La Terrasse n°274 mars 2019
La Terrasse n°274 mars 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°274 de mars 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 88

  • Taille du fichier PDF : 18,8 Mo

  • Dans ce numéro : visages de la danse 2019.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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théâtre 16 la terrasse 274 mars 2019 Entretien/Bernard Levy Les Chaises Théâtre de l’Aquarium/d’Eugène Ionesco/MES Bernard Levy Après avoir monté des textes de Beckett, Bernard Levy explore la pièce la plus profonde et complexe de Ionesco  : Les Chaises. Récusant la notion de théâtre de l’absurde, il décide de prendre le texte au pied de la lettre. Comment est née l’envie de monter Les Chaises ? Bernard Levy  : J’ai une grande affection pour les personnes âgées et je cherchais depuis longtemps un texte sur les vieux. Lorsque j’ai monté Beckett avec le comédien Thierry Bosc, je le voyais souvent faire l’idiot, jouer au vieillard, et je le trouvais très drôle. En relisant Les Chaises avec mon dramaturge Jean-Luc Vincent, j’y ai trouvé des choses très intéressantes. Dans les mises en scène que j’en avais vu, le texte était souvent traité de façon un peu grotesque ou bien vampirisé par la performance des comédiens, rendant les personnages archétypaux, ce qui ne me parlait pas vraiment. Quelle a donc été votre approche ? Critique B.L.  : J’ai décidé d’aller à l’opposé de ce que j’avais pu voir, et de prendre le texte au pied de la lettre. J’ai imaginé l’histoire de deux personnes ordinaires, qui vivent dans leur maison, leur appartement ou le studio d’une maison de retraite. J’ai eu envie de les voir évoluer à cet endroit. Le personnage de l’Homme a besoin de dire un message au monde – c’est vrai ou pas, mais tout le monde a besoin de dire quelque chose au monde, que ce soit ses quatre vérités ou un « je t’aime ». Une œuvre marque le spectacle  : Amour de Michel Haneke. Le spectacle est dit à l’aune de l’immense amour, de l’immense tendresse qui existent dans Les Chaises. Le texte est si complexe qu’il paraît difficile de savoir par où le prendre. Est-ce pour cela Orphée aphone Les Plateaux Sauvages/écriture, conception et interprétation Vanasay Khamphommala Avec Orphée aphone, Vanasay Khamphommala signe l’acte de naissance de sa compagnie Lapsus chevelü. Un théâtre de toutes les transformations, dont la beauté égale la profondeur. Pour Vanasay Khamphommala, les grands mythes, les grands textes classiques et contemporains sont des matériaux à « transphormer ». À mélanger à des chansons d’amour, par exemple, dont il adresse dès que l’occasion s’y prête les paroles sucrées à des spectateurs seuls face à lui. Chanteuse baroque, comédien, metteur en scène, traducteur, dramaturge – de 2014 à 2018, il a exercé cette fonction auprès de Jacques Vincey au sein du Centre dramatique de Tours, dont il est aujourd’hui artiste associé –, il rejette toute forme de séparation, de hiérarchie entre ses différentes manières d’aborder la scène. Et il le dit, le chante et le performe dans Orphée aphone, sa première création à la tête de sa compagnie Lapsus chevelü, dont le projet n’est rien moins que de « transphormer le monde ». De « déstabiliser les repères établis pour créer des beautés nouvelles », en « revendiquant sa nature parasitique, convaincue qu’il n’y a de beauté que monstrueuse ». Situé en prologue de la pièce, L’Invocation à la muse, créé dans le cadre des Sujets à vif lors du dernier Festival d’Avignon, prépare en douceur à ce bouleversement des valeurs. La performeuse queer Caritia Abell guide Vanasay dans un rituel qui vérifie le lien entre délires érotique et poétique exposé par Platon dans Phèdre. Elle accompagne sa métamorphose. Sa mue, qui fait de lui un troublant hommeoiseau