La Terrasse n°260 décembre 2017
La Terrasse n°260 décembre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°260 de décembre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 6,6 Mo

  • Dans ce numéro : tous les oiseaux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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théâtre 22 la terrasse 260 décembre 2017 Critique La dernière bande TKM Théâtre Kléber-Méleau/de Samuel Beckett/mes Dan Jemmett Sur la scène du Théâtre Kléber-Méleau, Omar Porras interprète Krappavec maestria. Si elle éclaire le délitement du vieux clown, la mise en scène de Dan Jemmett rend aussi hommage à la vigueur de la création artistique. à sa manière singulière de défier le temps et la solitude. « Quelle œuvre extraordinaire ! » souligne Dan Jemmett, qui confie avoir voulu mettre en scène La dernière bande dès ses débuts au théâtre. Il connaît Omar Porras depuis une vingtaine d’années, et c’est l’art théâtral du comédien et metteur en scène, imprégné de traditions plurielles et d’un travail sur le corps extrêmement précis, qui l’a convaincu de franchir le pas. Parmi l’œuvre de l’auteur irlandais, ce monologue intime évoque de manière particulièrement aiguë et bouleversante le rapport au temps, au parcours si fugace d’une vie, traversées de désirs et de renoncements, de douleur et de douceur. Avec la minutie d’une partition musicale, les didascalies si détaillées de Beckett décrivent à la fois la scénographie, l’apparence physique de Krapp– « Pantalon étroit, trop court, d’un noir pisseux. (…) Chemise blanche crasseuse (…). Surprenante paire de bottines, d’un blanc sale, du 48 L’Onde Théâtre Festival Un Air de famille Du 2 au 22 décembre, le Festival Un Air de famille ouvre les portes de L’Onde aux jeunes spectateurs à partir de deux ans. C’était en décembre dernier. Le Festival La Fête des Mômes devenait Un Air de famille. Le nom changeait, mais le projet restait identique  : rendre accessible au plus grand nombre le spectacle vivant. Pour son édition 2017, le festival jeune public présente La Nuit où le jour s’est levé (de Sylvain Levey, Magali Critique au moins, très étroites et pointues. Visage blanc. Nez violacé. Cheveux gris en désordre. Mal rasé » –, et le déroulé rigoureusement rythmé de ses actions. à chacun de ses anniversaires, depuis des décennies, Krapp, qui a échoué à devenir auteur, livre au magnétophone une chronique de sa vie. Cette activité essentielle, obsessionnelle, le tient en alerte. Vieux clown désabusé, affaibli, seul, il écoute aujourd’hui, à l’âge de 69 ans, la voix de sa jeunesse (boîte 3, bobine 5). Trente ans plus tôt, l’évidence de l’amour le saisissait au creux d’une barque tranquille dérivant parmi les roseaux… L’Art de Suzanne Brut Les Déchargeurs/de Michael Stampe/mes Christophe Lidon Michael Stampe invente Suzanne Brut, petite sœur de Séraphine de Senlis et des génies de l’art hors normes, qu’interprète magistralement Marie-Christine Danède, dans la miniature polychrome mise en scène par Christophe Lidon. « Où viennent s’installer les estrades pompeuses de la Culture et pleuvoir les prix et lauriers sauvez-vous bien vite  : l’art a peu de chance d’être de ce côté. (…) Le vrai art, il est toujours là où on ne l’attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. L’art, il déteste être reconnu et salué par son nom. Il se sauve aussitôt. L’art est un personnage passionnément épris d’incognito » disait Jean Dubuffet dans L’Homme du commun à l’ouvrage. Ainsi va Suzanne, inconnue et cachée dans un couvent du Périgord, rôdant dans la grange la nuit venue pour y voler de la peinture. Elle la mélange aux herbes et aux fleurs dans lesquelles elle aime à se coucher pour mieux entendre le vol des abeilles. Autour d’elles, il y a les autres folles qu’on a cloîtrées, les sœurs acariâtres et les Allemands qui ont réquisitionné le couvent. C’est la guerre. Les vivres