La Terrasse n°230 mars 2015
La Terrasse n°230 mars 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°230 de mars 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 21,9 Mo

  • Dans ce numéro : la question de la représentation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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6 théâtre mars 2015 / N°230 la terrasse Entretien e Claude-Alice Peyrottes ~ Épée de Bois / Mesure de nos jours textes extraits de l’ouvrage de Charlotte Delbo / mes Claude-Alice Peyrottes Charlotte Delbo, saisissant témoignage sur la déportation Aucun de nous ne reviendra, Une connaissance inutile, Mesure de nos jours : trois volets composent Auschwitz et après* de Charlotte Delbo (1913-1985), résistante communiste et témoin par l’écriture de l’expérience de la déportation. Claude-Alice Peyrottes reprend sa mise en scène de Mesure de nos jours, initialement créée en 2013 au Théâtre des 2 Rives à Rouen. Qu’est-ce qui fonde la volonté d’écrire chez Charlotte Delbo ? Claude-Alice Peyrottes : Elle avait probablement une vocation d’écriture ; en 1974, elle confia à Jacques Chancel qu’elle écrivait déjà avant les camps, et que ses écrits disparurent lorsqu’elle fut arrêtée avec son mari par les brigades spéciales de la police française, en mars 1942. Son mari fut fusillé, elle fut déportée à Auschwitz dans le convoi du 24 janvier 1943. Pendant la déportation, elle et ses camarades luttent à chaque instant pour survivre et revenir, pour témoigner et dire ce que c’était. La solidarité dans le groupe a beaucoup compté, à travers des gestes et des paroles de soutien, et 48 revinrent parmi 230 déportées politiques. J’ai réalisé en 2001 un film de témoignages sur onze survivantes de ce convoi, L’Histoire du convoi du 24 janvier 1943 Auschwitz-Birkenau. Avec lucidité, Charlotte Delbo décrit la réalité du camp, pour être entendue, elle décrit aussi les degrés dans l’horreur et le traitement réservé aux juifs expliquant l’effarant taux de mortalité des convois juifs. A Ravensbrück, elle confie à une camarade connaître le titre du livre qu’elle écrira : Aucun de nous ne reviendra, un vers d’Apollinaire extrait du poème La Maison des morts. Écrire est lié à l’idée d’une promesse faite à ses camarades et à tous ceux qui ne sont pas revenus. Qu’évoque ce troisième volet de Auschwitz et après ? LE CARREAU DU TEMPLE • DU 3 MARS AU 18 AVRIL ∞∞∞∞∞∞ LE ROND-POINT AU CARREAU ∞∞∞∞∞∞ THÉÂTRE 3 SPECTACLES À L’HONNEUR Rond oint Mesure de nos jours fait entendre des extraits du récit de Charlotte Delbo. Avec Sophie Amaury, Sophie Caritté, Marie-Hélène Garnier, Claude-Alice Peyrottes, Maryse Ravéra et Maud Rayer. C.-A. P. : Il évoque le retour à la réalité après Auschwitz, cette expérience du vide où les mortes et les vivantes se confondent, la difficile confrontation au réel. Dans le premier chapitre retraçant le voyage du retour, elle-même et ses camarades sont décrites comme des spectres qui glissent dans la solitude, qui s’éloignent et se perdent. Le texte est une prise de parole de camarades de la “Écrire est lié à l’idée d’une promesse faite à ses camarades et à tous ceux qui ne sont pas revenus.” Claude-Alice Peyrottes déportation, qui racontent leur retour et se racontent, évoquant leur quotidien et leurs cauchemars. C’est un texte très fort et très beau. L’œuvre recèle aussi le témoignage d’Ida Grinspan, déportée en tant que juive à l’âge de 14 ans, qu’elle a rencontrée dans une maison de repos en Suisse et qui est devenue son amie. A partir des témoignages, Mesure de nos jours est une reconvocation de ses camarades, pour les rendre présentes. Comment avez-vous transposé le texte à la scène ? ~ Superbe Maxime d’Aboville dans le rôle de Barett. Critique Théâtre de Poche De Robin Maugham / traduction et adaptation Laurent Sillan / mes Thierry Harcourt The Servant C.