La Terrasse n°276 mai 2019
La Terrasse n°276 mai 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°276 de mai 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 9,7 Mo

  • Dans ce numéro : foisonnement créatif.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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théâtre 4 la terrasse 276 mai 2019 « une expérience théâtrale passionnante » le monde « AUSSI FOU QU’ENVOUTANT […] ON SORT SONNÉS ET ÉLECTRISÉS » TÉLÉRAMA « un grand spectacle de théâtre, jubilatoire et enthousiasmant » le figaro « ON SORT DE LÀ, ABASOURDIS, LA TÊTE EN FEU, À L’ENVERS » LE CANARD ENCHAÎNÉ « ce spectacle est exceptionnel » médiapart Entretien/élise Chatauret Ce qui demeure Théâtre des Quartiers d’Ivry, CDN du Val-de-Marne/texte et mes élise Chatauret élise Chatauret interroge la mémoire et la construction de l’histoire à partir des entretiens menés avec « une amie très chère qui a 93 ans ». Un spectacle qui interroge le lien entre la parole et la vie. Critique Un ennemi du peuple Odéon – Théâtre de l’Europe/DE Henrik Ibsen/MES Jean-François Sivadier Jean-François Sivadier aborde Ibsen pour la première fois, offrant aux comédiens qu’il réunit au plateau l’occasion de montrer leur talent flamboyant en flirtant avec les conventions théâtrales et celles du politiquement correct. Créée en 1883, la pièce d’Ibsen fut l’occasion de répondre au scandale par le scandale. Après les réactions horrifiées de la bourgeoisie puritaine, dont Les Revenants avait raillé l’hypocrisie, le dramaturge norvégien enfonça le clou. Dans Un ennemi du peuple, il vilipende à nouveau la veulerie de tous ceux prêts à sacrifier la vérité sur l’autel de leurs intérêts particuliers  : édiles politiques agrippés au pouvoir, bourgeois esclaves de l’argent et peuple imbécile préférant le confort de l’aboulie au risque de la contestation révolutionnaire. Le docteur Stockmannveut prévenir ses concitoyens de la contamination des eaux thermales dont l’exploitation fait la prospérité de la ville. Mais il se retrouve en bute à la haine de tous, lorsqu’ils comprennent que la vérité risque de provoquer leur ruine en faisant fuir les curistes. Déclaré « ennemi du peuple » à l’issue d’une réunion publique houleuse, il perd son emploi, les soutiens de ceux qu’il croyait ses alliés et finit quasi seul, entre sa femme et ses enfants. Son unique consolation est cet adage aristocratique et désespéré  : « l’homme le plus fort au monde, c’est l’homme le plus seul. » Stockmannen monstre tristement humain Cent cinquante ans après, Un ennemi du peuple se prête à une actualisation aisée, tant les intérêts économiques ont désormais pris le pas sur le souci écologique et tant la démocratie a prouvé qu’elle était, dans sa version libérale, le masque de la confiscation du pouvoir par la bourgeoisie avide. En 2012, Thomas Ostermeier avait enflammé Avignon en transformant la pièce en happening politique. Jean-François Sivadier choisit d’être plus radical – ou moins naïf – et prend au sérieux le nihilisme odieux dans lequel se réfugie Stockmann. Nicolas Bouchaud, éblouissant en brandon de discorde exalté, joue très adroitement avec les conventions théâtrales, transformant le discours du médecin bouc émissaire en diatribe enflammée contre les faux-semblants d’un théâtre participatif, traitant les spectateurs de « veaux » se repaissant du spectacle Jean-François Sivadier réunit des acteurs de bonne trempe, dont le talent inonde le plateau. de leur propre compromission pour mieux s’en excuser. Le trait est mordant et le maelström, animé avec talent par la troupe, est décoiffant ! Force est d’admettre que le spectacle conduit à réfléchir et que la figure d’un Stockmannnombriliste et méprisant est aussi intéressante que celle qui le cantonne au rôle gentillet d’un lanceur d’alerte christique. Le malheur de