La Terrasse n°275 avril 2019
La Terrasse n°275 avril 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°275 de avril 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : sorcellerie de la danse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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théâtre 22 la terrasse 275 avril 2019 Critique La Nuit des Taupes REPRISE/NANTERRE-AMANDIERS/CONCEPTION, MES ET SCÉNOGRAPHIE PHILIPPE QUESNE Philippe Quesne invente un monde souterrain peuplé de taupes géantes. Une micro-société fantasmagorique qui interroge ce qui fait notre humanité. Une drôle d’odyssée souterraine imaginée par Philippe Quesne. Dernier abri d’un monde post-catastrophe… Fable allégorique qui questionne l’humanité lorsque tout a été anéanti, ou presque… Le temps a fait son œuvre et les activités humaines ont laissé leur triste empreinte. Comme un futur assombri qui ressemblerait à une préhistoire enfouie. Ces questions qui traversent La Nuit des Taupes résonnent évidemment à l’heure où la communauté scientifique alerte sur l’avenir de la planète et où les politiques peinent à mettre en œuvre des réponses adaptées. À la fois drolatique et inquiétante, la pièce est une performance scénique sans narration claire ni jeu théâtral incarné. Formé aux arts plastiques, Philippe Quesne fait naître une écriture de plateau hétéroclite et bricolée et bâtit des mondes ou des écosystèmes où habitent des communautés insolites. Dans un espace souterrain, il invente une cohabitation fantasmagorique entre l’humain et l’animal, en… évacuant les humains et en affublant de drôles d’animaux de caractéristiques humaines. Terrier métaphorique Sept taupes géantes s’invitent sur scène et rappellent la société des hommes dans leur organisation, société certes gouvernée par des pulsions et instincts primitifs, mais aussi société sophistiquée où les taupes savent jouer de la musique (orchestre côté cour), utiliser des outils, peindre et même tenter un massage cardiaque. Dans Swamp Club (2013) Entretien/Nathalie Fillion Plus grand que moi REPRISE/THéâTRE DU ROND-POINT/TEXTE ET MES NATHALIE FILLION Une jeune femme sur son vélo nous embarque dans son monde constitué d’ici et d’ailleurs. Un « solo anatomique » écrit et mis en scène par Nathalie Fillion, très applaudi lors du dernier Festival d’Avignon. Vous expliquez que Plus grand que moi est né de la rencontre avec la comédienne Manon Kneusé ? Nathalie Fillion  : Absolument. Manon sortait du conservatoire et je l’ai trouvée d’une grande ampleur de jeu, à la fois très sensible et très drôle. Elle a quelque chose hors de l’époque. Elle me fait penser à Bernadette Lafont ou Pascale Ogier, à ces filles de la Nouvelle Vague, avec leur fantaisie, leur côté nature et leur liberté. En revanche, je n’ai pas écrit pour elle parce que je ne sais pas écrire pour un acteur ou une actrice. Ce qui m’intéresse, c’est d’explorer son potentiel, de la sortir de sa zone de confort, de m’inspirer de son âme, de son corps, de son image, de son énergie. C’est ainsi qu’est né Plus grand que moi. Que raconte Plus grand que moi ? N. F.  : C’est le portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui. Jeune parce qu’elle a la trentaine. Et femme parce qu’elle essaye d’être une femme dans ce monde, ce qui implique une quête de dignité, de liberté, une bagarre qu’elle mène avec humour. C’est un voyage imaginaire qui se déroule dans une chambre, fait d’instants, de petites touches très fantaisistes. On suit les pensées de la jeune femme, qui avancent par capillarité. La comédienne change souvent de voix. C’est pour ça que je déjà, centre d’art menacé au cœur d’un marécage, une taupe géante intervenait et montrait la voie pour se protéger. Lors de cette fameuse nuit des taupes, le monde apparaît plus menaçant que jamais, et s’en protéger relève quasi d’une mission impossible. Les costumes des taupes sont saisissants de réalisme, et la dimension ludique qui parfois surgit est contrariée par la permanence du danger, qui souligne davantage l’impossibilité du refuge que sa possibilité. Cette étrange caverne où vivent les taupes devient aussi platonicienne lors d’une belle scène, invitant à s’interroger sur le pouvoir des illusions et la quête de savoir. Souligné par de belles lumières, le voyage suit son cours à travers diverses saynètes et diverses situations, plus ou moins évocatrices. Cette odyssée en sous-sol en forme de tentative artistique s’accompagne de prolongements. Le metteur en scène et directeur de Nanterre-Amandiers creuse la thématique avec L’Après-midi des taupes, le samedi 20 avril à 16h, une version jeune public dans une ambiance de fin de fête propice à de joyeux délires des mammifères fouisseurs. Agnès Santi Nanterre Amandiers, Centre Dramatique National, 7 av. Pablo-Picasso, 92000 Nanterre. Du 17 au 20 avril à 21h, sauf jeudi à 20h. Tél. 01 46 14 70 00. Durée  : 1h20. Martin Argyroglo Nathalie Fillion. « C’est un voyage imaginaire qui se déroule dans une chambre, fait d’instants, de petites touches très fantaisistes. » n’appelle pas cela un monologue mais plutôt un solo. Est-ce aussi le portrait d’une époque ? Un théâtre profondément singulier. Thomas Matalou Critique Matka N. F.  : C’est très lié à Paris. C’est un hommage à Paris à la suite des attentats, mais aussi le produit d’une période noire avec l’arrivée de Trump au pouvoir, le FN au second tour lors des élections présidentielles. Pour autant, je ne sais pas parler de l’air du temps. Le personnage essaye d’échapper à l’actualité, repart vers des ailleurs, comme la Grèce, New-York, l’Afrique. Pourquoi ce solo est-il « anatomique » ? N. F.  : On a pris toutes les mesures du corps de Manon, mesuré chacun de ses doigts, la distance de son nombril à ses seins, etc. C’est une remise au point organique, une mesure de soimême face au cosmos. D’ailleurs, ce spectacle est très physique. Il tient de la performance. Verbale, parce que tout est dit dans un souffle, et physique parce que Manon est juchée sur un vélo, dans un mouvement perpétuel conjugué à un sur-place, une situation que je trouve à la fois comique, touchante et tragique. Propos recueillis par éric Demey Théâtre du Rond-Point, 2 bis av. Franklin- Delano-Roosevelt, 75008 Paris. Du 2 au 28 avril, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30. relâche les 7 et 21 avril. Durée  : 1h. REPRISE/THÉÂTRE ELIZABETH CZERCZUK/D’APRÈS STANISLAW IGNACY WITKIEWICZ/MES ELIZABETH CZERCZUK La metteure en scène et comédienne Elizabeth Czerczuk clôt la trilogie Les Inassouvis en s’inspirant librement de Matka (La Mère) de Stanislaw Ignacy Witkiewicz. Un théâtre baroque profondément singulier. Après Requiem pour les artistes* et son fascinant cortège de morts-vivants, après Dementia Praecox 2.0*, libre adaptation étonnante de la pièce Le Fou et la nonne (1923) de Stanislaw Ignacy Witkiewicz, Elizabeth Czerczuk propose Matka, dernier volet de son triptyque Les Inassouvis, inspiré par la pièce éponyme de son auteur de prédilection. Toujours dans la même veine d’un théâtre total, cathartique, engageant profondément l’âme, et le corps, au point de le parer d’atours spectaculaires. Comme dans certains théâtres traditionnels codifiés, mais avec une liberté singulière dont l’audace fait écho au sens de la dérision et à la tonalité absurde de l’auteur. Méconnu en France, considéré en Pologne comme une figure marquante de l’entre-deux-guerres, Stanislaw Ignacy Witkiewicz, écrivain, peintre et photographe, allie dans ses œuvres le grotesque et le tragique. S’il a élaboré la théorie de la « forme pure » en art, Elizabeth Czerczuk choisit quant à elle de créer un théâtre total, baroque, plastique et chorégraphié, où la vision catastrophiste de l’auteur se teinte d’espoir grâce à l’art, qui permet à l’être humain de combattre sa finitude et de transcender sa condition. Comme si l’artiste ici devenait une sorte de Sisyphe heureux de porter son lourd fardeau, de tracer un sillon créatif irrigué par toutes sortes d’héritages, de désirs et de manques. Matka convoque Mathieu Génon le couple formé par la mère et le fils (Elizabeth Czerczuk et Zbigniew YannRola), qui se déchirent, mais aussi six danseuses, trois musiciens, et un conférencier (YannLemo) qui fait entendre les mots de l’auteur. Un geste d’artiste libre Plus que le nœud des relations filiales, c’est un tableau exubérant et exacerbé de la décadence qui se déploie, celui d’une « humanité qui dégringole » et s’oublie à travers l’alcool ou les drogues, celui d’une interrogation sur le mystère de l’existence malgré l’écrasement de l’individu. L’énergie puissante de la danse, le pouvoir évocateur de la musique et le jeu expressionniste composent un alliage souvent saisissant, où la parole est reléguée à la marge, d’autant plus qu’elle s’énonce par éclats fragmentés (plus ou moins compréhensibles), sans réels dialogues. Ce qui convainc ici est moins la relation au texte et à l’auteur admiré que le geste théâtral même, plastique et chorégraphié, travaillé avec un engagement unique dans la filiation des maîtres polonais – Tadeusz Kantor, Jerzy Grotowski, Henryk Tomaszewski –, et plus généralement du théâtre slave, lorsque faire du théâtre est la vie même à chaque instant. Dans une tonalité surréaliste parfois beckettienne, le théâtre par sa fabrication follement ambitieuse fait écho à l’imaginaire de l’auteur, qui s’élève contre la contamination du mensonge et la « moutonisation définitive ». Les repères spatio-temporels même en sont chamboulés, et les spectateurs sont littéralement pris par la main pour inverser les places, et quitter l’insolite colline verdoyante qui leur sert de gradin pour la scène. Comme un appel à la liberté… Agnès Santi *Lire nos critiques dans La Terrasse n°259 et n°261. Théâtre Elizabeth Czerczuk, 20 rue Marsoulan, 75012 Paris. Du 11 avril au 21 juin 2019. En avril, les jeudis à 20h. De mai à juin, les vendredis à 20h. Tél. 01 84 83 08 80. www.THéâTREelizabethczerczuk.fr
