La Terrasse n°273 février 2019
La Terrasse n°273 février 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°273 de février 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 17,8 Mo

  • Dans ce numéro : puissance d'écriture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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théâtre 26 la terrasse 273 février 2019 Critique La Réunification des deux Corées Reprise/Nanterre-Amandiers/texte et mes Joël Pommerat Joël Pommerat, en pleine maîtrise de son art, sonde le mystérieux lien qui tient les êtres ensemble. L’un, l’autre… se cherchent et s’espèrent, comme deux parties du même. Peut-être s’ignorent encore, ou déjà, souvent s’indiffèrent, parfois se quittent. Reste alors un vide, un trou noir creusé dans la chair, un manque confus, quelque chose qui ronge la complétude… C’est ce lien obscur qui aimante les êtres que questionne à petites touches Joël Pommerat dans La Réunification des deux Corées. Certains appellent ça l’amour, ou bien le désir, d’autres l’habitude, l’affection ou le besoin. « Il m’a demandé cent fois ce qui n’allait pas entre nous. Je lui ai répondu qu’il n’est pas possible de continuer quand il n’y a pas d’amour. Alors, il m’a demandé en quoi devait consister cet amour. Et je lui ai répondu que je n’en savais rien puisqu’il n’est pas possible de décrire une chose qui n’existe pas/qu’on ne connaît pas. Je m’imagine avoir en moi des possibilités d’amour, mais elles demeurent enfermées à l’intérieur » avoue « la femme qui demande le divorce », mariée depuis vingt ans. Cette séquence première, inspirée du scénario de Bergman, Scènes de la vie conjugale, désigne ce mystère impalpable que le théâtre tente de cerner, plus que de résoudre, à travers une vingtaine de fragments, comme autant d’échantillons prélevés à même la peau du réel. Atrocement drôle Ainsi passent une femme sans mémoire qui discute avec son époux devenu un inconnu, La Réunification des deux Corées. tournée/L’onde/DU Galactik ensemble Optraken un couple qui s’invente sur un fantasme d’enfant, un instituteur aux prises avec des parents pour avoir consolé leur fils, une future mariée qui découvre que son promis a vaguement flirté avec ses quatre sœurs vingt ans auparavant, une femme violentée qui déclare malgré tout sa passion… La vie est atroce, souvent atrocement drôle. Comme chez Tchekhov. D’autant qu’ici Joël Pommerat raille moins le libertinage que la quête de chacun vers sa vérité, donc sa solitude. Il dévoile la faillite de l’existence tranquillement cachée sous le tapis du quotidien ou noyée dans le mensonge, les fantômes planqués dans les plis du présent, les rencontres bêtement manquées par dérapages incontrôlés, l’insoutenable réalité, si médiocre, si douloureusement triviale… L’auteur et metteur en scène maîtrise parfaitement l’art du plateau, servi avec une justesse sans faille par ses fidèles compagnons. Il manie aussi avec dextérité les dialogues où chaque mot tantôt agrippe l’autre au vol pour l’emmener dans une lutte insensée, tantôt griffe le grotesque de la situation, ou sème le doute et confond réel et fiction. Par un dispositif bi-frontal qui nous scinde et laisse deviner l’autre moitié du public en face, le drame se joue dans l’interstice intime, irréductible, qui nous sépare en nous-mêmes et des autres. Au cœur d’une béance. « L’amour, ça ne suffit pas », dit une femme. Oui, sans doute est-ce l’imagination qui nous relie ensemble. Gwénola David Nanterre-Amandiers, Centre dramatique national, 7 av. Pablo-Picasso, 92022 Nanterre. Du 7 au 17 février, du mardi au vendredi à 20h30 sauf jeudi à 19h30, samedi à 18h, dimanche à 16h. Tél. 01 46 14 70 00. Durée  : 1h50. Interrogeant la notion de résilience, le Galactik ensemble déploie dans son premier spectacle