La Terrasse n°158 mai 2008
La Terrasse n°158 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°158 de mai 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Eliaz éditions

  • Format : (274 x 410) mm

  • Nombre de pages : 64

  • Taille du fichier PDF : 12,2 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... Olivier Py clôt sa première saison à la tête du Théâtre de l’Odéon avec L’Orestie, tragédie où les forces chtoniennes de la vengeance sont maîtrisées par Athéna.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 22 - 23  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
22 23
22/N°158/mai 2008/la terrasse théâtre critiques 0508 1/8 TERRASSE RAMZI:1207•Terrasse DOBBELS 18/04/08 11:47 Page 1 L’ASSEMBLÉE DES FEMMES D’APRÈS ARISTOPHANE MISE EN SCÈNE RAMZI CHOUKAIR SAMEDI 7 JUIN 21H DIMANCHE 8 JUIN 16H NAVETTE A/R DEPUIS CHÂTELET SAMEDI 7 JOURNÉES FRANCO-SYRIENNES ORGANISÉES PAR LE THÉÂTRE JEAN-VILAR DE VITRY-SUR- SEINE, LA DIRECTION DES THÉÂTRES ET DE LA MUSIQUE DE LA RÉPUBLIQUE ARABE SYRIENNE, AVEC LE CENTRE CULTUREL ARABE SYRIEN DE PARIS ET LE SOUTIEN DU CONSEIL GÉNÉRAL DU VAL-DE-MARNE MARDI 4 JUIN EXPOSITION DE PEINTRES SYRIENS CONCERT COURTS MÉTRAGES 7 ET 8 JUIN « L’ASSEMBLÉE DES FEMMES » LUNDI 9 JUIN « LE CROISEMENT DES CULTURES » /TABLE RONDE THÉÂTRE JEAN-VILAR 01 55 53 10 60 LE THÉÂTRE JEAN-VILAR DE VITRY-SUR-SEINE EST CONVENTIONNÉ PAR LE CONSEIL GÉNÉRAL DU VAL-DE-MARNE ET LA RÉGION ILE-DE-FRANCE critique ¶ Roméo et Juliette Une adaptation concentrée de Benoîte et Pauline Bureau qui actualise judicieusement le drame, au cœur d’un monde incohérent. Souvent qualifiée de tragédie de jeunesse, à certains égards imparfaite, Roméo et Juliette demeure pour l’éternité l’histoire de deux amants pétris d’un amour absolu, tutoyant la mort dès le début de leur histoire. Deux adolescents immatures, irréfléchis, fonceurs, emplis de désir l’un pour l’autre, comme si la passion enfin pouvait donner un sens à un monde de violence et de haine, sans cohérence et sans chaleur. Le champ social est tout entier occupé par la haine que se vouent les Capulet et les Montaigu. Le champ intime est contaminé par cette haine : les jeunes s’en gargarisent, se provoquent et parfois se tuent. Les personnages communiquent mal, se heurtent, s’invectivent, fuient sans cesse. La pièce est concentrée autour de cette jeunesse qui se cherche, – une jeunesse d’aujourd’hui –, face à des adultes inopérants (la mère de Juliette, souvent un verre à la main), voire parfois violents (son père), ou décevants (Nursy, sa nourrice qui à un moment critique étonnamment lâche Juliette alors qu’auparavant elle l’a toujours soutenue). Le théâtre comme miroir du monde ! La traduction modernise et actualise la langue, et les personnages sont moins nombreux. Ici pas de serviteur, mis à part Nursy, personnage hautement comique, d’emblée complice avec le public, faisant le lien entre les deux clans et les protagonistes. Le chœur du Prologue qui annonce l’histoire, c’est elle : un homme en talons aiguilles, avec robe de velours Une belle énergie dans ce Roméo et Juliette avec les acteurs du jeune théâtre national. rouge et frac noir, une incohérence reflétant bien l’incohérence de tout un monde, atomisé, fragmenté, manquant d’unité et de vision. La scénographie aussi prend le parti de la fragmentation et d’une modernisation qui ne font qu’accentuer la perte de raison du monde, l’affirmation de désirs mortifères. Une sorte de désespérance est à l’œuvre. Frère Laurent même, seul personnage agissant pour le bien, est bien maladroit. Une autre idée actualise la pièce : l’histoire est ponctuellement présentée par un reportage TV, une journaliste très pro introduit son sujet, qui se termine à chaque fois par un commentaire du Prince. Physiquement présent dans le texte original, il n’apparaît ici qu’à l’écran. Le politique devient donc purement médiatique, et cette sur-exposition distancie l’action. Là est aussi la tragédie, dans cette mise à distance, et dans cette incommunicabilité entre des personnages emmurés, prisonniers du désir, de la haine, ou confondant le critique ¶ La Femme d’avant Claudia Stavisky met efficacement en scène le mécanisme sophistiqué du thriller tragique inventé par Roland Schimmelpfennig qui explore les affres de la fidélité à soi et aux autres. « Il n’y avait rien, aucune liberté, rien, durant toutes ces années rien que