La Terrasse n°273 février 2019
La Terrasse n°273 février 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°273 de février 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 17,8 Mo

  • Dans ce numéro : puissance d'écriture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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théâtre 18 la terrasse 273 février 2019 Centre Dramatique National Toulouse Occitanie Du 12 au 21 février 2019 Création # La Chute de l’Union européenne # L’Invention d’un monde De Camille de Toledo Mise en scène Christophe Bergon Produit par le ThéâtredelaCité Direction Galin Stoev Design Pierre Vanni, Silhouette Arthur Bonifay (2017), Typographie Kessler d’Alaric Garnier (2015), Photographie LSM Sérigraphie Lézard Graphique, Licences spectacle 1-1109344, 2-1109345, 3-1109346 Entretien/Emmanuel Meirieu La Fin de l’homme rouge Les Gémeaux/D’après le roman de Svetlana Alexievitch/adaptation et mes Emmanuel Meirieu Emmanuel Meirieu, dont le talent se confirme de spectacle en spectacle, choisit d’adapter l’œuvre de Svetlana Alexievitch pour un hommage sensible aux victimes et aux orphelins de l’utopie communiste. Pourquoi choisir cette œuvre ? Emmanuel Meirieu  : Je fais un théâtre face au public, où le documentaire se mêle à la poésie et à l’onirisme. La forme des écrits de Svetlana Alexievitch était donc faite pour moi  : j’aime raconter des histoires individuelles prises dans les grands mouvements de l’Histoire. J’ai aussi, inutile de le cacher, des raisons biographiques  : j’ai assisté à ma première réunion du PCF à cinq ans et j’ai grandi entouré de militants. Cette histoire est une partie de la mienne. Quels personnages allez-vous choisir ? E. M.  : Ils sont tous magnifiques, mais sur les cinquante portraits du livre, je vais en retenir Critique Antigone 82 Épée de bois/d’après Sorj Chalandon/MES Jean-Paul Wenzel sept, en en mêlant peut-être certains pour n’en faire qu’un, voire en empruntant certains personnages à d’autres livres, comme La Supplication. Alexievitch le dit elle-même  : ses sept livres qui n’en font qu’un racontent la fin d’une utopie. Je vais éviter l’aspect domestique en scénarisant les témoignages, car ils ne sont pas seulement des récits de vie quotidienne. Valentina, qui accompagne les derniers instants de son mari, liquidateur de Tchernobyl, à la fin de La Supplication, est d’abord et avant tout une grande amoureuse. Comment jugez-vous cette histoire ? E. M.  : Le spectacle ne jugera pas. Je ne juge jamais. Il y aura des paroles vraies, Jean-Paul Wenzel met en scène Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon qu’il a adapté sous le titre d’Antigone 82. Une restitution fidèle de la langue et des enjeux du texte, mais qui n’atteint pas la force du roman. On comprend que Jean-Paul Wenzel ait ressenti le besoin de monter Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon. Lui qui a beaucoup travaillé sur la guerre ne pouvait qu’être sensible à ce roman magistral, édité chez Grasset et prix Goncourt des lycéens 2013. Un texte puissant qui fouille avec une rare intensité la guerre du Liban. L’histoire commence avec Samuel, un Juif grec exilé à Paris pendant la dictature des colonels. Il y devient ami avec George, un metteur en scène amateur, à qui il fait promettre un jour, alors qu’il est atteint d’un cancer, de réaliser son idée « belle et folle »  : celle de monter l’Antigone d’Anouilh à Beyrouth, en pleine guerre civile, avec une troupe de fortune composée d’acteurs de chaque camp. Deux heures de paix, le temps d’une représentation. Et Georges accepte, peu concerné d’abord, puis passionné par ce projet. Malgré femme et enfant, il part pour Beyrouth, rencontre Marwan, le chauffeur druze, puis tous ses comédiens  : Imane/Antigone, la Palestinienne, Charbel/Créon, le chrétien maronite, Khadijah/Eurydice, la Chiite, etc. Bien sûr, la belle aventure théâtrale n’aboutira pas. La guerre est trop forte, jusqu’à s’immiscer là où on ne l’attendait pas. Dans la vie de Georges, qu’elle détruit, rendant impossible son existence à Paris en temps de paix. Une contradiction et une absurdité de plus. Jean- Paul Wenzel et Arlette Namiand restituent avec une grande fidélité l’écriture et le récit, en en conservant la chronologie et les points forts  : les rencontres décisives à la fac de Jussieu, la paternité de Georges, la découverte du Liban, les frictions initiales entre les comédiens, le choc de Sabra et Chatila, etc. Un dispositif trifrontal au service des scènes chorales Cette fidélité autorise qui n’aurait pas lu le livre de Sorj Chalandon à comprendre le contexte historique et le cheminement de Georges jusqu’au vacillement de sa raison. Mais elle échoue à égaler le roman. Là où celui-ci, déployé sur 10 ans, permet d’installer les personnages et le temps, la pièce, contrainte à de Antigone 82. nombreuses ellipses, va trop vite pour recréer l’émotion du livre – on pense notamment à cette longue nuit que Georges se donne pour devenir père, assis dans un wagon abandonné, ici traitée trop brièvement pour toucher. Plus réussis sont le parti pris d’épure (aussi nécessaire qu’efficace dans le théâtre de pierre de l’Épée de bois) et le dispositif trifrontal retenu par Jean-Paul Wenzel. Outre la proximité évidente avec le public, cette scénographie permet de plonger dans l’effervescence des débats militants des années 80 ou dans la fébrilité des répétitions, bref, de donner de la chair aux scènes chorales. Qui constituent au fond le cœur du texte  : la tentative de fraternité d’une poignée d’hommes et de femmes dans une guerre qui broie tout sur son passage. Isabelle Stibbe Théâtre de l’Épée de bois – La Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Du 10 janvier au 3 février 2019. Du jeudi au samedi à 20h30, samedi et dimanche à 16h. Tél. 01 48 08 39 74. Durée  : 1h50. D. R.
