La Terrasse n°271 décembre 2018
La Terrasse n°271 décembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°271 de décembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 6,9 Mo

  • Dans ce numéro : art des métamorphoses.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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théâtre 18 la terrasse 271 décembre 2018 L’éveil du Printemps, mis en scène par Sébastien Bournac. centre dramatique national de Tours direction Jacques Vincey 0247645050 cdntours.fr Critique L’éveil du Printemps région/Théâtre Sorano/DE Frank Wedekind/Adaptation, scénographie et mes Sébastien Bournac Faisant suite à un chantier de création réalisé en 2017, Sébastien Bournac et un groupe de sept jeunes interprètes poursuivent leur travail sur L’éveil du Printemps. Entre enjouement et sensibilité, ils signent un spectacle-palimpseste présenté en ouverture de l’édition 2018 du Festival toulousain Supernova. Sonia Belskaya, Romain Busson, Raphaël Caire, Anne Duverneuil, Nicolas Lainé, Nick Newth et Malou Rivoallan. Ils sont sept, âgés de 24 à 30 ans, toutes et tous issus de la promotion 2016/2017 de l’AtelierCité du Centre dramatique national de Toulouse-Occitanie (dispositif d’insertion professionnelle à destination de jeunes comédiennes et comédiens). Il y a un an, nous les avions découverts dans un spectacle* de Laurent Pelly réunissant des textes de Jacques Prévert. Aujourd’hui, sous la direction du metteur en scène Sébastien Bournac, ces jeunes et talentueux interprètes s’emparent de L’éveil du Printemps. Ils le font en toute liberté, réinventant pour notre époque, à travers le prisme de ce qu’ils sont et ressentent aujourd’hui, la « tragédie enfantine » écrite par Frank Wedekind en 1891. Du chantier de création dont elle est le fruit, cette proposition a conservé une forme de dépouillement, d’acuité fragmentée. Car il n’est pas question, ici, d’investir tous les aspects de cette œuvre qui fait éclater à la face d’une société compassée et puritaine l’éveil à la 9 › 15 janv Théâtre Olympia 11 › 15 mars Plateaux Sauvages – Paris un projet de Vanasay Khamphommala ORPHÉE APHONE PRÉCÉDÉ DE L’INVOCATION À LA MUSE le silence est aux morts, la parole aux Malte Martin atelier graphique avec Vassilis Kalokyrisvivants. François Passerini sexualité d’un groupe d’adolescents. Se concentrant sur les trajectoires de ces jeunes personnages, le spectacle-matériau signé par le directeur du Théâtre Sorano de Toulouse offre une vision en pointillés de la pièce de Wedekind. Une appropriation contemporaine de l’œuvre de Wedekind Véritable palimpseste théâtral, cette vision plonge les protagonistes de L’éveil du Printemps au sein d’un univers abstrait amalgamant au texte original des scènes de mise en abyme, des procédés d’actualisation, des motifs de farce, un préambule à l’occasion duquel les interprètes se dévoilent par le biais de confidences sur leur propre adolescence… Tout cela, en faisant preuve de beaucoup de sensibilité, d’une grande générosité de jeu. Loin des accents de la sècheresse formaliste, cette réappropriation contemporaine de l’œuvre de Wedekind s’attache à faire Stück plastik. Critique Stück Plastik revivre la « peinture ensoleillée de la vie » que l’auteur allemand déclare avoir souhaité écrire. Aucun excès de tragique, donc, dans la belle mise en scène en clair-obscur de Sébastien Bournac (les lumières sont de Benoît Biou). Au contraire, de la légèreté, de la chair, de l’enjouement... Tenue à distance du cœur de la représentation, la dimension tragique que révèle le destin des différents personnages se dessine comme en ombre portée. Elle n’en apparaît que plus forte, que plus touchante. Manuel Piolat Soleymat * Sur la tête, critique dans La Terrasse n°259, novembre 2017. Théâtre Sorano, 35 allée Jules-Guesde, 31000 Toulouse. Spectacle vu dans le cadre du Festival Supernova, le 8 novembre 2018. Durée de la représentation  : 1h45. Tournée en construction pour la saison 2019/2020. Tél. 05 32 09 32 35. www.theatre-sorano.fr Théâtre Studio d’Alfortville/DE Marius von Mayenburg/MES Maïa Sandoz Avec Stück Plastik, Marius von Mayenburg vise la petite bourgeoisie à travers une satire familiale dont Maïa Sandoz peine à assumer la folie et la cruauté. Stück Plastik – ou « une pièce en plastique », traduit Maïa Sandoz en sous-titre – a ceci de