Stockmann, mis en scène par Jean- François Sivadier, tient à la mise en garde pascalienne, selon laquelle « qui veut faire l’ange fait la bête ». Reste que le philosophe ajoute que s’il est dangereux de trop faire voir sa grandeur à l’homme, il est aussi dangereux de « trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes ». Que tous les démocrates applaudissent sous l’insulte  : Stockmann-Zarathoustra ricane derechef ! Catherine Robert Odéon, Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon, 75006 Paris. Du 10 mai au 15 juin. Du mardi au samedi à 20h ; dimanche à 15h. Relâche les 12 mai et 2 juin. Tél. 01 44 85 40 40. Durée  : 2h30. Spectacle vu à la MC2, à Grenoble. Nouvelle traduction par éloi Recoing, chez Acte Sud-Papiers. Quelle est votre méthode de travail ? élise Chatauret  : Mes pièces partent du réel, des événements qui s’y produisent, mais surtout des histoires qui s’y racontent. Ma méthode de travail est empirique, née du désir de porter à la scène les gens et leurs paroles. Au fil des spectacles s’est inventé pour moi un protocole de travail. Je choisis un sujet, j’enquête et je mène des entretiens. Mes spectacles s’élaborent ensuite à partir de toute la matière documentaire recueillie. Puis l’écriture s’émancipe peu à peu pour questionner le potentiel théâtral des matériaux et œuvrer à une forme de porosité entre document et fiction. Les entretiens bruts, eux, ne disparaissent jamais, ils refont surface en périphérie, ressurgissent et nourrissent une recherche active sur le récit et la parole rapportée. Pourquoi avoir choisi de travailler avec une très vieille personne ? é.C.  : Interroger et questionner ce qu’est la vie d’une femme à 93 ans me permet de creuser une réalité que j’ignore et de comprendre d’autres existences que la mienne. On parle très peu de ce que c’est que vieillir, il y a comme un angle mort dans nos sociétés sur ce sujet, et comme toutes les choses dont on ne sait rien, on imagine que c’est très grave. Or, c’est un moment de passage qui contient aussi sa joie et mérite absolument d’être vécu. C’est aussi cela que raconte le spectacle. J’ai Jean-Louis Fernandez
Julien René Jacques MC2 Isabelle Lafon. « Je voudrais qu’en tant que comédiens, nous ressentions une fragilité comparable à celle de nos personnages. » Entretien/Isabelle Lafon Vues lumière Théâtre de la Colline/Conception et mes Isabelle Lafon Après une mise en scène très personnelle de Bérénice de Racine, c’est une fiction d’aujourd’hui que nous offre en partage Isabelle Lafon. Une histoire où la culture est vécue comme une urgence, une nécessité. C’est la première fois que vous ne partez pas d’une œuvre existante pour créer un spectacle. Pourquoi ce choix ? Isabelle Lafon  : Après Bérénice, je voulais explorer un type nouveau d’écriture. J’avais envie de me permettre, et de permettre aux comédiens – Marion Canelas, Karyll Elgrichi, Pierre-Félix Gravière, Johanna Korthals Altes et Judith Périllat – davantage de liberté. L’idée de Vues lumière vient aussi de ma découverte d’un centre social du XX e arrondissement, à l’occasion du tournage de mon seul film, un moyen métrage sur ma compagnie Les Merveilleuses. Ce lieu de rencontres entre des personnes très différentes les unes des autres m’a passionnée. J’ai imaginé une histoire située dans ce cadre, et l’ai proposée aux acteurs comme base d’un travail d’improvisation. Vous qui avez jusque-là surtout mis en scène des femmes de lettres, telles qu’Anna Akhmatova, Virginia Woolf ou Monique Wittig, vous abordez ici une tout autre parole. I.L.  : Les personnages de Vues lumières n’ont en effet pas un rapport naturel à la culture. Esther La dramaturge et metteure en scène élise Chatauret. « Interroger et questionner ce qu’est la vie d’une femme à 93 ans me permet de comprendre d’autres existences que la mienne. » découvert en écrivant le texte que la question centrale des entretiens était peut-être celleci  : qu’est-ce qui demeure d’une vie, qu’est-ce est employée à La Poste, Fonfon est mécanicienne, Georges ouvrière paysagiste pour la Ville de Paris, Shali assistante maternelle et Martin veilleur de nuit dans un hôtel. Lorsqu’ils découvrent dans leur centre social une affiche proposant un « Atelier sans animateur, un atelier pour s’instruire, pour apprendre », ils répondent présents. Ce qui représente pour eux une forme de mise en danger. On retrouve là votre intérêt pour la pensée dans l’urgence. Dans la précarité. Quelle est ici la nature de cette urgence ? I.L.  : Elle est liée à une revendication du droit à l’imaginaire, à la culture et à la pensée, qu’a tendance à s’accaparer une certaine élite dont le milieu du théâtre fait souvent partie. Pour ce petit groupe, penser est une conquête. Ce que je veux montrer non seulement à travers des scènes de réunion au centre social, mais aussi en m’intéressant au hors champ. À ce qui se passe pour ces personnes quand elles rentrent chez elles. Je voudrais qu’en tant que comédiens, nous ressentions une fragilité comparable à celle de nos personnages. Vous employez souvent le champ lexical du cinéma, présent aussi dans le titre de la pièce, qui désigne les premiers films des frères Lumière. Comment le 7 e art sera-t-il présent dans Vues lumière ? I.L.  : Dans l’écriture déjà, qui comme les vues Lumière posera de manière centrale la question du hors champ. Que choisir de montrer ? Que laisser à l’imagination du spectateur ? Le cinéma est aussi présent dans le récit. Dans son atelier, le groupe projette des films, et un des personnages, qui est une sorte de contrepoint, est une ancienne monteuse de cinéma. Plus facilement peut-être que le théâtre, le 7 e art peut avoir une place importante dans une vie. Il peut accompagner, aider à changer. Propos recueillis par Anaïs Heluin Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris. Du 10 mai au 5 juin 2019, du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h. Tél. 01 44 62 52 52. qui reste ? Je pourrais dire que le spectacle tout entier est une réponse à cette question. En l’occurrence, pour mon amie, ce sont des choses apparemment anecdotiques tout comme de grands événements  : la sensation de la robe de sa grand-mère contre sa peau, quelques secondes de bonheur un soir d’été à côté de ses enfants endormis, mais aussi le cycle des guerres… Comment s’agencent, à la fin, mémoire individuelle et mémoire collective ? é.C.  : Le spectacle mêle la grande Histoire et les souvenirs biographiques les plus infimes, sans hiérarchie et sans logique, par touches et impressions. Cette dramaturgie lacunaire permet à chaque spectateur de créer des liens avec sa propre histoire. La mémoire est monteuse par excellence, elle réinvente tout et creuse des failles dans le continuum de l’histoire, comme le théâtre, où l’imaginaire et la réalité cohabitent de la façon la plus libre qui soit. Propos recueillis par Catherine Robert Théâtre des Quartiers d’Ivry, CDN du Valde-Marne, Manufacture des Œillets, 1 place Pierre-Gosnat, 94200 Ivry-sur-Seine. Du 18 au 28 mai, du lundi au vendredi à 20h sauf jeudi à 19h, samedi à 18h, dimanche à 16h, relâche mercredi. Tél. 01 43 90 11 11. Durée  : 1h10. FRANCE GRANDE-BRETAGNE JUSQU’AU 1er JUIN 2019 EUROPE DES ARTS + 120 ARTISTES THÉÂTRE/DANSE/PERFORMANCE PAYS-BAS EXPOS & FILMS ESPAGNE EUROPE & NOUVELLES GÉNÉRATIONS 5 PROJETS PARTICIPATIFS AVEC PLUS DE 150 JEUNES & EUN-ME AHN, ABD AL MALIK, MARCUS BORJA GRÈCE ITALIE RÉSIDENCE D’ARTISTES AUTEUR/CHORÉGRAPHE/GRAFFEUR PORTUGAL theatredelaville-paris.com 01 42 74 22 77 ALLEMAGNE NORVÈGE ÉMILIE PAILLOT GRAPHISTE - LICENCES 1-1096564/1-1056307/2-1051017/3-1051015 théâtre 5 la terrasse 276 mai 2019



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