Gaëlle Evellin D. R. Emmanuel Meirieu. « Je m’intéresse plus aux émotions qu’aux faits historiques. » authentiques, sensibles. Il ne s’agit pas de condamner. D’abord parce que ce n’est pas mon rôle et ensuite parce que les choses sont beaucoup plus compliquées que ça. Alexievitch elle-même dit qu’elle ne le fait pas. Il s’agit évidemment de raconter les crimes commis au nom de cette utopie mais aussi comment il y a eu du bonheur. Il y a parfois de la mélancolie, de la nostalgie dans ces témoignages, et surtout des océans de sens à explorer. Le texte est nuancé, contradictoire et ce n’est pas un spectacle anticommuniste. Il y a encore, chez certains, de la foi, comme chez Vassili, membre du Parti, qui raconte son désir de mourir en vrai communiste. Certains ne renoncent pas, n’y arrivent pas, d’autant que la situation dans laquelle ils vivent aujourd’hui ne les rend pas plus heureux. Mais ce n’est pas non plus un spectacle bolchévique ! Je m’intéresse plus aux émotions qu’aux faits historiques  : chacun jugera et choisira sa conviction. Je veux raconter cette histoire parce que j’aime ces personnages, cette foi-là et les gens qui continuent à y croire. J’aime les derniers de cordée et les chaînes de solidarité humaine. Aujourd’hui, il semble qu’il n’y a plus d’alternative au libéralisme. Pour ma part, je n’arrive pas à laisser les choses disparaître. C’est pour cela que je fais du théâtre. Propos recueillis par Catherine Robert Les Gémeaux – Scène Nationale, 49 av. Georges-Clemenceau, 92330 Sceaux. Du 8 au 17 février à 20h45, dimanche à 17h, relâche lundi et mardi. Tél. 01 46 61 36 67. Nicolas Bonneau au Théâtre de Belleville Théâtre de Belleville/Qui va garder les enfants ? – Une vie politique, conversation entre Noël Mamère et Nicolas Bonneau Théâtre-récit et conversation, collectages et échanges  : Nicolas Bonneau s’installe pour trois mois au Théâtre de Belleville avec deux spectacles sur la politique vue du côté des élu-e-s. Le 11 mars 1983, Françoise Giroud disait, dans un entretien publié par Le Monde, « la femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » Depuis, bien des mâles alpha ont continué à railler les tenues de leurs consœurs en politique, voire leur capacité, imposée par l’espèce, à la reproduire… Passer des fourneaux au perchoir et de la maternité au ministère relève d’un grand écart que le port de la jupe semble toujours rendre sinon impossible, au moins risible. Pendant trois ans, Nicolas Bonneau a réalisé plus de trente collectages auprès de femmes politiques locales et nationales. Parmi elles, Isabelle Attard (ex-députée de Normandie), Clémentine Autain (Parti de Gauche), Roselyne Bachelot (ancienne ministre), Nathalie Kosciusko-Morizet (membre du Nicolas Bonneau, parleur politique. bureau politique des Républicains), Marylise Lebranchu (ancienne ministre), Yvette Roudy (ancienne ministre du droit des femmes), Marie-George Buffet, (députée, ancienne ministre des sports, ancienne secrétaire du Parti Communiste)… Allez les filles ! « J’ai envie de parler de la cause des femmes, de mon rapport quotidien à la domination masculine, de ma propre construction culturelle, et en même temps, en m’accaparant et en interprétant ainsi la parole des femmes, je m’interroge  : ne suis-je pas là encore dans une sorte de colonisation ? », dit le conteur, auteur et comédien qui interprète ces portraits de femmes pour retracer, à travers eux, l’histoire collective d’une domination qui peine à céder. En même temps qu’il présente Qui va garder les enfants ? (référence à la saillie supposée drolatique de Laurent Fabius lorsque Royal et Hollande se présentèrent tous deux aux primaires du Parti Socialiste), Nicolas Bonneau converse avec Noël Mamère qui « se prête au jeu, se laisse approcher, se confie peut-être… Lors de chaque représentation, Caroline Melon établit un nouveau protocole afin de faire de cette conversation un moment de jeu et de liberté de parole. » Catherine Robert Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourgdu-Temple, 75011 Paris. Qui va garder les enfants ? du 16 janvier au 31 mars 2019, du mercredi au samedi à 19h15 et le dimanche à 15h ; supplémentaire le mardi à 19h15 à partir du 5 mars. Une vie politique, conversation entre Noël Mamère et Nicolas Bonneau, du 5 au 26 février, le mardi à 19h15. Tél. 01 48 06 72 34. La Terrasse, premier média arts vivants en France théâtre 19 la terrasse 273 février 2019



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