séduisant qu’on y retrouve en condensé toutes les obsessions d’un auteur fort apprécié pour son exploration des zones les plus sombres de notre présent. Soit Marius von Mayenburg, qui exerce depuis 1999 ses talents d’écriture, de dramaturgie et de traduction à la Schaubüne, à Berlin. Rejet de la différence, hypocrisie du jeu social, culte de l’argent, déviances sexuelles, rapport maladif au travail, à l’image, à la nourriture… Déjà développés dans Visage de feu (2001), Le Moche (2008) ou encore Martyr (2013), tous ces thèmes se retrouvent dans Stück Plastik, sa dernière pièce. « Un cadeau parce que c’est un terrain de jeu frontal », dit dans sa note d’intention Maïa Sandoz, qui après sa trilogie Le Moche – Voir Clair – Perplexe (2013) ose donc une nouvelle immersion dans le grand bain anti-libéral de Marius von Mayenburg. Plus totale encore que la précédente, car en plus de signer la mise en scène du spectacle, c’est cette fois aux côtés de ses quatre interprètes qu’elle aborde l’écriture au cordeau de l’Allemand. Au milieu d’un dispositif quadrifrontal où est installée une ébauche de salon – un vaste canapé, une peau de bête en guise de tapis et quelques objets du quotidien – qui met le public dans une position de voyeur dont la curiosité est d’emblée alimentée. Et pas seulement avec les petits légumes que, dans son rôle d’artiste contemporain, Serge Bavian vient servir à Michael (Paul Moulin), Judith (Aurélie Vérillon) et à leur fils (Maxime Coggi) dans le cadre d’une performance sur la société de consommation. Dans Stück Plastik, von Mayenburg ne se prive d’aucune des horreurs familiales dont il raffole. Très simple, l’argument est avant tout pour l’auteur un prétexte au massacre de sa cible favorite  : la petite bourgeoisie, dont la petite cellule très nucléaire de Pièce en plastique est une représentante tout ce qu’il y a de plus typique. Ménage à cinq Comme La Cérémonie (1995) de Claude Chabrol, le spectacle donne à voir le quotidien d’une famille bouleversé par l’arrivée d’une femme de ménage. À la différence que Jessica, interprétée par Maïa Sandoz, n’a rien en elle de la violence qui mène l’héroïne du film au fameux assassinat final. Presque aussi mutique que l’héroïne d’Yvonne, princesse de Bourgogne – très classique, l’intrigue sollicite notre mémoire de spectateur –, elle est comme elle un miroir de la petite société qui l’entoure. De ses secrets plus proches du caniveau que du jardin. D’une intolérance que l’auteur, en multipliant les scènes de dispute entre les membres de sa famille on ne peut plus dysfonctionnelle et son artiste Haulupa, décline jusqu’à l’écœurement. Ce qu’échoue à traduire sur scène Maïa Sandoz, qui a tendance à mettre le tragique, le didactique, le poétique et tous les registres auxquels emprunte Marius von Mayenburg au service d’un seul  : le comique. Entre dialogues et discours adressés au public, son spectacle manque de l’audace nécessaire pour porter cette partition monstrueuse. À l’image des personnages qui en sont les porte-voix. Servies avec un air souvent trop badin, les atrocités de cette Pièce en plastique sont de celles qui s’en vont après lavage. Anaïs Heluin Théâtre Studio d’Alfortville, 16 rue Marcelin- Berthelot, 94140 Alfortville. Du 13 au 22 décembre 2018 à 20h30. Tél. 01 43 76 86 56. www.theatre-studio.com Également du 7 au 11 janvier 2019 à la MC2 de Grenoble. François Goizé
D. R. François-Louis Athénas focus Le théâtre d’AhmedMadani, un art de la présence Si le réel fonde le théâtre d’AhmedMadani, il en éclaire toujours les surprenantes complexités. Son écriture finement construite déjoue les présupposés, réinvente les tensions entre l’intime et le politique, ouvre des perspectives, avec un humour et une confiance en l’humain inébranlables, malgré ce qui meurtrit. Loin de toute posture idéologique, il fabrique un théâtre de sincérité et d’exigence, pour tous, où l’éthique et l’esthétique se rejoignent. Entretien/AhmedMadani Face à leur destin, un projet à l’écoute de la jeunesse En tournée/texte et mes AhmedMadani AhmedMadani poursuit son cycle théâtral autour de la jeunesse des quartiers populaires avec J’ai rencontré Dieu sur Facebook, sa nouvelle création. Comme dans les autres pièces, l’être au monde dans toute la force de son humanité s’y exprime. Que représente ce nouvel opus dans votre parcours ? AhmedMadani  : Je poursuis avec cette nouvelle création un cycle artistique autour de la jeunesse des quartiers périphériques, intitulé Face à leur destin. Nourri d’éléments historiques et actuels, de littérature, de rencontres, ce cycle confronte une multitude de points de vue, questionne et met en perspective le présent et la mémoire, la pluralité des cultures, les relations familiales... Une fois terminé, ce projet comportera six pièces. Chaque œuvre chorale y est accompagnée par une forme plus classique. Le premier volet, consacré aux jeunes hommes, a donné naissance à deux créations  : Illumination(s) (2012), une grande forme, et Je marche dans la nuit par un chemin mauvais (2014), conçu avec deux comédiens. Le second volet concerne les jeunes femmes  : F(l)ammes (2016), toujours en tournée, fut créé avec une dizaine de jeunes femmes, alors que J’ai rencontré Dieu sur Facebook met en scène une mère, sa fille et un jeune homme, autour du sujet de l’embrigadement des jeunes femmes dans les mouvances jihadistes. Le troisième opus impliquera des jeunes femmes et des jeunes hommes, et la pièce à venir en 2020 intitulée Incandescences éclairera une quête à travers la relation entre une jeune femme et son père. Toutes les pièces explorent diversement une question passionnante  : qu’est-ce que ces jeunes ont en héritage et que vont-ils transmettre à leurs enfants ? Qu’est-ce qui a particulièrement nourri J’ai rencontré Dieu sur Facebook ? Critique J’ai rencontré Dieu sur Facebook La Maison des Arts de Créteil/En tournée/texte et mes AhmedMadani Entre récit et incarnation, AhmedMadani ausculte la relation conflictuelle entre une mère et sa fille et le processus de radicalisation religieuse de la jeune fille. Un théâtre nuancé, résistant, agissant, à l’écoute de la fragilité des êtres. Fidèle à sa manière fine, intègre et sensible, AhmedMadani ancre la pièce dans le réel, sans effets, tout en exerçant son regard d’artiste et d’homme engagé dans la vie de la cité, passionné par les histoires humaines. À la terreur et la pitié de la tragédie, il préfère un autre alliage, singulier, décalé, nuancé, où la terreur et le rire se mêlent, où les idées toutes faites et les attentes sont bousculées, où paraissent toute la complexité, l’entêtement et les contradictions des vies. C’est la colère autant que la tendresse qui façonnent ce théâtre, sans linéarité temporelle. La pièce assemble des pièces d’un puzzle pétri de subjectivité et d’instabilité inflammables où la force résistante de l’amour tente malgré tout de se frayer un chemin. Avec humour, même si sous le rire, moins présent que dans le pêchu F(l)ammes, affleurent à la fois une profonde tristesse et une envie d’espoir. La virtualité du théâtre est ici à l’écoute du monde, de la fragilité des êtres, pour que tombent les masques et les barbes des faux princes du désert. Un théâtre façonné par l’empathie L’intrigue éclaire la relation conflictuelle entre Salima, professeur de français dans un collège de banlieue, qui a combattu pour s’émanci- « Le théâtre est un endroit où on peut réfléchir dans la joie. » A. M.  : Les attentats terroristes de janvier 2015 contre la rédaction de Charlie-Hebdo et l’Hypercacher de la Porte de Vincennes ont bouleversé l’écriture de ce texte, initiée en 2014, et imposé d’aborder les thèmes de la radicalisation, l’appartenance religieuse, la manipulation, le fonctionnement des réseaux sociaux, les relations et conflits intergénérationnels. Mounira Barbouch et Louise Legendre, interprètes de J’ai rencontré Dieu sur Facebook. per d’un destin tout tracé assujetti aux diktats masculins et au carcan des traditions, et sa fille Nina, une adolescente de 15 ans, qu’elle élève seule depuis qu’elle s’est séparée de son père. Toutes deux s’aiment fort, et se déchirent. Salima vient de perdre sa mère, qui a été enterrée en Algérie. Nina est choquée par la perte de sa meilleure amie, Kim. Par l’intermédiaire de Facebook, le jeune Amar s’invite dans la vie de la jeune fille et apaise les tourments existentiels de sa « gazelle ailée ». Partira-telle en Syrie auprès de son promis ? Goûterat-elle à nouveau les fondants au chocolat de sa maman ? Dans un décor épuré, la mise en scène se déploie avec une remarquable fluidité entre récit et incarnation, assumant l’adresse au public ou instaurant une immersion dans un