La Terrasse n°274 mars 2019
La Terrasse n°274 mars 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°274 de mars 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 88

  • Taille du fichier PDF : 18,8 Mo

  • Dans ce numéro : visages de la danse 2019.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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théâtre 26 la terrasse 274 mars 2019 Photo  : Intermission 2015, copyright Robert and Shana ParkeHarrison MC 2  : THÉÂTRE Un Ennemi du peuple Texte Henrik Ibsen Texte français Eloi Recoing Mise en scène Jean-François Sivadier 07 - 15 mars MC2GRENOBLE.FR 04 76 00 79 00 18 19 Création à la MC2  : Grenoble Critique A love suprême Théâtre Marigny/de Xavier Durringer/mes Dominique Pitoiset Engageant un nouveau cycle théâtral dédié aux cinquantenaires « à l’entrée des temps post-démocratiques », le metteur en scène Dominique Pitoiset tire un premier portrait. Le seul en scène spécialement écrit pour l’actrice Nadia Fabrizio par Xavier Durringer touche au cœur. Amateur d’un théâtre situationniste dont l’esthétique et la poésie démasquent la déréalisation d’une société du spectacle, machine à broyer le proprement humain, proche également de ces auteurs dont l’humour noir sert de bouclier, comme en témoigne son très beau cycle dédié au théâtre nordaméricain, le metteur en scène Dominique Pitoiset ne lâche rien avec A love suprême. Signé par le dramaturge Xavier Durringer dont on connaît la propension à attraper le réel dans son jus et dans son cru, à donner la parole à des êtres à la marge dans une forme d’expressionnisme tragique qui n’exclut pas le cocasse, ce seul en scène met un coup de projecteur sur la destinée d’une stripteaseuse sur le retour. Bianca vient Critique Ruine Monfort théâtre/conception et mes Erwan Ha Kyoon Larcher d’apprendre qu’elle doit vider son casier et quitter brutalement l’emploi qu’elle occupe depuis trente-deux ans au peep-show baptisé « A love suprême » à Pigalle. Elle est donc la figure de toutes les femmes vieillissantes condamnées à n’être, au regard d’une société en proie au culte du jeunisme, plus rien. « Et l’amour dans tout ça ? » interroge le metteur en scène. Une très émouvante mise à nu L’emprunt du titre de l’œuvre à l’album culte de John Coltrane – dont quelques extraits alimentent la bande son – pèse de tout son poids, chargé d’une suprême ironie veloutée par la tendresse que provoque la mise à nu Aux confins du cirque, de la danse, du concert, de la performance et des arts visuels – pas moins –, Ruine construit un drôle d’objet, qui échappe à peine croit-on le saisir. La discipline du cirque poursuit son Big Bang et son irrésistible expansion en de nouveaux univers. De la galaxie Ivan Mosjoukine, éphémère et brillante constellation auteure de De nos jours (notes on the circus) en 2013, d’où sont nées les météorites Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel (Grande, 2016) et Maroussia Diaz Verbèke (Circus Remix, 2017), Erwan Ha Kyoon Larcher fut le dernier à lancer en solo sa trajectoire. En tant qu’homme-orchestre d’abord, (Tout est beau, 2017), et maintenant dans l’imprévisible orbite que dessine Ruine. Entre des parpaings, une carapace de tortue, une plante verte, des amphores et des sacs de gravats. Peu d’éléments – un arc et des flèches – laissent penser qu’on va assister à un spectacle de cirque. Ruine est qualifié d’« opéra en solitaire » selon le programme, de portrait d’une personne « née dans les années 80, qui déteste le monde parce qu’il l’aime », ajoute une voix préenregistrée au début du spectacle. « On se rappellera d’aujourd’hui comme d’une logique étonnamment arriérée et absurde » poursuit cette dernière, plus tard, sans que le spectacle pour autant ne tourne à la diatribe contre notre époque. Même si Erwan scie aussi, à l’instar de notre civilisation, la branche sur laquelle il est assis, il est évident que c’est aussi celle du cirque, traditionnel au moins, que son spectacle entreprend ainsi de couper. Un puzzle d’aujourd’hui Erwan a été formé au CNAC, école formatrice majeure de la discipline circassienne, mais son parcours artistique l’a mené à collaborer entre autres avec Philippe Quesne ou Clédat et Petitpierre, artistes adeptes d’un théâtre baigné d’arts visuels et du goût de l’expérience. Pour ne pas dire de l’expérimental. Car Ruine réactiverait facilement les querelles de chapelles tellement il se fait transversal et insaisissable. Les nostalgiques d’un cirque populaire reprocheraient à ce spectacle son côté branché. Et les adeptes de l’hybridation à tout crin rappelleraient que c’est d’elle que sourd le Erwan Ha Kyoon Larcher. renouvellement des formes, les nouveautés auxquelles on finira par s’habituer. Mais on n’en est plus là, à débattre des évolutions du cirque. Son Big Bang commence à dater et on ne peut s’opposer à l’énergie puissante et protéiforme qu’il a libérée. Chantant aigu des compositions électro, dansant entre arts martiaux et sirtaki, tirant des flèches dans le gong d’une carapace retournée qui répond par de sages aphorismes, sciant donc, et cassant les parpaings sur lesquels il fait l’équilibre tandis que sa plante verte réclame à boire, Erwan Ha Kyoon Larcher emmène ainsi le spectateur dans une traversée des disciplines plutôt planante et plaisante. Amusante même parfois. Déroutante et pleine d’auto-dérision. Qui ouvre des sens sans jamais les fixer. Un puzzle d’aujourd’hui, aux accents d’autofiction, un brin désespéré. éric Demey Monfort théâtre, 106 rue Brancion, 75015 Paris. Du 13 au 23 mars à 19h30, relâche les dimanche et lundi. Tél. 01 56 08 33 88. Durée 1h. Spectacle vu au 104. Yannick Labrousse