manquent, mais Suzanne n’en a cure, tant qu’elle peut trouver des « bois » pour peindre le visage de la sainte Vierge et de son amie sainte Jeanne, qui vient régulièrement la visiter pour une petite causette. Elle peint des auréoles merveilleuses, des manteaux extraordinaires pour habiller la bonne Marie, qu’elle craint un peu mais qu’elle aime dévotement. On pense à Camille Claudel, grelottant dans l’asile de Montdevergues, à Séraphine de Senlis et au secret de ses pigments chatoyants, et à tous ces artistes, géniaux et fous, habités et enthousiastes, à ce point incompris des hommes qu’ils ne peuvent plus se vouer qu’aux saints pour survivre. Simple et sublime Le texte de Michael Stampe est à la fois drôle et poignant. Comme une mosaïque faite La Nuit où le jour s’est levé, programmé lors du Festival Un Air de famille. Mougel et Catherine Verlaguet), proposition entre théâtre, cirque et musique du metteur en scène Olivier Letellier, ainsi que deux cinéconcerts. Le premier conçu par les frères Litzler (Le Voyage du lion Boniface, d’après Christophe Raynaud de Lage Omar Porras dans le rôle de Krapp. La turne de Krapp, un théâtre réinventé Omar Porras compose avec un talent millimétré un clown infiniment fragilisé par la vieillesse, lorsque les déplacements deviennent lents et difficiles, les gestes imprécis. Il oscille de manière impressionnante entre une spontanéité maladroite et espiègle et une gravité profonde et émouvante. Entre une joie enfantine et une tristesse insondable. Sans pathos, c’est toute la condition humaine, à la fois dérisoire et tragique, qu’exprime ainsi le dialogue de Krappavec son passé, avec son magnétophone et ses « bobines ». Le temps demeure le maître de toute vie, le maître du théâtre aussi. Pourtant, la mise en scène souligne, malgré notre finitude, malgré le délitement et la déréliction de l’être, cette extraordinaire capacité humaine à représenter la vie à travers l’art. La turne de Krappest ici un théâtre. à travers son parti pris, la mise en scène célèbre l’art qui traverse le temps, rend hommage à la ténacité et à l’engagement des artistes. Par ricochet, sans doute à cause de ses fameux petits cahiers noirs classés et annotés, la persévérance de Krappnous rappelle en particulier celle d’un immense écrivain, expert en accumulation, Marie-Christine Danède, magnifique et poignante Suzanne Brut. d’éclats de lumière et de petites touches narratives, il raconte la triste histoire de Suzanne et le drame qui l’a conduite à demeurer enfermée au couvent. La mise en scène de Christophe Lidon est économe et efficace. Suzanne est là, entre la chaise et le lit, sous lequel elle cache ses planches extraordinaires pour que le médecin ne les lui vole pas toutes. Le piédestal sur lequel se tient la comédienne sert de support à des projections colorées qui rappellent la technique du dripping et la douceur du vent faisant ondoyer la prairie. Marie-Christine Danède interprète Suzanne avec un talent éblouissant. La voix adopte un timbre rocailleux qui rappelle le phrasé chaud et pierreux du Périgord, les intonations sont mesurées avec une subtilité remarquable ; deux courts métrages de Fiodor Khitrouk), le second par Benoît Charest, qui s’empare de l’univers du film d’animation Les Triplettes de Belleville. Quant au monumental Sapin de l’Onde (à travers lequel le public pourra circuler), il sera réalisé par le duo de plasticiens Grout/Mazeas et donnera lieu à des ateliers pour « s’immerger dans le monde mystérieux et sauvage de la forêt ». Une autre façon de partager en famille les plaisirs de l’imaginaire artistique. Manuel Piolat Soleymat L’Onde Théâtre-Centre d’art, 8 bis av. Louis- Breguet, 78140 Vélizy-Villacoublay. Du 2 au 22 décembre 2017. Tél. 01 78 74 38 60. www.londe.fr qui se consacra tout entier à son œuvre, à la recherche du temps perdu. Sur ses cahiers inlassablement corrigés, Marcel Proust lutta avec un