réel où se faufilent des rêves aux allures de cauchemars. Une telle partition vivement rythmée exige des comédiens une aptitude millimétrée. Dans le rôle de Nina, Louise Legendre est vraiment épatante. De même, Mounira Barbouch interprète impeccablement sa mère. Et Valentin Madani offre sa spontanéité à Amar, manipulateur effarant que le théâtre rend risible. « Le monde entier est un théâtre », dira-t-il une fois défait de son accoutrement. Un théâtre tout public, une formidable matière à réflexion pour les adolescents, nourrie d’une multitude d’échos, résonances et forces résistantes. Agnès Santi La Maison des Arts de Créteil, place Salvador- Allende, 94000 Créteil, Du 12 au 15 décembre à 20h. Tél. 01 45 13 19 19. Puis le 10 janvier 2019 au Moulin des Muses à Breuillet ; le 12 janvier au Théâtre de Brétigny ; du 15 au 18 janvier à la Comédie de Picardie à Amiens ; du 24 au 25 janvier à L’Atelier du Spectacle à Vernouillet ; du 28 au 30 janvier aux Quinconces au Mans ; le 1er février au Théâtre de la Nacelle à Aubergenville ; les 21 et 22 février au Sillon à Clermont l’Hérault. Spectacle vu à La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs. La pièce dévoile un dialogue qui se délite entre Salima, enseignante de français dans un collège de banlieue, et Nina, sa fille de 15 ans marquée par la disparition de sa meilleure amie et tourmentée par une crise identitaire. Sur Facebook, la rencontre avec un mystérieux Amar entraîne Nina sur la pente de la radicalisation, un poison proposant une voie pure, glorieuse, qui résout toutes les questions. Comment concevez-vous le rapport au public ? A. M.  : Le théâtre est un art de la présence, dans l’instant du face-à-face entre acteurs et spectateurs. Dans mes spectacles, la notion d’adresse est un élément essentiel de la dramaturgie, les interprètes racontent, parlent. Il s’agit de faire théâtre sans le théâtre, sans effets, en donnant vraiment l’impression d’être et non pas de jouer. Je souhaite faire tomber les masques, et susciter l’empathie. Ce sont les choses fondamentales de notre humanité qui m’intéressent  : l’amour, la solitude, la mort, la perte d’un être cher… Au-delà de la culture et de l’histoire de chacun, au-delà de la dimension sociale et politique de mes propositions, je cherche à créer un théâtre où le spectateur puisse se reconnaître. Et un théâtre qui s’ouvre aux jeunes, dans les salles et sur scène. Comment votre théâtre s’empare-t-il du réel ? A. M.  : Le théâtre me permet de transcender le réel, de l’amener à un endroit autre. Comme dans un rêve, un mécanisme de déplacement est à l’œuvre. Entre les mots, à l’intérieur de la narration, se nichent un sous-texte, des choses qu’on ressent, comme la détresse, l’espérance, des failles qui s’ouvrent ou se referment… Le théâtre permet d’appréhender les drames avec une forme de légèreté. Malgré la crise économique, la relégation des quartiers périphériques, la responsabilité de l’état qui se délite face à une économie globalisée, je défends l’espérance. Je me suis aperçu que sur un sujet aussi terrifiant que la radicalisation religieuse, j’ai écrit une pièce qui s’apparente davantage à une comédie qu’à une tragédie, où, si on n’évite pas le drame, une dédramatisation a lieu. Sans doute parce que j’éprouve une appétence pour l’humain, pour ses fragilités, ses incohérences et même sa méchanceté. Je m’efforce de sauver mes personnages, de les comprendre. Le théâtre est un endroit où on peut réfléchir dans la joie, ce qui est génial ! Propos recueillis par Agnès Santi D. R. En tournée/dernière saison'F(l)ammes nm $11J-.1 d r 1101fr Cet opus féminin a été réalisé avec une dizaine de jeunes femmes vivant dans des banlieues d’Ile-de-France, nées de parents immigrés. Quelle place pour elles dans la société ? Dans la famille ? Entre narration et incarnation, leurs histoires singulières et étonnantes dessinent une formidable cartographie où l’épique et le poétique transcendent le vécu. Au plus près d’elles-mêmes, elles confient ce qui nourrit leurs espoirs, leurs peurs, leurs doutes… Une enthousiasmante aventure artistique, intime mais aussi universelle. Agnès Santi Jusqu’en mai 2019. Documentaire D’une F(l)amme à l’autre. Sortie hiver 2018. Site  : madanicompagnie.fr focus 19 la terrasse 271 décembre 2018



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