Peggy Kaplan Myriam Gourfink. Théâtre des Champs-élysées/Chor. William Forsythe/Jiří Kylián Le Ballet de Boston à Paris Le Ballet de Boston dirigé par Mikko Nissinen vient à Paris avec deux créations de William Forsythe et une œuvre de référence signée Jiří Kylián, Wings of Wax. William Forsythe est artiste associé au Ballet de Boston depuis 2016. « Lors de cette première année de partenariat avec le Boston Ballet, dit-il, nous avons tissé des liens très forts. Je sais désormais à quel point cette compagnie est capable de briller encore plus face aux challenges chorégraphiques. » De ce fait, il a poussé encore plus loin Pas/Parts, une pièce créée en 1999 pour l’Opéra de Paris, aujourd’hui présentée dans toute sa splendeur et rebaptisée Pas/Parts 2018 « pour souligner leur approche délicate d’une œuvre au caractère espiègle et périlleux. » Après le succès de Blake Works I créé sur la musique de James Blake en 2016, toujours à l’Opéra de Paris, Forsythe poursuit dans cette veine pour Playlist (EP) sur un mélange éclectique de chansons hip-hop et R&B, afin explique-t-il, de danse Entretien/Myriam Gourfink Glissement d’infini Centre Pompidou/chor. Myriam Gourfink Chorégraphe de mouvements qu’impulse la respiration, d’une lenteur qui devient virtuose, Myriam Gourfink crée Glissement d’infini au Centre Pompidou. Dans cette pièce de quatre heures pour cinq danseuses, inspirée par la figure du serpent, le public est invité à entrer et sortir à sa guise, à se mouvoir comme bon lui semble. D’où est venue votre envie de travailler à partir de la figure du serpent ? Myriam Gourfink  : En dansant en pleine nature. J’explorais le mouvement dans un endroit où la terre était très meuble, aussi chacun de mes appuis glissait. J’ai ensuite transposé l’expérience en studio en étudiant le spectre des appuis glissés  : de l’effleurement, en passant par le contact, jusqu’au transfert de poids. Essayant toutes les combinatoires, j’ai abandonné la reptation au profit d’un jeu plus inattendu  : le glissement de la tête, des mains et pieds au sol, pour soulever coudes, genoux et bassin. Comment cela impacte-t-il la danse, votre vocabulaire ? M. G.  : C’est essentiellement la contrainte de garder la tête au sol, qui a, pour ainsi dire, opéré une mue, ou plus concrètement un changement de mes habitudes motrices. En effet, dans le travail que je développe depuis vingt ans, dont le principe est de laisser des Rosalie O’Connor respirations très amples guider le mouvement, la tête se soulève ou se dépose au sol spontanément pour faire contrepoids. La contrainte, consistant à garder constamment la tête au sol, oblige à trouver de nouvelles circulations et une intensification du gainage. Toute la dramaturgie de Glissement d’infini est une évolution des mouvements de tête, celle-ci une fois soulevée devient l’initiatrice du mouvement. La chorégraphie joue avec une gradation de contraintes concernant la motricité de la tête. « La chorégraphie joue avec une gradation de contraintes concernant la motricité de la tête. » Que change dans votre composition le fait de créer pour un espace non frontal, pour un public nomade dans un temps long ? M. G.  : En explorant en studio, le temps long ainsi que la forme non frontale se sont imposés. C’est donc la pratique qui a conduit au choix du format. La juxtaposition des indications de glissements et des contraintes concernant la tête génèrent des déplacements sinueux. Ces chemins sinueux, plein de retournements, induisent un temps long et appellent la proximité du public. Ces sinuosités sont l’emblème de ce projet, elles proposent délibérément un corps inefficace, qui savoure son rapport au sol, à l’espace qui l’entoure et au temps. Propos recueillis par Delphine Baffour Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, 75004 Paris. Le 12 avril à 19h, les 13 et 14 avril à 15h30. Tél. 01 44 78 12 33. Durée  : 4h. Le Ballet de Boston dans Wings of Wax de Jiří Kylián. permettre « au public contemporain de voir la pratique du ballet comme un projet continu d’importance culturelle. » Wings of Wax de Jiří Kylián évoque la destinée du danseur et son désir d’envol à travers le personnage d’Icare, dont les ailes de cire ont fondu à proximité du soleil. Sensuel et ensorcelant, le ballet est une sorte de voyage allégorique autour de la chute, dont le point de départ est un arbre suspendu à l’envers. Agnès Izrine Théâtre des Champs-élysées, 15 av. Montaigne, 75008 paris. Du 9 au 11 avril à 20h. Tél. 01 49 52 50 50. Photo  : Bryony Jackson Stephanie Lake Pile of Bones 23 – 29 mai 2019 1 place du Trocadéro, Paris www.theatre-chaillot.fr danse 23 la terrasse 275 avril 2019



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