Nicolas Clérambault, des bijoux aux allures d’opéras en miniature (le 21 à 20 h30). Autre temps fort du deuxième week-end du festival  : Robert King (clavecin et orgue positif) à la tête de son King’s Consort invite la soprano Lorna Anderson pour un programme conçu sur mesure pour le théâtre élisabéthain dans des œuvres de Matthew Locke, John Wilson ou Purcell (le 22 à 20 h30). Enfin, le dernier week-end débutera en mettant à l’honneur le contre-ténor star Jakub Jozef Orlinski, pour un programme baroque (Corelli, Vivaldi, Zelenka, Hasse…) en compagnie du remarquable ensemble Il Pomo d’Oro (le 27 à 20 h30), avant une soirée (le 28 à 20 h30), toujours dans l’écrin acoustique magique du théâtre, dédiée aux Quatre Saisons de Vivaldi, dans une version originale adaptée pour flûte concertante par Les Musiciens de Saint Julien et François Lazarevitch (flûte). Julien Hanck Château d’Hardelot, Centre culturel de l’Entente cordiale, 1 rue de la Source, 62360 Condette. Du 14 au 29 juin. Tél. 03 21 21 73 65. Places  : de 3 à 17 € . www.chateau-hardelot.fr focus 39 la terrasse 277 juin-juillet 2019



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