aux cheveux lâchés sur des épaules piquées de plumes. Avec sa beauté inattendue, il fait déjà honneur à Ovide. Un Paradis aux Enfers Dans ce premier projet personnel, Vanasay Khamphommala invente un Orphée à partir de deux drames vécus  : la perte d’un proche, et une extinction de voix. Souvenirs réels qui nourrissent la figure mythologique, et inversement. La « transphormation » se poursuit au rythme des alexandrins qu’égraine Vanasay- Orphée dès que, pour retrouver son Eurydice, il pose les pieds aux Enfers. Un « lieu obscur et froid/Où ne vibre aucun son, ne sonne aucune voix ! », qui surgit au plateau de Orphée aphone. presque rien. De subtils jeux d’étoffes et de lumières, de la musique jouée en direct par Gérald Kurdian, et des changements de costumes qui dessinent ensemble une créature dont la frustration – en plus d’avoir perdu son Eurydice, le poète et musicien perd sa voix enchanteresse – est le moteur d’un imaginaire qui décloisonne tout ce qu’elle approche. Nulle séparation entre vie et mort dans Orphée aphone, pas plus qu’entre Paradis et Enfers ou entre masculin et féminin. Après avoir mangé la marguerite qu’il tenait à la main depuis le début de ses négociations avec les dieux, Vanasay-Orphée devient en effet une Vanasay-Eurydice qui déconstruit l’idéal rêvé par le premier. Visuel, mais aussi performatif, rituel, musical et pourtant d’une grande sobriété, l’univers de Vanasay Khamphommala concilie d’une manière unique drame de la séparation et utopie de l’unité. Osant la tendresse sans ignorer la violence, il bouleverse l’esprit autant que les sens. Anaïs Heluin Les Plateaux Sauvages, 5 rue des Plâtrières, 75020 Paris. Du 11 au 15 mars 2019 à 20h. Tél. 01 40 31 26 35. www.lesplateauxsauvages.fr Marie Pétry Bernard Levy. « Tout le monde a besoin de dire quelque chose au monde. » qu’il est moins joué que les autres pièces de Ionesco ? B.L.  : Justement, je crois que l’endroit où l’on s’est mis, à un carrefour entre le réalisme et l’onirisme, nous a permis de faire ressortir toutes les possibilités du texte. Évidemment, la situation est que des personnages jouent à attendre d’autres personnages et se retrouvent débordés, surtout la Femme. Tout cela est un prétexte pour se dire des choses Pourama Pourama. D. R. Critique Anne-Sophie Popon et dire des choses. Et l’on s’aperçoit alors des fêlures énormes liées à l’enfant que le couple n’a pas eu (ou a eu mais est mort), des fêlures liées à la façon dont ils se sont comportés avec leurs parents, aux fantasmes sexuels qu’ils ont eus mais n’ont jamais pu satisfaire. Tout cela est extrêmement foisonnant. Vous avez monté Beckett et maintenant Ionesco, deux auteurs souvent considérés comme des maîtres du théâtre de l’absurde. Êtes-vous d’accord avec cette vision ? B.L.  : Il faut tordre le cou à cette classification. Beckett et Ionesco n’ont absolument rien à voir. Le théâtre de l’absurde, qu’est-ce que cela voudrait dire ? Qu’il n’y a pas de causalité ? Qu’on ne sait pas d’où ça vient ? Mais c’est totalement faux ! Prenez le monologue de Lucky dans Godot  : beaucoup l’ont interprété de manière rythmique, comme s’il ne voulait rien dire mais il dit constamment des choses, et des choses magnifiques. Simplement il faut les comprendre. Pour un metteur en scène, cette étiquette n’est pas porteuse, elle ne dégage pas de la pensée. Entretien réalisé par Isabelle Stibbe Théâtre de l’Aquarium, La Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Du 19 mars au 14 avril 2019. Du mardi au samedi à 20h. Le dimanche à 16h. Tél. 01 43 74 99 61. Pourama Pourama Nouveau Théâtre de Montreuil/Conception et interprétation Gurshad Shaheman Il y a cinq ans, le comédien et metteur en scène iranien Gurshad Shaheman se faisait connaître en France avec Pourama Pourama. Un passionnant triptyque