planification. Programme. Projets. Maintenant ne me dis pas… que tu es comme ça toi aussi. » Telles sont les paroles aux larmes amères de La Femme d’avant, revenue aux sources de sa vie amoureuse pour mieux en faire le procès. L’étrange Romy Vogtlände, figure fantasque et dangereuse, qu’incarne la provocante Afra Waldhör, donne ainsi la clé de son comportement apparemment loufoque : c’est au nom de la liberté qu’elle vient rappeler l’engagement, au nom du risque qu’elle vient rappeler la promesse, gardienne démente de souvenirs effacés dans l’esprit de celui qui a depuis longtemps oublié ses charmes. Persuadés que ceux-ci peuvent encore agir, l’impudente s’immisce dans la vie de l’amnésique et phagocyte son apparent bonheur en venant réclamer à Franck (troublant Didier Sandre) la promesse d’amour éternel faite un été, il y a vingt-huit ans, comme si le temps passé paisiblement depuis en compagnie de la femme actuelle, mère et épouse, comptait pour rien. En magicienne infernale, Romy œuvre à faire disparaître le présent et l’avenir de la vie de l’homme retrouvé, cultivant un souvenir et une vérité qu’elle remâche jusqu’à l’écœurement. Chronologie éclatée et perceptions dispersées par le cyclone de la promesse Romy venant brutalement rompre la linéarité paisible de la vie de ses victimes, son intrusion scandaleuse provoque un chaos qui fait exploser les règles traditionnelles de l’intrigue et les impératifs de la compréhension. L’écriture de Schimmelpfennig invite le spectateur à la réflexion méditative à travers l’éclatement de la temporalité (dix minutes avant ou quelques minutes plus tard) ; la perception aiguë des situations refuse la chronologie immédiate : livrée au miroitement et au chatoiement des points de vue, la réalité s’opacifie pouvoir et l’amour. Dans ces conditions, la représentation du drame, connu de tous, est une gageure ! Les acteurs du jeune théâtre national investissent la scène avec une belle énergie, avec émotion. Le couple d’amoureux adolescents – star-crossed : contrarié par les étoiles, à savoir le hasard, l’héritage de la haine… –, avance vers la mort. Et la pertinence de l’actualité de la tragédie, dans notre monde, montre l’incompétence des hommes à apprendre de leur histoire. Le théâtre shakespearien est un éternel miroir du monde… Agnès Santi Roméo et Juliette, de William Shakespeare, adaptation et traduction Benoîte et Pauline Bureau, mise en scène Pauline Bureau, du 24 avril au 25 mai du mardi au samedi à 20h30, jeudi à 19h30, dimanche à 16h, au théâtre de la Tempête, Cartoucherie. Tél. 01 43 28 36 36. à mesure que le désordre s’installe et la diversité des perspectives obère toute transparence. La mise en scène accompagne le délitement du temps d’une mise en question de l’espace : la vision alterne le dedans et le dehors, le décor de Christian Fenouillat fait coulisser les parois immen- L’intrusion des vieilles promesses dans une vie trop bien réglée. ses de la maison, amenuisant l’espace ou bien l’agrandissant, comme pour mieux établir l’enfermement sans issue auxquels sont condamnés les protagonistes de ce drame, tendu comme un polar et implacable comme une tragédie. Véronique Hotte La Femme d’avant, de Roland Schimmelpfennig ; traduction de Bernard Chartreux et Eberhard Spreng ; mise en scène de Claudia Stavisky. Du 13 mai au 7 juin 2008. Le mardi à 19h ; du mercredi au samedi à 20h ; exceptionnellement le 25 mai à 16h et le 7 juin à 15h. Athénée Théâtre Louis-Jouvet 7, rue Boudreau, 75009 Paris. Réservations au 01 53 05 19 19. Texte publié à L’Arche Editeur. Spectacle vu au Théâtre des Célestins à Lyon.//Hors-série Avignon 2008, allez sur www.journal-laterrasse.fr/avignon.html//Photo : Christian Ganet
Photo : Christophe Raynaud de Lage Photo : Éric Didym la terrasse/mai 2008/N°158/23 agenda théâtre critique ¶ Une Ile Un plateau nu, douze masques, la simplicité d’une langue qui réinvente le réel, la force d’un jeu éblouissant : François Cervantes et les siens prouvent que l’art est le rival du monde. Impression étrange que celle que provoque d’emblée ce spectacle qui joue des pouvoirs mystagogues du théâtre comme un servant malicieux qui ouvrirait et fermerait les portes du sacré pour mieux appâter les fidèles. Tout commence dans un presque réalisme pourtant déjà gros des mystères à venir. Quatre personnages vêtus de noir, prénommés comme les acteurs qui les incarnent, entrent sur le plateau. L’une