courage admirable pour créer une forme juste. En 1930, Beckett rédigea un essai à son sujet. Il est aussi émouvant de savoir que Dan Jemmett a rêvé mettre en scène son père, qui était acteur, dans le rôle de Krapp. Grâce à sa collaboration féconde avec Omar Porras, il maintient et porte haut l’exigence artistique. Contre l’oubli, contre la solitude. Car l’obscurité qui enveloppe Krappest celle de l’écoute. Agnès Santi TKM, Théâtre Kléber Méleau, chemin de l’Usine à Gaz 9, CH – 1020 Renens-Malley, Suisse. Du 14 novembre au 3 décembre 2017. Tél. +41 21 625 84 29. www.tkm.ch chaque geste dit à la fois la liberté intransigeante du personnage et la folie, la solitude et le dénuement qui l’affectent. Suzanne apparaît dans toute sa complexité psychologique, à la fois enfant demeurée et artiste transfigurée, sublime et poignante, humaine et sainte, pitoyable et admirable. Le magnifique travail de toute l’équipe qui réussit à créer cette miniature naïve et précieuse est à saluer et à chaudement recommander ! Catherine Robert Les Déchargeurs, 3, rue des Déchargeurs, 75001 Paris. Du 31 octobre au 23 décembre 2017. Du mardi au samedi, à 19h30. Tél. 01 42 36 00 50. Durée  : 1h15. Studio-Théâtre de Stains/d’après Sara Stridsberg/conception Yngvild Aspeli Chambre noire À partir de La faculté des rêves de Sara Stribsberg, Yngvild Aspeli dresse un portrait marionnettique de Valérie Solanas. Une écrivaine féministe connue pour avoir tiré sur Andy Warhol. Sur un matelas sommaire, une marionnette à taille humaine repose, désarticulée. C’est Valérie Solanas à la veille de sa mort, dans un hôtel miteux de San Francisco. Avec la percussionniste Marthe Sørlien Holen, la marionnettiste d’origine norvégienne Yngvild Aspeli fait apparaître dans Chambre noire, la dernière Mario Del Curto Stéphane Cottin
Abain Benoît SchuppYngvild Aspeli dans Chambre noire. création de sa compagnie Plexus Polaire, les personnages et souvenirs les plus marquants de la vie de cette femme. Du moins telle que la dépeint la Suédoise Sara Stridsberg dans La faculté des rêves, fantaisie littéraire autour de celle qui est passée à la postérité pour son critique Gus Le Grand T/Théâtre de la Colline/texte et paroles Sébastien Barrier Après Savoir enfin qui nous buvons sur le vin nature et l’autofictif Chunky charcoal, Sébastien Barrier met sa parole-fleuve au service du jeune public dans Gus. Un portrait de chat à son image  : brillant et inattendu. Sébastien Barrier et Nicolas Lafourest dans Gus. Gus ne fait rien comme les autres. Il n’est pas très doux. Pas très câlin. Il ne se frotte pas aux mollets de ceux qui l’aiment ni ne miaule quand il faut. Assez laid de nature, il en rajoute en malmenant les poils de son ventre qui finissent par former des têtes de mort. Bref, Gus est un chat dont on ne mettrait pas la photo sur les réseaux sociaux, à moins de vouloir faire une frayeur à ses amis ou de s’en prendre à la mode qui fait de l’animal un outil de langage au service de l’expression de soi. Telle n’est pas l’intention première de Sébastien Barrier, artiste associé au Grand T à Nantes, dont on connaît la tendresse pour le félin depuis Chunky charcoal (2015), autoportrait sous le signe de la perte où il partageait la scène avec le dessinateur Benoît Bonnemaison-Fitte et le musicien Nicolas Lafourest. Lesquels poursuivent dans Gus leur aventure avec le comédien-conteur  : l’un dans un costume de Grosminet aux oreilles synthétiques tombantes, au nez aplati et à la guitare dégourdie, l’autre à travers des dessins naïfs projetés sur un écran. Dans ce premier spectacle jeune public – on peut aller voir Gus à partir de dix ans –, le recours à l’animal aimé de tous ou presque permet avant tout à Sébastien Barrier de s’adresser à l’enfant sans renoncer à rien de sa verve satirique à l’inventivité plus galopante que son héros à quatre pattes. De rendre accessible aux petits sa vision mélancolique