autofictionnel traversé par les questions du genre et de l’exil, qu’il continue de porter avec force et générosité. Dans Il pourra toujours que c’est pour l’amour du prophète, créé au Festival d’Avignon l’été dernier, Gurshad Shaheman met en scène quatorze jeunes artistes. Des comédiens issus de l’Ensemble 26 de l’École Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille qui portent des textes écrits par le metteur en scène à partir de témoignages d’artistes et de membres de la communauté LGBT recueillis à Calais, à Beyrouth ou Athènes. Beaucoup plus qu’un travail d’école, cette pièce est le prolongement de Pourama Pourama, triptyque auto- fictionnel à travers lequel Gurshad Shaheman se présentait pour la première fois en 2014 au public français. Et grâce auquel il continue de garder un rapport régulier au plateau. En voyant aujourd’hui cette pièce, on comprend pourquoi l’artiste a ressenti le besoin de créer ensuite un oratorio dont il est exclu. On mesure d’autant mieux la profondeur de sa recherche autour du genre, de la sexualité et de l’exil. Dans cette première pièce, le comédien et metteur en scène dit en effet déjà la transgression des normes sociales en mêlant théâtre, installation sonore et performance. Grâce à trois dispositifs singuliers, il met en scène la difficulté à s’exprimer sur un plateau lorsque l’on est Autre. Lorsque notre identité dépasse les bornes habituelles. La conquête d’un « je » Pourama Pourama n’aurait pas pu voir le jour en Iran, d’où est originaire Gurshad Shaheman. Une évidence que celui-ci n’a guère besoin de formuler  : le choix du français comme langue d’écriture est suffisamment éloquent. De même que la relation complexe qu’entretiennent dans Touch me, Taste me et Trade me, les trois parties du spectacle, présence physique et narration. Ce sont les mots qui priment dans Touch me. En voix off, dans une obscurité totale, ils en occupent les dix premières minutes. Beaux et simples, ils évoquent la révolution des Ayatollah, que les parents de Gurshad ont fuie alors qu’il n’avait que douze ans. Pourama Pourama tend au dépassement sans doute impossible de ce traumatisme initial. À l’affirmation d’une identité trans susceptible de s’accommoder des failles laissées par l’exil, dans laquelle les spectateurs jouent un rôle central. D’abord appelés à toucher le comédien pour l’encourager à poursuivre le récit de son enfance, nous sommes ensuite invités à dîner tandis que l’artiste vêtu d’une robe scintillante nous raconte son éveil à la sexualité. Avant de le rejoindre dans une cage semi-opaque pour l’écouter nous confier un épisode de prostitution. Autant d’étapes bouleversantes vers la construction, vers la conquête d’un « je ». Anaïs Heluin Nouveau Théâtre de Montreuil, 10 place Jean- Jaurès, 93100 Montreuil. Du 8 au 17 mars 2010. Le vendredi à 19h, samedi à 18h et dimanche à 17h. Tél. 01 48 70 48 90. www.nouveautheatre-montreuil.com Également les 3 et 4 avril 2019 au Théâtre du Manège à Maubeuge.
Au cœur d’ici et du monde comedie.ch Love is a river Inspiré de Platonov de Anton Tchekhov 19 > 31 mars 2019 Alexandre Doublet – Cie Alexandre Doublet VR_I 28 mars > 14 avril 2019 Gilles Jobin – Cie Gilles Jobin & Artanim En direct de tg STAN 3 > 17 avril 2019 Infidèles texte  : Ingmar Bergman tg STAN/De Roovers Sa façon de mourir tg STAN/Tiago Rodrigues Atelier tg STAN/de KOE et Maatschappij Discordia Bd des Philosophes 6 1205 Genève T+41 22 320 50 01 Festival Soli You are not alone 30 avril > 12 mai 2019 Raquel André/Rébecca Balestra/Tiphanie Bovay-Klameth/Audrey Cavelius/Marion Chabloz/Pamina de Coulon/Latifa Djerbi/Cédric Leproust/Eve-Marie Savelli/Nastassja Tanner/Trân Tran/photo  : Niels Ackermann/lundi13, graphisme  : monokini.ch



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