les fondements de son « acrobatie situationniste ». Avec son nom d’outre-terre et son curieux titre de spectacle, le Galactik ensemble promet d’emblée un voyage dans des contrées circassiennes inconnues. Né d’une complicité artistique qui débute il y a une dizaine d’années à l’École nationale de cirque de Rosny-sous-Bois, ce collectif de cinq jeunes circassiens développe en effet une pratique du cirque bien à lui, centrée sur l’idée de résilience. Après avoir exploré les possibles de leur discipline au sein de diverses compagnies et projets, Mosi Espinoza, Mathieu Bleton, Jonas Julliand, Karim Messaoudi et Cyril Pernot imaginent dans Optraken une « acrobatie situationniste ». Soit un ensemble de dispositifs grâce auxquels ils questionnent une situation physique précise  : le rétablissement de l’équilibre après un moment d’instabilité. Poétique de l’imprévu Point de trace de Guy Debord et consorts dans la démarche du Galactik ensemble donc, mais la recherche d’une écriture basée sur une approche originale de l’engagement physique. Pour aller loin, le Galactik ensemble part d’actions élémentaires  : se tenir debout, prendre la parole, éviter un obstacle ou encore résister à une contrainte. Un vocabulaire qui interroge non seulement la capacité de l’individu à faire face à l’imprévisible, mais aussi celle du groupe. Comparant leur écriture collective à une structure de tenségrité – principe architectural qui permet à une structure de se stabiliser par un jeu de forces de tension et de compression –, les cinq artistes mettent leur corps au service d’une réflexion transversale. Dans Optraken, politique, anthropologie et physique se mêlent en un seul mouvement. En un geste d’extension du domaine de l’acrobatie qui n’est alors plus lutte contre la gravité mais exploration du trébuchement. Performance de la chute. Le Galactik ensemble ne cherche ni à avoir les pieds sur terre ni à s’épanouir dans les airs  : il trouve sa voie dans l’entre-deux. Anaïs Heluin L'Onde Théâtre Centre d'art, 8 bis, av. Louis- Breguet, 78140 Vélizy-Villacoublay. Mardi 12 février à 20h30. Durée de la représentation  : 1h15. Tél. 01 78 74 38 60. www.londe.fr Elisabeth Carecchio Milan Szypura
Les Safra’numériques à la pointe de l’art Pour la quatrième année, les arts numériques et les nouvelles technologies investissent le Safran. Une scène conventionnée située dans les quartiers Nord d’Amiens et dirigée par Ikbal Ben Khalfallah, qui y affirme une ligne de programmation exigeante et ouverte à tous. En dialogue avec son territoire. Rapidement devenus un événement culturel majeur de la Région des Hauts-de-France, les Safra’numériques (du 19 au 23 mars 2019) témoignent des mutations artistiques et technologiques en cours et offrent à chacun les moyens de les comprendre. De s’en faire les acteurs. Entretien/Ikbal Ben Khalfallah et Didier Gus Ringalle L’art numérique pour tous Ikbal Ben Khalfallah et Didier Gus Ringalle, administrateur de production du Safran, assurent ensemble la programmation des Safra’numériques. Installations, spectacles, immersions virtuelles, concert… Au total, c’est une quarantaine de propositions artistiques éclectiques et pour la plupart gratuites qu’ils font venir dans leur lieu de 4 500 m² et dans d’autres équipements de la ville. « Les Safra’numériques participent à la mutation en cours des quartiers Nord. » Didier Gus Ringalle Grégory Lasserre & Anaïs met den Ancxt YannMonel Propos recueillis/Lucas Prieux La marionnette à l’heure du high tech avec Lucas Prieux # humains/Création/conception et mes Lucas Prieux Dans # Humains, la première création de sa Glitch compagnie, le marionnettiste Lucas Prieux mêle technologies et techniques traditionnelles de manipulation pour dire la solitude de notre époque. « Le spectacle # Humains est né, il y a deux ans, d’une envie de traduire sur scène la métaphore d’« avoir la tête coincée dans l’écran ». J’ai commencé par mener des actions artistiques avec des adolescents de différents types d’établissements, autour de la réalisa- Metamorphy/conception Scenocosme Scenocosme, l’art numérique à vif Présent dès la première édition des Safra’numériques, le duo d’artistes Scenocosme revient cette année au Safran avec Metamorphy. Une œuvre interactive visuelle et sonore qui offre au spectateur une expérience physique singulière. Des plantes capables d’émettre des sons au contact des spectateurs (Akousmaflore), de l’eau (Fluides), des pierres (Kymapetra) ou encore du bois (Écorces, Matières sensibles) qui engendrent une « interactivité sensorielle tactile, visuelle et sonore » … Chez Anaïs met den Ancxt et Grégory Lasserre, qui forment depuis 2003 le couple d’artistes connu sous Didier Gus Ringalle et Ikbal Ben Khalfallah. Vous avez créé les Safra’numériques afin de toucher en priorité les habitants de votre quartier d’implantation, très jeune et multiculturel. En la matière, quel bilan tirez-vous des trois éditions passées ? Ikbal Ben Khalfallah  : Chaque édition attire un public plus nombreux. Pas moins de 1 2000 personnes l’an dernier, contre 5 500 en 2017. Parmi lesquelles 2 590 scolaires issus des établisseloppement de ce rendez-vous est donc considérable. Il a toute sa place dans la perspective d’évolution de la nouvelle région. Quelles sont les ressources de celle-ci en matière d’arts numériques et de nouvelles technologies ? I. B. K.  : L’idée des Safra’numériques est née de la grande richesse du territoire en matière d’arts numériques et de nouvelles technologies. L’École Supérieure d’Art et de Design (ESAD), un des meilleurs IUT de génie mécanique de France, le fab-lab de l’association La Machinerie et l’excellente école Le Fresnoy située à Tourcoing, avec laquelle nous sommes asso- tion d’autoportraits vidéo-marionnettiques. J’ai ainsi beaucoup appris du rapport des digital natives aux nouvelles technologies, ainsi que de leur vision de l’avenir. L’idée de passer par une fiction d’anticipation pour aborder le sujet s’est alors imposée. En situant ma pièce dans Scenocosme. le nom de Scenocosme, nature et technologies ne font qu’un. Placé au centre de leurs dispositifs, le spectateur expérimente de « nouvelles possibilités de rencontres et relations ». Composée d’un grand voile circulaire et d’une caméra 3D, Metamorphy s’inscrit dans cette aventure. En explorant de la main cette interface, c’est à un voyage dans une réalité déformée que nous sommes conviés. Véronique Lespérat-Héquet un futur proche, en 2038, je souhaite inviter le public – adolescent en priorité, mais pas seulement – à réfléchir à nos usages actuels des All eyes on us/I’ll be there/conception Manja Ebert Manja Ebert, la tête dans les stars Avec les Américains Michael Burke (Kepler’s dream) et Aaron Sherwood (Mizaru) ou encore le Berlinois Nils Volker (Multiple of five), l’Allemande Manja Ebert compte parmi les découvertes internationales de cette édition. Depuis 2011, Manja Ebert questionne à travers des installations multimédias les discours véhiculés par les cultures populaires. La représentation des stars est au centre de plusieurs de ses œuvres. Dans All eyes on us par exemple, installation vidéo interactive où à travers neuf figurines dansant sur des tubes de Britney Spears, ciés pour la première année, nous permettent de découvrir de nombreux artistes. Mais nous programmons aussi de nombreux artistes d’ailleurs, y compris de l’étranger. Aux Safra’numériques, des artistes reconnus à l’international côtoient des talents plus émergents. Pourquoi ce choix ? D. G. R.  : Nos choix se portent vers des artistes qui parlent d’une manière singulière et éclairante du monde dans lequel on vit. Qu’ils abordent les transformations sociales, scientifiques ou encore spirituelles provoquées par les nouvelles technologies, ou développent plutôt des univers oniriques. Nous aimons inscrire dans la durée notre histoire avec certains artistes. Cette année par exemple, nous sommes heureux de retrouver Scenocosme, que nous avons accueilli pour la première édition des Safra’numériques. La finesse poétique de leurs installations est remarquable. L’accessibilité des œuvres est aussi un de vos critères principaux. Comment faites-vous pour la faciliter ? I. B. K.  : La présence de nombreux médiateurs pendant le festival est très importante. Et les artistes eux-mêmes sont appe- « Nous voulons offrir à chacun de nouvelles perspectives. » Ikbal Ben Khalfallah ments des quartiers Nord, du reste de la ville et même au-delà. 1000 autres visiteurs sont venus avec des associations et des centres de loisirs, avec qui nous travaillons beaucoup à l’année. Si une majorité des visiteurs viennent des quartiers Nord, nombreuses sont les personnes à faire le déplacement, ce qui est pour nous une vraie réussite. Car si nous voulons en effet nous adresser aux habitants de notre environnement immédiat, le but est aussi de contribuer à son décloisonnement. Didier Gus Ringalle  : Les Safra’numériques participent ainsi à la mutation en cours des quartiers Nord, avec notamment l’ouverture en septembre dernier d’une université à l’intérieur de la citadelle d’Amiens, près du Safran. Le potentiel de dévelés à expliquer leur travail. Des ateliers permettent aussi aux jeunes de rencontrer des artistes et des chercheurs de très haut niveau, comme le plasticien Christopher Kelsall qui animera un atelier autour de la céramique 3D. Nous voulons offrir à chacun de nouvelles perspectives. D. G. R.  : Il faut qu’il y en ait pour tous les âges. La diversité des formes est donc indispensable. À côté d’œuvres contemplatives par exemple, il en faut d’autres qui soient plus interactives. Comme l’installation Chiromancie du collectif N2U, ou Discursive immanence de Vincent Ciciliato. C’est aussi une manière de montrer l’étendue des possibles qu’offrent les nouvelles technologies en matière artistique et autres. D. R. nouvelles technologies. À la manière dont elles influencent notre rapport à l’Autre. Au monde. Génération hybride Collaborer avec des chercheurs sur une création étant souvent délicat, j’ai préféré garder la main sur tout ce qui touche à la technologie. Le savoir étant accessible, et les logiciels open source nombreux, je me suis formé sur le tas. Résultat, plusieurs types de marionnettes se côtoient sur scène, pour raconter l’histoire de trois trentenaires isolés  : les unes en 3D, manipulées à l’aide d’un contrôleur équipé d’un détecteur de mouvements, les autres plus traditionnelles, réalisées à partir de scans 3D et mises en mouvement selon des techniques traditionnelles russes. Toutes réalisées à vue, les manipulations expriment l’urgence d’un questionnement. » elle explore l’influence de la célébrité sur la construction des stéréotypes féminins. Sur la pratique de l’auto-promotion sur le web aussi, thème qui traverse l’ensemble de son travail. Comme l’œuvre I’ll be there, également présentée aux Safra’numériques. Soit un ensemble de trois écrans qui renvoient au spectateur son image. Et un moniteur qui lui diffuse des chansons d’amour. Qui pourra y résister ? Focus réalisé par Anaïs Heluin Les Safra’numériques, Le Safran, scène conventionnée, 3 rue Georges-Guynemer, 80080 Amiens. Du 19 au 23 mars 2019. Tél. 03 22 69 66 06. www.amiens.fr/safran https://www.facebook.com/ccLeSafran focus 27 la terrasse 273 février 2019



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