du monde et sa manière très personnelle de se débrouiller avec. Portrait de chat atypique, Gus s’adresse ainsi à l’intelligence autant qu’à la sensibilité. Portrait de l’artiste en jeune chat Neuvième chat d’une portée, abandonné à sa naissance dans un sac poubelle et recueilli par un garçon solitaire et complexé, Gus est pour Sébastien Barrier le motif d’une poésie hybride. Une façon de donner une direction précise à son verbe dont les huit heures de Savoir enfin qui nous buvons (2014) nous ont fait découvrir les passionnants débordements. L’épique teinté d’un désespoir toujours aux aguets. Comme les viticulteurs dont il dresse le portrait dans ce spectacle, la boule de poils éponyme de Gus est décrite par des cris et des chuchotements. Par des chants et des poèmes au lyrisme un peu trash. Mais pas trop. Avec son art habituel, Sébastien Barrier multiplie les registres de parole pour creuser son sujet bien plus profond qu’il n’y paraît. Aussi humanisé que le narrateur du Chat Murr de Hoffmann, le diabolique Béhémoth du Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, ou encore tous les protagonistes de La Ferme des animaux de George Orwell, Gus est un miroir malicieusement tendu à notre société. À ses mécanismes d’exclusion. De rejet de la différence. Des thèmes récurrents dans la création jeune public, que la figure du héros poilu de la pièce permet d’aborder avec une grande originalité. Tout en questionnant en filigrane le rôle de l’artiste. Car chez Sébastien Barrier  : tel chat, tel maître. Anaïs Heluin Le Grand T, 84 rue du Général-Buat, 44000 Nantes. Du 23 novembre au 2 décembre. Tél. 02 51 88 25 25. Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris. Du 6 au 29 décembre. Mercredi, jeudi et samedi à 14h30 et 20h (uniquement à 20h le 6 décembre), vendredi à 20h (excepté le 29 décembre à 14h30 et 20h), dimanche à 16h. Tél. 01 44 62 52 52. Durée  : 1h. manifeste féministe radical S.C.U.M (Society for Cutting Up Men), écrit en 1967. Et pour avoir tenté un an plus tard de tuer par balles Andy Warhol. Avec plusieurs marionnettes représentant Valérie Solanas à des âges différents, musique et vidéos composent un portrait complexe. Celui d’une femme qui a cherché sa liberté très loin des sentiers battus. Anaïs Heluin Studio-Théâtre de Stains, 19 rue Carnot, 93240 Stains, France. Le 12 décembre 2017, à 20h45. Durée du spectacle  : 1h. Navette gratuite A/R  : à 20h au métro Porte de la Chapelle et à 20h30 au métro Saint-Denis Université. Tél. 01 48 23 06 61. www.studiotheatrestains.fr conception graphique Adeline Goyet — illustration Guillaume Reynard 2017 1er ter déc déc 10 déc Hommage à Chet Baker Direction et Miles Davis Haendel-Haydn noyai. Orchestre national d'Île-de-France.. Fil fa nu Direction Ottavio Dantone Ladies First chorégraphie Marion MUzac -— Quatuor de jongleurs Vincent de Lavenère Navettes depuis Paris et parking gratuits 01 46 97 98 10 — theatre-suresnes.fr O hauts-de-seine LE DÉPARTEMENT En décembre Hommage à Chet Baker et et Miles Davis Haendel - Haydn Royal ! Orchestre national d’Île-de-France En famille Direction Ottavio Dantone — Ladies First Chorégraphie Marion Muzac — Quatuor de jongleurs Vincent de Lavenère RIccardo Del Fra Direction Riccardo Del Fra Make’Em Laugh Piano Antoine Hervé Big band de jazz Sous la glace de Falk Richter Mise en scène VINCENT DUSSART Compagnie de l’Arcade Avec XAVIER CZAPLA PATRICE GALLET STÉPHANE SZESTAK 15 et17 déc 15 et 17 déc 3 déc 3 déc RIBICIDO THEATRE.- 1=1 La Terrasse "TélérainT "Un excellent spectacle, saisissant visuellement, furieusement parlant ! " THÉÂTRE DE L’OPPRIMÉ DU 6 AU 22 DÉCEMBRE 2017 78 RUE DU CHAROLAIS 75012 PARIS RÉSERVATIONS  : 01 43 40 44 44 reservation@theatredelopprime.com Siret 39388134700057 - APE 9001Z Licence 2-1042373 Visuel Olly Fotolia théâtre 23 la terrasse 260 décembre 2017



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