Mirco Magliocca Xavier Cantat de cette femme, aimante, avant tout et pardessus tout. Nostalgique et sans rancœur. Si malheureuse, dans l’instant abattue, et pourtant si pleine de vie. La force de l’interprétation de Nadia Fabrizio tient d’abord à l’une de ses qualités intrinsèques de comédienne  : son authenticité. Dans ce rôle créé pour elle, elle donne toute sa mesure. Extrêmement touchante, elle nous attache au personnage, monologuant avec elle-même, s’épanchant sans rien omettre. Elle orchestre un striptease d’un autre genre dans le cadre d’un autre lieu de l’exhibition de l’intime, celui d’une laverie automatique. Là, dans ce décor métaphorique idéalement conçu par le metteur en scène, qui signe également la scénographie, cette cigale contemporaine, digne de la Clara Ponsot. Critique Une magnifique Nadia Fabrizio dans le rôle de Bianca. fable, déballe son linge sale en se mettant au propre dans un monde sans pitié, où l’amour peine à trouver sa place. Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens Théâtre Marigny, Carré Marigny, 75008 Paris. Du mercredi 20 mars au samedi 6 avril 2019. Le mardi 26 mars et le mardi 2 avril, les mercredis 20 et 27 mars, le mercredi 3 avril, les jeudis 21 et 28 mars, le jeudi 4 avril, les vendredis 22 et 29 mars, le vendredi 5 avril, les samedis 23 et 30 mars à 21h. Les dimanches 24 et 31 mars à 15h. Représentations supplémentaires les samedis 23 et 30 mars à 16h. Durée  : 1h20. Tél. 01 76 49 47 12. Spectacle vu à Bonlieu, Scène nationale Annecy. Et ma cendre sera plus chaude que leur vie Le Lucernaire/D’après Marina Tsvetaeva/mes Marie Montegani Dans la mise en scène subtile de Marie Montegani, Clara Ponsot compose une Marina Tsvetaeva puissante et habitée. Ça commence par l’évocation d’Alya et d’Irina, les deux filles de Marina Tsvetaeva. La poétesse avoue préférer la première. Elle le fait simplement ; pas de place dans son cœur pour autre chose que l’unicité de l’amour. C’est ainsi, même si cette exclusivité va loin, au point que la jeune mère retire la favorite de l’orphelinat pour la soigner, tandis que l’autre y reste et finit par y mourir. À trois ans. De faim. La mère ne voit pas le corps, n’assiste pas à l’enterrement. Elle ne « pouvait pas » puisque sa préférée avait de la fièvre… Ce début coup de poing, qui montre toute l’ambivalence de la mère magnifique et monstrueuse, résume bien la personnalité de la poétesse Marina Tsvetaeva (1892-1941). C’est une femme qui n’a pas peur de penser, aussi extravagantes puissent paraître ses pensées. Et elles le sont. Singulières du moins, ce qui revient au même car les idées ou les paroles nouvelles semblent toujours extravagantes à qui les entend pour la première fois. S’il lui arrive de faire des concessions à la politesse ou au savoir-vivre, en louant des prétendus poètes pour qui l’écriture n’est qu’un passe-temps, Marina Tsvetaeva admire ceux pour qui la littérature représente un absolu comme Rainer Maria Rilke ou Boris Pasternak, avec lequel elle s’oppose pourtant. Les kolkhozes ou les masses ne l’intéressent pas, ce qui lui importe, elle, ce sont les individus – on comprend que le régime soviétique ne l’ait pas appréciée… Le portrait d’une femme éprise d’absolu La question de la condition féminine est en revanche au cœur de ses préoccupations  : « Quand une femme écrit, elle écrit pour toutes celles qui se sont tues », dit-elle en substance. Mais quelle difficulté de vivre au quotidien quand on est une artiste désargentée. Par petites touches ressort le portrait d’une femme libre et éprise d’absolu, dans l’adaptation intelligente et subtile que Marie Montegnani a faite du recueil Vivre dans le feu de Tzvetan Todorov, superbe introduction à la vie et l’œuvre de l’écrivaine. Cette flamme intérieure qui semble consumer la poétesse, la comédienne Clara Ponsot la restitue magnifiquement. Avec une grande économie de gestes (elle est assise sur une chaise durant toute la représentation), elle habite avec force ce personnage qu’elle ne cherche pas à rendre aimable. Marina Tsvetaeva apparaît ainsi dans toute sa complexité  : tout à la fois attachante, effrayante, arrogante, tranchante. Une femme trop lucide, qui en paiera le prix en se pendant, un jour d’août 1941. Mais au moins, sa cendre sera plus chaude que leur vie… Isabelle Stibbe Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des- Champs, 75006 Paris. Du 13 février au 6 avril 2019. Du mardi au samedi à 21h. Tél. 01 45 44 57 34. Durée  : 1h15. théâtre 27 la terrasse 274 mars 2019



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