-A. P. : Nous avons voulu créer un spectacle pour tous, évidemment sans changer le texte mais en effectuant quelques coupes. L’écrivain est là et demeure à part pendant tout le spectacle, avec les voix et les personnes qui s’imposent à elle, qui deviennent présentes, qui viennent à elle et viennent à nous. Pour installer un climat d’écoute, le spectacle commence dans le noir par sa parole à travers une voix off lisant le texte inaugural sur le voyage du retour, puis arrivent sur la scène dans une lumière opaque ces femmes, comme des ombres. Les comédiennes sont ces femmes que Charlotte Delbo est en train de coucher sur le papier. La seule scène dialoguée est une scène géniale assez drôle où cinq survivantes se retrouvent comme des sœurs à l’enterrement de l’une d’entre elles. Il s’agit de trouver la justesse de ton et non d’interpréter un personnage, et les comédiennes mettent en œuvre plusieurs adresses, à Charlotte Delbo, au public, et entre elles. Cette écriture est une somme de paroles faites pour être entendues, et écoutées. Pour ne pas perdre la mémoire. Agnès Santi *Éditions de Minuit Épée de Bois, Cartoucherie, route du Champde-Manœuvre, 75012 Paris. Du 5 au 22 mars, jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 16h et 20h, dimanche à 16h. Tél. 01 48 08 39 74. Rejoignez-nous sur Facebook Huis clos passionnant au charme vénéneux mêlant le suspens d’un thriller aux typiques attraits de la comédie anglaise, la “tragédie de mœurs” est servie avec superbe. © Brigitte Enguerand © Mathieu Douzenel ANDRÉ UN PROJET DE MARIE RÉMOND ∞∞∞∞∞∞ 3/03 - 20/03 20H30 LA LOI DU MARCHEUR (ENTRETIEN AVEC SERGE DANEY) UN PROJET DE ET AVEC NICOLAS BOUCHAUD ∞∞∞∞∞∞ 28/03 - 18/04 20H30 UN MÉTIER IDÉAL UN PROJET DE ET AVEC NICOLAS BOUCHAUD ∞∞∞∞∞∞ 31/03 - 18/04 20H30 M=CIZZEa lemma HamaUII lizOg WWW.CARREAUDUTEMPLE.EU MAIRIE DU 3ÈME ANOUS PARIS La Terrasse kaoabow nova g oblivisq terrasse_rondpoint122x182.indd 1 12/02/15 14:44 Rejoignez-nous sur Facebook et soyez informés quotidiennement El Join U6 IaRF Fatebook Qui ne connaît The Servant ? La pièce signée par Robin Maugham, neveu de Somerset, a rencontré le grand public quand, adaptée pour le cinéma par Harold Pinter en personne et réalisée par le britannique Joseph Losey, elle a tenu le haut de l’affiche aux débuts des années soixante, pour se hisser au rang de grand classique. Il y a une certaine témérité – comme une légitimité certaine – à sa reprise actuelle. rejoignez-nous sur facebook L’intrigue subtilement instruite sur le plan psychologique propose une version dramaturgique de la fameuse dialectique philosophique hégélienne du maître et de l’esclave. A Londres, Tony, jeune aristocrate dilettante, revenu des colonies, emménage dans la confortable maison de ville dont il a hérité. Il lui faut un domestique. Barett – rendu célèbre par l’exceptionnel Dirk Bogarde dans l’adaptation cinématographique
la terrasse mars 2015 / N°230 théâtre 7 Entretien e Philippe Adrien ~ Théâtre de La Tempête De Athol Fugard / mes Philippe Adrien Boesman et Léna Tél. 01 46 61 36 67 Créé en mai 2014 au festival de théâtre des Abymes en Guadeloupe, repris quelques mois plus tard dans le festival Off d’Avignon, Boesman et Léna* – de l’auteur sud-africain Athol Fugard – est aujourd’hui présenté au Théâtre de la Tempête. Une plongée dans les errances de l’apartheid mise en scène par Philippe Adrien. Quelle impulsion a été à l’origine de votre envie de mettre en scène cette pièce d’Athol Fugard ? Philippe Adrien : D’une certaine façon, en lisant Boesman et Léna, je me suis un peu De quelle demande parlez-vous ? Ph. A. : De la demande des personnages qui m’appelaient vers eux. Car les misérables, les pauvres, ceux qui sont dénués de tout veulent aussi exister, ils demandent aussi à ce qu’on © Antonia Bozzi “Les misérables, les pauvres, ceux qui sont dénués de tout veulent aussi exister, ils demandent aussi à ce qu’on les entende.” Philippe Adrien Boesman et Léna, mis en scène par Philippe Adrien. retrouvé dans la même position qu’Athol Fugard lorsqu’il a rencontré, un jour, une femme sur une route qui lui a inspiré le personnage de Léna. Il a été saisi par sa détresse et je crois qu’il n’a pas pu ne pas écrire cette pièce. J’ai moi-même été tellement bouleversé par les destins qui sont évoqués dans cette œuvre, qui