semble plus familière des lieux que leur art va faire surgir, visiteuse peut-être déjà de cette île où ils ont échoué, mais rien n’est vraiment dit de la latitude imaginaire de cette terre étrange : utopie, hétérotopie,uchronie, au-delà, terre intelligible, rêve ou délire ? Nicole (Choukroun), Laurent (Ziserman), Une Ile ou les masques de la révélation. Héros-Limite Laurent Vacher met en musique et en voix la poésie balbutiante et bégayante de Ghérasim Luca, déstructurée et syncopée, et fait danser ses onomatopées stellaires, joyeuses et angoissées. Une voix et un accordéon à la conquête de l’incertitude. Surréaliste né en Roumanie qui avait fait du français, selon le mot de Deleuze « sa langue à soi comme un étranger », Ghérasim Luca invente le langage comme on invente un trésor, dans le prodigieux bégaiement et la répétition obsédante de la syllabe, et recompose le sens du monde à partir des juxtapositions, des crases et des rencontres presque hasardeuses d’une glaise verbale devenue matériau quasi musical. Confiant à JohannRiche le soin de dialoguer à l’accordéon avec cette poésie à la fois abstraite et sensuelle dite par Alain Fromager, Laurent Vacher met en scène Catherine (Germain) et Stephan (Pastor) sont venus ramener chez elle la jeune femme silencieuse qui servait de modèle à leur ami peintre après la mort de celui-ci, et découvrent à cette occasion l’histoire de son île natale, qu’ils vont sillonner de l’intérieur d’euxmêmes, en incarnant sous le masque les différents personnages qui l’habitent. L’exploration menée est donc autant géographique que psychologique et invite le spectateur à une plongée en ses propres arcanes, inconscientes ou archaïques, qui sont peutêtre le terrain de ses propres légendes, le lieu de ses propres fantasmes. Quand le masque se met à vivre… Le kamikaze, l’adolescente, la mère, le commerçant, la beauté, le joueur, le fou, le sage, l’architecte, le veilleur, le voleur, le vieux : autant de figures surgies d’un tarot fantastique, d’un bestiaire enchanté, d’une mythologie syncrétique et que les quatre comédiens interprètent avec un talent fascinant qui obnubile au point qu’on ne peut pas ne pas croire à l’absolue réalité de ces êtres fabriqués du limon du langage et animés par le souffle du génie dramatique de ceux qui les accouchent par leur jeu. La force créatrice du théâtre s’exprime avec une puissance peu commune et Pygmalion ne dut pas être plus ébloui que le public au spectacle de la vie ainsi accordée à l’essence modelée dans la pierre. Née de la rencontre entre François Cervantes et Didier Mouturat, le sculpteur de cette famille de douze masques, Une Ile raconte de douze façons différentes l’histoire de ce horslieu étrange, où l’émotion et le rire atteignent des degrés d’intensité incroyables. Le théâtre devient avec François Cervantes et les siens temps de la sidération et lieu de la magie. Catherine Robert Une Ile, écriture et mise en scène de François Cervantes. Du 13 au 16 mai 2008 à 21h. Centre Dramatique National de Sartrouville, place Jacques-Brel, 78505 Sartrouville. Réservations au 01 30 86 77 79. cette parole à bout de souffle et de sens, dont les envolées métaphysiques, les fulgurances humoristiques et les élans d’une tendresse bouleversante composent un spectacle pyrotechnique captivant. La voix et la musique cheminent de concert, la mélodie console le cri, les mots plaisantent avec les notes et de l’ivresse inspirée d’un dire écorché surgit la fascinante beauté des choses.C. Robert Héros-Limite, de Ghérasim Luca ; poèmes mis en scène par Laurent Vacher. Du 21 au 25 mai 2008. Du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h. Dans le cadre du Festival Jeune Création à la Maison de la Poésie, passage Molière, 157, rue Saint-Martin, 75003 Paris. Réservations au 01 44 54 53 00. Aleph Festival Mai 68 Onze spectacles politiquement incorrects du répertoire Aleph en souvenir de Mai 68. Oscar Castro et les siens continuent la lutte en mots et en musique, fidèles aux idées et aux idéaux de la liberté. Rares sont ceux qui ont tenu, rares sont ceux qui continuent, rares sont ceux qui ne se sont pas reniés. Depuis 68, les choses et les hommes ont bien changé et les anciens de l’agitprop révolutionnaire sont plutôt à chercher désormais à ou//Hors-série Avignon 2008, allez sur www.journal-laterrasse.fr/avignon.html//



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :