La Terrasse n°275 avril 2019
La Terrasse n°275 avril 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°275 de avril 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : sorcellerie de la danse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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théâtre 20 la terrasse 275 avril 2019 27 MARS 28 AVRIL RÊVERIES D’UN ATOME SOLITAIRE, DU BIG-BANG À NOS JOURS (TEXTE = Librement inspiré de nouvelles de Franz Kafka + Italo Calvino & d’œuvres scientifiques) (DE & AVEC = Fabio Alessandrini) LA REINE BLANCHE, 2 bis passage Ruelle — PARIS RÉSERVATION  : reineblanche.com ou 01 40 05 06 96 Critique John Théâtre des Quartiers d’Ivry/DE Wajdi Mouawad/MES Stanislas Nordey Sous la direction de Stanislas Nordey, Damien Gabriac (accompagné par Margot Segreto, ou Julie Moreau) s’élance dans les flots de colère, de souffrance, de tristesse d’un adolescent sur le point de mettre fin à ses jours. Un concentré d’émotions d’une rare vérité. Il entre sur scène d’un pas agité. Nerveux. S’installe sur une chaise, face à une caméra qu’il vient de mettre en marche pour procéder à un test d’enregistrement. Sa voix est à la fois acérée et chevrotante. « Je me suicide, je me suicide/Teste, teste/Je me suicide.../Ça marches-tu c’t’affaire là... ? » Avant d’effacer ces paroles et de s’asseoir de nouveau, de se lancer de façon à la fois déterminée et confuse dans un message adressé à ses parents et à sa sœur. Un long message heurté, désordonné, que cet adolescent décidé à quitter l’existence n’a pourtant aucunement l’intention de faire entendre à sa famille. Car comme John le répète à plusieurs reprises, il supprimera les traces de ce qu’il est en train d’enregistrer, renvoyant la détresse et la rage qu’il exprime à cor et à cri au néant de la mort qu’il s’apprête à rejoindre. Une pièce de jeunesse de Wajdi Mouawad écrit par Wajdi Mouawad en 1997, John est un précipité de douleur et de noirceur qui, loin de nous plonger dans une quelconque forme d’asthénie, nous place face aux lames de fond d’une existence qui se manifeste devant nous de manière extrême, exorbitante. On se dit que John vit trop intensément. Qu’il se laisse déborder par des émotions qu’il n’a pas encore la force de maîtriser ou de mettre en perspec- Damien Gabriac, imposant interprète de John. Jean-Louis Fernandez Critique tive. Ces bouleversements, Damien Gabriac leur donne corps de façon étonnamment précise. Dès les premiers instants de la représentation, qui produisent un véritable choc, le comédien ébranle notre quiétude de spectatrices et spectateurs. Le désespoir, la souffrance, la solitude de son personnage - palpables dans chaque intonation de voix, chaque expression, chaque geste et chaque regard – nous transportent immédiatement dans la vérité du drame qui se joue dans ce quasi-monologue d’une heure (la sœur de John, interprétée en alternance par Margot Segreto ou Julie Moreau, fait une brève apparition après la mort de son frère). Un drame que Stanislas Nordey a choisi de présenter, sans accent, dans sa version québécoise. Le directeur du Théâtre national de Strasbourg crée ainsi un effet de langue saisissant. Concrète, sans coquetterie, sa mise en scène de John place en son centre la réalité de l’être et du dire. Une façon de célébrer l’art de l’acteur dans sa forme la plus simple et la plus essentielle. Manuel Piolat Soleymat Théâtre des Quartiers d’Ivry - Centre Dramatique National du Val-de-Marne, Manufacture des Œillets, 1 place Pierre- Gosnat, 94200 Ivry-sur-Seine. Du 8 au 19 avril 2019. Le lundi, mardi et vendredi à 20h ; le jeudi à 19h ; le samedi à 18h ; le dimanche à 16h. Durée de la représentation  : 1h. Spectacle vu le 18 mars 2019 au Théâtre national de Strasbourg. Tél. 01 43 90 11 11. www.theatre-quartiers-ivry.com également du 4 au 8 février 2020 à la Scène Nationale de Vandœuvre-lès-Nancy. Frères sorcières Théâtre de Sartrouville et des Yvelines/d’Antoine Volodine/MES Joris Mathieu Pour mettre en images le fascinant Frères sorcières d’Antoine Volodine, Joris Mathieu déploie avec sa compagnie Haut et Court tout son art de la rencontre entre techniques d’hier et d’aujourd’hui. Entre hyperréalisme et illusion. Entre les comédiens de la compagnie Haut et Court et leurs spectateurs, il y a toujours au moins un écran. Parfois plusieurs, qui au lieu de canaliser la pensée vers un point précis lui offrent une infinité de lignes de fuite. Créé la saison dernière à Lyon au Théâtre Nouvelle Génération (TNG) dirigé depuis 2015 par Joris Mathieu, Frères sorcières ne fait pas exception. C’est en effet dans un dispositif de cadresgigognes que le metteur en scène donne vie au texte qu’Antoine Volodine lui a offert avant sa publication au Seuil en début d’année. Dans des sortes de castelets géants, ou de théâtres dans le théâtre, qui donnent aux quatre comédiens – Philippe Chareyron, Vincent Hermano, Rémi Rauzier Marion Talotti, tous compagnons de longue date de Joris Mathieu –, de même qu’au scénographe Nicolas Boudier, la possibilité d’explorer divers registres de présence. L’univers de l’auteur qui chemine avec la compagnie depuis de nombreuses années se prête à ce type d’expérience. Source de nombreuses dystopies signées sous divers hétéronymes et peuplées de créatures contraintes à des traversées sans fin, son « post-exotisme » appelle à l’invention visuelle et scénographique. Les écrans de Frères sorcières sont à la hauteur. S’y affichent les limbes d’une grande et belle singularité avec une lenteur, une poésie d’un crépuscule qui n’est pas vraiment d’ici. Sans être tout à fait d’ailleurs. Voyage aux frontières du visible C’est dans le dernier des cadres, le plus lointain, qu’apparaît l’étrange héros de Frères sorcières. Un immortel forcé de s’incarner dans différents corps. Prisonnier d’une errance à travers les siècles. Au centre d’un cercle délimité par des têtes de femmes plantées sur des piquets, Rémi Rauzier, qui prête sa robuste carrure au voyageur éternel, est d’abord une lueur qui danse dans l’obscurité. Les images de Joris Mathieu se méritent. Il faut les attendre. Les construire mentalement avant que leurs Frères sorcières. contours ne se précisent, détruisant souvent ce qui a été bâti en pensée. Car, à l’instar du protagoniste de Volodine qui est un en même temps que multiple, le théâtre de Joris Mathieu est en mouvement perpétuel entre des formes variées. Nourri par des emprunts à des cultures et techniques éloignées – autre point commun avec l’auteur de Frères sorcières, dont le monde est dénué de toutes frontières –, son Frères sorcières mêle nouvelles technologies, théâtre, marionnettes ou encore illusionnisme en une succession de tableaux d’une étonnante complexité. Avec cette épopée pleine d’êtres sans repères, mais non sans un certain humour, le directeur du TNG marque une étape importante dans sa quête d’autres manières de faire et de partager le théâtre. Anaïs Heluin Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, place Jacques-Brel, 78505 Sartrouville. Du 2 au 5 avril 2019, les 2,3 et 5 à 20h30, le 4 à 19h30. Tél. 01 30 86 77 79. www.théâtre-sartrouville.com Vu au TNG-Vaise à Lyon. Nicolas Boudier
12 e Rencontre des Jonglages, une créativité partageuse En collaboration avec une dizaine de partenaires, Houdremont et La Maison des Jonglages œuvrent ensemble afin de donner à voir la diversité de la création jonglée dans toute l’Ile-de-France. Plus que jamais, le désir du commun s’affirme haut et fort, à travers le goût de la rencontre et le plaisir de l’art, qui emmêle avec malice les disciplines. Entre bonds et rebonds, un festival imaginatif et festif. En plus des trois créations et autres temps forts, la 12 e Rencontre des Jonglages est un carrefour pour les artistes de partout. D’Europe essentiellement, cœur de l’évolution de la discipline. On y retrouve des compagnies françaises bien connues, telles que Galapiat Cirque avec L’Herbe tendre et la Cie Les Frères Kazamaroffs Mind the gap Alors qu’ils viennent de créer la chorégraphie Acqua Alta dans l’univers insaisissable d’Adrien Mondot et Claire Bardainne, Satchie Noro et Dimitri Hatton remettent en selle leur duo dans un contexte plus tangible. Confrontés à l’architecture un brin tyrannique de Silvain Ohl, les voilà partis pour expérimenter l’accumulation, la transformation, la construction et la déconstruction, jusqu’à la tentative d’évoluer envers et contre tout effondrement. Ils sont rejoints dans cette lutte contre la gravité par le danseur Samuel Dutertre et le musicien Florian Satche. Une belle leçon où la manipulation des corps et des objets engendre entraide et soutien. Nathalie Yokel Le 6 avril 2019 à 16h au parc de la Poudrerie, avec le Théâtre Louis Aragon de Tremblayen-France. La réconciliation Cette création est le fruit d’une longue maturation. N’a-t-elle pas commencé il y a dix ans, quand Johan Swartvagher et Bertrand Depoortère se sont réunis au sein du collectif transdisciplinaire Martine à la plage ? Entre le jongleur et le photographe pourtant, pas de travail en commun. Si ce n’est aujourd’hui, où l’on voit le Entretien/Thomas Renaud et Pauline Simon Un pour tous, tous pour le jonglage La Maison des Jonglages, dirigée par Thomas Renaud, et Houdremont, centre culturel nouvellement dirigé par Pauline Simon, portent ensemble la Scène conventionnée Jonglage(s) et le festival. En quoi votre association influence-t-elle l’ADN de la Rencontre des Jonglages ? Thomas Renaud  : L’étroit partenariat qui existe entre la structure que je dirige et celle dont Pauline Simon vient de prendre la tête – une association d’un côté, un théâtre municipal de l’autre – fait de la Rencontre des Jonglages un moment de dialogue. La question du commun y est centrale, particulièrement cette année. Pauline Simon  : La Rencontre des Jonglages est la partie émergée d’un travail à l’année. À travers des partages de résidences artistiques et de nombreuses actions culturelles, nos équipes travaillent ensemble. Ces échanges nourrissent le festival. De quelles manières ce désir de commun est-il partagé par les artistes programmés ? T. R.  : De manières très différentes, ce qui témoigne de la grande richesse du jonglage contemporain. Nous avons par exemple un « La Rencontre des Jonglages est la partie émergée d’un travail à l’année. » Pauline Simon Fanny Duwez Thomas Renaud et Pauline Simon. Au carrefour de tous les jonglages À travers les 29 compagnies invitées cette année, une journée professionnelle ou encore une création collective, la Rencontre des Jonglages témoigne de la grande vitalité de sa discipline. défilé jonglé collectif, Collection Infinie, qui réunit une centaine de personnes sous la houlette de Florence Huet, Wes Peden et Johan Swartvager, artiste associé de la Maison des Jonglages pour la deuxième année et associé à la programmation du festival. P.S.  : Le désir de commun passe également par une réflexion sur les publics. Pour la première année, le festival aura par exemple sa journée destinée aux enfants, qui sont une nouvelle priorité d’Houdremont. avec O.G.M., qui ouvrent le festival. Jérôme Thomas est au rendez-vous avec Magnétic, de même que Nathan Israël avec son solo Gadoue et le Cirque Inextrémiste avec Damoclès, l’un des nombreux spectacles à aborder la question du commun. « Appel à la vie, à la communion du groupe, à la libération de l’individu », circassien s’emparer d’images en noir et blanc venues des quatre coins du monde. En écho aux photographies, mais aussi aux moments partagés, avec des textes, des poèmes, des revendications, ils tentent une réconciliation par leurs imaginaires en friction. Nathalie Yokel Le 12 avril 2019 à 21h30 à Houdremont. Le 20 avril 2019 à 20h et le 11 avril à 21h à 2r2c, Paris. Dodai Jongler à sept constitue un véritable défi lorsqu’interagir avec l’Autre et ses balles veut dire donner, reprendre, distribuer, recevoir… Brillant jongleur en solo, Stefan Sing fait ici l’expérience du « mien » et du « tien » à l’aune de quatorze mains et d’une centaine de balles. Alors qu’on aime chez cet artiste berlinois son jonglage organique et sa présence fluide et virtuose, on se réjouit de cette démultiplication qui promet de nouvelles audaces et place le spécialiste dans un élan de transmission. Une création centrée sur la question du partage de l’espace et de l’objet. Agnès Santi Le 13 avril 2019 à 21h à Houdremont. Le 19 avril 2019 à 20h30 au Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France. Jay Gilligan Deixe me de Subliminaticorporation repousse les frontières entre les disciplines. Ce qui est le cas aussi de Yin Zéro de la Cie Monad, où le jonglage rencontre la danse derviche, ou encore de Iwandé, histoire d’un corps, que Thomas Dequidt fait osciller entre divers langages. Plusieurs artistes questionnent l’avenir de leurs pratiques. Wes Peden par exemple, dans Zebra. D’autres, comme les membres de la Cie Equidistante, interrogent leur réalité en ancrant leur pratique dans l’espace public, dont les liens avec le jonglage sont au cœur de la journée professionnelle du 12 avril, ainsi que l’accompagnement de l’émergence. Anaïs Heluin How to welcome the aliens Johan Swartvagher, artiste associé à la Maison des jonglages et très impliqué dans cette édition du festival, connaît bien la compagnie belge eaeo pour avoir été le metteur en scène de son précédent délire électro All the fun. La création de How to welcome the aliens, à plus petit effectif, semble être faite du même bois, sans se prendre au sérieux  : Jay Gilligan et Eric Longequel inventent en effet une cérémonie d’accueil d’extraterrestres fraîchement débarqués sur terre. Que leur montrer de notre monde ? Sous des allures de fantaisie jonglée se cache une vraie réflexion sur la création. Nathalie Yokel Le 14 avril 2019 à 20h30 à Houdremont. Les 18 et 19 avril 2019 à 19h30 et le 21 avril à 16h à l’Académie Fratellini, Saint-Denis. Parmi la trentaine de compagnies invitées, nombreuses sont celles qui travaillent au carrefour de plusieurs disciplines. T. R.  : Nous aimons questionner les frontières entre les disciplines. L’arrivée de Pauline Simon à la tête d’Houdremont est l’occasion d’accentuer cette démarche. Les différents partenaires de la Maison des Jonglages ont un rôle central à jouer dans cette réflexion. Le Théâtre Louis Aragon à Tremblay-en-France en ce qui concerne la danse, 2r2c pour l’espace public, Le Plus Petit Cirque du Monde ou l’Académie Fratellini pour le cirque… P.S.  : Il y aura même deux concerts lors du festival. Un concertperformance intime de Lior Shoov qui permettra de créer un lien entre les spectateurs. Et un autre de Billie Brelok, artiste aux influences multiples. En quoi cette programmation variée reflète-t-elle le territoire où se déploie le festival ? P.S.  : À La Courneuve, où ont lieu la moitié des propositions du festival, vivent des personnes de plus de 100 nationalités différentes. La Rencontre des Jonglages, comme la saison d’Houdremont, doivent être au diapason de cette réalité. Ce qui n’est pas très difficile, car les jongleurs sont naturellement tournés vers l’Autre. T. R.  : Notre quête d’accessibilité et d’exigence concerne l’ensemble des lieux du festival. Pour preuve la clôture au Carreau du Temple à Paris avec Second Square, où entre jonglage et marionnette, tous les ponts sont permis. Propos recueillis par Anaïs Heluin « Nous aimons questionner les frontières entre les disciplines. » Thomas Renaud Sébastien Armengol deixe me. Carte blanche franco-japonaise Est-ce parce qu’ils furent momentanément colocataires dans 15 m² que les deux comparses ont eu l’envie de partager une nouvelle fois leur espace ? Hisashi Watanabe est l’un des plus brillants représentants du jonglage japonais  : une corporéité saisissante, une danse magnifique. Guillaume Martinet est cet électron libre, cofondateur de la compagnie defracto. Ensemble, et avec la complicité de Johan Swartvagher, ils entament un projet de création. L’Atelier du Plateau accueille une soirée carte blanche qui défriche un champ des possibles. Nathalie Yokel Les 29 et 30 avril 2019 à 20h, Atelier du Plateau, Paris. La Maison des Jonglages & Houdremont, 11 av. du Général-Leclerc, 93120 La Courneuve. Du 5 avril au 5 mai 2019, cœur de festival à La Courneuve les 12, 13 et 14 avril 2019. Tél. 01 49 92 60 54. www.festival.maisondesjonglages.fr focus 21 la terrasse 275 avril 2019



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