expriment quelque chose de l’ordre du malheur absolu, que je n’ai pas pu faire autrement que d’accéder à la demande qui me parvenait. – se présente. Il est engagé. Valet exemplaire, sa capacité à précéder les désirs de son maître, le rend vite plus qu’indispensable. Le travailleur modèle se rend maître de celui dont il a su exploiter les faiblesses de caractère. Remarquables interprétations « Entre possession et identification, l’esclave cache un maître et vice versa. La mise en scène n’impose rien au spectateur. Elle leur propose un univers, une réflexion qui les tiendra en haleine jusqu’au dernier souffle de la résolution » note le metteur en scène Thierry Harcourt qui tient ses engagements. Toutes les ambiguïtés du texte sont mises en lumière et toutes les équivoques latentes parfaitement suggérées dans ce fog psychologique, teinté d’humour typiquement britannique. Écrite au moment du basculement d’un certain état du monde et du renversement de ses valeurs tenues pour immuables, la pièce se déploie tout en nuances. Il faut saluer le travail de traduction et d’adaptation qui a autorisé la création de cette atmosphère à laquelle participent toutes les sphères du jeu. Jeux scénographiques, minimalistes et éloquents, jeux des éclairages et de la bande son dont les subtilités éclairent le propos, et jeu des acteurs dont la sincérité des interprétations est en tout point remarquable. Marie-Emmanuelle Galfré Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 bd. du Montparnasse, 75006 Paris. A partir du 3 février. Du mardi au samedi à 19h. Le dimanche à 17h30. Tél. 01 45 44 50 21. www.theatredepoche-montparnasse.com Réagissez sur www.journal-laterrasse.fr les entende Boesman et Léna – et spécialement Léna – réclament notre attention. Léna hurle dans un désert, gardant en elle l’espoir qu’un jour quelqu’un l’entendra. Qui est ce couple qui vit, du temps de l’apartheid, en Afrique du Sud ? Ph. A. : C’est un couple de Hottentots. Il vit, au milieu d’un désert, dans un « territoire de boue ». Tous deux essaient de survivre, ensemble, en cherchant des vers pour faire des appâts pour les pêcheurs. Mais, évidemment, leurs conditions de vie sont tellement difficiles que leur relation est secouée par de grandes tensions. On a d’un côté Léna (ndlr, interprété par Nathalie Vairac), qui garde désespérément en elle la perspective d’un mieux être, et de l’autre Boesman (ndlr, interprété par Christian Julien), qui ne cesse de lui mettre le nez dans la boue, de lui dire qu’il n’y a pas de possibilité de s’en sortir. Qui est le troisième personnage qui intervient dans la pièce ? Ph. A. : C’est une merveille d’apparition. Contrairement à Boesman et Léna qui sont métisses, ce personnage que l’on appelle Outa (ndlr, interprété par Tadié Tuéné) est un Cafre, c’est à dire en quelque sorte un comble de négritude. Ne parlant pas la même langue, il ne peut pas communiquer avec ces deux autres personnages. Boesman va tout faire pour renvoyer ce pauvre dans les ténèbres. Léna, elle, trouve en lui ce dont elle avait besoin : quelqu’un qui la regarde et l’écoute… Il semble y avoir une dimension assez beckettienne dans ce trio… Ph. A. : Oui, on pourrait dire ça. Car ces figures sont saisies pour l’éternité. Et les dialogues comportent une certaine cocasserie, une certaine étrangeté L’humanité, lorsqu’elle est ainsi grattée à l’os, délivre quelque chose de très fort, de très profond, sur ce que c’est qu’un être humain. Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat * Texte publié aux Editions de l’Opale, dans une traduction d’Isabelle Famchon. Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Du 13 mars au 12 avril 2015. Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h. Durée : 1h10. Tél. 01 43 28 36 36. www.la-tempete.fr Rejoignez-nous sur Facebook THÉÂTRE Du 24 au 29 mars De William Shakespeare Adaptation et mise en scène Mélanie Leray Conception graphique Marine Saunier / Atelier Michel Bouvet. Photographie © Suzanne Junker Réagissez sur www.journal-laterrasse.fr



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